La Prashna Upanishad et son commentaire de Shankarâchârya (II).

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MAINTENANT LA DEUXIÈME QUESTION

Sb. — On a dit (dans ce qui précède) que le prâna est le mangeur, le maître des créatures. La présente question est introduite en vue d’établir dans ce corps cette nature de progéniteur universel, de mangeur.

1. Alors Bhârgava Vaidarbhi demanda : Vénérable, combien y a-t-il de dévas qui supportent la créature ? Quels sont ceux qui l’illuminent ? Et lequel d’entre eux est le meilleur ?

Sb. — Ensuite, Bhârgava Vaidarbhi demanda : Vénérable, combien y a-t-il de dévas qui supportent spécialement la créature caractérisée par un corps ? Parmi ces divers organes d’action et de connaissance, quels sont ceux qui manifestent leur majesté, leur gloire ? Dans cet ensemble d’effets et de causes, qui est le plus éminent ?

2. Le Sage lui dit : L’âkâsha est, en vérité, ce déva ; (c’est aussi) le vent, le feu, l’eau, la terre, la voix, le mental, la vue et l’ouïe. Ceux-ci, manifestant (leur majesté), disent : c’est nous qui assurons la stabilité de cette flèche et qui la supportons !

Sh. — À celui qui l’interrogeait, le Sage répondit : Ce déva est l’âkâsha ou éther, le vent, le feu, l’eau et la terre, en d’autres termes, les cinq grands éléments dont est fait le corps ; c’est la voix, le manas ou mental, la vue et l’ouïe, bref, les organes d’action et de perception. Ces dévas, effets et causes d’un corps vivant, manifestent leur majesté (mâhâtmya) en revendiquant chacun pour soi la supériorité. Ils disent : c’est nous qui, assurant la stabilité de cet ensemble d’effets et d’instruments (d’action et de perception), le soutenons tout spécialement, comme les piliers qui empêchent un palais de tomber. Chacun pense : c’est moi seul qui supporte le tout.

3. Celui qui leur était supérieur, le prâna, leur dit : Détrompez-vous ! C’est moi qui, m’étant divisé en cinq, assure la stabilité de cette flèche et la supporte ! Les autres restèrent incrédules.

Sh. — À ceux qui ainsi étaient infatués d’eux-mêmes, le plus éminent, celui qui vient en premier, le prâna, dit ceci : Que le manque de discernement cesse de vous égarer ; abandonnez cette fausse opinion de vous-mêmes, car c’est moi qui, me départageant en cinq modalités et assurant la stabilité de cette flèche, la supporte. Tandis qu’il parlait de cette façon, les autres refusaient de le croire. Alors il arriva ceci :

4. Indigné, il fit mine de s’échapper et comme il s’élevait, tous les autres s’élevèrent, et comme il se posait, tous les autres se posèrent. C’est ainsi que les abeilles s’envolent pour suivre la reine quand elle prend son vol et se posent quand elle se pose. De même, la voix, le mental, la vue, l’ouïe et les autres (dévas), étant satisfaits, louent le prâna.

Sh. — Et lui, le prâna (le souffle vital), constatant que les autres ne le croyaient pas, fit semblant de s’échapper du corps sous l’effet de l’indignation. Ce qui arriva quand la colère le rendit indifférent (aux conséquences de son départ) est exprimé au moyen d’une comparaison. Comme il s’élevait, aussitôt les autres, les différents prânas ou souffles secondaires, la vue, etc., se portèrent vers le haut, et lorsque le prâna s’immobilisa, tous en firent autant. On observe la même chose avec les abeilles qui s’envolent à la suite de la reine et qui se posent avec elle. C’est ainsi que la voix, le mental, la vue, l’ouïe, tous, ayant abandonné leur incrédulité, comprenant la majesté (éminente) du prâna, réjouis (de sa présence), louent le prâna, le souffle essentiel. Voici comment :

5. Il est Agni, le feu ardent, il est le Soleil Sûrya, le nuage, le vent ; Indra c’est lui ; ce déva est (à la fois) la Terre et la Lune, ce qui est et ce qui n’est pas (perceptible), et il est aussi l’ambroisie, le breuvage d’immortalité.

Sh. — Ce prâna, étant Agni, brûle, flamboie. De même, étant le Soleil Sûrya, il éclaire (tout). Comme nuage, il déverse la pluie. Bien plus, en tant qu’Indra le Magnanime, il protège les créatures et extermine les démons et les esprits malfaisants. Il est le vent Vâyu sous ses (sept) aspects : âvaha, « celui qui apporte », pravaha, « celui qui met les astres en branle », etc. Il est aussi la large Terre (féconde), la Lune en tant que rayi ou nourriture ; déva de tout l’univers, il est le corporel et l’incorporel, et il est aussi l’ambroisie dont dépend l’existence des dieux. En résumé :

6. Comme les rayons d’une roue dans leur moyeu, tout est établi en prâna, les incantations du Rig, du Yajur et du Sâma Véda, le sacrifice, la fonction guerrière et la fonction brahmanique.

Sh. — Comme les rayons dans le moyeu d’une roue, toutes choses depuis la foi jusqu’au nom, aussi longtemps qu’elles durent, sont établies en prâna. Il en est ainsi pour les mantras ou formules incantatoires du Rig, du Yajur et du Sâma Véda, pour le sacrifice, etc., qu’elles permettent de célébrer, la fonction guerrière (efficace) dans la protection de tous et la fonction brahmanique compétente dans l’accomplissement du sacrifice et des autres actions rituéliques. Le prâna est tout. Ceci encore :

7. Maître des créatures, tu te meus dans les entrailles et c’est toi qui renais. C’est à toi, à prâna, que ces créatures apportent l’offrande, à toi qui te tiens dans les (différents) souffles.

Sh. — En tant que maître des créatures, tu vas dans les entrailles et renais en reproduisant la forme du père et de la mère. Que tu possèdes la nature du père et de la mère est déjà prouvé par le fait que tu es le progéniteur universel. En d’autres termes, le prâna, unique, est l’âtman ou essence de tout sous les apparences des innombrables formes prises par les corps et les incorporés. C’est à toi, pour toi, à prâna, que ces créatures, les hommes et les autres êtres, apportent l’offrande (de leur existence) par le canal de leurs yeux et des autres organes. Puisque tu te tiens dans tous les corps avec les (différents) prânas, dans les yeux et les autres sens (qu’ils animent), c’est à toi qu’il convient d’apporter l’offrande (de tout ce qui est accompli, pensé, éprouvé). Car tu es le jouisseur (au centre de toute jouissance) et ainsi tout le reste est pour toi nourriture.

8. Tu es le meilleur messager auprès des dévas, la première oblation aux ancêtres. Tu es le véritable accomplissement des rishis d’Atharvan et d’Angiras.

Sh. — Tu es celui qui sais le mieux transmettre l’oblation à Indra et aux autres dieux. La nourriture offerte aux ancêtres dans la cérémonie nândi passe avant le dieu principal et c’est toi qui la portes aux mânes. Comme la Révélation nous enseigne que « prâna en vérité est Atharvan » et comme « les rishis d’Atharvan et d’Angiras » signifie les prânas, les yeux et les autres organes de connaissance dont le prâna est la sève, tu es l’action, le geste véritable, efficace, qui nous permet de conserver ce corps.

9. Tu es Indra, ô prâna ; par ta vigueur tu es Rudra et (aussi) celui qui protège de partout. Tu te meus dans l’espace intermédiaire, tu es le Soleil Sûrya, le maître des luminaires.

Sh. — Tu es Indra, c’est-à-dire le Seigneur suprême, ô prâna, tu es Rudra par ta vigueur, détruisant le monde, ou le protégeant de toutes parts avec ton aspect favorable tant qu’il dure. Tu te meus sans cesse dans l’espace intermédiaire. Tu es Sûrya se levant et se couchant, tu es le maître de tous les luminaires.

10. Lorsque tu répands la pluie, ô prâna, ces créatures sont dans la joie, pensant : il y aura de la nourriture autant que nous en désirons.

Sh. — Quand, sous forme de nuage, tu répands la pluie, alors ces créatures, ayant obtenu de la nourriture, respirent, déploient leur activité. Ou bien, ô prâna, ces créatures qui sont tiennes, identifiées avec toi, parce que sustentées par toi, se réjouissent à la seule vue de la pluie que tu déverses, elles sont comme ayant trouvé le bonheur. Ce n’est pas tout :

11. Tu es impurifié, ô prâna ; tu es le feu ekarishi, le mangeur, le maître excellent de tout. Et c’est nous qui donnons la nourriture, à toi qui es le père, à Mâtarishvan !

Sh. — Étant le premier né et en l’absence de tout autre pour te purifier, tu es impurifié, autrement dit : tu es pur par ta propre nature. Tu es, ô prâna, le mangeur de toutes les oblations, le feu connu sous le nom ekarishi par les fidèles de l’Atharva-Véda. Tu es le maître de tout ce qui existe ou le bon maître. En retour, nous t’apportons l’offrande qui sera consommée par toi. Tu es notre père, ô Mâtarishvan ! Ou bien : tu es le père du vent appelé Mâtarishvan. Et ainsi il est établi que tu es le père de tout l’univers. En résumé :

12. Ta forme qui est dans la voix, celle qui est dans l’oreille, dans l’œil, et celle qui demeure dans le mental, rends-la propice ! Ne t’échappe pas en haut !

Sh. — Cette forme (déterminée) de toi, qui est dans la voix, où elle préside à la fonction de la parole, qui est dans l’oreille, dans l’œil, et celle qui, dans le mental, exerce successivement les actes de volition, etc., rends-la favorable, ne la rends pas funeste par ton départ !

13. Tout ceci est assujetti à prâna, et de même ce qui réside dans les trois cieux. Comme une mère ses fils, protège-nous, accorde-nous prospérité et intelligence !

Telle est la deuxième question dans la Prashna Upanishad de l’Atharva-Véda.

Sh. — Tout ce qui existe dans ce monde-ci est sous la dépendance de prâna, et de même ce qui, dans les trois cieux, est pour les dévas et les autres êtres un objet de jouissance. Prâna est le Seigneur, le protecteur et c’est pourquoi il est dit : protège-nous comme une mère protège ses enfants. Puisque les dignités qui sont le lot des brahmanes et des guerriers sont imparties par toi, dispense-nous cette richesse et cette connaissance que l’on conserve grâce à toi.

C’est ainsi qu’a été déterminé le prâna, qui est le maître des créatures, le mangeur (universel), dont la puissance souveraine est mise en lumière par sa nature d’âtman de tout ce qui existe, par la voix et les autres dévas, par les (différents) prânas et par sa louange.

Telle est la deuxième question dans le Commentaire de la Prashna Upanishad du vénérable Shankarâchârya, disciple du vénéré Govinda, instructeur des ascètes errants Paramahansa.

MAINTENANT LA TROISIÈME QUESTION

1. Alors Kausalya Âshvalâyana demanda : Vénérable, d’où naît ce prâna ? Comment vient-il dans ce corps ? Comment, en se départageant, y réside-t-il ? Par quel moyen en sort-il ? Comment tient-il (en son pouvoir) ce qui est extérieur et ce qui est intérieur ?

Sb. — Alors Kausalya Âshvalâyana demanda : Bien que les (différents) prânas (avec les autres principes constitutifs du corps), reconnaissant la majesté du prâna, aient déterminé sa véritable nature, cette grandeur est peut-être l’effet d’un assemblage. C’est pourquoi, Vénérable, je demande d’où, en vertu de quelle cause, naît le prâna ainsi déterminé ? Une fois né, par quelle opération vient-il dans ce corps ? En d’autres termes, qu’est-ce qui l’amène à se saisir de ce corps et, entré dans celui-ci et se subdivisant, de quelle façon y réside-t-il ? Par quel moyen, sous quelle modalité, s’échappe-t-il de ce même corps vers le haut ? Comment possède-t-il et confère-t-il la suprématie sur ce qui est extérieur, les éléments grossiers et leurs divinités tutélaires, et sur ce qui est intérieur ?

2. Il lui dit : tu poses des questions ardues mais je te répondrai, car tu es versé en Brahma.

Sh. — Interrogé ainsi, le maître lui répondit : prâna est très difficile à connaître. C’est un sujet de questions embarrassantes, et tu vas jusqu’à t’enquérir de son origine ! Néanmoins, parce que tu connais Brahmâ éminemment, je te répondrai.

3. Le prâna naît de l’âtman. Comme cette ombre sur l’homme qui est là, il est étendu sur Cela. Il vient dans ce corps par l’action du karma.

Sh. — Le prâna tel qu’il vient d’être décrit naît de l’âtman, l’entité (Purusha) suprême, impérissable, ce qui (seul) est vrai. Comment ? Voici une comparaison : comme sur cette terre un homme (purusha), constitué d’une tête, de pieds, etc., est la cause avec comme effet une ombre, de même le principe appelé prâna est étendu sur Brahma, forme mensongère projetée sur l’Entité qui (seule) est (véritablement).

4. De même qu’un râja enjoint à ses intendants : habitez et surveillez tels et tels villages, ainsi le prâna répartit (ici et là) les différents prânas.

Sh. — Comme dans le monde c’est le souverain lui-même qui assigne à ses intendants différents villages en leur disant : vous surveillez celui-ci et vous celui-là, de même le prâna principal place, selon leur rang (dans le corps), les prânas (subordonnés), l’œil et les autres (fonctions corporelles qu’ils animent), qui sont comme autant de portions de lui-même.

5. Dans les organes d’excrétion et de génération, le souffle subtil apâna ; dans les yeux et les oreilles, la bouche et le nez, se tient le prâna lui-même. Dans le milieu loge le souffle samâna, qui distribue en tous sens la nourriture ingérée. Et ainsi il y a sept flammes.

Sh. — Dans les organes d’excrétion et de génération se tient la portion (appelée) apâna, qui expulse l’urine, les excréments, etc. Dans l’œil et l’oreille et sortant par la bouche et le nez, occupant la place du souverain se tient le prâna lui-même. Au milieu, entre le prâna et l’apâna, dans le nombril, se tient le souffle samâna, appelé ainsi parce qu’il rassemble la nourriture solide et liquide. Du fait que le souffle samâna précisément rassemble, jette d’une façon égale (samam) dans le feu central (âtmâgni) ce qui est bu et mangé, par suite de la combustion intérieure des aliments solides et liquides ainsi obtenue et parvenant à l’endroit du cœur, sortent de la tête sept flammes ou lumières. Ceci signifie que les perceptions telles que vision, audition, etc., sont éclairées (au sens d’actualisées) au moyen du prâna.

6. Dans le cœur réside l’âtman. Là il y a cent et un canaux (subtils). Chacun a cent branches qui ont chacune soixante-douze mille ramifications. En eux circule le souffle vyâna.

Sh. — Dans le cœur, exactement dans l’âkâsha du cœur, délimité par une particule de chair ayant la forme d’un lotus, réside l’âtman, c’est-à-dire le corps subtil lié à l’âtman. Là, dans ce cœur, il y a cent et un canaux subtils fondamentaux (nâdîs). Chacun de ceux-ci se subdivise en cent branches qui se subdivisent à leur tour en soixante-douze mille ramifications. Celles-ci sont comptées par rapport aux cent branches et sont par rapport aux canaux fondamentaux des sub-subdivisions. Dans ces canaux circule le souffle vyâna, appelé ainsi en raison de sa diffusion (vi). Le vyâna, en effet, pénètre le corps entier par ces canaux qui émanent en tous sens du cœur comme les rayons du Soleil. Il réside plus particulièrement dans les jointures, le tronc et les parties vitales et sa modalité provoquée entre les modalités (grossières) du prâna et de l’apâna permet d’accomplir des actes puissants.

7. Maintenant, par un de ces canaux, lequel est tourné vers le haut et s’appelle sushumnâ, le souffle udâna conduit l’homme pur dans un monde pur, l’homme impur dans un monde impur, et avec l’une et l’autre qualités dans le monde de l’homme.

Sh. — Par une de ces cent et une nâdîs, laquelle se dirige vers le haut et s’appelle sushumnâ, le souffle udâna, qui circule de la plante des pieds jusque dans la tête, emmène dans un monde pur tel que le séjour d’un déva comme conséquence d’un karma méritoire, conforme aux Écritures. Avec un karma mauvais contraire au précédent, dans un monde impur, tel que la matrice d’un animal. Il conduit dans le monde humain quand il y a une part égale de l’un et l’autre karma.

8. Le Soleil (âditya) est en vérité le prâna extérieur. Il se lève favorisant le prâna dans les yeux tandis que la divinité qui régit la Terre établit par en bas l’apâna. Dans l’intervalle se tient l’âkâsha. Celui-ci est samâna et le vent est vyâna.

Sh. — Le Soleil (âditya), qui possède de toute évidence la suprématie parmi les dévas, est le prâna extérieur. Il favorise le prâna intérieur en manifestant (le monde des formes) dont il éclaire la perception par les yeux. De même la divinité (devatâ) bien connue comme détentrice de la Terre, établissant, attirant, contrôlant par en bas la modalité apâna, favorise le prâna (intérieur) par cette attraction ; autrement on sait que le corps tomberait par la pesanteur ou s’envolerait à loisir. « Dans l’intervalle », au milieu, entre le Ciel et la Terre, il y a l’âkâsha, qui désigne ici par métonymie l’air qui s’y trouve, comme on dit « la terrasse » pour désigner la réunion de gens qui s’y tient. Cet air est le samâna extérieur et favorise le samâna intérieur par son identité (sâmânya) avec le samâna dans l’espace intérieur. Il favorise le vyâna (interne) par une diffusion commune sous l’aspect du vent.

9. La chaleur lumineuse est, en vérité, udâna. C’est pourquoi ceux chez qui elle s’affaiblit s’acheminent vers une autre naissance avec leurs sens résorbés dans le mental.

Sh. — La chaleur lumineuse extérieure appelée tejas, celle que tout le monde connaît, est dans le corps le souffle udâna, ce qui veut dire qu’elle favorise le souffle udâna par son rayonnement intime. Parce que la nature lumineuse interne, qui est favorisée par la même chaleur externe, provoque par essence la sortie (ou élévation), quand ici-bas elle est amoindrie chez un homme, on sait que sa vitalité est épuisée et qu’il va mourir. Il s’achemine alors vers une nouvelle naissance, un autre corps. Comment ? Avec ses sens, la voix et les autres facultés, résorbés, se retirant dans le mental.

10. Avec la pensée (qui le domine), il accède au prâna. Le prâna, uni à la chaleur lumineuse, le conduit, avec l’âtman, au monde tel qu’il l’a conçu.

Sh. — Avec la pensée qu’il avait au moment de la mort, ses sens étant résorbés, il accède à l’activité du prâna. En d’autres termes, au moment de la mort, l’activité des sens étant abolie, son état se réduit à l’activité du prâna principal. Alors ses proches disent : il respire, il vit encore. Mais le prâna, étant uni à tejas, à l’activité d’udâna, avec l’âtman (plus exactement avec le jouisseur de l’existence conditionnée), sous l’emprise du karma bon et mauvais, par tejas, par l’activité de l’udâna, conduit ce jouisseur dans le monde qu’il a conçu, désiré.

11. À celui qui sait ainsi, une descendance ne fait jamais défaut et l’immortalité lui appartient. Il est encore dit ceci :

Sh. — À celui qui connaît le prâna de cette façon, avec les caractéristiques qui viennent d’être décrites (son origine, etc.), échoit un fruit dans ce monde-ci et dans l’autre. De celui-là la descendance (fils, petit-fils, etc.) n’est jamais interrompue et quand il abandonne son corps, par son identification (consciente) avec le prâna (dans toute son extension), il devient immortel. Voici une formule (mantra) qui l’explique brièvement.

12. Connaissant l’origine et la venue du prâna, sa station, sa quintuple toute-puissance et sa nature de soi interne, il jouit de l’immortalité, certes, il jouit de l’immortalité.

Telle est la troisième question dans la Prashna Upanishad de l’Atharva-Véda.

Sh. — Du prâna (comme de toutes choses) l’origine (ou réalité hors de laquelle il n’y a rien) est l’âtman suprême. Sa venue dans le corps s’opère par le mental. Sa station correspond à sa localisation dans les différentes parties du corps. Sa quintuple toute-puissance est comparable à celle d’un maître autonome. Comme un souverain, il établit les prânas (subordonnés) dans leurs fonctions respectives. Sa nature de soi interne (adhyâtmam) se manifeste extérieurement sous la forme du Soleil, etc., et réside dans l’œil, etc. Connaissant le prâna ainsi (par une méditation effective), on jouit de l’immortalité. La répétition des derniers mots indique que la question (posée au début) est résolue.

Telle est la troisième question dans le commentaire de la Prashna Upanishad du vénérable Shankarâchârya, disciple du vénéré Govinda et instructeur des ascètes errants Paramahansa.

Traduit du sanscrit et annoté par RENÉ ALLAR.