Le penchant naturel des femmes pour les traits de caractère toxiques : narcissisme, manipulation et psychopathie.

Attention ! Cet article fait partie de la page BP/CSS. Vous consultez la section 1.1.

La « triade noire » se compose en trois « dimensions » ou « tendance » de la personnalité :

Le narcissisme (ce sens exacerbé de suffisance).

Le machiavélisme (l’art de la manipulation).

La psychopathie (ou faible empathie).

Ces traits sont souvent quantifiés par un outil de notation rapide appelé les « dirty dozen » :

J’ai tendance à manipuler les autres pour arriver à mes fins.

J’ai tendance à ne pas avoir de remords.

J’ai tendance à vouloir que les autres m’admirent.

J’ai tendance à ne pas me préoccuper de la moralité de mes actions.

J’ai déjà utilisé la tromperie ou le mensonge pour arriver à mes fins.

J’ai tendance à être impitoyable ou insensible.

J’ai utilisé la flatterie pour arriver à mes fins.

J’ai tendance à rechercher le prestige ou le statut social.

J’ai tendance à être cynique.

J’ai tendance à exploiter les autres pour arriver à mes fins.

J’ai tendance à attendre des faveurs spéciales de la part des autres.

Je veux que les autres fassent attention à moi.

Dans une étude (Carter et al. (2014)), 128 femmes ont été présentées à des hommes présentant des traits de caractère de la triade noire. La physicalité était maintenue constante. Les hommes présentant des traits de la triade noire ont été jugés vraiment plus attirants pour les femmes par rapport aux personnages témoins qui ne présentaient pas ces traits (avec une certitude statistique de >99,9 %, p < 0,001). En outre, l’attrait de ces traits de caractère n’était pas expliqué par d’autres caractéristiques, comme l’extraversion.

Discussion :

Ces résultats suggèrent que la personnalité compte pour les femmes, mais pas de la manière dont on le prétend généralement. Plutôt que de préférer les hommes empathiques et responsables, les femmes sont davantage attirées par les hommes narcissiques, manipulateurs et psychopathes.

La psychologie évolutionniste pourrait expliquer ce phénomène. Les femmes ont évolué pour devenir dépendantes et « difficiles » en raison de leur plus grand investissement parental. Les hommes ont donc évolué pour devenir plus grands et plus forts, dans une course à l’armement évolutive pour les opportunités d’accouplement. En réponse à cela, on pense que les femmes ont évolué pour choisir l’homme le plus fort et le plus dominant disponible afin d’être protégées des hommes qui tentent de les contraindre à avoir des relations sexuelles, de la violence masculine en général (« hypothèse du garde du corps » ; Wilson & Mesnick, 1997) et d’avoir accès à des aliments et des ressources de haute qualité (Geary 2004). Cet aspect de la sexualité humaine remonte à certaines de nos plus vieux ancêtres, par exemple les lézards, chez qui les femelles se soumettent aux mâles dominants (Irenäus Eibl-Eibesfeldt, 1989). Les traits de la triade noire tels que le manque d’empathie et la cruauté peuvent s’être avérés utiles dans la compétition intrasexuelle entre mâles (Kruger & Fitzgerald 2011), de sorte que ces traits de caractère et l’attirance des femmes pour eux pourraient avoir coévolué comme une stratégie de reproduction socialement parasite (Gervais 2018).

Les modèles de comportement dit de la triade noire peuvent également servir de signaux honnêtes/difficiles à feindre d’un statut élevé, car seuls les hommes de statut élevé peuvent s’en sortir en se comportant de manière ouvertement antisociale. Le statut, dans ce cas, n’est pas seulement déterminé par l’agressivité et l’intimidation, mais aussi par le revenu, l’apparence, la compétence, etc. Les hommes peuvent également avoir été sélectionnés pour imiter ces signaux de dominance (Puts, 2015). Le fait que tous les hommes ne présentent pas des traits de la triade noire indique que les hommes ont développé diverses stratégies d’ascension sociale (stratégie de prestige vs stratégie de dominance ; Kruger 2015, Gervais 2018), qui peuvent être identifiées respectivement à une stratégie d’histoire de vie lente et rapide. Les stratèges à histoire de vie rapide ont tendance à présenter une maturation sexuelle plus précoce et un investissement moindre dans la progéniture par rapport aux stratèges à histoire de vie lente. Les hommes et les femmes ayant une histoire de vie rapide ont tendance à obtenir un score plus élevé dans la triade noire (McDonald et al., 2012), dans son expression extrême comme un comportement psychopathique pleurnichard chez les femmes et un comportement psychopathique froid chez les hommes.

Le caractère sensible de ce sujet pourrait même amener les femmes à minimiser leur attirance pour les traits de la triade noire, car cela va à l’encontre des lois et des normes contre la violence ainsi que des idéaux féministes selon lesquels les femmes devraient être les égales des hommes plutôt que de se soumettre à eux. Les femmes peuvent donc être encore plus attirées par ces hommes qu’elles ne l’admettent (biais de désirabilité sociale). Les préférences des femmes pour les hommes psychopathes sont peut-être liées aux fantasmes de viol. C’est logique, puisqu’il faut une faible empathie pour violer quelqu’un.

Les recherches de Kardum (2017) suggèrent que les hommes et les femmes ont tendance à sortir avec d’autres personnes présentant des niveaux similaires de traits de personnalité de la triade noire. Les femmes ayant une histoire de vie lente peuvent être moins intéressées par les hommes ayant une personnalité sombre, mais en raison de leur agréabilité (en particulier la conformité) et de leur stratégie sexuelle rudimentaire, elles peuvent s’abandonner à de tels hommes de toute façon.

Citations :

D’après Seffrin (2016) : Les hommes qui montrent une volonté de prendre des risques, qui ont une haute estime de soi et un corps physiquement imposant possèdent des qualités que les femmes peuvent trouver désirables, mais ces qualités sont également corrélées à un comportement agressif (Apicella, 2014 ; Baumeister, Smart, & Boden, 1996 ; Brewer & Howarth, 2012 ; Frederick & Haselton, 2007 ; Sellet al., 2009). […] Les hommes qui auraient recours à la violence physique pour obtenir un avantage concurrentiel peuvent posséder d’autres qualités sexuellement attirantes pour les femmes […]. C’est ce que suggèrent les recherches de Rebellon et Manasse (2004), qui ont constaté que les hommes hautement délinquants déclarent avoir un certain succès pour attirer des partenaires féminines. Rebellon et Manasse (2004) interprètent ces résultats en utilisant un dérivé de la théorie de la sélection sexuelle connu sous le nom de « principe du handicap » (Zahavi, 1975). Le principe du handicap suggère que les comportements qui sont potentiellement coûteux pour les mâles – tels que les combats et le mépris de l’autorité, mais qui sont appréciés par les femelles, peut-être pour la force et la « bravade » qu’ils symbolisent – seront mis en œuvre comme tactiques dans la compétition sexuelle masculine (voir également Palmer & Tilley, 1995). Les recherches sur la théorie de la sélection sexuelle suggèrent également qu’une préférence pour ces qualités pourrait avoir été sélectionnée chez les femelles (Puts, 2010). Cela permettrait d’expliquer pourquoi les hommes ont un penchant pour les comportements violents, dans le sens où l’agressivité masculine et la préférence pour cette dernière chez les femmes ont été sélectionnées au cours de la préhistoire humaine. S’associer à un homme agressif et/ou impliqué dans des affaires criminelles peut présenter des avantages, notamment dans un environnement dangereux où les menaces de violence sont monnaie courante. Cependant, les démonstrations de domination et d’agression physique sont tout aussi intéressantes pour un public exclusivement masculin, qui sert de source d’encouragement et de validation, renforçant ainsi le comportement ainsi que sa valeur symbolique dans la culture (Messerschmidt, 1993).

Les traits psychopathiques (manque de moralité ; hostilité interpersonnelle) sont bénéfiques à une stratégie à court terme et sont corrélés à un modèle de comportement sexuel sans restriction. (Carter, 2014).

Sources : 

Carter GL, Campbell AC, Muncer S. 2014. The Dark Triad personality: Attractiveness to women. Personality and Individual Differences. 56: 57-61. (Source 1) (Source 2)

Geary DC, Vigil J, Byrd‐Craven J. 2004. Evolution of human mate choice. Journal of sex research, 41(1), pp.27-42. (Source)

Wilson M, Mesnick SL. 1997. An empirical test of the bodyguard hypothesis. In Feminism and evolutionary biology (pp. 505-511). Springer, Boston, MA. (Source)

Puts DA, Bailey DH, Reno PL. 2015. Contest competition in men. The handbook of evolutionary psychology. pp. 1-8. (Source)

Kruger DJ, Fitzgerald CJ. 2011. Reproductive strategies and relationship preferences associated with prestigious and dominant men. Personality and Individual Differences. 50(3):365-9. (Source)

Gervais N. 2018. ADHD, Autism, and Psychopathy as Life Strategies: The Role of Risk Tolerance on Evolutionary Fitness. (Source)

Seffrin PM. 2016. The Competition–Violence Hypothesis: Sex, Marriage, and Male Aggression. (Source)

Eibl-Eibesfeldt I. 1989. Pair Formation, Courtship, Sexual Love. In: Human Ethology. Routledge. (Source)

Kardum, I., Hudek‐Knezevic, J. A. S. N. A., Schmitt, D. P., & Covic, M. (2017). Assortative mating for Dark Triad: Evidence of positive, initial, and active assortment. Personal Relationships, 24(1), 75-83. (Source)

McDonald, M. M., Donnellan, M. B., & Navarrete, C. D. (2012). A life history approach to understanding the Dark Triad. Personality and Individual Differences, 52(5), 601-605. (Source)

Illustration : Cottonbro.