Le Serpent Enroulé (11).

Dans cette série d’articles, je vous propose ma traduction en français du livre « The Coiled Serpent: A Philosophy of Conservation and Transmutation of Reproductive Energy », de C. J. Van Vliet.

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9. L’esprit incarné.


X

LE PRINCIPE DU SEXE

« Le sexe est une chose du corps, non de l’âme ». 

Hermès.

On a couramment imaginé que le sexe est un fait primitif enraciné dans la constitution même de la vie, sinon de l’univers… Mais il n’y a rien de ce caractère fondamental dans le dispositif de la reproduction sexuelle.

Strictement parlant, le sexe n’est que ce qui distingue physiquement la femelle du mâle. Il n’est que l’une des nombreuses manifestations de l’insondable loi de la polarité de la nature. Il en va de même pour l’électricité, avec ses pôles positif et négatif ; pour la musique, avec ses oppositions, majeure et mineure ; pour les contrastes entre l’esprit et la matière, le jour et la nuit, la répulsion et l’attraction. Innombrables sont les expressions de la polarité, dont le sexe n’est qu’un exemple. 

Inverser cette affirmation et dire que toute polarité est déductible du sexe est le raisonnement spécieux d’une mentalité tellement imprégnée de pensées sexuelles qu’elle cherche à tout sexualiser. Ainsi, l’idée de sexe a souvent été reliée aux concepts les plus abstraits, y compris la déité. Malheureusement, certaines des dissertations métaphysiques les plus profondes ont utilisé les mots « mâle » et « femelle » en référence aux forces positives et négatives de la nature et à d’autres opposés polaires bien au-dessus du plan physique. Cela a peut-être été fait dans le but de rendre les idées abstraites difficiles plus facilement compréhensibles par l’esprit moyen, mais cela a contribué à l’incompréhension générale que le sexe implique plus qu’une différenciation physique. Mais en dehors de cette distinction matérielle, la nature ne connaît pas plus de principe mâle et femelle que de principe vertébré et invertébré.

Quelle que soit la place apparemment importante que l’on soit enclin à attribuer au sexe dans l’existence physique individuelle, d’un point de vue plus élevé, on ne peut y voir qu’une simple expression temporaire sur le plan physique des paires d’opposés, une simple adaptation fortuite…. Spirituellement considérés, nous ne sommes pas des hommes ou des femmes ; nous sommes esprit, utilisant – et n’utilisant que temporairement – un corps masculin ou féminin. On ne saurait trop insister sur le fait que la fonction sexuelle n’existe que sur le plan physique, et que c’est seulement dans le corps que le sexe existe. Il n’y a pas de sexe dans l’esprit. De même, les âmes n’ont pas de sexe. Il ne peut encore moins être question de sexe dans l’esprit. D’où il résulte qu’à mesure que l’on grandit en spiritualité, le sexe perd de son importance. 

Aussi abondantes que soient les tentatives néo-psychologiques et érotiquement romantiques et poétiques de placer le sexe et sa fonction sur un piédestal sacré, seule une vision obscurcie par les sens peut conduire à croire que c’est là qu’il a sa place. Le sexe n’étant qu’une caractéristique du corps physique, toute gratification sexuelle entretient le corps dans sa résistance à une manifestation plus complète de l’esprit.

Avant de considérer le sexe comme le couronnement de la gloire de l’homme et sa possession la plus divine, on peut bien tenir compte du fait que chaque porc et chaque insecte partagent la gloire imaginaire de cette même possession qui ne couronne en rien l’homme comme différent de l’animal le plus bas. Le processus de reproduction… est toujours une fonction essentiellement animale. La véritable spiritualité exige son extirpation totale. La possession véritablement divine de l’homme réside dans la possibilité d’un développement spirituel. Pas dans le sexe. Au contraire, l’homme absolument spirituel est… entièrement déconnecté du sexe.

La reproduction sexuelle a souvent été considérée comme une expression du pouvoir créateur de l’homme. Mais la reproduction n’est pas… la création. Même l’acte sexuel le plus pur, même dans les rares occasions où il est accompli avec une intention de propagation, n’est pas créatif. La part de l’homme dans l’acte n’est au mieux pas plus créative que l’action d’un agriculteur qui sème, dépendant entièrement de la nature pour produire une récolte. La graine est déposée dans le ventre de la mère, et une autre cause la prend, l’exploite, et façonne un enfant. 

De plus, la comparaison du rôle de l’homme avec celui du semeur est encore trop flatteuse ; et dire que la femme dans sa conception et sa génération n’est que l’imitation de la terre, ce n’est pas lui donner une reconnaissance suffisante pour la sienne. Car elle représente non seulement la terre, mais la terre avec la semence, l’ovule, déjà en elle. Le mâle, loin d’exercer un quelconque pouvoir créateur, ne doit fournir qu’un élément fécondant, qu’il sera peut-être possible de fournir sans lui. Le spermatozoïde peut être remplacé par un agent. Seul l’élément féminin est indispensable.

Non, ce n’est pas dans le sexe que réside le pouvoir créateur de l’homme. Ce que l’on appelle habituellement la procréation n’est en aucun cas une manifestation des facultés créatrices des procréateurs. Aucun être humain ne sait comment créer la graine, ni comment la faire croître en un être vivant. La procréation est une expression physique appartenant à la partie animale de l’homme – alors que la création appartient à une partie supérieure, encore pratiquement non manifestée en lui. 

La seule véritable fonction créatrice est celle de la faculté de pensée formatrice. La puissance créatrice est celle qui rend consciemment le subjectif objectif, par l’exercice d’une pensée intensément concentrée. Il va bien au-delà de ce que l’on considère si souvent comme le pouvoir créateur des artistes, qui, même à leur meilleur, ne sont que des artisans extrêmement habiles donnant une forme physique plus ou moins parfaite à ce qu’ils observent dans les objets visibles, ou à ce qui, dans des moments d’inspiration, a pu leur être imprimé. Le véritable pouvoir de création réside dans l’esprit. Et il ne peut se manifester qu’après que l’esprit ait été libéré de tout lien avec le sexe, et qu’il soit devenu indissolublement lié à l’esprit.


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11. Le but du sexe.