Le symbolisme de l’Abîme.

XIIe siècle. Du latin populaire abismus, altération du latin chrétien abyssus, « profondeur de l’enfer », emprunté du grec abussos, « sans fond ».

Abîme, en grec comme en latin, désigne ce qui est sans fond, le monde des profondeurs ou des hauteurs indéfinies. Dans les textes apocryphes, il symbolise globalement les états Informels de l’existence. Il convient aussi bien au chaos ténébreux des origines qu’aux ténèbres infernales des derniers jours. Sur le plan psychologique, de même, il correspond autant à l’indétermination de l’enfance qu’à l’indifférenciation de la fin, décomposition de la personne. Mais il peut aussi indiquer l’intégration suprême dans l’union mystique. La verticale ne se contente plus de s’enfoncer, elle s’élève : un abîme des hauteurs se révèle, comme des profondeurs ; un abîme de bonheur et de lumière, comme de malheur et de ténèbres. Mais le sens de l’élévation est apparu postérieurement à celui de la descente. 

Dans la tradition sumérienne, la demeure du maître du monde flotte sur l’abîme : 

Le Seigneur de l’abîme, le maître , Enki, 

Enki, le seigneur qui décide des destins… 

S’est pour toujours installé un temple sur l’abîme. 

… O temple, dont l‘enceinte enferme l’abîme. 

Chez les Akkadiens, c’est Tiamat qui place des monstres à l’entrée de l’abîme : 

La mère Abîme qui forme toute chose 

Fit en outre des armes irrésistibles : 

Elle enfanta des serpents monstrueux, 

A la dent aigue, aux mâchoires impitoyables. 

Dans la Bible aussi, l’abîme sera parfois conçu comme un monstre, le Léviathan. 

Mais dans le Psaume 104, l’abîme est comparé à un vêtement qui, enveloppe la terre, tandis que Yahvé est drapé de lumière comme d’un manteau. 

L’abime intervient dans toutes les cosmogonies, comme la genèse et le terme de l’évolution universelle. Celle-ci, comme les monstres mythologiques, avale les êtres pour les recracher transformés. 

Les profondeurs abyssales évoquent, le pays des morts et donc le culte de la Grande Mère Chthonienne. C’est sans doute sur ce vieux fond culturel que s’appuie Jung, lorsqu’il rattache le symbolisme de l’abîme à l’archétype maternel, image de la mère aimante et terrible. Dans les rêves, fascinant ou effroyable, l’abîme évoquera l’immense et puissant inconscient ; il apparaîtra comme une invitation à explorer les profondeurs de l’âme, pour en délivrer les fantômes ou en dénouer les liens.