Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (XV)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.

Chapitre 3. L’impact croissant des réseaux sociaux.

Deuxième partie. La dévirilisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la masculinité ?

Chapitre 1. La chute de la figure paternelle.

Chapitre 2. Divorce : le destructeur de familles.

Chapitre 3. La guerre contre la paternité.

Chapitre 4. La destruction de la sexualité masculine.

Troisième partie. La nécessaire restauration d’un ordre viril à la française.

Chapitre 1. Des revendications aux « exigences » : l’Hubris féminin.


Chapitre 2. Les rapports hommes / femmes dans une société multiculturelle.

L’Hubris féministe – cette démesure qui caractérise cette idéologie – est le premier élément qui empêche les français et les françaises de retrouver leur équilibre complémentaire et naturel. Le second élément qui perturbe les relations entre les hommes et les femmes, ou l’image que l’on s’en fait, relève davantage du phénomène sociétal que du débat idéologique, il s’agit du multiculturalisme. Éric Zemmour est en effet un polémiste connu non seulement pour ses propos à l’égard du féminisme, mais aussi pour ses propos sur l’immigration, sur l’identité française, ou sur l’Islam. Il s’agit d’un ensemble de sujets trop vastes et trop complexes pour être développés entièrement dans ce livre, qui n’est consacré qu’aux relations entre les hommes et les femmes dans la société française. Mais il est toutefois possible d’évoquer ici la question du multiculturalisme, mais uniquement en ce qu’il concerne le thème des relations entre les sexes. 

A ce titre, il faut comprendre que les relations entre les hommes et les femmes sont déjà fortement perturbés par le « bruit de fond » féministe, cette idéologie de gauche qui n’est en réalité qu’un conditionnement social (la féminisation) visant à imposer à la société le changement anthropologique par lequel l’impulsion biologique féminine (l’hypergamie) devient l’impératif social par défaut (l’impératif féminin). A cela, il faut ajouter la dévirilisation des hommes français, qui sont privés d’autorité, de famille, et de stratégie sexuelle (sexualité et paternité). Et à tout cela, il faut également ajouter l’Hubris féministe, qui déporte le débat sur la question des droits économiques et sociaux afin d’empêcher les français et les françaises de s’intéresser aux questions sexuelles et reproductives, qui forment le véritable cœur des relations entre les sexes. Enfin, à tout cela, il faut encore ajouter l’élément civilisationnel, identitaire et religieux : de la même manière que les hommes et les femmes ne sont pas des « entités abstraites », fongibles, théoriques, mais des êtres humains uniques, les « citoyens français » dans leurs ensembles ne sont pas des « entités politiques interchangeables » : ils ont des valeurs hétéroclites, des religions différentes, des opinions spécifiques, des identités distinctes. La première division à opérer est une division absolue, car déterminée biologiquement : on est soit un homme, soit une femme. Mais les divisions possibles ne s’arrêtent pas ici : on est un homme blanc ou noir, une femme athée ou croyante, un homme de droite ou une femme de gauche, une femme communiste ou une femme qui comprends l’économie, un homme féministe ou un homme normal, etc… Et tout ce petit monde, ce sont des français et des françaises, qui se rencontrent, qui forment des couples, qui ont des enfants, qui fondent des familles. Le nombres de variables à prendre en considération est alors trop élevé pour fournir une analyse précise : la religion ou la politique, à elles seules, constituent des éléments qui peuvent influencer le choix de partenaires, le comportement sexuel, l’éducation des enfants, le rapport au divorce, etc…

Devant l’impossibilité d’écrire dans ce livre une sorte de « sociologie sexuelle française exhaustive », c’est-à-dire devant l’impossibilité de décrire en détail l’ensemble des interactions possibles entre tous les profils de français et de françaises, je souhaite réduire mon propos à l’analyse de trois grands « thèmes » qui ont été abordés par Éric Zemmour : « l’islamo-gauchisme » (section 1), l’immigration (section 2) et enfin, le « Grand Remplacement » (section 3). 

Section 1. Féminisme et « islamo-gauchisme ».

Le terme « islamo-gauchisme » est difficile à définir, d’abord parce qu’il est composé du préfixe « islamo » et du mot « gauchisme », qui à eux deux, nécessitent déjà des définitions précises. L’Islam est une religion monothéiste abrahamique fondée sur le Coran, un livre considéré par les musulmans comme révélé par Dieu (« Allah ») à Mahomet, son prophète. La religion islamique est composée de deux parties distinctes : une partie exotérique (« es-shariyah ») et une partie ésotérique (« el-haqîqah »). L’exotérisme concerne ce qui est public, profane, par opposition à ce qui est d’ordre initiatique, ou secret. La « shariyah » comprend ainsi tout ce que l’Occident considère comme proprement « religieux », y compris l’aspect social et législatif qui, dans l’Islam, s’intègre pleinement à la religion. Lorsqu’Éric Zemmour parle d’Islam, il ne parle ainsi que de son aspect exotérique (« es-shariyah ») : c’est le sens de sa petite phrase glissée dans l’entretien qu’il avait eu en 2014 avec le journal italien Corriere Della Sera, lorsqu’il avait affirmé que les musulmans « ont leur code civil, c’est le Coran ». En ce sens, cette phrase est parfaitement juste : la « shariyah », dans l’Islam, est une règle d’action au quotidien, alors que la « haqîqah », la partie ésotérique, n’est que pure connaissance. Il existe donc une dualité dans l’Islam, une partie religieuse et une partie métaphysique. L’aspect religieux de l’Islam est exotérique, c’est-à-dire extérieur et à la portée de tous, et l’aspect métaphysique de l’Islam est ésotérique, c’est ce qui en constitue le sens profond. Dans cette section, je considérerai l’Islam uniquement dans sa partie extérieure, sociale et visible, laissant de côté la partie purement métaphysique. Le « gauchisme » est plus difficile à définir, le terme désignant à l’origine un courant du mouvement communiste à ses débuts, qui entendait laisser l’initiative révolutionnaire aux masses plutôt qu’au parti. Depuis, le terme a changé de sens, et il peut être utilisé de manière positive ou péjorative, selon les cas et la personne. Le gauchisme désigne aujourd’hui la tendance d’une personne, d’un groupe ou d’un parti, à exprimer des idées extrémistes orientées à gauche. 

Il n’y a donc a priori rien de commun entre une doctrine religieuse et une tendance politique. « L’islamo-gauchisme » n’est pas un « Islam de gauche », c’est-à-dire un courant religieux exotérique visant à rendre l’ensemble des dogmes et des préceptes de l’Islam conforme à une vision anticapitaliste et progressiste, pas plus qu’il n’incarne une « gauche islamique », c’est-à-dire un courant politique attaché à la tradition radicale, socialiste ou révolutionnaire dans un pays musulman.

Une fois assemblés, les deux termes sont définis par Éric Zemmour comme « l’alliance dans la sphère universitaire et intellectuelle d’une partie de la gauche avec les islamistes pour imposer l’analyse des sujétions et discriminations, que subiraient de nombreuses minorités (musulmans, femmes, homosexuels, étrangers, etc.) du fait de l’imperium de l’homme blanc hétérosexuel catholique »[1]. Il s’agit donc d’une proximité, d’un lien, entre, d’une part, des idées, des partis ou des personnes de gauche, et d’autre part, des idées, des partis ou des personnes appartenant aux milieux islamiques ou islamistes. Cette connexion a pour objet d’imposer dans la sphère universitaire et intellectuelle un nouveau Zeitgeist en vertu duquel tout peut s’analyser sous l’angle d’une prétendue domination de l’homme blanc, hétéro, catholique envers les « minorités », elles-mêmes composés de tout ce qui n’est ni masculin, ni blanc, ni hétéro, ni catholique. « L’islamo-gauchisme » est ainsi une « alliance », c’est-à-dire une union résultant d’une entente, entre l’extrême-gauche et les musulmans, les premiers considérant les seconds comme une minorité opprimée de manière systémique par les non-musulmans. 

« L’islamo-gauchisme » est ainsi une sorte d’intrigue compliquée digne d’un roman bâclé, qui relève davantage d’un imbroglio idéologico-militant que d’une recherche scientifique et académique sérieuse. Les musulmans sont associés aux femmes et considérés comme une « minorité », ce qui est assez étonnant, considérant que le nombre de pratiquants de l’Islam s’élève à 1,8 milliards d’individus, et que les femmes constituent la moitié de l’humanité. De plus, les femmes et les musulmans (hommes et femmes) sont systématiquement considérés comme des victimes. C’est là que réside le lien entre féminisme et « Islamo-gauchisme » : cette volonté de dépeindre les femmes et les musulmans comme des « opprimés », des « exploités », des « persécutés ». Comme le dit Guillaume Erner, « la meilleure façon de comprendre une époque, c’est de s’intéresser à ses obsessions. La nôtre est obnubilée par les victimes. Jamais autant d’attention n’avait été accordée aux souffrances d’autrui » [2].

Ce discours victimaire, pour ne pas dire « victimiste », cette tendance de gauche à se présenter ou à présenter autrui comme une victime, est un discours très bien construit. Les victimes (femmes et musulmans, mais aussi les homosexuels ou les étrangers) veulent montrer leurs souffrances, par des discours, par des images, par des manifestations, par des témoignages ou des déclarations, etc… Il s’agit de montrer une souffrance, ou plutôt, de mettre en scène une douleur ou un préjudice, afin de provoquer un mouvement de compassion dans la société. Une victime se trouve, par nature, dans une position inférieure par rapport à son « bourreau », qui profite, lui, de la position de supériorité qu’il a acquise sur sa victime. La logique et la justice impose donc de procéder à une « réparation », afin de rétablir l’équilibre originel qui a été perturbé. Cette réparation peut prendre plusieurs formes : une reconnaissance « officielle » de la souffrance ou du préjudice subi, la punition du coupable, un avantage ou un privilège de droit ou de fait accordé afin de reconstituer la situation telle qu’elle se présentait initialement. Pour reconnaître l’état de la victime, la société doit éprouver de la compassion, et donc de l’empathie, c’est-à-dire une émotion. Les souffrances de la victime ne peuvent donc être décrites par un argumentaire rationnel, mais par une manifestation émotionnelle. Dès qu’elle est analysée, la souffrance perd son momentum émotif et affectif, elle doit donc être mise en scène, afin de provoquer une réaction limbique, c’est-à-dire un court-circuit des capacités analytiques du cerveau. Il est ainsi possible de jouer sur toute une gamme d’émotions, en fonction de l’objectif et du sujet : la compassion pour ce que subit une femme, ou l’indignation pour ce que subit un musulman. 

Le discours victimaire devient alors une stratégie : une victime suscite la compassion ou l’indignation au moyen d’une mise en scène émotionnelle et d’un discours planifié. La souffrance d’une personne permet à celle-ci d’obtenir le statut de victime, et ce statut permet à son tour d’obtenir des droits, d’occuper une place au sein de l’espace public, de recevoir une visibilité sur les réseaux sociaux. Avoir le statut de victime, c’est une forme de pouvoir. La « victimisation » devient ainsi une opération consistant à présenter les femmes et les musulmans comme victimes afin de bénéficier de droits supplémentaires, de reconnaissance, de bénéfices réels ou symboliques. Le féminisme et « l’islamo-gauchisme » relèvent ainsi davantage du domaine de la stratégie et de la tactique que du domaine de l’idéologie ou de la politique. Ou mieux, le féminisme et « l’islamo-gauchisme » se combinent pour former un ensemble de mesures prémédités menant à l’obtention de privilèges, il s’agit donc d’une stratégie utilisée à des fins politiques. 

De ce point de vue, le féminisme et « l’islamo-gauchisme » utilisent des « stratégies de la vertu ». Dans toute société, il existe une moralité, c’est-à-dire une définition de ce qui est « bien » et de ce qui est « mal ». La définition de ce qui est « bon » ou « mauvais » dépend de chaque culture, mais il y a toujours une dichotomie. L’objectif du féminisme et de « l’islamo-gauchisme » consiste à redéfinir ce qui est « moral » et ce qui ne l’est pas d’après des valeurs qui leurs sont utiles. Un nouveau système éthique se met ainsi en place, qui repose sur une série d’affirmations émotionnelles très simples. « La femme est victime de l’homme », « le noir est victime du blanc », « le musulman est victime du catholique », etc… Ces affirmations peuvent à leur tour se « combiner » en équations plus complexes : « La femme noire est victime de la femme blanche », mais « l’homme musulman est victime de l’homme chrétien », et attention, car l’homme blanc handicapé peut être victime de l’homme arabe musulman, qui est lui-même le bourreau de la femme lesbienne athée, qui oppresse d’ailleurs le transgenre de nationalité étrangère, etc… L’espace victimaire devient alors un « marché de la souffrance », dans lequel chaque communauté, aussi infime soit-elle, revendique un « marché de niche ». Même si le « secteur victimaire » peut varier, la stratégie commerciale demeure la même : occuper le terrain de la morale, plutôt que celui de la logique. Toute personne qui critique une victime à l’air, en comparaison, d’un bourreau. Il convient toutefois de préciser que ce stratagème n’est pas récent en France, arriver au pouvoir par la morale, c’était déjà la technique employée par Mitterrand sur Giscard d’Estaing : « vous n’avez pas le monopole du cœur ». Aujourd’hui, le cœur n’est plus un monopole mais un oligopole détenu par un tout petit nombre de vendeurs, allant des « afroféministes » aux défenseurs des migrants, face à un très grand nombre d’acheteurs, les millions de français pris au piège de ce marché captif. Dans ce marché, les féministes et les « islamo-gauchistes » sont particulièrement dangereux, parce qu’ils maîtrisent parfaitement les techniques de manipulation médiatique.  

La « stratégie de la vertu » a par ailleurs été employée à l’échelle internationale, par l’Algérie, contre la France. Le général d’armée français André Beaufre a étudié l’utilisation de la moralité en tant qu’arme de guerre dans le cadre de la guerre d’Algérie : les algériens ont présenté ce conflit comme étant une « guerre de libération » entre, d’une part, l’Algérie, présentée comme une nation assoiffée de liberté, et d’autre part, la France, présentée comme une puissance impérialiste. Une fois que l’idée était diffusée dans les médias et l’opinion publique, les algériens purent demander l’aide de la communauté internationale et isoler la France. Cette technique médiatique permet de gagner la guerre en lui retirant toute justification morale du côté français, tout en cachant les sales manœuvres du côté Algériens. Les États-Unis ont connu une défaite similaire contre les Vietnamiens, pour les mêmes raisons : une fois que l’on a perdu sur le plan moral et politique, la défaite est inévitable sur le plan militaire. Les méthodes Algérienne et vietnamiennes furent un succès : il s’agissait de mettre en évidence les différences entre les valeurs affichées par la France et les États-Unis, la liberté, et les actions entreprises sur le terrain, qui consistaient à écraser des mouvements indépendantistes. L’Algérie devint lors une « nation victime », et par ce retournement moral, elle fût une nation victorieuse. 

La « stratégie de la vertu », appliquée par les féministes et les islamo-gauchiste, vise exactement le même résultat : se présenter comme victime de « l’imperium de l’homme blanc hétérosexuel catholique », afin de remporter une victoire morale et politique sur celui-ci. L’objectif stratégique d’une certaine gauche française n’est pas de défendre la « justice », la « liberté » ou « l’oppression », ce n’est même pas de proposer une saine distinction entre le « bien » et le « mal », mais de s’approprier le pouvoir. Le général d’armée français André Beaufre définissait la « stratégie de la vertu » comme une « manœuvre extérieure », c’est-à-dire une tactique qui se situe en dehors du champ de bataille, en dehors de la guerre elle-même. La victimisation repose exactement de la même dynamique : elle n’a rien à voir avec l’objet même du débat. Dans le cas du féminisme et de l’islamo-gauchisme, c’est l’homme blanc hétérosexuel catholique qui est au centre du débat, ce ne sont pas les discriminations. Ainsi, c’est l’adversaire qui est mis en avant, et non le problème en lui-même. La gauche remet en cause l’existence de l’homme blanc lui-même et lui donne systématiquement le mauvais rôle. 

Comme le disait Robert Greene, « le pouvoir est amoral par nature ; pour l’acquérir, il faut évaluer les circonstances pour elles-mêmes et non d’un point de vue éthique. La quête du pouvoir est un jeu – on ne le répètera jamais assez –, et au jeu on ne juge pas l’adversaire à ses intentions mais à la portée de ses actes »[3]. Il convient maintenant de dénoncer le féminisme et l’islamo-gauchisme pour ce qu’ils sont : des basses manœuvres politiciennes, dignes de la guérilla la plus sale, dépourvus de tout honneur. Les mensonges de la gauche doivent être révélées pour ce qu’ils sont : une hypocrisie sans limites. L’islamo-gauchisme consiste à promouvoir certaines valeurs sans les appliquer. Des féministes qui « luttent contre les discriminations fondées sur le sexe »… en condamnant les hommes parce qu’ils sont des hommes. Des « femmes noires féministes qui luttent contre l’oppression ressentie à cause de leur couleur de peau et de leur sexe »… en dénonçant les féministes blanches. Des mouvements « antiracistes », c’est-à-dire opposés à toute discrimination fondée sur la couleur de la peau, qui organisent des « réunions en non-mixité interdites aux blancs ». Il s’agit ici d’un paradoxe absolu : une partie de la gauche dénonce les discriminations que subiraient de nombreuses minorités, tout en n’ayant qu’un seul objectif : discriminer, voir détruire, l’homme blanc. En réalité, pour la gauche française, la morale n’est pas une distinction entre le « bien » et le « mal », mais une norme variable : la norme de moralité que ces personnes-là exigent des autres est plus élevée que celle qu’ils exigent d’eux-mêmes. L’égoïste le plus implacable exigera toujours l’altruisme le plus profond, le traitre absolu exigera toujours la plus grande loyauté, et le véritable raciste dénoncera toujours les discriminations qu’il prétend subir de l’homme blanc.

Section 2. Féminisme et immigration.

Le féminisme repose sur les mêmes postulats que l’islamo-gauchisme, en ce qu’il associe les femmes, les musulmans et les étrangers en un ensemble unique, caractérisé comme étant des « minorités », et des « victimes » subissant la « domination » de l’homme, ce qui lui permet d’étendre son idéologie au-delà de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes. En cela, le féminisme se qualifie lui-même « d’intersectionnel », c’est-à-dire qu’il reconnaît les « cumuls d’oppression », et analyse la société en termes d’addition de plusieurs « systèmes de domination », au profit d’un bourreau unique : « l’homme blanc hétérosexuel catholique ». Ces associations, ces regroupements, ces additions entre minorités, conduisent naturellement les féministes à défendre les étrangers, les réfugiés et les migrants, considérant que ces derniers subissent les mêmes discriminations réelles ou supposées que les femmes. Ce phénomène a conduit Éric Zemmour à formuler un certain nombre de critiques à l’encontre des féministes, estimant qu’il ne comprenait pas pourquoi celles-ci souhaitaient accueillir des populations qui pourtant ne partagent pas la même vision de la place de la femme dans la société. 

Pour comprendre le lien entre féminisme et immigration, il convient de comprendre ce qui pousse les féministes – et plus généralement, les femmes – à considérer les migrants avec bienveillance. La première raison concerne les opinions politiques. Les femmes sont plus à gauche que les hommes. L’émergence de l’État-providence, ou « État-nounou », a été rendu possible par l’accès des femmes au droit de vote, qu’elles ont systématiquement utilisé, dans tous les pays, pour favoriser massivement toutes les politiques socialistes. Cette tendance électorale de fond conduit les États modernes à considérer les citoyens comme des enfants, en intervenant toujours plus dans la vie des individus « pour leur bien », en restreignant davantage la liberté et la responsabilité individuelle. Ce penchant collectiviste découle de la nature biologique de la femme, qui est amenée, en raison de son cycle hormonal (hypergamie) à recherche un homme fort (phase folliculaire) pour la protéger, elle et son enfant (phase lutéale). Dès que les femmes ont obtenu le droit de vote, elles l’ont utilisé pour refaçonner la politique gouvernementale conformément à leur double nature hypergame, en favorisant les gouvernements mettant en place des filets de sécurité, pour subvenir à leurs besoins, et aux besoins de leurs enfants, au cas où l’homme les quitterait. Autrement dit, les femmes en sont venues à considérer l’État comme un substitut de leur mari.

La deuxième raison est d’ordre démographique et idéologique. Statistiquement, le féminisme rend les femmes stériles. Plus la population féminine d’un pays est féministe, plus le taux de fécondité est bas. Les taux de natalité ne suffisent même pas à maintenir la population, et encore moins à créer un moteur de croissance économique, parce que le féminisme encourage les femmes à renoncer à leur rôle biologique de mère et à ne pas fonder de famille. Les femmes occidentales ont fait le choix de privilégier la carrière sur la famille, tout en votant politiquement à gauche, afin de se constituer une assurance, financée sur l’argent public. En conséquence, la population continue de s’étioler. Le refus des femmes de fonder une famille et d’avoir des enfants a pour effet d’ouvrir les vannes de l’immigration, car une économie de consommation a besoin d’un nombre constant d’individus, pour acheter des biens et utiliser des services. La faible fécondité et l’immigration massive entraînent un changement démographique. La proportion d’immigrants augmente, ce qui provoque de nouvelles divisions au sein de la population. En effet, par l’effet de l’islamo-gauchisme, une population donnée est divisée en groupes, puis en sous-groupes, toujours plus éclatés, qui se font concurrence pour obtenir des privilèges, par l’utilisation de la stratégie de la vertu, chaque sous-groupe devenant victime « d’oppressions » en provenance d’un autre sous-groupe. La population gagne en fragmentation à mesure qu’elle perd en homogénéité, tout en étant dominée par un appareil étatique toujours plus liberticide. 

Ainsi, le féminisme engendre un besoin d’immigration massif, tout en retirant les femmes de leurs foyers (en les privant du rôle de mère), afin de les transformer en contribuable (car il faut bien financer toutes les politiques sociales), pour le plus grands profits des entreprises (qui peuvent ainsi éviscérer les salaires depuis l’arrivée des femmes sur le marché du travail, et grâce à la main d’œuvre bon-marché fournie par l’immigration), sous la domination disproportionnée de l’État qui, par l’intermédiaire de son armée de fonctionnaires, exerce un contrôle toujours plus intense sur la vie des citoyens.

Il faut ajouter à cela la troisième raison, qui est la dévirilisation de l’homme occidental. Celui-ci est privé d’autorité, brisé par le divorce, dépourvu de famille, dépouillé de sa paternité, dépossédé de ses libertés par l’État, écrasé par l’impôt, avili par les médias, moqué par les féministes, enchaîné par le salariat, condamné par l’université, qui le décrit comme l’oppresseur absolu, le mal incarné, le tyran ultime. Endoctriné dès le plus jeune âge par la désinformation féministe, l’homme se met à croire que la stratégie sexuelle féminine correspond à la sienne, et renonce par là à toute volonté sexuelle, c’est-à-dire à sa pulsion de vie la plus élémentaire. L’Occident se trouve ainsi peuplé d’hommes élevés par des mères célibataires, par des professeurs de l’éducation nationale – majoritairement composé de femmes – et soumis à l’État, le « gouvernemaman », comme le dit Martin Masse. 

L’expression de l’hubris féminin au niveau sociétal, sans facteur d’équilibre masculin, conduit l’Europe dans une impasse. La féminisation de la société, doublé de la dévirilisation de l’homme, a atteint une masse critique, notamment en France, et les femmes en sont paradoxalement les premières victimes. En effet, même si les femmes le nieront, elles éprouvent un besoin biologique d’autorité masculine (c’est la phase folliculaire du cycle menstruel : l’hypergamie). En conséquence, les femmes n’ont généralement pas de loyauté envers un groupe, une population ou un pays, mais vers les hommes les plus forts. Les femmes ont évolué afin de devenir plus empathique envers leurs conquérants, par nécessité, afin de garantir leur survie et celle de leurs enfants. Compte tenu de la brutalité de notre histoire, dans laquelle une tribu pouvait être décimée par une autre, les femmes ont lentement développé une « capacité d’abandon émotionnel rapide » et de « réinvestissement affectif » qui leur a permis d’aimer les vainqueurs. Compte tenu des dures réalités que les femmes ont dû endurer depuis l’ère paléolithique, elles devaient être capables de s’adapter rapidement aux changements de vie résultant de la conquête par des tribus ou des nations extérieures, qui tuaient tous les hommes et gardaient les femmes. Une femme qui n’acceptait pas les croyances, l’autorité ou la religion de ses conquérants était une femme qui se faisait tuer. Il était donc logique que les femmes développent ce trait de caractère. Les femmes développent ainsi une sorte de syndrome de Stockholm à échelle nationale. Ce phénomène est extrêmement bien documenté, notamment depuis la seconde guerre mondiale, dans laquelle de très nombreuses femmes ont épousé un membre des forces armées d’un pays étranger, lors d’une occupation militaire. Plusieurs dizaines de milliers de femmes allemandes ont épousé des soldats américains après la fin de la seconde guerre mondiale, et avaient émigré aux États-Unis. Le même phénomène matrimonial a été observé entre des soldats et des femmes issus de pays ennemis, en Belgique, en Italie, au Luxembourg, aux Pays-Bas, aux Philippines, au Japon et en Chine. En France, l’exemple le plus célèbre reste le cas de l’occupation allemande, au cours de laquelle de très nombreuses femmes françaises ont eu des relations affectives, sentimentales et sexuelles avec l’occupant. Pour se rassurer, de nombreux français ont inventé le mythe en vertu duquel ces femmes auraient « collaboré » avec les hommes allemands par idéologie, mais la réalité est bien plus cruelle : les françaises ont préféré les allemands parce qu’ils étaient des vainqueurs, et délaissé les hommes français parce qu’ils étaient des vaincus. En temps de guerre, les hommes ont toujours représenté le « sexe sacrifié », dont on peut disposer librement, et qu’on peut tuer, et les femmes le « sexe préservé », qu’il faut sauvegarder à tout prix. Les hommes mourraient simplement suite à l’attaque d’un agresseur supérieur en force ou en nombre, mais les femmes étaient préservées pour servir à la procréation et à l’élevage des enfants. Ainsi, l’esprit féminin a évolué afin de développer une capacité à couper les liens émotionnels plus facilement (en faveur d’un nouveau dominant). Ce phénomène ne s’illustre pas qu’en temps de guerre, mais aussi en temps de paix : après une rupture sentimentale, les femmes sont capables de « passer à autre chose », c’est-à-dire à un nouveau partenaire, extrêmement rapidement, tandis que les hommes, plus lents, mettent plusieurs mois à faire le deuil d’une relation. C’est l’avantage évolutif féminin : être capable d’oublier totalement et facilement un ex-partenaire en quelques jours, voire en quelques heures. Dans tous les cas, que ce soit dans des circonstances exceptionnelles ou dans la vie quotidienne et ordinaire, les femmes sont constantes. Les hommes et les petits garçons sont tués, mais les femmes et les jeunes filles sont simplement « transférées » et « assimilées » dans la nouvelle tribu, pour être les réceptacles de la future génération des vainqueurs. 

Face à l’extrême faiblesse des hommes occidentaux d’aujourd’hui, le phénomène surgit de nouveau, avec une ampleur qui n’a jamais été constatée auparavant. A l’échelle continentale, c’est l’ensemble des femmes européennes qui se mettent à désirer de nouveaux prétendants masculins. Ce désir s’appelle « diversité » ou « multiculturalisme » selon les cas, mais le principe reste le même : les femmes veulent « importer » des hommes qu’elles perçoivent comme puissants et masculins, afin de remplacer les jeunes hommes chétifs, sans prestance, frivoles, prétentieux et sans mérite, avec lesquels elles se sentent coincées. C’est d’ailleurs une stratégie sexuelle redoutable : en augmentant le ratio hommes/femmes en leur faveur, dans la mesure où l’immigration est majoritairement composée d’hommes, les femmes bénéficient d’un nombre plus élevé de prétendants. C’est un paradoxe insoluble du féminisme à échelle civilisationnelle. Maintenant que les hommes occidentaux sont devenus féministes, c’est-à-dire à la fois féminisés et dévirilisés, les femmes n’en veulent plus. Elles préfèrent de loin les hommes originaires de pays qui n’ont pas subi le féminisme, c’est-à-dire des hommes qui sont encore virils, puissants, masculins. Une nouvelle fois dans l’histoire, les françaises souhaitent entretenir des relations affectives, sentimentales et sexuelles avec l’étranger, mais pas au nom du multiculturalisme et de la lutte contre l’islamophobie, mais simplement par amour du vainqueur. En réalité, le lien entre féminisme et immigration n’est pas un lien de nature politique, mais un lien de nature affective. 

En Europe, de nombreux pays ont accueillis de nombreux migrants, notamment la France, la Suède, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ces migrants sont majoritairement des hommes non-européens, en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Les féministes, qui sont les premières à défendre l’accueil de ces migrants, peuvent défendre cette position politique pour plusieurs raisons, soit pour aggraver la situation des hommes européens, soit pour augmenter la valeur des femmes sur le « marché des rencontres » en rendant la société plus compétitive pour les hommes autochtones, tout en améliorant leur propre accès aux hommes. Un plus grand nombre d’hommes implique une meilleure situation pour les femmes adultes qui sont libres de choisir parmi les hommes autochtones et non-autochtones, et d’avoir des relations à court et à long terme. Les conséquences sociales peuvent devenir très préjudiciables, car cette évolution entraîne un déséquilibre profond et structurel du marché matrimonial, mais cela engendre aussi une augmentation de l’insécurité : plus un pays compte davantage d’hommes que de femmes, plus la délinquance et la criminalité y est élevé. 

Face à une telle crise matrimoniale et civilisationnelle, trois solutions peuvent être formulées. La première consiste à consiste à stopper et à inverser l’immigration, mais ce débat est interdit en France, pays dans lequel la « question migratoire » est un tabou, qu’Éric Zemmour est l’un des rare à affronter. Une deuxième solution consiste à faire de la place pour davantage de femmes migrantes. Une combinaison des deux premières solutions peut amener les pays européens à opérer une immigration sélective : les femmes migrantes devraient être plus nombreuses à affluer en Occident dans les années, voire les décennies à venir, parallèlement à l’inversion des flux migratoires masculins en provenance des pays non occidentaux. Les femmes européennes devront peut-être s’adapter et s’améliorer en raison de la concurrence plus rude qui sera imposée en Europe par la présence de femmes davantage féminines, et donc moins féministes. Mais cela aura un certain nombre d’effets positifs sur la société, tels qu’un marché sexuel plus équilibré, des taux de criminalité plus faibles et une meilleure cohésion sociale. Après tout, si l’Europe doit obligatoirement se faire « un devoir » d’accueillir les migrants, il est donc nécessaire d’appliquer la solidarité la plus élémentaire : ne dit-on pas « les femmes et les enfants d’abord » ? 

Section 3. Sexualité et « Grand Remplacement ». 

La précédente section sur les liens entre féminisme et immigration me conduisent maintenant à envisager la question d’un point de vue encore plus vaste. J’ai en effet indiqué que la faible fécondité et l’immigration massive entraînent un changement démographique. Il s’agit là d’une question qui touche à la fois à la sexualité, dans sa fonction reproductive, et au « Grand Remplacement », qui désigne la substitution de population dans un territoire donné. Avant de continuer sur cette question, il convient de bien définir l’expression de « Grand Remplacement ». 

L’expression appartient à l’écrivain Renaud Camus, lequel n’a jamais fait référence à des taux de fécondité ou à des statistiques, à des courbes démographiques ou à d’autres analyses chiffrées du même type. L’écrivain a opté pour une définition davantage littéraire que mathématique : selon lui, il existait un peuple en France, et maintenant, il y en a plusieurs. Le visage du pays, qui demeurait inchangé pendant plusieurs siècles, a rapidement été modifié. Le Grand Remplacement est donc une idée littéraire et historique, plutôt que statistique et algébrique : il s’agit de la continuité historique du peuple Français, et non d’un combat de « chiffres », « d’études » et de « sources ». Pour Renaud Camus, « l’Europe vit le temps du changement de sa population », en ce sens que les visages que nous voyons autour de nous ne sont plus les mêmes. Ce phénomène n’est pas « jugé » en termes moraux : ce n’est ni bien ni mal, mais ce qui compte, c’est que c’est déterminant, fondamental, inédit. Pour Renaud Camus, cette arrivée de ces nouvelles populations est un événement fondamental : il ouvre une nouvelle ère en Europe. L’ère de l’industrialisation de l’homme. 

Il s’agit d’une ère dans laquelle les sociétés deviennent « liquides », dans laquelle tout ce qui individualise, tout ce qui différencie, tout ce qui rattache au passé, doit être supprimé, pour aboutir à une « Matière Humaine Indifférenciée ». C’est la conjonction d’un antiracisme moral et d’une finance hors-sol, sous les instances d’un taylorisme ou d’un fordisme post-industriel, qui accouche d’un nouveau totalitarisme, dans lequel tout ce qui enracine l’homme dans un milieu naturel : la lignée, le nom, l’héritage, la distinction, la continuité historique, est détruit, annihilé, par la civilisation industrielle et ce que Renaud Camus nomme « l’économisme », ce que Julius Evola, en d’autres termes, appelait « la démonie de l’économie ». C’est le « Petit Remplacement » : la destruction de la culture des Européens autochtones, qui a permis à son tour le « Grand Remplacement », c’est-à-dire le changement de population que la France connaît depuis plusieurs décennies. C’est ainsi que l’expression « Grand Remplacement » désigne un changement (brutal) de population de l’Europe, qui s’accomplit dans la violence, car, selon Renaud Camus, ce sont les populations autochtones qui sont conspuées, culpabilisées, et égorgées. Dans le cadre de cette section, je ne m’arrêterai pas sur le caractère « violent » de la substitution, et j’utiliserai le terme de « Grand Remplacement » dans le sens d’une « substitution d’une population par une autre ». 

Une population étant composée pour moitié d’hommes et de femmes, le « Grand Remplacement » peut se décrire comme la substitution d’un ensemble d’hommes et de femmes par un autre ensemble d’hommes et de femmes. Chaque homme et chaque femme ayant des stratégies sexuelles différentes, et considérant que chaque population possède également des stratégies sexuelles différentes, le « Grand Remplacement » peut également s’analyser en termes sexuels et reproductifs. En effet, partout dans le monde, les taux de divorce, les naissances hors-mariage, l’éducation des enfants, la natalité, l’âge des premiers rapports sexuels, la fréquence des rapports sexuels, et le nombre de partenaires, ne sont pas les mêmes. Ainsi, lorsqu’une population se substitue à une autre, ce sont tous les aspects sexuels, reproductifs et matrimoniaux qui sont également substitués. 

Bien que l’humanité soit composée en deux groupes, les hommes d’une part, et les femmes d’autre part, les hommes et les femmes diffèrent les uns des autres presque autant qu’ils diffèrent l’un de l’autre : toutes les populations ne sont pas identiques sur le plan sexuel et reproductif. Il existe des différences en matière de comportement sexuel, notamment en ce qui concerne la fréquence des rapports. A titre d’exemple, les hormones sexuelles peuvent varier d’une femme à l’autre, ou d’un homme à l’autre, de sorte que, par exemple, certains hommes diffèrent par le taux de testostérone. Comme je l’avait dit dans mon chapitre consacré à la définition de la masculinité, la testostérone est l’hormone masculine par définition. Elle a une incidence sur l’estime de soi, l’agressivité, l’altruisme, la masse musculaire, la mue de la voix à la puberté, et bien évidemment, sur la sexualité. Un taux de testostérone plus élevé conduit à une sexualité plus active, et donc à une natalité plus importante. Autrement dit, si vous substituez une population d’hommes à une autre, cette substitution aura une « incidence sexuelle ». La même analyse peut être opérée en ce qui concerne les femmes, qui se distinguent entre elles par la fréquence des ovulations, qui n’est pas la même pour toutes les populations, les femmes pouvant avoir des cycles plus courts, ou plus longs, selon les cas, ce qui rends les unes plus fertiles que les autres. Et donc, si vous substituez une population de femmes à une autre, cette substitution aura une « incidence reproductive ».

Cette « incidence sexuelle des hommes » et cette « incidence reproductive des femmes » peut s’analyser d’une double manière. Appelons « stratégie r » le fait d’être très actif sexuellement, et d’engendrer en conséquence de nombreux enfants, et « stratégie K » le fait d’avoir moins d’enfants. C’est le biologiste Edward Osborne Wilson, fondateur de la sociobiologie, qui est à l’origine de cette « théorie r-K », qui a pour objet d’analyser les variations d’une population végétale ou animale. La variable « r » désigne le taux de reproduction, c’est-à-dire le nombre de descendants. La variable « K » désigne la quantité de soins prodigué par les parents à leur progéniture. Les plantes, les animaux et les humains ont différentes variables r et K. La stratégie « r » est quantitative : il s’agit de produire beaucoup d’ovules et de spermatozoïdes, de s’accoupler et d’engendrer fréquemment. La stratégie K revient à consacrer moins de temps et d’effort dans la reproduction, pour se concentrer sur l’éducation et les soins aux descendants, avec, en conséquence, une production plus faible d’ovules et de spermatozoïdes. A titre d’exemple, les huîtres produisent 500 millions d’œufs fécondés par an, et ne fournissent aucun investissement parental : c’est une stratégie « r » extrême. A l’opposé, chez les grands singes, les femelles mettent bas tous les cinq ans, et assurent beaucoup de soins parentaux : c’est un parfait exemple de stratégie « K ».

L’être humain est certainement l’espèce qui est la plus « K ». Les caractéristiques familiales humaines sont particulières : les femmes ont des « portées » peu nombreuses, avec des naissances espacées, une mortalité infantile faible, et elles prodiguent énormément de soins parentaux. Les humains ont une maturation lente, une reproduction sexuelle tardive (comparée, par exemple, avec certains singes qui connaissent leurs premières grossesses à neuf mois seulement). Ainsi, une femelle gorille a son premier enfant à l’âge de 10 ans, et elle peut espérer vivre jusqu’à 40 ans, ce qui est considérablement moins qu’une femme, qui peut avoir un premier enfant vers 30 ans, tout en espérant vivre jusqu’à 80. D’ailleurs, les femmes sont les seules femelles à connaître une phase post-reproductive, c’est-à-dire une vie postérieure à la ménopause. Ainsi doté d’une espérance de vie plus longue, les humains bénéficient également de leur avantage évolutif principal : un plus gros cerveau, en tout cas pour celles et ceux qui ne sont pas féministes. 

Dans la nature, il existe donc une loi fondamentale de l’évolution, qui établit un lien entre la stratégie de reproduction et le développement cérébral. Moins le cerveau d’un animal est complexe, plus sa progéniture est nombreuse, et inversement, plus le cerveau est gros, plus il faut du temps pour atteindre la maturité sexuelle, mais la progéniture sera moins nombreuse. Les êtres humains disposant d’un gros cerveau, sont capables de coopérer et de former des systèmes sociaux complexes, utilisent un langage articulé, peuvent trouver ou cultiver de la nourriture ou fabriquer un abri. Si l’être humain est devenu l’espèce dominante sur la Terre, c’est donc dû à stratégie sexuelle, et pas seulement à la taille de son cerveau : notre nombre de descendants par génération, l’espacement entre chaque naissance, la quantité de soins dispensés par les parents, la mortalité infantile, la vitesse de maturation, l’espérance de vie, l’organisation sociale, l’altruisme et, en dernière place seulement, la taille du cerveau, ont fait de nous les meilleurs représentants de la stratégie K parmi les mammifères. C’est notre capacité à former une famille qui a donné à nos ancêtres primitifs la meilleure chance de survie dans son habitat naturel. Une famille qui représentait, pendant des millions d’années, et jusqu’à l’arrivée du féminisme, l’équilibre parfait et optimal entre sexualité, reproduction, et éducation des enfants. 

Les populations européennes ont effectué leur transition démographique, caractérisé par une diminution des taux de mortalité et de natalité, en avance sur les autres régions du monde. De telle sorte que les européens font moins d’enfants, mais se consacrent davantage à leurs éducations. En d’autres termes, les européens constituent un ensemble de population qui appliquent une stratégie « K » très prononcée, depuis le début de leur transition démographique. Mais d’autres populations extra-européennes n’ont tout simplement pas encore réalisé leur transition démographique, c’est-à-dire qu’elles fonctionnent encore sous le régime d’une stratégie « r ». A titre d’exemple, la transition démographique a commencé aux alentours des années 1750 en France, alors qu’elle a commencé aux alentours des années 2010 au Niger, de telle sorte que, lorsqu’une population non-européenne émigre en France, deux types de populations se côtoient, l’une « r » et l’autre « K ». Ce phénomène est inédit dans l’histoire : jamais les deux stratégies de reproduction ne se sont côtoyées au sein d’un même pays. Le fait qu’une population utilisant une stratégie « K », d’ordre qualitative, se mélange à une population utilisant une stratégie « r », d’ordre quantitative, provoque un certain nombre de changements dans les rapports entre les hommes et les femmes : une individualité plus marquée et un moindre respect de la loi, un comportement sexuel plus permissif, des rapports sexuels plus fréquents, avant, pendant et après un mariage, des liens de couples plus faibles, des enfants plus nombreux, mais moins bien élevés. Par un curieux hasard, ces changements correspondent parfaitement aux revendications du féminisme : individualisme forcené, destruction de l’autorité masculine, sexualité permissive, augmentation des divorces et des foyers monoparentaux, abandon des enfants, etc. De telle sorte que cette idéologie, qui est à la fois une cause et une conséquence du Grand Remplacement, aura réussi, tant sur le plan individuel que collectif, et à la fois en Europe et en dehors, par la conjonction de la contraception, de l’avortement des populations européennes, et de l’accueil de populations masculines étrangères, à perturber durablement les relations entre les hommes et les femmes. 


Conclusion.


[1] Éric Zemmour, « Islamo-gauchisme, le mot et la chose », article publié dans Le Figaro le 26 février 2021.

[2] Guillaume Erner, « La société des victimes », 2006.

[3] Robert Greene, « Les 48 lois du pouvoir », 1998.