Les violeurs sont beaucoup plus actifs sexuellement que les autres hommes (+ Bonus : débat ouvert sur une question « Incel »).

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En 2002, David Lisak a écrit dans un papier de recherche sur les « violeurs non détectés » (les violeurs qui n’ont jamais été arrêtés ou même signalés) que :

« Les « violeurs non détectés » se sont toujours montrés plus actifs sexuellement que les autres hommes. Outre leur comportement sexuellement agressif, ils ont des rapports sexuels consensuels ET forcés bien plus souvent que la moyenne des hommes de leur groupe d’âge. Leur activité sexuelle tend à être une composante importante de leur identité. Ainsi, plutôt que d’être le produit d’une plus grande libido, leur activité sexuelle accrue semble être motivée par le fait qu’ils considèrent que s’ils ne sont pas très actifs, ou qu’ils ne sont ni « performants » ni adéquats en tant qu’hommes ».

Dans le livre « The Rape Investigation Handbook » écrit par John O. Savino et Brent E. Turvey, les auteurs ont référencé des études montrant la manière dont de nombreux violeurs attirent les femmes et se montrent sexuellement actifs. Groth a dissipé en 1979 le mythe de la prédominance des violeurs « solitaires » et « socialement exclus » en expliquant « qu’un tiers des délinquants avec lesquels nous avons travaillé étaient mariés et sexuellement actifs avec leur femme au moment de leurs agressions… ». 

Parmi les délinquants qui n’étaient pas mariés (célibataires, séparés ou divorcés), la majorité était activement impliquée dans une variété de relations sexuelles consenties avec d’autres personnes au moment des faits. De plus, Groth et Hobson, qui ont étudié (en 1983) 1 000 délinquants sur une période de 16 ans, ont constaté ce qui suit : « Tous les délinquants que nous avons vus étaient des hommes sexuellement actifs impliqués dans des relations consensuelles au moment de leur délit. Aucun n’a violé parce qu’il n’avait pas d’autre exutoire pour ses besoins sexuels ».

Une majorité de violeurs sont des violeurs en série, ce qui signifie qu’ils ont violé plusieurs personnes. Les violeurs en série « par connaissance » sont souvent très « charismatiques ». Ainsi, l’idée que les violeurs soient facilement identifiables est un mythe. Les étudiants membres de fraternités américaines sont trois fois plus susceptibles de violer ou d’agresser sexuellement des femmes, et les athlètes universitaires américains sont également plus susceptibles de violer ou d’agresser sexuellement des femmes. 

Dans « Dear Student-Athlete : A closer look at how college athletics departments are addressing sexual misconduct » de Nia Vogel, l’auteur écrit que : « Le groupe d’étudiants le plus à risque d’être responsable d’une agression sexuelle contre un pair est celui des étudiants athlètes masculins. Les statistiques révèlent que, bien que les étudiants athlètes masculins représentent moins de 4 % du corps étudiant, ce groupe commet environ 20 % des agressions sexuelles signalées ».

Débat : On entend souvent dire que les incels sont des « violeurs en puissance ». Les incels sont-ils des violeurs ?

La grande majorité des incels ne sont pas favorables au viol, à une exception près : « Caamib » était un blogueur serbe, né en Croatie, qui tenait un blog appelé « Governmentsgetgirlfriends » (censuré depuis, voir ce lien), qui représente l’unique cas recensé de blogueur Incel appelant au viol, à comparer avec les centaines de milliers d’utilisateurs des sites Incels recensés par Kelly C. Gothard en 2020.

Plusieurs recherches semblent réfuter l’idée selon laquelle les hommes en situation d’échec sexuel sont plus susceptibles d’être poussés à violer par désespoir : Lalumière et son équipe ont mené en 1996 une étude qui a révélé que les hommes ayant subi des actes de coercition sexuelle avaient plus de succès sur le plan sexuel et avaient une meilleure perception de la valeur de leur partenaire (source)

Une autre étude sur des étudiants de sexe masculin a révélé que les hommes qui ont avoué avoir déjà violé ou s’être livrés à des actes de coercition sexuelle ont également déclaré avoir plus de partenaires sexuels que les hommes témoins. Alors que certains de ces violeurs étaient des récidivistes, de sorte que leurs actes de viol auraient servi à gonfler le nombre de partenaires qu’ils ont déclaré, le « nombre de partenaires sexuels » s’est avéré être un facteur prédictif significatif de la probabilité d’avoir déjà commis des actes de violence sexuelle (source). Ellis, Widmayer & Palmer ont constaté en 2009 que les violeurs déclaraient un nombre beaucoup plus élevé de partenaires sexuels au cours de leur vie (à la fois en moyenne et en médiane) par rapport aux non-violeurs, bien que cela puisse avoir été influencé par le fait que les auteurs n’ont pas exclu les hommes non hétérosexuels de l’échantillon (source). Inversement, les adultes vierges ont tendance à déclarer un engagement plus faible dans les comportements à risque, une faible libido et d’autres traits dits «  à histoire de vie lente » (source : Haydon, A. A., Cheng, M. M., Herring, A. H., McRee, A.-L., & Halpern, C. T. (2013). Prevalence and Predictors of Sexual Inexperience in Adulthood. Archives of Sexual Behavior). Groth et Birnbaum ont résumé les choses de la manière suivante :

« On suppose couramment – et à tort – que les hommes qui violent le font soit parce qu’ils sont sexuellement excités, soit parce qu’ils sont sexuellement frustrés, soit les deux. En fait, comme nous l’avons vu, les motifs qui sous-tendent ces agressions ont plus à voir avec des questions de colère et de pouvoir qu’avec le plaisir et le désir » (source : Groth AN, Birnbaum HJ. 1979. Men Who Rape: The Psychology of the Offender).

Étant donné que la majorité des viols de femmes (du moins aux États-Unis) seraient commis par des connaissances des victimes plutôt que par des étrangers (source), et que les incels déclarent fréquemment être radicalement solitaires et rejetés par les femmes, on pourrait supposer que la peur démesurée que certaines féministes éprouvent à l’égard des incels commettant des actes de violence sexuelle n’est pas due à leur peur de l’acte lui-même, mais à leur terreur primordiale d’être fécondées par ce qu’elles considèrent comme des hommes « inférieurs », ce qui nous ramène – encore une fois – à l’hypergamie. Il est également important de noter que, jusqu’à présent, aucun des tueurs de masse qui se sont identifiés comme des incels n’a commis d’actes de violence sexuelle contre des femmes avant l’exécution de leurs massacres.

Les violeurs ont tendance à avoir une vision négative des femmes, et à s’identifier à un rôle hypermasculin (source : Robertiello, G., & Terry, K. J. (2007). Can we profile sex offenders? A review of sex offender typologies. Aggression and Violent Behavior), ce qui recoupe les opinions de la sous-culture incel. Cependant, chez les violeurs réels, ces points de vue sont probablement plutôt dus à une disposition génétique dite à « histoire de vie rapide », alors que les incels (en ligne) sont simplement des personnes actives virtuellement, mais inexistantes dans la « vraie vie ». 

La question est de savoir si la simple possession d’un point de vue « Incel » augmente le risque de commettre un viol ou si ces points de vue en dehors de l’incelosphère ne sont que l’indication de certaines dispositions comportementales qui sont la cause réelle de la violence sexuelle. La recherche connexe favorise la seconde explication. Par exemple, le fait de jouer à des jeux vidéo violents n’augmente pas l’incidence des comportements violents dans le monde réel (source). La recherche démonte également que le mythe largement répandu selon lequel l’exposition à des idées « radicales » augmenterait la violence. John Horgan, directeur du Centre international pour l’étude du terrorisme à l’Université d’État de Pennsylvanie, a déclaré que :

« L’idée que la radicalisation cause le terrorisme est peut-être le plus grand mythe d’aujourd’hui dans la recherche sur le terrorisme. […] [Premièrement,] l’écrasante majorité des personnes qui ont des convictions radicales ne s’engagent pas dans la violence. Et deuxièmement, il y a de plus en plus de preuves que les personnes qui s’engagent dans le terrorisme n’ont pas nécessairement des convictions radicales » (source).

Conclusion : 

Après mes recherches sur et autour de « la sphère incel », et avec toutes les réserves exprimées plus haut, je pense que l’idée selon laquelle « les incels sont des violeurs effectifs ou des violeurs en puissance » est globalement fausse, dans la mesure où les violeurs, recensés ou non, sont plus susceptible d’être des hommes ayant déjà une vie sexuelle active, consentie ou non, et que les Incels, paradoxalement, tiennent un discours misogyne sur le web, mais sont en réalités très peu actifs sexuellement et très peu nocifs dans la vie réelle. Ce qui est une bonne nouvelle quand même. Ainsi, contrairement à l’ambiance et aux affirmations qui sont faites sur les réseaux sociaux, les féministes surestiment grandement la « menace incel » : en réalité, il ne s’agit que d’un type de discours qui ne se traduit pas nécessairement et absolument par un comportement violent dans la vraie vie.

Remarque additionnelle (pour ceux qui ont arrêté leurs études si tôt qu’ils n’en ont même pas commencée): je cherche, dans cet article, à expliquer, et non pas à excuser ou à défendre. Cépapareil ! 😉

Sources complémentaires : 

Lisak, David (March 2002). « The Undetected Rapist » (PDF). (Source)

Savino, John O.; Turvey, Brent E. (2005). Rape Investigation Handbook. Academic Press. ISBN 9780120728329.

Loh, Catherine; Gidycz, Christine; Lobo, Tracy; Luthra, Rohini (2005). « A Prospective Analysis of Sexual Assault Perpetration: Risk Factors Related to Perpetrator Characteristics » (PDF). Journal of Interpersonal Violence. (Source)

Foubert, John; Newberry, Johnathan; Tatum, Jerry (2007). « Behavior differences seven months later: Effects of a rape prevention program on first-year men who join fraternities ». NASPA Journal. 44 (4): 728–749. doi:10.2202/1949-6605.1866. (Source)

Vogel, Nia, « DEAR STUDENT-ATHLETE: A closer look at how college athletics departments are addressing sexual misconduct ». Senior eses, Trinity College, Hartford, CT 2018. Trinity College Digital Repository. (Source)