Bronze Age Mindset. Traduction Française – Chapitres 8 à 10.

Dans cette série d’articles, je vous propose ma traduction en français du livre « Bronze Age Mindset », de BAP.

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Chapitres précédents : 

Chapitres 4 à 7.


8.

Une approche vraiment objective ou scientifique de la vie serait de commencer sans aucune hypothèse. Ne pas faire de grandes histoires. Prenez un animal et étudiez-le. Étudiez ce qu’il fait dans la nature, et non en laboratoire, lorsqu’il est laissé à l’écart de l’homme. Étudiez différents spécimens, leur humeur, leur comportement à différentes périodes de l’année, dans différents endroits, à différents niveaux de fortune et de bien-être. Ne faites aucune supposition sur ce qu’il veut en fin de compte, étudiez comment il se comporte aujourd’hui, demain, dans l’instant présent, ce qui est la seule chose qui existe pour l’animal. Regardez à l’intérieur de son cerveau ! Étudiez ses hormones et ses états internes avec le plus grand soin et, avec un œil objectif et clinique, mettez ces états internes en corrélation avec ce qu’il fait, ou ce qu’il veut – et ce qu’il veut ce jour-là ou à ce moment-là, et ne comparez pas vos résultats avec ce que vous pensez de la « reproduction » ou de la « survie ». C’est la vraie voie pour comprendre l’animal, l’adaptation, le comportement et la vie. On le fait un peu, mais beaucoup trop peu, et pas bien. En fin de compte, êtes-vous si différent de la chèvre, du chien ou même de la fourmi que vous regardez et devant qui vous restez vraiment perplexe ? Il est certain que les véritables recherches que je viens de nommer doivent être effectuées, ne serait-ce que pour convaincre les boneheads. Mais le comportement d’un animal serait un mystère total pour vous si vous n’étiez pas vous-même très semblable ; mais nous comprenons tout de suite un ours en colère contre des abeilles, ou un autre ours jouant sous un bouleau blanc-argenté dans l’épaisseur de la forêt, ou un lézard effrayé et s’enroulant entre des rochers, pourquoi il fait ce qu’il fait. Ce n’est pas un mystère pour nous, qui sommes aussi comme eux. Nous aimons les chiens parce qu’ils expriment si honnêtement et sans dissimulation ce que nous sommes et ce que nous voulons aussi. Les chiens et les autres animaux domestiques nous apaisent parce qu’ils favorisent une sorte d’insouciance normale à la vie animale, non encombrée par des pensées du passé ou des inquiétudes pour l’avenir, sachant qu’aucune pensée n’existe réellement. Les femmes sont, à l’état naturel, proches de cet état également, ou plus proches dans l’ensemble, et c’est de là qu’elles tirent une grande partie de leur charme et de leur pouvoir (l’éducation moderne enseigne aux femmes à être hyperconscientes, anxieuses pour l’avenir, névrosées, coincées dans les pensées abstraites, etc…). Mais il faut étudier l’état intérieur de l’animal, maintenant, dans tel état, maintenant, dans tel autre. Que dirait d’ailleurs l’étude objective d’un organisme ? Que veut la vie ?

9.

Darwin et son style de pensée n’auraient jamais fait autant d’impression ou n’auraient jamais eu un tel pouvoir s’ils étaient tout simplement faux. En fait, le darwinisme est vrai, mais seulement sous certaines conditions. Ce n’est même pas une « demi-vérité », c’est en fait la pleine vérité sur un type de vie, mais l’erreur est de penser qu’il décrit la totalité de la vie. Darwin n’a aucun sens sans Malthus, mais c’est pourquoi Nietzsche a raison à propos des deux lorsqu’il dit qu’ils ne décrivent que la vie en Angleterre, ou plus précisément l’Angleterre de cette époque. Le début de l’ère industrielle, et l’Angleterre en tant que première nation à avoir résolu le problème de la mortalité infantile : voilà les faits pertinents. L’Angleterre a pu coloniser une si grande partie du Nouveau Monde parce qu’elle a été le premier pays à résoudre ce problème. Beaucoup critiquent d’une manière ou d’une autre le modèle de colonisation espagnol ou portugais, mais vous devez savoir que les Portugais avaient une population d’un million d’habitants lorsqu’ils ont commencé l’ère des découvertes. Et de cette population, beaucoup moins étaient des jeunes hommes qui pouvaient s’embarquer pour des voyages de grand danger ; certains disent que jusqu’à un quart ou plus sont morts au cours de ces seuls voyages. Ils n’avaient pas la main-d’œuvre nécessaire pour coloniser des terres lointaines, mais ils ont poursuivi le vieux modèle de « domination de l’élite », dans lequel des confréries d’hommes conquérants prenaient souvent des épouses locales et autres. En revanche, les Anglais pouvaient désormais transplanter des populations entières, étant surchargés d’hommes-insectes. Mais ce n’était toujours pas suffisant. Les villes devinrent surpeuplées, la saleté insupportable, alors que les classes les plus basses se pressaient autour des nouvelles machines monstrueuses de l’industrie. Les conditions de vie des travailleurs jusqu’au 20e siècle étaient purement infernales : Marx et ses disciples, au moins, avaient raison sur ce point, et c’est pourquoi ils pouvaient s’attaquer à cette condition. Il s’agissait d’une condition de misère et de dénuement similaire ou pire que ce que nous voyons dans les bidonvilles situées dans les pires trous à merde de la planète. La solution au problème de la mortalité infantile signifiait que ces classes inférieures mettaient tout leur revenu excédentaire pour soutenir plus de bouches à nourrir, sans améliorer la qualité de vie des enfants qu’ils avaient : juste une augmentation exponentielle de la biomasse humaine ! Et voici le monde selon Malthus et Darwin, la vie sous la crasse, la vie sous la détresse. Le darwinisme décrit la vie sous un stress extrême. À partir de cette vision très partielle, ils pensaient avoir découvert la vérité sur la vie en général, mais un animal dans des conditions de stress extrême, entassé, observé et surveillé, sale, battu et emprisonné, sa vie étant sévèrement régimentée loin de ce qu’il aimerait faire s’il était laissé à lui-même, ne vous donnera pas le secret de ce qu’est la vie. Ce sera un exemple très trompeur, et c’est la base du darwinisme et de toute pensée qui en découle. C’est la philosophie de vie du confinement et du bidonville, du camp de travail en plein air.

10.

Aucun type de détresse n’est pire que le sentiment d’être piégé. Mes pires cauchemars sont ceux dans lesquels j’ouvre une porte pour me retrouver dans la même cellule en aluminium, encore et encore. L’épuisement qui s’installe après une longue nuit d’échecs, quand vous dormez et que votre esprit rêve de répéter des coups insensés, je connais peu de pires formes de tourments. Et ceci est auto-imposé, par l’épuisement, mais ce qui est encore pire, c’est lorsqu’une force ou un être extérieur vous contraint, alors que vous êtes en plein contrôle de votre esprit et de votre pouvoir, du moins au départ. Cette condition est intolérable pour les animaux les plus nobles, qui choisissent la mort si nécessaire, ou du moins tout moyen de s’échapper, aussi douloureux soit-il. De nombreux Caribéens, piégés dans l’esclavage, sont morts parce qu’ils ne pouvaient pas supporter cela, certains se sont mordu les bras pour échapper à leurs chaînes et ont enduré n’importe quelle douleur pour échapper à la captivité. Les mères germaniques tuaient leurs enfants lorsque les légions romaines se rapprochaient : Tacite décrit la vie d’un guerrier germanique, qui a consacré toute sa vie à la guerre et à la gloire, sans jamais devenir un domestique ! À Masada et à d’autres moments, les Juifs ont tué leurs propres enfants pour échapper à la sujétion, alors qu’ils étaient encore un peuple noble. Xenophon décrit dans l’Anabase comment une mère, avec son enfant, sautait d’une falaise dans les hauts plateaux, pour échapper à l’avancée de l’armée grecque : nous voyons les mêmes vidéos au Japon à Okinawa, des mères sautent d’une falaise. Les moines bouddhistes du Vietnam se sont auto-immolés. Pour cette raison Nietzsche dit, les peuples nobles ne supportent pas l’esclavage, ils sont libres ou ils s’éteignent. Il n’y a pas d' »adaptation » à l’esclavage pour certains types de vie. Quel est ce peuple qui choisit la survie à tout prix ? Le prix payé était monstrueux et un tel peuple devient monstrueux et déformé s’il accepte la servitude. La distinction entre les races de maîtres et les autres est simple et vraie, Hegel l’a dit, copiant Héraclite : les peuples qui choisissent la mort plutôt que l’esclavage ou la soumission dans une confrontation, c’est ça, un peuple de maîtres. Il y en a beaucoup dans le monde, non seulement chez les Aryens, mais aussi chez les Comanches, chez beaucoup de Polynésiens, chez les Japonais et chez beaucoup d’autres. Mais les animaux de ce genre refusent le piège et l’asservissement. Il est très triste d’être témoin de ces moments où un tel animal ne peut ni s’échapper ni se tuer. J’ai vu une fois un jaguar dans un zoo, derrière une vitre, posé là pour que toutes les bestioles sous forme humaine puissent le dévisager et l’humilier. Cet animal ressentait une tristesse noble et persistante, étant observé partout par les singes obséquieux, pas même des singes, qui le narguaient du regard. Il pouvait dire – « j’ai vu ça ! ». Il pouvait dire qu’il vivait dans un environnement simulé et qu’il n’avait pas le pouvoir de bouger ou de vivre. Sa tristesse m’a écrasé et je me souviendrai toujours de cet animal. Je ne veux plus jamais voir la vie dans cet état !


Chapitres suivants :

Chapitres 11 à 14.