J’ai récemment eu quelques échanges intéressants avec Yamnaya (que vous pouvez suivre sur Twitter @RealYamnaya ou sur son substack) à propos de nos préférences respectives en matière de femmes. J’avais tweeté initialement que « Ce que vous aimez chez les femmes révèle l’homme que vous êtes. Petits seins : apollinien, aristocratique, patricien, mesuré, équilibré, pur, harmonieux, rationnel, ordonné. Gros seins : dionysiaque, plébéien, extatique, orgiaque, passionné, vitaliste, viscéral, instinctif. ». Ce à quoi il avait répondu : « Petite réserve sur le plébéien, mais du reste, c’est en plein dans le mille. Passionné, vitaliste, viscéral, instinctif, on ne peut pas mieux me décrire. Je suis définitivement plus terrestre qu’aérien ». A d’autres occasions, nous avons continué à échanger amicalement sur la même question. Yamnaya a ajouté, plus tard : « Dans l’antiquité, les philosophes s’écharpaient sur l’apollinien et le dionysiaque. L’ami Raffaello relance le débat avec moi version 2026 ; messieurs, vers quoi penche votre éros, votre agapè, votre porneia, votre charis ? Êtes-vous team SKINNY ou GECHAR ? ». Certains pourraient trouver nos échanges superficiels, mais je pense que nos goûts en matière de femmes disent beaucoup de choses sur les hommes que nous sont. Cette question est donc beaucoup plus philosophique qu’il ne semble à première vue, et c’est mon point de vue que je souhaite développer dans cet article.
Il va sans dire que j’apprécie beaucoup Yamnaya, que je n’ai jamais recontré IRL mais avec qui j’échange régulièrement, et que cet article n’est pas une attaque contre sa personne, mais un échange d’idées. D’ailleurs, j’espère que l’intéressé me répondra par un article en développant à son tour son point de vue. Je précise également que ce dualisme Apollinien – Dionysiaque ne doit absolument pas être abordé sous l’angle « bien » ou « mal » : « vrai » ou « faux » ; « raison » ou « tort ». Ce dualisme (XVIIIe siècle. Dérivé savant de l’adjectif bas latin « dualis », « qui se rapporte à deux ») est la coexistence de deux principes, de deux idées, de deux éléments opposés ou complémentaires l’un à l’autre. Les deux manifestations peuvent coexister chez l’homme, et un apollinien peut se comporter en dionysiaque et inversement. Ces quelques précisions étant faites, nous pouvons commencer.
Alors, concrètement, qu’est-ce que cela veut dire, d’avoir des préférences plutôt « Apollinienne » ou « Dionysiaque » chez les femmes ? Au niveau le plus superficiel, le plus « animal », chaque homme peut être attiré par n’importe quelle belle jeune femme en général. Mais je vois personnellement dans le fait d’aimer « n’importe quelle femme » un signe de faiblesse, celle d’un homme qui ne s’est pas encore « rencontré lui-même ». Le fait de désirer une femme essentiellement parce qu’elle en est une est un signe de dégénérescence et de décadence : l’éros s’est appauvri en excitation chronique. Là où un homme se révèle lui-même, c’est justement quand il n’aime pas « toutes » les femmes indistinctement, mais quand il a précisément un « genre » qui lui appartient, des « goûts » particuliers.
Ainsi, quand on dépasse l’attirance superficielle pour « toutes » les femmes et qu’on arrive à un niveau plus profond, on commence à avoir des goûts particulier. Ces goûts sont des révélateurs bien plus sérieux des hommes que nous sommes. C’est ici que s’exprime ce que l’on est vraiment, au-delà de l’aspect « animal » (qui consiste « bêtement » à désirer indistinctement toutes les femmes). Je pense que le type de femme vers lequel on est irrésistiblement attiré à ce niveau plus profond correspond à ce qui résonne en nous. Autrement dit : on cherche fondamentalement ce qu’on est, mais dans une version féminine, comme « complément » à notre « type » de virilité intérieure.
Selon moi, la femme « apollinienne » est celle qui incarne physiquement la justesse, la symétrie, la mesure, la sérénité. Son esthétique semble régie par des lois géométriques et une certaine « noblesse ». Des traits du visage assez fin. On peut même aller jusqu’à une ossature apparente. Des petites seins (évidemment !) et des petites fesses. Il faut imaginer une femme à l’allure élancée, grande, qui se tient bien droit. La femme « apollinienne » est d’une beauté « froide ». Elle dégage une impression de pureté et d’ordre, de calme et de silence.
La femme « Dionysiaque » incarne physiquement la vitalité, le mouvement et le débordement. Je la vois avec des traits plus charnels, plus mobiles, et plus vivants (une beauté « chaude » à l’inverse de la beauté « froide » apollinienne). Le visage y est plus expressif, extraverti, le regard est très franc et très direct. Les cheveux plus indomptés ou volumineux. Avec des seins énormes (évidemment !) et des fesses/hanches qui évoquent sans l’ombre d’un doute le SEXE, la fertilité, la souplesse ou la puissance. Les courbes sont plus marquées et, au surplus, le corps dégage une énergie nerveuse et instinctive. La gestuelle est spontanée, parfois impétueuse. Le caractère est « bien trempé ».
En termes relationnels et psychologiques, l’homme qui souhaite une relation avec une femme « apollinienne » est celui qui a besoin de clarté, de cadre, de communication rationnelle et de compréhension mutuelle. L’homme apollinien cherche à dompter l’incertitude du futur par la forme : la « belle apparence froide et distante » de la femme « apollinienne » plait à l’homme apollinien car il aime l’image de « noblesse », de vertu et d’harmonie que ce genre de femmes projette à l’extérieur. (De là vient mon utilisation du terme « patricien », que j’oppose aux goûts « plébéien » de l’homme dionysiaque).
L’homme qui souhaite une relation avec une femme « Dionysiaque » est un homme en quête de fusion, d’instinct, de chaos, d’érotisme et de passion. Ici, on ne cherche pas la mesure, mais l’extase et le dépassement de soi à travers l’autre. Contrairement à Apollon qui « sépare et ordonne », Dionysos « absorbe et fusionne ». C’est l’expérience du couple absolu où les limites individuelles ont tendance à s’effacer. Être en couple avec une femme « dionysiaque », c’est aimer les disputes passionnées et les réconciliations sexuellement très intenses sur l’oreiller.
Bien évidemment, je décris ici des « types » qui ne se rencontrent guère à l’état absolu dans le monde réel : aucune femme n’est à 100% apollinienne ou dionysiaque, mais plutôt un subtil et savant mélange de l’un et l’autre, même si une tendance « de fond » peut se dégager. De même, aucun homme n’est parfaitement Apollinien ou Dionysiaque (à l’exception notable de moi-même, qui suit parfaitement Apollinien, et de Yamnaya, qui est très Dionysiaque). Et également, aucun couple ne relève à 100% de l’une ou l’autre tendance. Un couple commence (souvent) par une ivresse dionysiaque pour se stabiliser dans une structure apollinienne, mais des « phases » peuvent se produire alternativement. Il convient par ailleurs de distinguer soigneusement entre ce qui « conditionne » l’attraction (la beauté physique, le caractère, la race, les affinités intellectuelles) et ce qui la « détermine » véritablement, qui est toujours la force primaire de l’éros elle-même. On peut donc être attiré par un « type » de femme pour des raisons qui ne reflètent pas nécessairement les couches les plus profondes de notre être et de notre virilité.
Sur le plan philosophique et métaphysique, le dualisme apollinien/dionysiaque s’inscrit à l’intérieur d’un cadre plus large, qui dépasse nos « goûts » et nos désirs purement sexuels, et qui repose sur une distinction fondamentale entre deux principes cosmiques : le principe solaire-ouranique (masculin, lumière, forme, être) et le principe lunaire-chtonien (féminin, eaux, matière, devenir).
Le couple « apollinien » est celui dans lequel domine le principe de la forme, de la lumière et de la transcendance. L’homme y exerce la « virilité transcendante » — non pas au sens de la force physique ou de la domination sociale, mais d’une présence intérieure stable, presque immobile, qui polarise et éveille la femme, mais sans se dissoudre en elle. C’est ici que réside mon point de vue purement Apollinien et mon désaccord philosophique avec Yamnaya : le couple « dionysiaque » est celui dans lequel le principe féminin prend le dessus. L’homme y est « passivement actif » au mauvais sens du terme : il est agi, magnétisé, absorbé, avalé.
Toutefois, il convient d’apporter ici une distinction (parce que je ne suis pas là pour « attaquer » à tout prix la « position dionysiaque », si je peux le dire ainsi). Il faut en effet distinguer le « dionysiaque supérieur » et le « dionysiaque inférieur », car comme l’enseigne René Guénon, tout symbolisme comporte à la fois un aspect supérieur et un aspect inférieur. Il faut donc distinguer soigneusement deux formes du dionysiaque. Il y a un Dionysos supérieur, lié aux « mystères d’initiation » de l’Antiquité, dans lequel la dissolution de l’ego individuel est une étape vers une réintégration plus haute dans les états multiples de l’être (c’est le sens des orgies sacrées antiques, qui ne sont pas de simples « orgies sexuelles » comme se l’imaginent trop souvent les hommes modernes). Je pense que c’est cette position métaphysique que défend Yamnaya : la femme dionysiaque comme possibilité de réintégration vers les états supra-humain. Le Dionysos inférieur est à l’inverse celui dans lequel la femme exerce sa puissance « démonique » en vidant l’homme de sa « virya », son principe de virilité spirituelle, sans que rien de supérieur ne s’accomplisse. C’est la « mort drainante qui vient de la femme » dont parle les métaphysiciens hindous (c’est-à-dire l’épuisement de l’homme après la relation sexuelle, sans qu’il y ait eu échange d’énergie entre l’homme et la femme, voir même pire : quand il y a absorption de l’énergie sexuelle de l’homme par la femme, sans que la femme ne donne rien en retour).
En synthèse, ce qui différencie ces deux types de couples n’est pas d’abord le tempérament ou le caractère des individus, mais le niveau de l’être auquel leur éros se fixe. Le couple apollinien est celui dans lequel la force de l’eros, même intense, reste orientée — l’homme garde le fil de sa propre verticalité, il ne se fond pas dans le couple mais se transcende en tant qu’individu. Le couple dionysiaque profane est celui dans lequel la force (sexuelle) emporte tout, dissout l’homme dans la « substance féminine du désir », sans que rien, en lui, n’y résiste.
Je me répète – encore une fois ! – mais cette distinction n’est pas un jugement moral. La femme de type dionysiaque n’est pas « mauvaise », pas plus que la femme apollinienne serait « bonne ». Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un homme doit bien se connaître et bien connaître la femme-type envers laquelle il éprouve un profond désir. Un homme peut perdre sa « virya » dans une relation sexuelle/affective/relationnelle avec une femme apollinienne comme avec une femme dionysiaque. D’ailleurs, indépendamment de la femme en question, je dirai que tous les hommes se « perdent » dans le sexe, car l’absence de véritable éros est la condition de la quasi-totalité des hommes modernes. Ce qui importe, en tant qu’homme, c’est de bien transformer son propre éros (que ce soit en aspect apollinien ou en aspect dionysiaque supérieur) en voie d’initiation et en évitant d’être « absorbé dans la femme ».
En guise de conclusion, je me permets de finir sur une note un peu plus personnelle. L’enjeux de ce que j’évoque ici est très important : il s’agit de savoir si dans un couple, l’eros accomplit une transcendance — qu’elle soit mystique, magique ou simplement humainement noble — ou s’il se referme sur lui-même dans une fascination qui consomme sans élever. Je considère que le couple apollinien est celui où quelque chose monte ; le couple dionysiaque profane est celui où tout descend, même si la descente peut être enivrante et sexuellement excitante. Et si je défends à ce point la position philosophique apolinienne, c’est parce que je me suis moi-même trouvé dans des relations de type « dionysos inférieur », et que j’en connais donc les dangers ! Je me suis en effet « perdu » dans une longue relation, dans laquelle le sexe m’a « envahi » au point de m’amoindrir en tant qu’homme. J’en étais réduit à renier une grande part de moi-même, de ce que je suis, de ma personnalité, pour avoir du sexe avec un certain type de femme. Ça peut vous faire rire, vous pouvez trouver ça ridicule, ou ne pas me croire, mais je m’en moque. Sachez que je ne suis sorti de cette relation qu’au prix d’une rupture extrêmement douloureuse, d’un chagrin et d’une dépression persistante et durable, et qu’il m’a fallu d’assez longues années pour récupérer et retrouver l’homme que j’étais avant. Seuls ceux qui ont connu ce type de relations savent de quoi je parle. Voilà pourquoi cet article est également une mise en garde : faites attention à ne pas jouer avec le feu. Dionysos, même dans son aspect inférieur, reste un Dieu, et vous n’êtes qu’un homme : il est plus fort que vous, et il vous punira très cruellement si vous ne le considérez pas avec le respect que vous lui devez.