Le Serpent Enroulé (12).

Dans cette série d’articles, je vous propose ma traduction en français du livre « The Coiled Serpent: A Philosophy of Conservation and Transmutation of Reproductive Energy », de C. J. Van Vliet.

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Chapitre précédent : 

10. Le principe du sexe.


XI

BUT DU SEXE

« Le véritable but… est la propagation de l’espèce ». 

Krafft-Ebing.

La nature – ou quel que soit le nom que l’on veuille donner à cette force qui se manifeste dans l’évolution de la vie et des formes – a besoin dans son œuvre évolutive d’une série presque infinie de générations pour aboutir à la forme finale, parfaite. À travers d’innombrables générations de minéraux, de plantes, d’animaux, d’hommes, elle mène jusqu’aux surhommes et au-delà. 

Dans tous ses royaumes, la nature a institué des méthodes pour perpétuer l’espèce afin que la perfection qu’une génération n’a pas atteinte puisse être approchée par la suivante. De toute méthode de reproduction, il va de soi que la reproduction est le but naturel. Ainsi, en créant la division des sexes… la nature n’a qu’un seul but – la continuation de la vie. L’utilisation physique des organes physiques de reproduction est par nature destinée à la propagation physique, et à ce seul but. Il est certain que ces pouvoirs, ces instruments et ces appétits qui sont subordonnés à la copulation ont été communiqués aux hommes non pas pour le plaisir de la volupté, mais pour la perpétuation de la race humaine.

Dans la mesure où l’objet de la fonction sexuelle est la préservation de l’espèce, l’acte de copulation ne doit être accompli qu’à des moments et dans des circonstances qui servent cet objet. Une action sexuelle qui n’est pas propagatrice ne peut être considérée comme étant en harmonie avec les objectifs de la nature. Toute tentative de justifier une action sexuelle non productive ne peut être que le résultat d’une volonté de justifier la dépendance de l’humanité aux abus sexuels.

Il est irrationnel d’attribuer à la nature l’intention que le sexe soit utilisé pour la gratification des sens, alors que cet abus n’est qu’une invention de l’esprit humain. De même, on pourrait déduire de l’existence du pavot et de toutes les plantes dont l’homme a jugé bon d’extraire des narcotiques et des stimulants enivrants, que l’intention de la nature est de peupler la terre de drogués et d’ivrognes. 

Toujours pour servir de la manière la plus efficace son plan fondamental – c’est-à-dire pour faire avancer l’évolution – la nature a développé différentes méthodes de propagation pour des formes évolutives successives ; de la fission, elle est passée au bourgeonnement ; de celui-ci apparemment à un système hermaphrodite ; à partir duquel elle a développé la méthode qui exige la coopération de deux sexes séparés. L’homme ne naît de la manière actuelle que comme la conséquence … de la loi de l’évolution naturelle.

Chaque changement a été introduit lorsque l’évolution pouvait être favorisée par une nouvelle méthode de reproduction. La question qui reste sans réponse est la suivante : pourquoi la sexualité a-t-elle été développée de préférence à un autre système de reproduction, et comment cette méthode particulière était-elle censée favoriser l’évolution mieux que toute autre ? 

Alors que l’aspect physique du sexe est destiné exclusivement à la propagation, un objectif secondaire entièrement distinct du physique devait faire partie du plan de la nature lorsqu’elle a institué la méthode sexuelle de reproduction – un objectif qui viserait à faire progresser l’évolution humaine dans des domaines plus élevés, simultanément à celle du physique. 

L’évolution émotionnelle, mentale et spirituelle doit se dérouler sur des lignes parallèles à celle des formes physiques ; et la forme évolutive renforce la possibilité d’une expression émotionnelle, mentale et spirituelle plus élevée. Toutes ces possibilités sont d’abord beaucoup plus stimulées par l’interdépendance des deux sexes que par l’autosuffisance égocentrique des précédents systèmes de reproduction indifférenciés et asexués. 

Mais la réalisation de l’objectif secondaire ne dépend pas de l’expression physique du sexe. Elle se manifeste dans la relation psychologique ou « superphysique » des sexes. 

La différenciation des sexes a laissé chaque individu intact en tant qu’âme. Seulement, là où dans l’un des sexes un principe positif a été mis en valeur tandis qu’un négatif a été maîtrisé, dans l’autre un principe négatif a été renforcé au détriment d’un positif. Il en résulte, comme pour les pôles magnétiques, une attraction mutuelle. Et cette attraction, qui n’est pas physique mais psychologique, sert à détourner l’attention du soi et de l’égoïsme ; elle jette les bases d’émotions plus nobles, d’une tendre attention aux autres, de la sympathie et du sacrifice de soi, de la compassion et de l’effacement, et du pur amour. Ainsi, le sexe remplit son objectif secondaire en contribuant à la tâche évolutive consistant à conduire l’humanité vers le but de l’unification spirituelle consciente.

Mais ce n’est pas par l’union physique que cette unification non-physique peut être atteinte. Dès que les organes inférieurs sont sexuellement actifs, il ne peut être question d’une quelconque expression spirituelle, sauf si elle prend la forme d’une consécration sacrificielle à l’entité que peut être le sexe. En dehors de cela, le sexe et la spiritualité sont diamétralement opposés. Toute tentative de donner à l’acte sexuel improductif une apparence quasi-sublime n’est rien d’autre qu’une illusion sur soi-même ; elle peut conduire à une exubérance émotionnelle, mais jamais à quoi que ce soit de nature spirituelle, jamais à l’unification de l’âme. 

Loin d’améliorer les facultés supérieures de l’âme, chaque acte sexuel physique dépourvu de consécration propagatrice est un frein à ces facultés. Il ne peut pas promouvoir l’amour, mais seulement la luxure, qui mène plus vite à la séparation qu’à l’unification. Au lieu de favoriser l’évolution spirituelle, il la contrarie, car chaque acte de ce type nous fait descendre dans le monde de la matière liée aux sens, dont nous devrions nous libérer. 

Par conséquent, une limitation de l’action sexuelle à l’objet normal de l’appétit sexuel, la reproduction, fera progresser l’évolution de la manière la plus efficace.