Le Serpent Enroulé (5).

Dans cette série d’articles, je vous propose ma traduction en français du livre « The Coiled Serpent: A Philosophy of Conservation and Transmutation of Reproductive Energy », de C. J. Van Vliet.

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Chapitre précédent : 

3. Civilisation.


IV

EVOLUTION

« L’évolution c’est… le triomphe des qualités humaines sur les qualités animales ». 

– Kropotkine, Éthique. 

Que les théories matérialistes à son sujet soient ou non en tous points correctes, « l’évolution est un élément fondamental de la vie ». « C’est un changement vers l’avant et vers le haut », « un passage de l’imparfait au parfait ». Beaucoup confondent cependant la croissance de notre civilisation avec le progrès évolutif et pensent que ces deux processus sont synonymes. Mais ils ne sont ni équivalents ni toujours parallèles. 

L’évolution apporte avec elle un degré proportionnel de vraie civilisation. Mais la civilisation telle que nous la connaissons n’est pas à tous égards le résultat de l’évolution. Notre civilisation est en grande partie le résultat d’un développement exclusif de l’esprit, d’une attention unilatérale à la matière et à la vie matérielle au détriment du développement spirituel. Une grande efficacité mentale n’est donc une caractéristique de l’évolution harmonieuse que lorsqu’elle coïncide avec un développement spirituel proportionnel. L’évolution rendra alors l’homme non seulement scientifique, mais – en laissant ses facultés épanouies trouver leur expression dans un esprit spiritualisé – elle le rapprochera de l’omniscience. 

Cependant, une puissance cérébrale surdéveloppée, appliquée exclusivement à la science matérielle, est aussi peu un concomitant naturel ou une aide à la croissance évolutive globale que des muscles surdéveloppés. Par conséquent, la plupart des remarquables intelligences de notre époque et la plupart des inventeurs modernes aux réalisations stupéfiantes ne peuvent être considérés comme des produits de l’évolution normale. Ils sont plutôt les produits de serre d’une civilisation anormale. Ils sont le résultat d’une croissance forcée et artificielle de qualités asymétriques, qui s’est poursuivie sur de nombreuses générations. Ils sont dans le règne humain ce que les animaux exceptionnellement entraînés sont dans le sous-homme. Ils ne sont pas des exemples de croissance évolutive vers le surhomme. 

La civilisation, telle qu’elle est, constitue clairement un obstacle à l’épanouissement spirituel. En se concentrant sur les réalisations matérielles et mentales, elle néglige et supprime le développement intérieur de l’homme. Elle s’oppose à l’expression supérieure de la force vitale que l’évolution cherche à susciter. 

C’est pour cette raison que notre civilisation actuelle est en passe de suivre le sort de la plupart des civilisations précédentes. Elles ont atteint un haut niveau de développement mental et de bien-être matériel. Puis, lorsque leur matérialisme et le manque de moralité qui l’accompagne ont annulé leur valeur dans le schéma évolutif en s’opposant au développement de l’élément spirituel, elles ont été inexorablement détruites.

La destruction totale de notre propre civilisation ne peut être évitée que si l’on prend conscience des exigences spirituelles de l’évolution. 

L’évolution est le processus par lequel la nature permet aux qualités latentes de la force vitale de se manifester progressivement et parfaitement. A cette fin, elle construit des instruments vivants toujours plus adaptés, plus sensibles, plus délicats, à travers lesquels elle exprime toujours davantage son être le plus profond, davantage de cet élément insondable que nous appelons l’esprit. 

Dans les formes physiques les plus simples du règne minéral, la nature ne peut manifester que ce qui nous semble une existence inconsciente. Dans les plantes – qui s’élèvent au-dessus des minéraux, hors du sol et au-dessus de celui-ci – la force vitale s’agite et montre une conscience de vie sensible. Dans les animaux – que l’on pourrait appeler des plantes déracinées, poussant par le mouvement et par l’émotion au-dessus du règne animal – la vie s’exprime par une conscience instinctive. Dans l’humanité actuelle – qui s’est développée mentalement au-dessus des animaux – l’énergie de la vie se manifeste par une réalisation consciente de la conscience de soi. 

Cette humanité rudimentaire, telle qu’elle est actuellement, pourrait-elle être le point culminant du schéma évolutif ? Bien sûr que non. « L’homme tel que nous le connaissons n’est en aucun cas la plus haute créature qui évoluera ». Il n’y a pas la moindre raison de supposer que les pouvoirs que nous possédons, nous les êtres humains, sont les plus élevés dont cette planète est capable. 

Le progrès est la loi de la vie, l’homme n’est pas encore l’Homme. Le processus de progrès doit se poursuivre jusqu’à ce que la nature puisse parfaitement révéler ses plus hautes puissances dans un instrument perfectionné. Une surhumanité doit être développée qui réalise une expression sans entrave de la conscience spirituelle. 

Au stade de l’homme primitif, un changement s’est produit dans la méthode d’évolution. 

Le progrès pré-humain était involontaire. Mais le « progrès humain peut être voulu » – non, il doit être voulu. Jusqu’à présent, la croissance avait été régulière et automatique, sans opposition. Elle aurait pu continuer ainsi si l’homme (c’est-à-dire l’espèce humaine) n’avait pas utilisé la conscience de soi pour favoriser la complaisance et la sensualité. Il a ainsi créé un obstacle qu’il doit à nouveau lever par un effort volontaire qu’il a lui-même choisi. Au lieu de se poursuivre mécaniquement de l’extérieur, la croissance est devenue un accomplissement qui doit être aidé de l’intérieur. « La poursuite de l’évolution… ne résultera que des efforts conscients de croissance ». Elle ne peut être atteinte que par un effort personnel persistant. Désormais, « l’homme qui ne s’efforce pas d’évoluer… qui ne l’aide pas, n’évoluera pas. Et l’individu qui n’évolue pas… s’abaisse, dégénère… ». C’est la loi générale.

Le choix appartient à l’homme. S’il veut progresser avec succès vers le stade successif de l’humanité pleinement spiritualisée, et finalement vers celui de la surhumanité divinisée, il doit, par autodétermination, surmonter les obstacles à sa croissance. 

« La divinité est en nous ; l’animalité l’entrave et la rétrécit, retardant ainsi notre croissance ». Surtout « l’activité sexuelle affaiblit l’homme… dans ce qu’il a de plus essentiel, son expression spirituelle ». « Si la race doit progresser… elle doit d’une manière ou d’une autre devenir moins sexuelle » ; car même « la potentialité d’une vie spirituelle plus élevée… est mise en danger par la luxure charnelle ».

L’évolution humaine ne peut se poursuivre que si l’homme se donne pour tâche de surmonter les passions qui font obstacle à son épanouissement spirituel. « Celui qui doit atteindre la perfection doit être celui qui… a le courage d’être absolument chaste ».


Chapitre suivant :

5. L’impasse de l’évolution humaine.