Les évolutions récentes du marché sexuel doivent-elles conduire à une refondation complète de la Pilule Rouge et du Masculinisme ?

Dans cet article, je me lance – pour la première fois de l’histoire de mon blog – dans l’exercice délicat de l’auto-critique. Il est bon de mener une réflexion, ou d’entamer une discussion, sur notre propre milieu, nos propres actions, nos propres idées. Mon intention n’est pas ici de faire un procès, et (encore moins !) de faire des excuses publiques, mais de réfléchir à l’avenir de cette discipline que j’aime tant et à laquelle je me consacre pleinement : le masculinisme. En effet, comme les critiques de la RedPill sont généralement de très mauvaise qualité, en ce qu’elles recyclent éternellement les mêmes arguments déjoués cent-mille fois, et considérant qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, je me suis décidé à réfléchir sur ce que devient le masculinisme, la praxéologie de la Pilule Rouge, dans cette seconde moitié des années 2020, et à critiquer un peu ce que nous proposons aux hommes qui nous lisent.

Mon angle d’attaque est le suivant : afin de rester pertinent, les masculinistes doivent étudier les évolutions du marché sexuel et proposer des solutions ou des analyses adaptées. Est-ce bien le cas ? 

Le marché sexuel moderne est en situation d’inflation et de déséquilibre des exigences.

Commençons par dresser un petit constat du marché sexuel tel qu’il se présente à nous en ce moment. Pour moi, le constat est simple : les rencontres amoureuses modernes sont un véritable rituel d’humiliation conçu dans un seul et unique objectif : l’effondrement de la natalité blanche. 

La jeune femme moderne dispose d’un bodycount à deux chiffres avant ses 21 ans. Elle est incapable de faire bouillir de l’eau pour se faire cuire des pâtes sans tutoriel en 12 étapes formulé avec des mots très simples par Chat-GPT, elle est obsédée par son diplôme et sa « carrière », et elle préfère avoir de l’influence sur Instagram plutôt que de fonder un foyer. Cette même jeune femme moderne exige un homme qui mesure au moins 1,80 m, gagne plus de 5 000 euros par mois. Pendant ce temps, toutes les vidéos, tous les podcasts et tous les livres sur le développement personnel hurlent aux hommes : « Améliorez votre physique, allez à la salle de musculation au moins trois fois par semaine, accumulez de l’argent, devenez le prix ! ». Bon, d’accord, c’est cool et c’est effectivement ce qu’il convient de recommander aux hommes : améliorez votre valeur sur le marché sexuel.

Mais où est l’équivalent pour les femmes ? 

Tout le système politique repose sur le fait que les femmes ne sont jamais responsables de leurs choix. Ce n’est pas un hasard. La culture du sexe occasionnel, la pornographie, les réseaux sociaux et une expérience d’ingénierie sociale vieille d’un siècle ont reprogrammé les femmes pour qu’elles recherchent une validation infinie. Cela détruit les taux de natalité et rend les rencontres modernes désespérantes (ou exaspérantes, selon votre humeur). Si nous ne faisons rien maintenant, cela pourrait signifier la fin de notre civilisation, de notre culture et de notre race. 

Le marché sexuel moderne est redoutable, et l’hypergamie naturelle des femmes en est un élément normal, avec lequel il convient de « faire avec », comme tous les autres hommes qui ont vécu avant nous. Mais la nature des femmes, c’est une chose, et l’influence du monde moderne sur les femmes, c’en est une autre. 

Le marché sexuel moderne est « truqué » par un tas de mécanismes. Le principal mécanisme qui fausse le marché sexuel, c’est l’inflation. Plus précisément, le changement disproportionné de la valeur sexuelle (perçue) des femmes par rapport à celle des hommes peut s’expliquer par cette simple analogie économique. 

J’ai copieusement écrit sur « l’inflation de l’Ego féminin » dans le marché sexuel (pour rappel, vous pouvez acheter le livre « le déclin sexuel de la femme moderne » en cliquant ici). Je souhaite développer un peu différemment cette idée ici, en parlant d’inflation de la valeur sexuelle des femmes (et pas seulement d’inflation de l’Ego, comme je l’évoquais dans mes précédents écrits). Alors, certes, l’inflation « particulière » de l’Ego féminin est contenue, comprise, et inclue dans l’inflation « généralisée » de la VMS des femmes, mais je pense que cela peut avoir de l’intérêt de développer cette réflexion.

Et donc, qu’est-ce que l’inflation ? En économie, c’est le phénomène économique caractérisé par une hausse des prix générale et durable, et qui est dû le plus souvent à un accroissement excessif des instruments de paiement par rapport au volume des biens produits, ou au déséquilibre de l’offre et de la demande. Et donc, par extension, l’inflation correspond à l’accroissement ou au développement excessif de quelque chose. Dans une situation d’inflation, les prix augmentent, mais la valeur sous-jacente du bien ou de la chose reste la même (puisque c’est la quantité de monnaie en circulation qui augmente pour un même nombre de biens, la qualité du bien n’a donc pas varié dans le temps). Pour le dire clairement, vous payez « plus » pour obtenir « moins », et ce qui était « basique » devient soudainement « premium ».

Appliquez maintenant cela aux femmes, aux rencontres, aux relations et au mariage. Je pense que l’on peut certainement constater que la qualité des femmes a diminué, ou pour rependre mon analogie économique, que la qualité des femmes est restée la même mais qu’il faut augmenter la quantité « d’énergie masculine » pour obtenir la même femme (ou la même « qualité » de femme).

Je rappelle – au cas où ce serait nécessaire – que cela n’est pas une critique des femmes en tant que telles. La critique doit plutôt être portée sur l’environnement moderne, qui déforme le fonctionnement du marché sexuel pour tout le monde. 

Les attentes des uns et des autres ont été surévaluées. Les normes et les critères par lesquels chaque sexe juge l’autre ont été surévaluées. Les femmes estiment qu’elles « méritent » mieux. J’ai toujours trouvé l’emploi de ce verbe très drôle venant des femmes, car je le rappelle, mériter, c’est avoir ou obtenir droit à quelque chose, par sa conduite, ses qualités. Tout le monde, hommes et femmes (mais surtout les femmes, il faut bien le dire), estime qu’il a « droit » à un certain type de partenaires. Mais bien peu de gens réfléchissent aux « devoirs » qui doivent nécessairement accompagner les « droits » prétendument « mérités ». Les qualités et comportements qui font fonctionner un couple, une relation ou un mariage ne se développent pas au même rythme que les attentes. Et c’est précisément cela, l’inflation que j’évoque : un accroissement excessif des revendications féminines par rapport au volume des qualités comportementales des femmes en général.

Cet écart grandissant entre les revendications des femmes et ce qu’elles offrent en échange est un problème d’incitations. Beaucoup de femmes sont subtilement mais constamment conditionnées à considérer les valeurs traditionnelles comme « oppressives » ou « indignes » d’elles, et à rechercher plutôt des signes de statut social. Diplômes, influence, vanité, attention et choix. Quand toute une civilisation traite le sexe uniquement comme une monnaie d’échange, il n’est pas surprenant que les femmes se sentent plus désirables que jamais tout en étant moins disposées à fonder un foyer et à offrir quelque chose en retour.

Il est difficile de se fier aux différentes études et statistiques relatives au bodycount, je n’évoquerai donc pas de chiffres. En revanche, il y a des statistiques qu’il faut évoquer ici : le taux de fécondité. 1,56 enfant par femme en France, 1,67 aux Etats-Unis, 1,56 au Royaume-Uni, 1,39 en Allemagne, 1,21 en Italie (!) et 1,12 en Espagne. 

Les applications de rencontre et les réseaux sociaux amplifient l’hypergamie. Les femmes recherchent les 20 % d’hommes les plus attractifs, tandis que les pressions économiques rendent la vie de célibataire plus sûre. Un article publié en 2025 dans The Atlantic parle de « pénurie de candidats au mariage » aux États-Unis. Les adultes sont beaucoup moins susceptibles de se mettre en couple que dans les années 90.

L’homme moyen, le type 5/10 qui a un job et un petit appartement ou studio quelque part, est soumis à une pression concurrentielle intense. Change tes habitudes ! Gagne plus d’argent ! Deviens plus musclé ! Aie davantage confiance en toi ! Deviens un meilleur séducteur ! Améliore ton parcours pro et ton CV ! Résout tous tes traumatismes ! Tiens-toi droit ! Devient dangereux ! Mais soit aussi à l’écoute ! Deviens très discipliné ! Mais laisse la porte ouverte à l’imprévu ! Soit mystérieux ! Mais livre-toi aussi dans ton intimité ! Etc… 

Pourquoi ce discours n’est-il presque jamais dirigé vers les femmes ? Parce que nous avons construit une société où la validation des femmes est rentable, et où demander aux femmes de s’améliorer est quasiment un crime contre l’humanité. Le marché ne récompense pas ceux qui disent aux femmes : « Améliorez-vous, mûrissez et soyez sérieuses. Apprenez les compétences qui permettent de fonder un foyer et cessez de vivre dans le seul but d’attirer l’attention ». Ceci est le moyen le plus rapide de passer pour un gigantesque INCEL si vous tenez ce genre de discours aux femmes. Ce que les femmes veulent entendre, c’est le discours suivant : « vous êtes parfaites telles que vous êtes, ne changez jamais, vous méritez mieux, plus vos critères sont élevés, plus vous êtes une femme émancipée, toute critique qui vous est faite est nécessairement une critique misogyne ». 

On se retrouve donc avec un processus d’amélioration personnelle unilatéral, dans lequel seuls les hommes doivent s’améliorer, et dans lequel critiquer les femmes est immédiatement qualifié de « misogynie ». La misandrie et la haine des hommes sont des arguments balayés d’un revers de main comme étant hors-sujets.

En synthèse, le marché sexuel actuel est donc caractérisé par deux phénomènes négatifs : l’inflation de la valeur sexuelle féminine et le déséquilibre des exigences. Le « prix » à payer par les hommes (énergie, argent, statut) pour obtenir une partenaire a explosé, alors que la « qualité » ou l’investissement des femmes (volonté de fonder un foyer, compétences domestiques) a diminué. On exige par ailleurs des hommes qu’ils optimisent sans cesse leur physique, leurs revenus et leur compétences sociales et leur compétence en matière de séduction, tandis que la société valide les femmes « telles qu’elles sont », les poussant à une hypergamie accrue via les réseaux sociaux et les applications de rencontre. 

La fausse solution au marché sexuel : les femmes « traditionnelles ». 

Il faut également prêter attention à cette sorte d’illusion par laquelle certaines femmes font semblant de s’améliorer, dans le seul but de trouver un partenaire (ou un public), mais sans vraiment effectuer des changements de fonds. Ce type de femmes, que sont les femmes prétendument « tradi », ne semblent se tourner vers la « Tradition » (quel que soit le sens que ces femmes donnent à ce terme…) uniquement lorsqu’il s’agit de trouver un homme traditionnel et fidèle, mais sans faire les efforts de discipline, d’amélioration, de changement de mode de vie que les hommes, eux, ont véritablement effectués. Les femmes « tradi » s’attendent à être pleinement acceptées et à bénéficier des avantages d’une relation traditionnelle, mais s’indignent dès que les hommes demandent aux femmes d’être véritablement traditionnelle (et pas seulement de se montrer « tradi » sur les réseaux sociaux).  

Immense ironie dans cette situation, car la société dépeint assez fréquemment les hommes comme « obstinés » et les femmes comme « flexibles ». Pourtant, les hommes sont plus enclins à changer d’emploi, à déménager ou à modifier leurs habitudes lorsqu’ils sont confrontés à des critiques ou à de nouvelles informations. Les femmes, à qui l’on répète sans cesse « tu es parfaite telle que tu es », réagissent souvent de manière beaucoup plus négative à toute critique. Les publicitaires l’ont compris il y a des décennies, car le message est simple et « fais du bien » :  valider sans cesse les femmes, culpabiliser sans relâche les hommes. « Elle mérite tout » et lui « n’en fait jamais assez ».

Qu’on me comprenne bien : il existe, dans le discours « tradwife » (et éléments assimilés), des idées parfaitement justifiées. Oui, nous sommes d’accord sur le fait que la « féminité moderne » a été réduite au « carriérisme », à la recherche constante d’attention sur les réseaux sociaux, à la libération sexuelle, et plus généralement, à ce qu’on peut appeler « l’indépendance performative ». Toutefois, il faut souligner également la contradiction fondamentale qui existe chez toutes les femmes qui souhaitent se faire passer pour « tradi » : il y a une contradiction en ce que les femmes « tradi » font exactement la même chose que les autres femmes, à savoir, rechercher de l’attention sur les réseaux sociaux, mais avec des « postures traditionnelles performatives ». Une bonne moitié des contenus « traditionnels » ne sont que du cosplay « robe à fleur dans les champs ». Le fait de se faire passer pour une femme réservée, discrète et humble, en se filmant en 4K avec différentes prises de vue pour poster des vidéos sur les réseaux sociaux, est quand même assez ironique. Ces filles « tradi » disent aux autres filles de se déconnecter et d’arrêter de rechercher l’attention des hommes, alors qu’elles font très exactement… ce qu’elles condamnent chez les autres.

Même les femmes « de droite » ou « tradi », qui exigent des valeurs et un comportement traditionnel de la part des hommes, adorent adopter des valeurs modernes quand cela leur convient, quand ça les arrange. Je dirai même que les femmes qui se présentent de cette manière sont encore plus dangereuses que les féministes progressistes assumées, car dans les deux cas, ces femmes veulent conserver une certaine vision moderne des relations hommes-femmes, mais les femmes de droite ou « tradi » exigent un comportement traditionnel de la part des hommes, sans réellement adopter elles-mêmes un comportement et des valeurs traditionnelles. 

Ainsi, je ne perçois pas dans un éventuel « retour à la tradition » des femmes (pour peu que ce « retour » soit authentiquement authentique) une solution aux dérives actuelles du marché sexuel. Je suis toujours (et j’ai toujours été) particulièrement sévère envers les femmes se revendiquant « traditionnelles » sur Internet, car j’y vois une posture performative pour attirer l’attention sans en accepter les devoirs réels. J’attends toujours qu’on me démontre que j’ai tort sur ce point. 

Vers l’obsolescence du masculinisme ? 

Il faut maintenant se demander si la RedPill apporte de bonnes solutions à ce problème. Il est bon de faire son auto-critique et de se demander si les analyses de l’androsphère et du masculinisme en général sont toujours pertinentes. Selon moi, le diagnostic RedPill est toujours d’actualité : la société gynocentrée favorise l’hypergamie féminine, les femmes ont plus d’options que jamais, et les hommes doivent tenir compte de la nature féminine s’ils veulent naviguer dans le marché sexuel moderne de façon optimale, tout en tenant compte des évolutions sociétales et technologiques qui impactent le comportement féminin.

Toutefois, est-ce que les conseils donnés par l’androsphère sont toujours aussi bon que ceux donnés dans les débuts de la RedPill (années 2000-2010) ? De nombreux influenceurs masculinistes (ou assimilés, même s’ils ne revendiquent pas cette appellation) conseillent aux jeunes hommes de coucher à droite ou à gauche sans s’engager. (C’est ce que je conseille moi-même dans de nombreux articles). En un sens, c’est tout ce qu’un homme peut faire à son échelle : traiter les femmes comme des « options », dans cette économie moderne de l’attention, car un seul jeune homme à lui seul ne peut pas contrer les formidables forces de la révolution sexuelle. Alors, effectivement, autant abandonner et s’amuser autant que possible. En d’autres termes, il y a une contradiction fondamentale dans le discours masculiniste (et je m’inclus très honnêtement dans cette critique) : nous recommandons aux hommes d’avoir un maximum de relations sexuelles avec un maximum de femmes… tout en condamnant les femmes qui ont un bodycount élevé. Ne serions-nous pas nous aussi en pleine contradiction ? 

Le féminisme a détruit les relations conjugales, a fait chuter les taux de natalité/fécondité, et a amoindri la qualité des relations hommes/femmes. Mais qu’avons-nous à proposer fondamentalement ? De multiplier les conquêtes sans jamais construire quoi que ce soit de réel ? De coucher avec de nombreuses femmes ? Dans le but d’impressionner qui, exactement ? Quel est l’intérêt de faire cela ? En fin de compte, c’est assez vide, surtout passé un certain âge. 

Bref, je réfléchis beaucoup en ce moment à cette contradiction majeure : conseiller aux hommes de multiplier les conquêtes sans s’engager contribue paradoxalement à la destruction de la natalité et à la vacuité des relations que je déplore par ailleurs. 

Comment refonder la Pilule Rouge et le Masculinisme ? 

Nous en arrivons à la partie la plus difficile de cet article critique : comment résoudre la contradiction que j’évoquais plus haut ? Comment rester pertinent en 2026 ? 

Je suis vraiment perturbé en ce moment parce que, d’un côté, je me refuse d’abandonner la praxéologie de la Pilule Rouge : cette dernière fonctionne, elle a fait ses preuves, elle explique correctement et avec précisions les dynamiques hommes-femmes, elle permet de s’améliorer en tant qu’homme, elle permet à un homme d’adopter de bonnes techniques de séduction, d’avoir un bon état d’esprit, de comprendre le marché sexuel moderne, et de maitriser l’instinct hypergamique des femmes à son avantage. Mais d’un autre côté, à l’échelle de la société, nous ne pouvons pas passer toute notre vie à multiplier les partenaires sans fonder de familles, nous ne pouvons pas laisser le taux de natalité/fécondité s’effondrer, nous ne pouvons pas ne plus faire d’enfants, nous ne pouvons pas jouer éternellement à la guerre des sexes et à se contenter de critiquer les femmes, en particulier quand la majorité des hommes ne valent pas forcément mieux que la majorité des femmes. 

La contradiction qui consiste à vouloir des femmes « vertueuses » tout en encourageant la multiplication des conquêtes éphémères ne me paraît plus vraiment tenable en 2026. Mais « en même temps », je ne souhaite pas encourager les hommes à vouloir à tout prix se mettre en couple avec des femmes qui ont un bodycount élevé. Si l’on recommande cela, c’est la stratégie sexuelle féminine qui « gagne » : les femmes peuvent « s’amuser » pendant toute leur jeunesse, et il y aura bien un homme « Beta » pour la demander en mariage. Mais si on laisse la stratégie sexuelle masculine l’emporter, alors les hommes continueront eux aussi de s’amuser sans jamais épouser de femmes – ou à fonder des foyers trop tardivement – et cela ne risque pas de faire augmenter le taux de natalité. 

Une solution pourrait être de recommander aux hommes d’agir en accord avec le modèle de société qu’ils souhaitent. Ainsi, celui qui déplore la fin de la famille ou la baisse de natalité n’a qu’à refuser d’adopter la stratégie du séducteur, se marier tôt, et faire des enfants. Et inversement, celui qui souhaite s’amuser peut multiplier les conquêtes (mais il faudra alors ne pas être étonné si la majorité des femmes ont un bodycount élevé et que les femmes ne sont pas ou plus « tradi »). Le problème, avec la solution qui consiste à dire que « chaque homme fait ce qu’il veut », c’est qu’une seule et unique société ne peut pas être à la fois « permissive » et « restreinte » sur le plan sexuel. C’est soit l’un, soit l’autre, mais pas les deux. 

En fait, la contradiction que je souhaite résoudre est davantage un décalage entre valeurs/comportements, plutôt qu’une pure contradiction d’ordre intellectuel. Je m’explique : à mon échelle et dans ma vie, je ressens une dissonance cognitive entre mes valeurs personnelles (droite, ordre, tradition, famille, enfants) et mon comportement individuel (consumérisme sexuel, validation sexuelle, modernité). Je suis bien content d’avoir connu de nombreuses femmes, d’avoir couché avec un grand nombre de filles, et aussi d’être resté longtemps en couple avec certaines d’entre elles. Mais je ne peux pas non plus me présenter comme un authentique défenseur des valeurs de droite. 

Une solution pourrait être de rappeler que, de toute façon, toute cette réflexion ne concerne qu’un nombre extrêmement limité d’hommes : ceux qui ont pris la Pilule Rouge. A l’échelle de la société toute entière, le nombre d’homme qui maitrisent la RedPill est une infime minorité. Mais peu importe le nombre : cette question ne mérite pas moins d’être posée, même si elle concerne que très peu de monde. 

Une autre solution pourrait être d’accepter, d’intégrer et de revendiquer pleinement cette contradiction : il est possible d’affirmer qu’il n’existe finalement aucune une tension entre recommander aux hommes d’avoir un maximum de relations tout en méprisant les femmes qui font de même, dans la mesure où les hommes et les femmes sont différents. 

Les plus fins connaisseurs de l’androsphère me feront très justement remarquer qu’il existe déjà une solution à cette contradiction : la « Purple Pill ». La « Purple Pill » n’est ni du côté masculiniste/redpill, ni du côté gynocentrique/bluepill. Les personnes qui adoptent cette position ne sont souvent ni masculinistes, ni féministes.  Le terme « Purple Pill » a été inventé parce que la couleur violette est une couleur intermédiaire entre le bleu et le rouge, et qu’elle permet ainsi un espace propice à une discussion nuancée, plutôt que les chambres d’écho qui peuvent parfois prévaloir d’un côté ou de l’autre. Mais je vois essentiellement cette position comme une position de demi-molle, de demi-habile. J’ai l’impression, le sentiment, l’intuition que je peux proposer mieux que ça.

Je souhaite donc terminer cet article sur une note « évolienne ». 

Dans son ouvrage « Chevaucher le tigre », Julius Evola constate que la civilisation traditionnelle est définitivement morte et que nous vivons dans l’ère du Kali Yuga (l’âge sombre).

L’idée centrale du livre est qu’il est impossible de lutter frontalement contre les forces de la modernité. Il faut donc apprendre à les utiliser pour ne pas être détruit par elles. Le « tigre » dont il est question représente les forces de dissolution du monde moderne : le matérialisme, le nihilisme, la technologie effrénée et la perte des repères spirituels. On ne peut ni fuir le tigre, ni le combattre. Il faut donc apprendre à le « chevaucher », c’est-à-dire utiliser les forces modernes, vivre dans le monde moderne, mais sans en faire véritablement partie. Il faut ainsi conserver une structure intérieure solide, en conservant un détachement par rapport aux conditions dans lesquelles nous sommes obligés de vivre. 

En suivant ces principes et en les appliquant au sujet qui nous intéresse ici, je pense que l’homme moderne doit éviter de se réfugier dans des conceptions des relations hommes/femmes qui ne sont plus valables aujourd’hui. L’homme moderne doit accepter de vivre dans le marché sexuel actuel, mais en restant « imperméable » à l’influence du matriarcat moderne.

Evola suggère que les expériences de la modernité peuvent être utilisées comme des épreuves initiatiques : au lieu de subir le vide laissé par la mort des valeurs anciennes, l’homme doit utiliser les forces destructrices du monde moderne pour affirmer sa propre liberté intérieure.

Dans le domaine de l’amour et de la sexualité, Evola prône une approche qui dépasse le romantisme pour retrouver une dimension sacrée ou « dionysiaque », sans tomber dans la déchéance purement animale.

Le masculinisme ainsi « refondé » devrait pouvoir proposer quelque chose de semblable, notamment en enterrant définitivement le romantisme, et la conception moderne du « couple », du « mariage » et de la « famille », de même que la conception moderne du « féminisme », du « progrès » ou de la « libération sexuelle ». Il faut transcender l’une et l’autre de ses positions « par le haut », si je puis le décrire ainsi.

Le couple est en effet totalement mort. Vous ne trouverez pas la femme parfaite, l’épouse idéale, parmi les femmes modernes. Il faut définitivement oublier l’idée (Pilule Bleue) que vous trouverez « l’âme sœur ». Il faut oublier l’idée du « couple traditionnel » tel qu’il est présenté par la « drouate ». Il faut également ne pas tomber dans le pure consumérisme sexuel dégénéré, et chercher à dépasser les conditions actuelles pour trouver un épanouissement relationnel, sentimental et sexuel qui transcendent à la fois les formes passées et les formes actuelles des relations H/F. C’est à cela que je réfléchis actuellement, afin de proposer un masculinisme qui soit vraiment pertinent et adapté à notre période du Kali-Yuga.