Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (XVI)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.

Chapitre 3. L’impact croissant des réseaux sociaux.

Deuxième partie. La dévirilisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la masculinité ?

Chapitre 1. La chute de la figure paternelle.

Chapitre 2. Divorce : le destructeur de familles.

Chapitre 3. La guerre contre la paternité.

Chapitre 4. La destruction de la sexualité masculine.

Troisième partie. La nécessaire restauration d’un ordre viril à la française.

Chapitre 1. Des revendications aux « exigences » : l’Hubris féminin.

Chapitre 2. Les rapports hommes / femmes dans une société multiculturelle.


Conclusion.

Lorsqu’Éric Zemmour critique le féminisme, il ne critique pas uniquement le féminisme. Car le féminisme n’est pas seulement une idéologie politique, c’est une idéologie qui défend un processus anthropologique par lequel la féminité l’emporte sur la masculinité, provoquant un déséquilibre dans les relations entre les hommes et les femmes. Ce déséquilibre se décompose lui-même en un double mouvement de féminisation et de dévirilisation, des phénomènes aux causes distinctes mais aux effets similaires : l’indifférenciation, et donc l’effacement progressif, de la différence entre les deux sexes.

Cette indifférenciation entre l’homme et la femme, entre le masculin et le féminin, provoque à son tour un déséquilibre dans la société française : dans la sphère publique, en ce qui concerne le monde politique, économique et social, mais aussi dans la sphère privée, en ce qui concerne les droits sexuels et reproductifs, ainsi que la famille. Mais il y a pire encore : ce n’est pas seulement la société, mais la civilisation entière qui se trouve menacée par le déséquilibre entre les deux rôles sexuels de l’espèce humaine : l’islamo-gauchisme, l’immigration et le Grand Remplacement viennent s’ajouter au déséquilibre sexuel initial et l’aggraver, ajoutant la division nationale à la confusion sexuelle.

C’est ici que mon analyse du discours antiféministe d’Éric Zemmour rejoint les autres thèmes que ce dernier aime aborder : l’état général de la France, longuement développé dans des livres tels que « Mélancolie française », « Le suicide français », « un quinquennat pour rien », ou encore « Destin français ». De manière générale, les ouvrages d’Éric Zemmour ont tous un point commun : offrir une réflexion sur la France, son histoire, son identité, son destin. Et en conséquence, s’interroger sur la crise d’identité nationale que la France semble traverser depuis des années, sans jamais arriver à définir précisément ce que recouvre cette identité. Cela est dû, à mon sens, à la difficulté de définir précisément ce que l’on entend par « identité nationale ». 

Une identité nationale peut correspondre à un peuple, de telle sorte que chaque peuple forme une nation. C’est le cas, par exemple, du Japon. L’identité nationale du Japon est inextricablement liée au peuple japonais. Le Japon a toujours été le Japon, quel que soit la forme de son organisation politique : gouvernement féodal, empire, ou démocratie. Mais une identité nationale peut correspondre à un peuple et à une religion, de telle sorte qu’une nation puisse se former sur une combinaison de peuples partageant la même religion, comme l’Inde, ou qu’une nation puise se former principalement sur une religion, comme de nombreux pays islamique du Moyen-Orient. Les nations européennes, dont la France, ne fondent pas leur identité nationale sur un peuple ou une religion, mais sur une forme particulière de gouvernement et sur un ensemble de principes abstraits. Ainsi, dans le langage courant des politiciens, « la République » devient le synonyme de « la France », ce qui engendre une confusion entre l’organisation politique d’un pays, et le pays lui-même. De plus, un français est considéré comme tel dès lors qu’il adhère à des concepts abstraits tels que « l’égalité », la « démocratie », la « liberté » ou la « tolérance ». La France ne reconnaît pas l’ethnicité ou la religion comme des facteurs déterminants l’identité nationale. Les habitants de la France sont ainsi interchangeables avec tout autre groupe de personnes : il importe peu que ces personnes viennent d’Angleterre, de Somalie, de Chine ou du Mexique, l’essentiel, c’est qu’ils adhèrent à des idées. Les habitants de la France ne sont donc que des unités économiques qui achètent et vendent, et qui paient des impôts, de telle sorte que les deux piliers de l’identité nationale française sont les registres du commerce et des sociétés, qui permettent d’identifier les français en tant qu’agents économiques, et les services des finances publiques, qui permettent d’identifier les français en tant que contribuables. Mêmes causes, mêmes effets : à mesure qu’elle « s’universalise », la France se « désincarne ». 

Au-delà de la population et de la religion, une identité nationale se fonde également sur la culture. Une culture nationale recouvre un ensemble très disparate de connaissances, de croyances, de représentations, d’art, de morale, de droit, de coutumes, de langues, de gastronomie, d’habillements, mais aussi de « manière d’être », et de « manières de faire ». La culture affecte la façon dont une personne interagit avec les autres individus, notamment les individus du sexe opposé. Il existe ainsi un « art de vivre à la française », mais aussi un art de la drague à l’italienne, une façon d’apprivoiser à l’espagnole, un charme typiquement anglais, une façon de captiver une femme russe, ou de passionner un homme allemand[1]. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une personne comprend une langue indo-européenne, ou s’habille à l’occidentale, qu’elle appartient à une nation d’Europe. La séduction, les relations, le mariage, la famille font partie intégrante de la culture, et même s’ils relèvent d’une émotion universelle, l’amour, les applications sont multiples, et les nuances sont très subtiles. La culture est donc essentielle à l’identité nationale, en particulier la culture amoureuse, et donc familiale ; et l’identité ne peut être réduite à la seule abstraction républicaine. Si j’insiste tant sur le caractère relationnelde la culture française, c’est bien parce que l’affection que les hommes et les femmes se portent est à l’origine de la Nation. Chaque nouveau couple ayant des enfants forme une famille. A l’échelle locale, une communauté, un village, une ville, n’est rien d’autre qu’un ensemble de familles. A l’échelle nationale, la France n’est rien d’autre qu’une gigantesque famille de familles

A la différence de l’individu républicain, homme isolé ou femme seule, abstrait, interchangeable, et indifférencié, la famille n’est ni un être, ni une personne, mais une force qui produit des effets concrets, un collectif qui se manifeste de bien des manières. La famille a quelque chose de transcendant et d’immanent, en ce qu’une ligné familiale, de ses branches jusqu’à ses racines, remonte jusqu’aux confins des temps. Elle a aussi quelque chose de merveilleux et de redoutable, en ce qu’elle contraint, impose et limite, mais elle forme, inspire et réconforte, selon les cas et la manière d’éduquer. La famille dépasse l’humain sur le plan individuel, de la même manière que la nation dépasse les familles sur le plan collectif, parce qu’en réalité, la famille et la nation représentent la même chose, sous deux ordres de grandeurs différents. Les liens qui unissent les individus d’une même famille, le père au fils, et le frère au frère, sont les mêmes liens qui unissent, par extension, les individus d’une même nation. C’est en cela que la famille est le fondement de toute unité politique, un fondement bien plus puissant, puisque fondé sur l’amour, que toute autre unité politique à base abstraite, comme la « République » ou la « diversité ». Une société d’hommes n’existe que pour une seule raison : les liens du sang, et la mémoire de l’ancêtre commun. En brisant ces liens, en éloignant la femme de l’homme, et le fils du père, au profit d’une entité abstraite, le féminisme opère une véritable révolte contre la civilisation. Il convient d’opposer à cela un contre-modèle : celui d’un ordre viril à la française. Je conclus ainsi cet ouvrage sur le constat dressé par Julius Evola, dans son œuvre majeure « Révolte contre le monde moderne » : « Dans une société qui ne sait plus rien de l’Ascète, ni du Guerrier ; dans une société où les mains des derniers aristocrates semblent faites davantage pour des raquettes de tennis ou des shakers de cocktails que pour des épées ou des sceptres ; dans une société où le type de l’homme viril – quand il ne s’identifie pas à la larve blafarde appelée « intellectuel » ou « professeur », au fantoche narcissique dénommé « artiste », ou à cette petite machine affairée qu’est le banquier ou le politicien – est représenté par le boxeur ou l’acteur de cinéma ; dans une telle société, il était naturel que la femme se révoltât. Alors que l’éthique traditionnelle demandait à l’homme et à la femme d’être toujours plus eux-mêmes, d’exprimer par des traits de plus en plus nets ce qui fait de l’un un homme, de l’autre une femme – nous voyons la civilisation moderne se tourner vers le nivellement, vers l’informe, vers un stade qui, en réalité, n’est pas au-delà, mais en-deçà de l’individuation et de la différence entre sexes ». 


[1] Non, je plaisante : les allemands ne sont pas passionnés. Ils sont sérieux. Et ils travaillent. Et ils n’ont aucun sens de l’humour. 


Illustration : Photo de Atypeek Dgn