La « rage païenne » de Julius Evola.

Dans « Impérialisme Païen » (1928), Julius Evola hurle dans le vide, nous ramenant à une époque où les dieux païens régnaient et où la force brute était la loi suprême. Il crache sur le monde moderne, un endroit qui pourrit dans sa propre crasse, obsédé par le matérialisme et l’égalité. Evola fait remonter la décadence de la civilisation occidentale à une trahison, à un détournement de ses racines primitives et païennes. Il pleure un monde qui palpitait autrefois d’une énergie mystique et d’un sang héroïque, aujourd’hui étouffé par l’emprise froide du christianisme et ses insipides promesses de salut.

Le christianisme, selon Evola, est un fléau qui a infecté le cœur de la civilisation, remplaçant l’esprit féroce et fier du paganisme par de la faiblesse et de la servitude. Il s’insurge contre ses enseignements d’humilité et de compassion, les considérant comme des chaînes qui lient les muscles faustiens. Là où il y avait autrefois des guerriers et des dieux, il y a aujourd’hui de gentils disciples qui attendent une récompense du ciel. La critique d’Evola est un démantèlement brutal du code moral chrétien, qui, selon lui, a transformé les hommes en moutons, dépouillés de leur noblesse et de leur honneur. C’est une mort lente et étouffante de l’esprit.

Evola rêve d’un empire qui renaîtrait de ses cendres, d’un État idéal imprégné du sang et du feu des rites anciens. Il imagine un retour à un ordre où le souverain est à la fois un chef et une force divine, un pont entre les mortels et le suprahumain. Dans cet ordre, la démocratie et l’égalité sont des illusions, des constructions faibles qui ne parviennent pas à saisir l’essence même de la nature humaine. Le philosophe-roi, armé à la fois de sagesse et d’autorité virile, est un dieu sur terre, une incarnation du pouvoir et de la vertu.

Le cœur de la vision d’Evola, c’est une hiérarchie sacrée, une société structurée comme un grand rituel. S’inspirant d’anciennes traditions indo-européennes, il imagine un monde où les prêtres et les guerriers règnent en maîtres, leur commandement étant incontesté. Ces castes d’élite sont considérées comme des demi-dieux, gardiens d’un savoir sacré qui lie le cosmos. Dans un tel état, le rôle de chacun est prédestiné, reflet de sa vérité spirituelle intérieure. Le domaine politique n’est pas seulement une scène pour les affaires humaines, mais un théâtre pour le drame cosmique, chaque individu jouant son rôle dans un cycle éternel.

La haine d’Evola pour la modernité est viscérale. Pour lui, l’éthique laïque, individualiste et matérialiste du monde contemporain est une descente dans le chaos. Il considère les valeurs modernes comme une maladie qui ronge le corps de la civilisation. L’obsession de l’égalité et de la démocratie, affirme-t-il, détruit l’ordre naturel, conduisant à un monde fade, sans caractéristiques et dépourvu de sens. Aux yeux d’Evola, la modernité est un abîme, un trou noir où le sacré et la vigueur sont réduits à l’impuissance, et où l’humanité erre, perdue et déconnectée de son héritage sacré.

Dans ses dernières pages enfiévrées, Evola lance un appel aux armes à une nouvelle élite, une avant-garde chargée de mener la résurrection de l’impérialisme païen. Ces quelques élus doivent rejeter les valeurs creuses du présent et incarner au contraire les anciennes vertus de l’héroïsme, de la pureté spirituelle et de la connaissance ésotérique. Ils sont considérés comme des guerriers de l’âme, chargés de ramener la société à sa source, de ranimer la flamme sacrée. Evola va au-delà de la politique, exigeant une révolution culturelle et spirituelle qui donnera naissance à une nouvelle civilisation, une civilisation martelée et sculptée dans la caverne de Platon de la sagesse et du dynamisme transcendant. C’est un manifeste pour ceux qui osent rêver d’un monde renaissant à l’image des dieux qui rejettent les faibles soumis comme le feu rejette l’eau dans l’éternel soleil noir qui brûle à l’intérieur et à l’extérieur.

Sous le cimetière protestant de Rome, deux chasseurs de tombes, Lorenzo et Pietro, descendent dans une ancienne catacombe, poussés par des histoires de trésors cachés et de reliques païennes. L’air se refroidit au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent, leurs torches projetant des ombres vacillantes sur les murs humides. « Tu sens ça, Pietro ? », chuchota Lorenzo, sa voix tremblant d’un mélange d’excitation et de peur. « C’est comme si les pierres nous chuchotaient ». Pietro acquiesça, les yeux écarquillés par l’appréhension. « Nous devons être proches. Les anciens textes parlent d’une chambre qui renferme les secrets des anciens dieux ».

Au dernier virage, ils tombèrent sur un magnifique autel couvert de poussière, gravé de runes qui semblaient pulser d’une faible lumière provenant d’un autre monde. Lorenzo, incapable de contenir sa curiosité, commença à réciter les inscriptions à haute voix. Soudain, le sol trembla et un vent glacial balaya la chambre. « Qu’avons-nous fait ? » s’écria Pietro, sa voix étant à peine audible dans la cacophonie qui s’élevait. L’autel se fendit, et de l’obscurité surgirent des figures d’une majesté terrifiante, dont les yeux brillaient d’une fureur ancienne. Les anciens dieux, réveillés de leur long sommeil, jetèrent leur regard sur les intrus modernes, et une voix spectrale emplit l’air, résonnant d’une aura omniprésente qui dépassait le temps. « Vous nous avez convoqués », a-t-elle entonné, « et maintenant l’ordre ancien va se lever une fois de plus ». Alors que la chambre se remplissait d’une lumière aveuglante, Lorenzo et Pietro réalisèrent trop tard l’ampleur de leurs actions : la renaissance d’un ancien puits d’immortalité qui allait remodeler le monde à jamais.

Constantin Von Hoffmeister.