Pourquoi nous gardons nos mauvaises habitudes.

Si vous examinez votre existence et que vous y décelez certaines habitudes ou certains comportements qui, de prime abord, semblent vous causer beaucoup de tort, de détresse ou de difficultés, mais que vous éprouvez néanmoins des peines à les éliminer ou à les remplacer par une variante plus adaptative : suivez la « fonction » de cette habitude. Quel rôle ce comportement joue-t-il dans le contexte de votre vie ? Il doit nécessairement remplir une fonction, sans quoi il n’existerait plus.

Même lorsqu’un comportement est qualifié de dysfonctionnel, souvenez-vous que le mot « dysfonctionnel » contient avant tout le mot « fonction ». La plupart des éléments dysfonctionnels sont, en réalité, fonctionnels ; ils créent simplement des problèmes additionnels qui s’ajoutent à celui qu’ils étaient censés résoudre. 

Dans la grande majorité des cas, les habitudes inadaptées, les vices ou les comportements problématiques remplissent une fonction qui, dans l’esprit de l’individu, représente un bénéfice net.

À titre d’exemple, je connais des personnes souffrant d’inquiétude chronique. Elles s’inquiètent en permanence, des centaines de fois par jour. Elles savent rationnellement que la plupart de leurs préoccupations ne se réaliseront jamais, et pourtant, elles se sentent impuissantes à bloquer cette compulsion. Elles résistent souvent aux tentatives d’intervention pour traiter le problème. Cela est dû à la fonction que ce comportement remplit dans leur vie : selon leur propre expérience subjective, elles sont convaincues, à un niveau profond, que l’inquiétude les maintient en sécurité. Elles estiment que si elles ne s’inquiétaient pas de l’avenir, elles seraient encore plus exposées et vulnérables qu’elles ne le sont déjà.

Par conséquent, bien qu’elles comprennent que l’inquiétude dégrade leur qualité de vie, elles considèrent, dans l’ensemble, que ce comportement présente un bilan positif. En effet, les associations liées à la prévention ou à la sécurité l’emportent sur les aspects négatifs et délétères. Elles conservent donc ce comportement car il est perçu comme un bénéfice net.

Cela s’applique à quasiment tous les comportements dits « dysfonctionnels » de votre vie. S’ils persistent, c’est parce qu’à un certain niveau, vous croyez qu’ils apportent un bénéfice net et qu’ils sont préférables à leur abandon, lequel pourrait vous exposer à davantage de détresse ou de dommages. 

Cela signifie que pour traiter, par exemple, le problème de l’inquiétude chronique, il est nécessaire de trouver un autre comportement plus adaptatif qui remplisse la même fonction. C’est-à-dire : la fonction de réduire le sentiment de vulnérabilité ou celle d’accroître le sentiment de sécurité, qui sont deux besoins fondamentaux. Le problème réside dans le fait que le comportement actuel répond à ces besoins tout en générant, parallèlement, de nombreux autres désagréments.

En résumé, si vous éprouvez des difficultés à comprendre pourquoi une situation persiste dans votre vie en dépit de la douleur ou de la détresse qu’elle engendre : suivez la fonction de votre comportement négatif. Quel est son rôle dans votre existence ? En quoi est-ce, à un certain degré, un bénéfice net selon votre propre compréhension subjective ?