Argument et contre-argument.

Pour les femmes, c’est toujours « l’histoire de moi-même ».

Comme je l’ai mentionné dans des articles précédents, les méthodes de communication caractéristiques des hommes et des femmes proviennent principalement de différences dans les fonctions cérébrales et dans l’acculturation. Les femmes ont tendance à compter sur des instincts émotifs et sur l’expérience pour développer une opinion ou une croyance ; les hommes ont tendance à s’appuyer sur un raisonnement déductif, allant de la généralisation des faits vers des prémisses plus spécifiques, pour se prononcer.

Cela se reflète alors dans la méthode de communication préférée de l’un ou l’autre sexe – les femmes dans le nuancé et le secret, les hommes dans le franc et le manifeste. En utilisant cela comme une prémisse, je suis d’avis que la grande majorité des échecs dans ce qui devrait être un consensus logique et facile entre les deux sexes est engendré par l’interprétation que chaque sexe fait d’un problème ou d’une question sociale.

D’un point de vue masculin, on suppose qu’un établissement bien raisonné et bien « sourcé » sera compris et respecté comme un fait dans le but général de résoudre un débat. Les statistiques, l’analyse, la corrélation des faits, le lien entre les idées et des informations connexes devraient servir à faire valoir un argument convaincant. Cela ne veut pas dire que les hommes n’utiliseront pas l’expérience personnelle pour illustrer une idée, mais l’idée est de faire de son exemple une version facile à comprendre de son raisonnement. Dans la plupart des cas, les raisonnements des hommes sont dérivés de sources extrinsèques, tout en utilisant des sources intrinsèques pour embellir ou illustrer une prémisse spécifique.

En revanche, les femmes s’appuient presque exclusivement sur l’expérience personnelle et les preuves anecdotiques pour constituer une prémisse ; l’utilisation de renseignements extrinsèques ne vient uniquement à l’appui de leurs interprétations personnelles que lorsque la source est en accord avec cette prémisse. Le solipsisme inné des femmes favorise une position égocentrique comme le début du raisonnement, et progresse ensuite vers les sources extrinsèques pour le soutien auxiliaire.

Exemple : Carrières et mariage. Cet article est issu d’une d’opinion publiée en 2006 par le magazine Forbes. N’oubliez pas que cela date d’il y a environ 6 ans ; bien avant la frénésie actuelle de l’idée « Man Up » inspirée par des articles de Hymowitz et Bollick. Lorsque vous lisez, remarquez les positions argumentatives par lesquelles chaque auteur débute. L’article de Michael Noer commence par une déclaration de prémisse, suivie de données extrinsèques :

Bien que tout le monde sache que le mariage peut être stressant, des études récentes ont constaté que les femmes carriéristes sont plus susceptibles de divorcer, plus susceptibles de tromper et moins susceptibles d’avoir des enfants. Et si elles ont des enfants, elles sont plus susceptibles d’être malheureuses à ce sujet. Une étude récente parue dans « Social Forces », une revue de recherche, a révélé que les femmes, même celles qui ont une vision « féministe », sont plus heureuses lorsque leur mari est le principal soutien [financier] de famille.

Elizabeth Corcoran commence sa contre-opinion avec son point de vue personnel :

OK, appelez-moi « couguar ».  Je travaille depuis le jour où j’ai obtenu mon diplôme d’études supérieures, il y a une vingtaine d’années de cela. J’ai deux enfants en âge d’aller à l’école. Le travail prend certainement plus de 35 heures par semaine pour moi. Heureusement, je semble faire plus de 30 000 $ [annuel]. Tout cela, selon Michael, devrait faire de moi une femme misérable.

Malgré ces statistiques dangereuses, mon mari et moi sommes sur le point de célébrer notre 18e anniversaire de mariage. Vous nous verrez nous blottir à un concert en montagne ce mois-ci, profiter de l’occasion. Je ne pense pas que je sois « inhabituelle », cela semblait donc un bon moment pour tester les affirmations sinistres de Michael.

Voilà qui contient tous les éléments d’indignation que les femmes utilisent pour tenir leur auditoire accaparé par une personnalisation du débat, en plaçant le public dans un rôle associatif. Essentiellement, elle invite les femmes à vivre par procuration à travers son expérience exceptionnelle pour prouver un contre-argument.

De nombreux facteurs contribuent à un mariage stable, y compris l’état matrimonial des parents de votre conjoint (les enfants de divorcés sont beaucoup plus susceptibles de divorcer eux-mêmes), l’âge au premier mariage, la race, les croyances religieuses et le statut socio-économique. Et, bien sûr, beaucoup de femmes qui travaillent sont en effet heureuse dans le mariage, c’est juste qu’elles sont moins susceptibles de l’être que les femmes qui ne travaillent pas. Et, statistiquement parlant, c’est là que c’est intéressant. 

En l’espèce, Michael s’explique par des données statistiques et fait même un léger point de contrition pour expliquer l’exception à ces statistiques. Elizabeth choisit alors de rediriger le débat :

Les experts cités dans son histoire pensent que les femmes carriéristes sont plus susceptibles de divorcer, de tromper leur conjoint et de réfléchir plus longuement à la question d’avoir des enfants ou de ne pas les avoir. Mais plutôt que de se précipiter pour blâmer la femme, ne négligeons pas l’autre variable clef : que fait l’homme ?

Note aux hommes : commencez par aller à la salle de gym. Ensuite, essayez une nouvelle musique. Ou un livre. Ou un film. Restez connecté au reste du monde. Vous y gagnerez, tout comme votre mariage.

Il est facile de voir cet argument pour ce qu’il est, à savoir la tactique de l’appel à la honte, mais c’est aussi une tentative qui vise à recadrer le débat en se concentrant sur ce que les femmes disent et redisent toujours lorsqu’elles veulent imposer une idée dans un débat – satisfaire l’impératif féminin. Si le point de Michael est en fait valide, alors la faute incombe aux hommes, pas aux femmes. Et comment une femme établit-elle cette prémisse ? En se qualifiant elle-même, ainsi qu’en qualifiant la primauté féminine, comme le but opérationnel de toute conversation. 

Le prix Nobel Gary S. Becker a fait valoir que lorsque la spécialisation du travail dans un mariage diminue, si, par exemple, les deux conjoints ont une carrière, la valeur globale du mariage est plus faible pour les deux partenaires parce que moins de l’ensemble du travail nécessaire est fait, ce qui rend la vie plus difficile pour les deux partenaires et le divorce plus probable. Et, en effet, des études empiriques ont prouvé cela.

Encore une fois, Michael fournit un témoignage d’expert pour fortifier sa prémisse. Elizabeth continue avec son « histoire de moi-même » : 

Pour nous, la liste commence par les impôts, la planification des vacances et la gestion des placements. Mon mari aime ce genre de truc, et ça me fait bailler. Bénissons-le de faire cela. Donnez-moi internet sans fil, le jardin, ou à peu près toutes les réparations de routine à la maison, et je deviens tout à coup le savant. Séparez-nous, et nous serions tous les deux des idiots pitoyables essayant d’apprendre des routines inconnues.

Michael a raison de dire que des heures de travail plus longues forcent les « couples à carrières » à faire plus d’efforts pour simplifier les blocs de temps passés en famille. Quand nous le faisons, cependant, nous profitons beaucoup plus. Nous comprenons les blagues de carrière et les frustrations professionnelles de l’autre. Nous savons mieux ce qu’il faut faire ensuite. Et lors des dîners, nous aimons être assis à la même table.

N’hésitez pas à lire l’article entier, mais vous comprenez l’illustration générale. Je n’ai pas attiré l’attention à ce sujet pour présenter l’approche argumentative des femmes ou la formation de l’opinion des femmes sous un mauvais angle. Au contraire, je l’ai fait pour donner aux hommes une meilleure perspective sur ce à quoi s’attendre quand une différence d’opinion éclate. Il y a, en fait, un certain mérite à appréhender les sentiments et les expériences dans les deux côtés d’un débat. Une approche féminine peut aider à amortir la compréhension plus froide des faits que peut faire un homme, tandis qu’un rationalisme masculin sert à amortir la perspective émotive des femmes.

Le problème avec l’appréciation de ces deux approches est que dans l’environnement actuel centré sur le féminin, dans lequel nous vivons, la primauté féminine prend l’avantage. Les sentiments et les interprétations d’une femme sont de facto corrects, et l’analyse statistique ou une approche plus rationnelle est un obstacle à cela. Vous verrez cela joué dans n’importe quel forum ou dans n’importe quel fil de commentaire de blog dans lequel il y a un désaccord entre les deux sexes. Pour les hommes, leur position se fait par consensus objectif et données agrégées ; pour les femmes, c’est toujours « l’histoire de moi-même ».


Source : « Point, Counterpoint » publié par Rollo Tomassi le 29 décembre 2011.