Toute-Puissance du Patriarcat : même les animaux préfèrent les visages humains sexuellement dimorphiques, dans la même mesure que les humains !

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Ghirlanda, Jansson & Enquist ont mené en 2002 une étude inédite pour examiner les origines de la préférence pour les visages attrayants et sexuellement dimorphiques chez les humains.

Les chercheurs ont construit sept visages masculins et féminins sur un spectre allant d’un dimorphisme sexuel modéré à un dimorphisme sexuel fort, obtenu en faisant la moyenne d’un ensemble de 35 photographies faciales d’individus de chaque sexe. Un groupe d’étudiants (7 femmes et 7 hommes) a ensuite été invité à évaluer les visages dans un ordre aléatoire, sur une échelle de décile (1-10) pour l’attrait sexuel, en répondant à la question « dans quelle mesure serait-il souhaitable de sortir avec cet individu ? ».

Les chercheurs ont ensuite utilisé six poulets comme sujets expérimentaux (Oui, vous avez bien lu : des poulets, et plus précisément des « Gallus gallus domesticus », dont quatre femelles), qui ont été récompensés par de la nourriture lorsqu’ils picoraient les visages des humains du sexe opposé au leur (par exemple, les poules ont des visages de mâles, les coqs des visages de femelles) et entraînés à le faire pendant quelques semaines. Les chercheurs notent qu' »aucun renforcement n’a été donné lors des essais », de sorte que les poulets n’ont été entraînés qu’à picorer les visages du bon sexe, sans être guidés vers une cible particulière.

Pour tester le comportement que les poulets avaient appris, les chercheurs ont compté le nombre de fois où les poulets ont picoré un visage donné dans un intervalle de temps donné. Il est intéressant de noter que les préférences des humains et des poulets pour les visages de sexe opposé étaient très fortement corrélées lorsque l’on faisait varier le degré de dimorphisme sexuel des visages présentés, c’est-à-dire presque identiques. Cela signifie que les poulets avaient presque autant tendance à picorer les visages hautement dimorphiques que les sujets humains à les préférer comme partenaires romantiques potentiels. Ce résultat s’est même généralisé lorsque les chercheurs ont ajouté des visages présentant un dimorphisme encore plus exagéré, qui n’étaient pas présents lors de l’entraînement.

Cela prouve que tout type de dimorphisme sexuel a tendance à être exagéré par la sélection sexuelle, car il apparaîtra comme plus attrayant pour le sexe opposé.

Discussion :

Les résultats confirment l’hypothèse selon laquelle les préférences humaines pour les visages sexuellement dimorphiques sont innées, c’est-à-dire qu’il existe un désir profondément ancré pour de telles caractéristiques esthétiques, et ce désir est même antérieur à l’évolution des humains modernes, le dernier ancêtre commun des humains et des poulets étant considéré comme une créature reptilienne ayant vécu il y a plus de 310 millions d’années. Ces résultats suggèrent fortement que la préférence pour les visages extrêmement masculins et féminins n’est pas une construction culturelle, mais qu’elle émerge inévitablement dans les cerveaux biologiques.

Citations :

« Le comportement des humains et des poulets était presque identique. De plus, les données des poulets et des humains pour chaque visage ne différaient jamais de manière significative ».

« Nous ne pouvons bien sûr pas être sûrs que les poulets et les humains ont traité les images de visages exactement de la même manière. Il est donc possible que les poulets utilisent un mécanisme général, alors que les humains possèdent un mécanisme spécialement développé pour le traitement des visages ».

« Notre étude est bien sûr préliminaire. Nous pensons cependant qu’elle montre le potentiel de l’étude comparative des préférences. Cette méthode n’est pas seulement pertinente pour l’étude des visages humains, elle peut être appliquée à n’importe quel système de communication pour évaluer si son évolution a favorisé le transfert d’information ou si elle est plutôt le produit de biais du récepteur ».

Source : 

Ghirlanda S, Jansson L, Enquist M. 2002. Chickens prefer beautiful humans. Human Nature. 13(3): 383–389. (Source)