Le Serpent Enroulé (7).

Dans cette série d’articles, je vous propose ma traduction en français du livre « The Coiled Serpent: A Philosophy of Conservation and Transmutation of Reproductive Energy », de C. J. Van Vliet.

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5. L’impasse de l’évolution humaine.


VI

L’IDÉAL.

« L’homme idéal… n’est pas attaché à ses sensations corporelles et à ses convoitises ».

– Huxley. 

Parmi ceux qui réfléchissent sérieusement à ce sujet, pratiquement « tous admettent aujourd’hui que notre vie sexuelle est loin d’être parfaite ». Mais au lieu de tenter de la perfectionner en l’élevant au niveau d’un idéal, la majorité essaie d’abaisser cette vie à une gratification sensuelle astucieusement intensifiée. La tendance générale est d’idolâtrer ses imperfections, voire de se prosterner devant les sanctuaires de ses images déformées. Et le seul effort pour contrecarrer cette idolâtrie dégradante consiste en un marmonnement occasionnel et inefficace de prétendus moralistes sur la soi-disant « modération ». 

La véritable doctrine de la modération traite des éléments qui contribuent à la croissance de l’évolution. Elle enseigne à éviter un développement déséquilibré. Elle met en garde contre les extrêmes dans l’entraînement physique, dans la rigidité de l’ascétisme, dans la sensibilité réceptive, dans les émotions compatissantes, dans l’intellectualité, dans l’abstraction philosophique, dans la méditation spirituelle – autant de facteurs nécessaires qui doivent être pratiqués, mais qui doivent être maintenus en équilibre les uns avec les autres si l’on veut atteindre une évolution harmonieuse. Cependant, le monde a avidement saisi et mal interprété la doctrine de la modération dans les éléments évolutifs, et l’a appliquée à ses propres tendances anti-évolutionnaires à l’auto-gratification. La doctrine idéale a été dégradée en une excuse pour les habitudes et les faiblesses personnelles, chaque individu proclamant que sa norme particulière de soumission à celles-ci peut servir de modèle de modération. 

Ce n’est pas la modération, mais l’élimination qui est l’idéal en ce qui concerne les habitudes qui retardent l’évolution. Dans un sanatorium pour drogués, il peut être conseillé d’autoriser temporairement les patients à faire un usage restreint – mais en même temps graduellement réduit – des narcotiques. De même, il peut être souhaitable de tolérer que les sex-addicts (c’est-à-dire tous ceux qui se sont habitués à des actes sexuels) ne rompent pas soudainement leur habitude, à condition qu’ils la surmontent progressivement. Mais aucune personne saine d’esprit ne peut penser qu’un usage continu de drogues devrait être prescrit aux patients toxicomanes – même à un degré dit modéré. Et encore moins qu’elle devrait être recommandée également à ceux qui sont libérés de la dépendance. Il est tout aussi peu raisonnable de prétendre qu’une activité sexuelle quasi modérée doit être continuellement pratiquée par ceux qui sont dépendants de tels actes, et qu’elle devrait également être recommandée à tous ceux qui ne sont pas dépendants. 

Une fois que l’on s’est rendu compte que la vie sexuelle de l’humanité est loin d’être irréprochable, il devient impératif de chercher, de manière impersonnelle et impartiale, un moyen de sortir de cette condition bancale. 

De toute évidence, deux voies s’ouvrent devant nous : l’une mène vers le haut pour sortir de l’enchevêtrement, l’autre vers le bas pour s’y enfoncer davantage. L’homme doit soit grimper vers le sommet rayonnant, bien qu’apparemment solitaire, soit se laisser glisser dans les ombres tentantes du chemin inférieur encombré. L’un des chemins est celui de la maîtrise de soi, de la maîtrise du sexe, qui mène à la pureté et au progrès ; l’autre est celui de la complaisance, de l’asservissement au sexe, de la passion et de la régression qui en résulte.

Il faut soit reconnaître que les rapports sexuels ne sont pas essentiels au bien-être de l’individu, et encourager la continence ; soit reconnaître la nécessité régulière de ces rapports pour tous ceux qui sont physiquement mûrs, et sanctionner franchement la licence. Les actes sexuels doivent être limités à la propagation, ou bien la perversion doit être tolérée. Il faut que la vie soit saine, ou que la maladie vénérienne se répande. S’il n’y a pas de purification, il y aura forcément une putrification. 

D’un côté, il y a le raffinement éthique, la clarification de l’esprit et la régénération générale ; de l’autre, la décadence morale, le retard mental et la dégénérescence générale. Soit une transmutation de la force sexuelle apportera l’expansion spirituelle, soit la transgression continue de la loi naturelle émoussera les acquis et limitera toute chance de développer des facultés supérieures.

L’homme doit soit aider consciemment l’évolution et faire tous les efforts possibles pour s’élever jusqu’à l’état surhumain, soit s’entêter à contrecarrer et défaire l’œuvre de l’évolution, et descendre ainsi au niveau de l’état sous-humain. 

Chaque être humain a le choix entre ces deux voies. « Chaque individu… doit appartenir soit au camp qui est en faveur de la pureté, soit à la fraction qui pratique et prône la sensualité ».

Laquelle des deux mènera à une humanité plus désirable, plus digne, plus idéale ? « Lequel devons-nous choisir et suivre ? … Une voix intérieure, dans chaque cas, donne définitivement et clairement la réponse ; et tout ce qui reste à faire à la philosophie morale est de lui donner la forme d’un principe rationnel universel ».

Un tel principe est contenu dans la formule suivante : POUR UNE CROISSANCE EVOLUTIONNAIRE AVANCÉE, IL FAUT CONQUÉRIR LA PASSION ET UTILISER LES ORGANES GÉNÉRATIFS UNIQUEMENT POUR LA GÉNÉRATION. En d’autres termes : toute la force sexuelle qui n’est pas effectivement utilisée pour la perpétuation de l’espèce doit, par transmutation, être rendue disponible pour une évolution supérieure. 

La vie sexuelle à laquelle conduit l’application de cette formule est une vie spiritualisée et impersonnelle – une vie dans laquelle les actions de la personnalité sont régies par des motifs spirituels, et dans laquelle les désirs égoïstes du corps, des sens ou de l’esprit ne peuvent jouer aucun rôle. 

Cet idéal s’applique à tous. Bien qu’il ne soit pas à la portée immédiate de chaque individu, en tant que destination finale, il est le même pour tous. C’est « un idéal qui nous est fixé comme une tâche : nous devons nous efforcer de l’atteindre, même si sa réalisation est hors de notre pouvoir ». Pour une majorité d’entre nous, il peut être si éloigné qu’il semble inaccessible. Mais un certain nombre d’entre eux peuvent s’approcher de sa réalisation. Dans certains cas, elle a été approchée avec succès, toujours accompagnée d’une croissance spirituelle proportionnelle. 

Parmi ceux qui ont pleinement réalisé cet idéal dans le passé, certains ont laissé des traces impérissables de grandeur spirituelle dans l’histoire de l’humanité. Ces maîtres, les plus sages qui aient jamais foulé la terre, sont des exemples de ce que l’humanité peut être et de ce qu’elle est destinée à devenir lorsqu’elle atteint la maturité spirituelle. Dans le processus de cette croissance, l’humanité entière doit progressivement conquérir la passion, diminuer progressivement l’abus sexuel.

Finalement, l’idéal de pureté doit être vu et reconnu et finalement atteint par tous, si la race doit s’élever de sa condition épuisante d’homme-animal à l’état spirituel-humain heureux. Chaque individu doit faire face aux faits fondamentaux. En les comprenant, il doit choisir l’idéal comme but ; et la volonté doit être consciemment appliquée pour se rapprocher de ce but aussi rapidement que possible. Tout le monde doit commencer un jour ou l’autre. Le nier, c’est se priver de la possibilité de progresser dans l’évolution. 

Une fois que l’on concentre ses aspirations sur l’idéal, sa lointaine lueur devient de plus en plus distincte et irrésistiblement attirante. En s’en approchant, où que l’on se trouve, chaque pas conscient dans sa direction s’édifie, jusqu’à ce que l’on parvienne à l’atteindre de manière presque déifique. 

Tout cela peut sembler à beaucoup trop idéaliste. Mais les idéaux d’aujourd’hui sont les réalités de l’avenir. Indéniablement, « l’idéal est lointain… mais celui qui ne l’atteindra pas s’en sortira bien pour s’être efforcé de l’atteindre ». 


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7. Considérations.