Le Serpent Enroulé (4).

Dans cette série d’articles, je vous propose ma traduction en français du livre « The Coiled Serpent: A Philosophy of Conservation and Transmutation of Reproductive Energy », de C. J. Van Vliet.

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Chapitre précédent : 

2. L’ignorance.


III

CIVILISATION

« Le progrès de la civilisation semble avoir été défavorable à la vertu de chasteté ».

– Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire Romain. 

« L’énergie… de l’homme civilisé est dirigée vers l’extérieur ». Elle s’applique au progrès matérialiste et intellectuel au détriment du (progrès) spirituel. Ainsi, « nos connaissances ont augmenté mais pas notre sagesse ». La mécanique industrielle a évolué de façon stupéfiante, mais pas les modes de formation du caractère. « Pendant que nous nous hâtons d’un moment à l’autre, nous n’avons ni loisir ni repos… pour le développement du caractère ».

« L’accent mis sur les sciences physiques sans une culture correspondante des facteurs spirituels a abaissé le sens que l’homme a de son pouvoir moral et de sa responsabilité ». « Le signe le plus nocif du fléau qui ronge l’atmosphère sociale est le relâchement ouvertement croissant des mœurs ». En fait, « le sens moral est presque complètement ignoré par la société moderne ».

La race est peut-être plus intellectuelle qu’elle ne l’a jamais été, mais elle n’est pas plus spirituelle. « L’intellect est prépondérant. En même temps… consciemment presque personne ne pense aujourd’hui à développer l’âme ». « Les grands progrès intellectuels ont été réalisés au détriment de la vie de l’âme ». Pourtant, « c’est le caractère de l’âme qui détermine le niveau de l’homme ». L’homme a appris à maîtriser de nombreuses forces de la nature. Mais tant qu’il ne pourra pas maîtriser les forces qui sont en lui, il ne pourra être question de véritable civilisation. « La maîtrise des appétits est la première étape de la culture humaine ». 

« En ce qui concerne son éthique sexuelle, l’homme a… rétrogradé ». Bien qu’un maniérisme plus doux dans l’expression sexuelle ait été adopté par l’humanité, celle-ci n’est pas devenue moins sensuelle, bien au contraire. « La culture humaine… n’a pas poussé les choses plus loin que de mettre un vernis plus fin sur… nos impulsions animales ».  « L’effort de notre civilisation a été de domestiquer les convoitises », et maintenant elles se trouvent et sont encouragées dans presque tous les foyers. « Par rapport au mode de vie qui a prévalu dans l’humanité pendant des milliers d’années, nous vivons aujourd’hui à une époque très immorale ». « La morale sexuelle a été mise de côté ». « La licence sexuelle semble être le code non écrit de la société moderne ». « Nous nous trouvons… dans un fatras de sensualisme urbain et d’immoralité ».

Le sexe tend à imprégner à un tel point l’existence mentale, émotionnelle et physique de l’homme que « le sexe et son expression sont devenus une obsession » ; et la génération actuelle est pratiquement accusée d’être une génération de sex-addicts. 

Ce qui caractérise cette époque de culture exaltée, c’est que la société est saturée d’abus sexuels de la base au sommet ; la prostitution prospère à une échelle gigantesque ; la traite des femmes blanches est l’un des crimes qui se développent le plus rapidement ; les enlèvements et la séduction sont des phénomènes quotidiens ; « les agressions criminelles contre les enfants… ont considérablement augmenté » ; les avortements sont plus fréquents qu’à n’importe quelle autre période, et sont considérés aussi légèrement que l’extraction d’une dent ; les relations sexuelles entre les étudiants des collèges et des écoles ; « les épidémies de maladies vénériennes… dans les lycées » ; une indulgence généralisée pour les pratiques sexuelles perverses chez les vieux et les jeunes, et même les très jeunes ; des pièces de théâtre et des films sur le sexe attirant le plus grand nombre de spectateurs ; des romans sur le sexe se trouvant sur le marché ; des enseignements sexuels sophistiqués diffusés sans restriction, leur popularité résultant du fait qu’ils fournissent des excuses aux faiblesses personnelles ; et une telle prévalence de troubles masculins et féminins qu’il semblerait que la « civilisation » soit inévitablement synonyme de « syphilisation ».

« L’expression sexuelle purement animale n’a pas plus sa place dans une civilisation digne de ce nom, pas plus que les huttes de terre ne servent de maisons modernes ». Mais dans notre pseudo-civilisation, des abus sexuels pires que ceux de l’animalité sont tolérés et acceptés.

Il ne saurait être question de véritable civilisation tant qu’une campagne implacable contre la domination du sexe ne sera pas bien engagée. Une diminution de l’influence écrasante du sexe est nécessaire avant que la race puisse prétendre à un semblant de véritable culture et à une spiritualisation. 

C’est justement parce que la spiritualité a été pratiquement écartée que la sensualité est devenue primordiale ; car il existe une relation étroite, en rapport inverse, entre les deux : ce n’est qu’en l’absence de l’une que l’autre peut dominer. 

D’où la grande nécessité de s’approcher consciemment et consciencieusement d’un idéal spiritualisant. En eux-mêmes, « les idéaux… témoignent d’un haut niveau de civilisation » – en particulier lorsqu’ils contribuent à faire passer la nature spirituelle au premier plan, et la nature animale à l’arrière-plan de la conscience humaine. C’est pourquoi « la nature humaine… doit être modifiée en fonction d’un idéal précis ». Et l’idéal nécessaire doit en premier lieu diminuer la fascination irrésistible du sexe. 

Parce que « il n’est pas possible de développer… la civilisation si nous ne pouvons pas inhiber les passions primitives », « il n’y a pas encore de société civilisée ». Avant toute autre responsabilité, « la tâche de l’humanité est de construire une véritable civilisation, un corpus spirituel de l’humanité » – une civilisation dans laquelle un amour purifié, débarrassé de toutes les accointances sexuelles, s’épanouira.


Chapitre suivant :

4. Évolution.