Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (X)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.

Chapitre 3. L’impact croissant des réseaux sociaux.

Deuxième partie. La dévirilisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la masculinité ?

Chapitre 1. La chute de la figure paternelle.


Chapitre 2. Divorce : le destructeur de familles.

La dévirilisation de la société française avait commencé avec la destruction symbolique de la figure et de l’autorité paternelle. Cette chute symbolique de la paternité entrainerait avec elle une autre chute, plus terrible encore, la chute de la famille. Une société dévirilisée est une société dans laquelle l’homme n’occupe plus la place centrale, et dans laquelle la famille n’occupe plus la place qu’elle occupait jadis dans la société, et Éric Zemmour consacrera également un chapitre de son livre « Le suicide français » à un phénomène destructeur : le divorce. La dévirilisation touche l’homme en tant que figure paternelle, mais elle touche également l’homme en tant que mari.

Autrefois, le divorce était considéré comme une sorte d’« exception » : Éric Zemmour nous parle d’un élément de droit civil « autorisé mais contenu, légal mais illégitime, le divorce qui doit rester exceptionnel, que toute une société – législateur, Justice, Églises – s’efforce de limiter. Une société où la pérennité de la famille est préférée au bonheur des individus ; où « on ne divorce pas pour les enfants » ». Au passage, Éric Zemmour évoque « les mouvements féministes aussi, au nom de la liberté de la femme à se défaire « des chaînes du mariage » », insistant ici sur la responsabilité de ce mouvement idéologique dans la destruction des familles.

Car le divorce ne concerne pas que le couple qui « ne s’aime plus », il touche également les enfants, les grands-parents respectifs, toute la famille, et même plus largement, la société dans son ensemble. A ce sujet, encore une fois, Éric Zemmour vise juste et touche parfaitement le cœur du problème : « C’est une révolution copernicienne des mentalités si on veut se souvenir que le mariage fut longtemps considéré comme un insupportable boulet aux pieds par la gent masculine ; et une protection à la fois matérielle et sentimentale pour les femmes ». En quoi le mariage pouvait-il être un « boulet aux pieds » de la gent masculine ? Parce que les hommes ne sont pas faits pour être monogames, leurs impératifs biologiques, que j’ai décrit comme une volonté « d’accès illimité à une sexualité illimitée », les pousse à multiplier les conquêtes, les relations sexuelles, sans aucune limite. Le rôle des hommes se limite à la fécondation. L’hormone mâle, la testostérone, qui influence leur libido, les pousse à séduire les femmes, mais pas nécessairement à vouloir les garder. C’est l’impératif biologique de la femme – lié à la gestation – qui pousse celles-ci à demander « une protection à la fois matérielle et sentimentale » : c’est la phase lutéale du cycle menstruel (le « besoin de sécurité » de l’hypergamie). C’est ici un aspect des relations entre les hommes et les femmes qui est contradictoire, pour ne pas dire conflictuel : le besoin hormonal de variété sexuelle des hommes entre en conflit avec le besoin hypergamique de sécurité des femmes. De telle sorte qu’une « relation sexuelle » n’est jamais perçue de la même manière par les deux sexes : pour les hommes, c’est l’aspect « sexuel » qui est fondamental dans la « relation », mais pour les femmes, c’est l’aspect « relationnel » qui est fondamental dans le « sexe ». De telle sorte que, dans une histoire d’amour, les femmes sont les « gardiennes du sexe » : ce sont elles qui décident si elles auront, oui ou non, une relation sexuelle avec un homme, qui lui, en est souvent le demandeur. Mais les hommes sont les « gardiens des relations » : ce sont eux qui décident si, après une relation sexuelle, ils ont envie, oui ou non, de se mettre en couple avec la femme, qui est souvent celle qui demande à ce qu’un couple se mette en place. A chaque sexe son impératif biologique, ses besoins, et ses manières d’y arriver. La polarité homme-femme avait ici trouvé son point d’équilibre précisément dans le mariage, lequel offrait un « cadre légal » pour entretenir des relations sexuelles légitimes, et qui garantissait à l’homme la certitude – a minima juridique ! – d’être le père de l’enfant. En échange, le mariage représentait également une protection juridique, financière et matérielle à la femme. Le mariage était ainsi non pas un contrat, mais une institution équilibrée dans laquelle chaque sexe sacrifiait une partie de son impératif biologique pour recevoir en échange des « garanties » de l’autre sexe. Les hommes s’engageaient à rester fidèle à la même femme, à qui ils devait assistance, soutien et protection, et en échange, ils recevaient une partenaire sexuelle régulière, laquelle donnait naissance – en principe – à leur enfant biologique. Cela satisfaisait alors leur impératif biologique masculin d’incertitude de paternité, mais en sacrifiant leur besoin de variété sexuelle. Les femmes s’engageaient à rester fidèle au même homme, pour recevoir la « protection à la fois matérielle et sentimentale » dont elles avaient besoin. Cela satisfaisait alors leur impératif biologique féminin de besoin de sécurité (phase lutéale), mais cela n’impliquait pas nécessairement que l’aspect viril de l’hypergamie (la phase folliculaire) soit satisfait. Le besoin de sécurité est satisfait, mais en sacrifiant une partie du double désir hypergame. 

Le mariage devient ainsi l’outil biologico-culturel le plus puissant de l’espèce humaine : le mariage est à la fois une institution sociale et un outil juridique qui a permis à l’homo sapiens de développer la civilisation. Le mariage, ce n’est pas seulement de l’amour entre deux personnes, cela va bien au-delà du plaisir égoïste individuel et de la satisfaction personnelle. Le mariage est la pierre angulaire de la société, parce que c’est le point de rencontre entre la biologie, la sexualité, la culture et la civilisation. Une société est formée par les humains des deux sexes pour satisfaire des pulsions primitives (survie, alimentation, sécurité) et en échange, chaque sexe doit sacrifier une part de ses impératifs biologiques (hypergamie féminine et sexualité illimitée masculine) pour le bien commun (la famille, la certitude de paternité, la protection de la femme et l’éducation des enfants). C’est pour cette raison que j’ai affirmé, en première partie de ce livre, que la société est une déviation du désir sexuel égoïste vers des fins sociales altruistes. C’est le paradoxe humain que les mouvements féministes de « libération de la femme » ne comprendront jamais : la limitation des opportunités sexuelles est la cause de l’avancée culturelle. A ce titre, Éric Zemmour avait raison de dénoncer « les mouvements féministes [qui], au nom de la liberté de la femme [les invitent] à se défaire « des chaînes du mariage » ». Il convient ici de demander aux féministes quelles étaient ces fameuses « chaînes du mariage » ? Si le mariage était une prison, c’était davantage pour les hommes que pour les femmes ! Le mariage était jadis un merveilleux outil de développement humain, qui a été détruit au nom du « progrès » et de « l’émancipation »[1].

C’est ici qu’Éric Zemmour développe sa pensée à propos de l’histoire de cette destruction de la famille : « Pendant des siècles, le mariage fut une institution essentielle à la stabilité des familles et de la société, jugée trop sérieuse pour être laissée aux jeunes époux. Ce mariage arrangé sera pourtant contesté dès le Moyen Âge par l’Église qui défendra avec ses clercs, contre les monarchies et les aristocraties, la théorie du « consensualisme ». Le concile de Trente consacrera même ce grand principe, incitant les jeunes mariés à suivre leurs inclinations, mais ne parviendra jamais à ébranler les habitudes dirigistes et les stratégies matrimoniales des élites et des parents. Le XIXe siècle romantique, conjuguant la doctrine chrétienne et le sentimentalisme de La Nouvelle Héloïse, imposera le mariage d’amour comme modèle. Et son pendant, le divorce, quand l’amour disparaît. Le XXe siècle met en place ce couple infernal. La génération du baby-boom en fait une révolution de masse dans tout l’Occident. Au début des années 1970, la libération des mœurs, vécue de manière anarchique, pousse à la multiplication des séparations. Les lourdeurs juridiques du divorce freinent une génération pressée et impatiente. La famille est sommée de s’incliner devant le bonheur égoïste des individus ». Éric Zemmour touche ici à l’un des paradoxes de la nature humaine. Tant que le mariage était une affaire « sérieuse », une « institution », voir un « accord » entre deux familles qui cherchaient l’une et l’autre à contracter le meilleur arrangement possible, le divorce n’existait pas. C’est lorsque le mariage est devenu une « histoire d’amour » que le divorce est apparu corrélativement. Un mariage qui reposait sur des considérations sérieuses, réfléchies, à long terme, pouvait durer un certain temps. Et même si l’amour entre les mariés n’était pas la considération principale, cela n’empêchait pas qu’une telle chose se produise. Mais, dès lors que « l’amour » devenait la raison principale pour se marier, le divorce devenait par là même évident (et fréquent). L’amour est ce mouvement intérieur qui nous pousse à établir une relation intime avec une autre personne, soit pour lui faire du bien, soit pour en recevoir nous-même. C’est une attirance physique et sentimentale, qu’on souhaite réciproque. Mais comme toute émotion, toute affection, l’amour peut disparaître aussi facilement qu’il s’est formé, et la personne qui vous jurait hier encore un amour éternel peut très bien ne plus vous accorder d’attention le lendemain. Dès lors, en fondant l’amour sur une émotion, et non sur une stratégie matrimoniale, le mariage devenait lui-même aussi fragile que l’attachement humain qui le fonde. Les émotions humaines étant par nature instables, changeantes, et irrégulières, le mariage fondé uniquement sur l’amour ne pouvait devenir lui-même que le reflet de l’émotion qui en était à l’origine : incertain, inconstant, transitoire et versatile. En un mot : léger. Et cette légèreté dans l’engagement du mariage conduit immanquablement à la même légèreté dans la séparation du divorce. De là l’expression choisie par Éric Zemmour lorsqu’il affirme que « la libération des mœurs (…) pousse à la multiplication des séparations ». Éric Zemmour poursuit : « Les femmes sont à la pointe de cette révolution ; elles poussent au mariage d’amour, et veulent pouvoir « refaire leur vie » quand l’amour s’éloigne ; elles demandent le divorce quand leur époux les trahit ou qu’elles ont trouvé une nouvelle âme sœur. Ce n’est pas un homme, mais l’amour qu’elles aiment ». C’est là tout le problème d’une société féminisée, dans laquelle ce sont les femmes, et uniquement les femmes, qui déterminent ce que doit être un mariage. En fondant le mariage sur l’amour, et donc sur une émotion, l’institution civile se transforme en simple contrat par lequel les droits et obligations réciproque des parties cessent dès que les émotions changeant (et les émotions changent assez souvent, chez les femmes). C’est une belle formule « zemmourienne » que de dire, à propos des femmes modernes : « Ce n’est pas un homme, mais l’amour qu’elles aiment ». J’irai même plus loin. En fondant le mariage moderne sur l’amour, les femmes (et les hommes) ne réalisent plus qu’ils prononcent des vœux en faveur d’un engagement à vie sur la base d’une émotion, c’est-à-dire d’une réaction chimique aussi fugace qu’incertaine. A-t-on encore la capacité de concevoir l’avenir à deux au-delà de la cérémonie de mariage et la lune de miel ? Rien n’est moins sûr, quand on est amoureux. C’est ce qui me fait dire que, non seulement les femmes veulent d’abord une cérémonie de mariage, et non un mariage, et qu’à travers les émotions liées à une union trop vite consacrée, les femmes ne tombent pas amoureuses de leurs maris, mais de l’idée qu’elles se font de leurs maris. 

Au-delà de « l’amour », qui comportera toujours une part d’insaisissable et d’indéfinissable, Éric Zemmour analyse également avec beaucoup de justesse les mouvements d’idées qui ont été à l’origine de ce changement de modèle matrimonial, et qui peuvent être définies et analysées beaucoup plus facilement : la mise en place d’une société fondée sur la « libération sexuelle » : « La libération sexuelle du début des années 1970, et sa frénésie de partenaires, a cru achever définitivement le sentimentalisme et l’amour ; les femmes elles-mêmes s’essayèrent au désir sans amour, à la consommation sans passion. La plupart en sortirent meurtries, avec des bleus au cœur et à l’âme. Le couple et la romance revinrent en force, mais au nom de la liberté et de l’amour. Face à l’usure du désir et la lassitude, le divorce fut préféré à l’adultère. On troqua la monogamie avec adultère pour une polygamie séquentielle ». La libération sexuelle des années 1970 ne désigne que les changements dans le comportement sexuel des Occidentaux, qui ont eu lieu suite au développement de certaines biotechnologies : contraception et avortement. La révolution sexuelle, c’était le changement chimique et pharmacologique : la découverte, le perfectionnement et la démocratisation des contraceptifs féminins, stérilets ou pilule contraceptive. La libération sexuelle, c’est ce que les femmes ont souhaité accomplir dès lors qu’elles avaient la certitude de pouvoir contrôler leurs propres fonctions reproductives. Et la première chose que les femmes ont souhaité faire, c’est d’adopter la sexualité des hommes, comme le dit Éric Zemmour : « les femmes elles-mêmes s’essayèrent au désir sans amour, à la consommation sans passion ». Est-il surprenant de constater que « La plupart en sortirent meurtries, avec des bleus au cœur et à l’âme » ? Un certain nombre de socioconstructivistes ont probablement été désarçonnés devant un tel résultat. Mais les personnes normales – c’est-à-dire celles qui n’ont pas la folie de nier les différences biologiques entre les hommes et les femmes – n’ont pas été surpris de constater l’ampleur et l’étendu de l’échec féministe. Si les hommes et les femmes sont égaux, comment se fait-il que les femmes soient incapables de multiplier les partenaires sexuels sans attachements sentimentaux, sans éprouver des difficultés ? Parce qu’elles ne sont biologiquement pas faites pour cela. Le besoin d’accès illimité à une sexualité illimitée est un besoin uniquement masculin. La suite est logique : la libération sexuelle a définitivement détruit la capacité des femmes à être heureuse : plus une femme a eu de partenaires sexuels avant le mariage, plus elle est susceptible d’avoir contracte des maladies sexuellement transmissibles, plus est elle est susceptible d’être en dépression, moins elle est susceptible d’avoir une relation stable et un mariage, et moins elle est susceptible d’être heureuse[2]. Contrairement aux femmes, les hommes sont capables de fonder une famille, d’avoir un mariage réussi et d’être statistiquement plus heureux au cours de leur existence, indépendamment du nombre de partenaires sexuelles qu’ils ont collectionnés[3]. La libération sexuelle ne peut fonctionner que chez les hommes, et malheureusement pour notre civilisation et notre société, elle a été appliquée aux deux sexes. C’est d’ailleurs une ironie tranchante que je savoure pleinement : en revendiquant une sexualité masculine, les féministes ont révélé leurs ambitions. Les féministes veulent être des hommes. Honnêtement, en tant qu’homme, je me sens flatté que les féministes me prennent comme modèle indépassable, mais j’aurai préféré que les femmes restent des femmes ! Il reste, dans l’extrait que je viens de citer, une phrase d’Éric Zemmour qui me semble un peu bancale : « On troqua la monogamie avec adultère pour une polygamie séquentielle ». Si le terme de « monogamie avec adultère » reflète assez bien le modèle en usage d’avant la libération sexuelle, l’expression de « polygamie séquentielle » me paraît maladroite. La polygamie désigne en effet l’état (civil) d’un homme ou d’une femme qui a plusieurs conjoints. Ce mode d’organisation sociale reconnaissant la légitimité d’unions multiples est condamné par la loi française. Et même si Éric Zemmour a ajouté à l’expression l’adjectif « séquentielle » pour faire comprendre au lecteur l’idée d’enchaînement de relations successives, je préfère l’expression de « monogamie en série », qui reflète davantage l’idée d’unions passagères, au gré de « l’amour », avec, certes, de multiples partenaires, mais « un à la fois ». Ce mode d’organisation des couples modernes n’exclut pas l’hypothèse, bien évidemment, des hommes et des femmes qui préfèrent cumuler les partenaires, par gain de temps ou de plaisir, mais cela ne garantit pas, en revanche, l’économie de certaines complications possibles.

A trop parler des hommes, on en oublie leurs fils. Mais la future génération d’hommes est toute aussi importante, et même plus importante, que la génération d’homme actuelle. Car les enfants sont également les victimes collatérales d’un divorce, ce qu’Éric Zemmour ne manque pas de rappeler : « Le divorce par consentement mutuel est un mythe, comme le divorce sans douleur pour les enfants, qui assistent impuissants et défaits à la déchirure de la scène fondatrice et fantasmatique de l’union qui a présidé à leur venue au monde. (…) Quarante ans plus tard, le temps des premiers bilans est venu : le divorce de masse a banalisé la situation des enfants de divorcés, mais n’a pas atténué leurs souffrances ni leurs troubles scolaires et comportementaux ; les couples qui résistent – même si les tensions et les conflits ne sont pas absents – leur paraissent en comparaison des havres de paix et de réconfort. Mais seuls de rares esprits iconoclastes, comme la fondatrice du Planning familial, Évelyne Sullerot, osent aujourd’hui rappeler cette évidence niée obstinément : « Des faits ont été établis (qu’on ne fait pas connaître à cause des réticences coupables de ceux, très nombreux, qui se sentiraient visés) : les enfants des parents séparés vont moins bien (santé physique et santé psychique) que ceux qui vivent avec leurs parents, mariés ou non, et ils réussissent moins bien également dans leurs études et dans la vie » ». Ce passage ne mérite pas beaucoup de commentaires additionnels, dans la mesure où Éric Zemmour ne fait que rappeler un certain nombre d’évidences. L’unité familiale la plus stable qui favorise le développement normal des enfants est une famille nucléaire composée d’un père et d’une mère dans la même maison. D’autres aides peuvent éventuellement provenir de membres de la famille élargie vivant à proximité ou dans le même ménage, mais le développement d’un enfant ne peut se faire qu’à l’aide des parents, c’est-à-dire des deux parents. Le divorce crée des familles monoparentales, le plus souvent composé d’une mère et de son (ses) enfant(s), ce qui est un véritable drame pour la jeunesse de France. Les ménages monoparentaux doivent être évités parce qu’il a été montré qu’ils nuisent considérablement au développement et au bien-être général des enfants. Chez nos voisins de la Perfide Albion, les enfants des ménages monoparentaux sont neuf fois plus susceptibles de se livrer à la criminalité[4], et ailleurs dans le monde anglo-saxon, une étude du ministère de la Justice américain[5] a révélé que 70 % des jeunes incarcérés provenaient de foyers monoparentaux. Une étude australienne plus récente[6] portant sur un échantillon de plus de 16 000 enfants montre que les enfants élevés par des mères célibataires sont 70 % plus susceptibles de développer un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, ce qui nuit à leur développement mental et à leur éducation tout en augmentant leur risque d’hospitalisation en raison de blessures et d’infections respiratoires. Plus grave encore, les enfants élevés dans les familles monoparentales sont à 82 % plus susceptibles d’être élevés dans la pauvreté que les enfants élevés dans des foyers familiaux nucléaires. Il est maintenant politiquement incorrect de se demander si le fait d’être élevé par une mère célibataire augmente le risque de pauvreté, de décrochage social, de maladie mentale, de maladie physique et de toxicomanie, même si une multitude d’opinions[7] pointent maintenant clairement dans cette direction. Les féministes qui cherchent encore à promouvoir la « maternité solo », c’est-à-dire à invoquer l’idée que le père n’est pas indispensable à la famille, ignorent les données existantes qui montrent pourtant que le divorce – et ses conséquences sur la famille – apporte beaucoup de tort aux enfants et, par conséquent, à la société toute entière.

Et c’est un changement de paradigme social qui est à l’origine de ce bouleversement : la libération sexuelle, qu’Éric Zemmour analyse comme l’ascendant qu’a pris l’égoïsme sur toutes les autres considérations, c’est là « une mutation des valeurs radicale : la liberté et l’épanouissement personnel sont préférés à la stabilité de la famille ; l’égoïsme individuel des adultes est préféré à l’équilibre psychologique des enfants (…) ». C’est une charge de plus qui vient s’ajouter à la liste des crimes, déjà passablement longue, commis par certaines générations françaises, notamment les boomers : avoir tué leurs propres parents ne leur suffisait pas, leurs enfants devaient également être sacrifiés sur l’autel de leur égoïsme maladif.

Sur ce point, l’égoïsme féminin paraît supérieur à l’égoïsme masculin, dans la mesure où le divorce est un choix privilégié par les femmes : « Depuis lors, ce sont les femmes qui – à 80 % – enclenchent la procédure de divorce. Il n’est pas sûr que les hommes soient plus insupportables aujourd’hui que par le passé. Ce sont donc le regard et les critères des femmes qui ont changé (…) ». C’est précisément en cela que le divorce détruit les familles, parce qu’une société féminisée a permis aux femmes d’exercer leurs natures hypergames, c’est-à-dire de demander facilement le divorce. Et effectivement, comme le dit Éric Zemmour, ce sont les critères féminins qui ont évolués. Pour comprendre comment, il convient de remonter le temps, et de considérer l’histoire des sociétés en fonction de l’histoire de la monogamie. A l’échelle historique, la monogamie est un type de relation assez récent. Lorsque l’humanité était constituée de tribus de chasseurs-cueilleurs, elle n’existait pas. La polygamie était alors plus courante, notamment parce qu’elle correspondait davantage à notre nature et à notre culture naissante, encore faible, nomade, et primitive. 4 000 à 8 000 ans après que l’humanité ait inventé l’agriculture, l’histoire de la reproduction humaine a été bouleversé. Sur l’ensemble de la planète, pour dix-sept femmes qui se reproduisaient, transmettant leurs gènes jusqu’à aujourd’hui, seul un homme faisait de même. D’une certaine manière, seuls quelques hommes accumulaient assez de richesses et de pouvoir, ne laissant rien aux autres. Ces hommes pouvaient alors transmettre leur richesse à leurs fils, perpétuant ainsi ce modèle de succès reproductif élitiste. Puis, au fil des milliers d’années, le nombre d’hommes se reproduisant, par rapport aux femmes, a de nouveau augmenté. Dans l’histoire plus récente, en moyenne mondiale, environ quatre ou cinq femmes se sont reproduites pour un homme. La polygamie pratiquée par des hommes riches et puissants était alors une stratégie optimale de reproduction masculine, car les hommes puissants étaient capables de « posséder » un grand nombre de femmes. Mais en réalité, la polygamie est un jeu reproductif à enjeux élevés pour les hommes, certains hommes gagnants beaucoup et d’autres n’ayant rien. Les enjeux sont également très élevés pour les femmes. Les femmes devaient s’investir énormément dans la reproduction –grossesse, allaitement et soins aux enfants, qui nécessitent une quantité importante de ressources et de temps. La polygamie avantageait certains hommes par rapport à d’autres, et certaines femmes par rapport à d’autres. Il s’agit d’un modèle sociétal en vertu duquel « le gagnant emporte tout ». 

Il convient alors de se demander comment nos sociétés sont devenus monogames. Tout d’abord, il convient de distinguer la monogamie imposée par l’écologie de la monogamie imposée par la société. La monogamie imposée par l’écologie se rencontre généralement dans les sociétés qui ont été contraintes de s’adapter à des environnements très rudes, comme les déserts, les régions arctiques ou d’autres climats défavorables. Les premières tribus d’Homo Sapiens qui sont arrivées en Europe se sont établies dans la région de l’Eurasie du Nord. Ces populations étaient des chasseurs et des cueilleurs, et non des agriculteurs. Dans de tels climats, il y avait une pression considérable pour que les hommes assurent l’approvisionnement de la famille. La chasse exigeait de l’expérience et des années de pratique intensive. En d’autres termes, elle nécessitait un investissement important de la part des parents. Elle exigeait également de l’intelligence, car la pratique de la chasse est complexe et en constante évolution. Dans des conditions aussi difficiles, il est impossible pour les mâles de contrôler un grand nombre de femelles, et les femmes et leurs enfants ont besoin d’un approvisionnement plus engagé de la part d’un mâle. Si ces conditions persistaient pendant une période de temps significative sur le plan de l’évolution, on pourrait s’attendre à ce que la population développe une contribution plus égale pour chaque sexe, impliquant la totalité des hommes dans le mariage, ce qui suggère une tendance à la monogamie. Cette perspective est conforme à la théorie écologique. Dans des circonstances écologiquement défavorables, les adaptations visent à faire face à l’environnement physique défavorable. En bref, l’Homo Sapiens a survécu et prospéré alors que les autres hominidés se sont éteints. Ce n’est pas une coïncidence si l’apparition de la monogamie coïncide avec la révolution agricole. De nombreux anthropologues considèrent que ce moment coïncide avec l’essor de la civilisation, la remarquable transformation des êtres humains, qui sont passés de chasseurs-cueilleurs à agriculteurs.

Les racines de la famille nucléaire remontent ainsi à l’ère préindustrielle, au ménage simple. En raison de l’espérance de vie plus courte et des taux de mortalité élevés dans le monde pré-industrialisé, la survie d’une famille dépendait de la taille de la famille, de sa capacité à travailler sur les terres agricoles et de la façon dont elle s’organisait et utilisait ses ressources. La famille préindustrielle était le véhicule essentiel de la modernisation de l’Occident. Les familles postindustrielles sont devenues plus privées, nucléaires et fondées sur le lien affectif entre mari et femme, parents et enfants. Malgré la préférence pour la polygamie dans les sociétés primitives, l’institution de la monogamie a supprimé avec diligence l’un des instincts les plus forts de l’être humain et a conduit à la création du modèle de la famille nucléaire, si répandu au cours de la première moitié du XXe siècle, qui offre bien-être, confort et stabilité au mari, à la femme et aux enfants. C’est le divorce qui brisa alors l’essor de la famille. Au début du 21e siècle, la situation a radicalement changé. Plusieurs indices montrent que le contrat social entre les sexes qui a servi les hommes et les femmes pendant de nombreux siècles est rompu. Avec des taux de divorce qui montent en flèche, des mariages qui diminuent rapidement et moins d’hommes qui s’engagent dans le mariage, la destruction de la structure de la famille nucléaire semble évidente. Une part croissante de nouveau-nés viennent au monde sans qu’une famille nucléaire complète soit en place. Pourquoi cela ? 

La monogamie induite qui a prévalu pendant des siècles et qui assurait un approvisionnement en femmes à tout homme est révolue depuis longtemps. Un désir hypergame fait rage dans le monde depuis près plusieurs décennies, depuis la deuxième vague de féminisme dans les années 1960. Alors qu’auparavant, les instincts naturels des hommes et des femmes étaient contrôlés et canalisés correctement vers le mariage, il n’existe plus aujourd’hui de telles barrières culturelles/sociétales, ce qui a conduit à une promiscuité sexuelle généralisées. En outre, le développement de la technologie et la prolifération des médias sociaux et des smartphones ont alimenté ce phénomène. Le bombardement constant de messages féministes dans la société, la prédominance d’une culture qui place les femmes sur un piédestal tout en sous-estimant les hommes, et la prolifération des smartphones et des réseaux sociaux, ont amené les femmes à céder à leur nature hypergame. Cela a créé un « effet magasin de bonbons » pour les femmes, alors que de très nombreux d’hommes sont disponibles au bout du doigt, à travers une simple application. Il en résulte des femmes trop sûres d’elles et trompées (par rapport à leur véritable valeur sur le marché sexuel) qui sont invitées à nier l’importance du couple alors même qu’elles sont dans la fleur de l’âge. 

Pour un homme, il n’y a que peu ou pas de garantie que la femme restera fidèle au cours de la relation et qu’elle ne le « surclassera » pas pour un homme de statut supérieur. Cette situation, combinée aux lois sur le divorce qui marginalisent et écrasent les hommes, réduit le nombre d’hommes prêts à s’engager dans le mariage et augmente le nombre d’hommes qui préfèrent les histoires courtes et les aventures d’un soir. En outre, le féminisme et le carriérisme poussent les femmes à chercher un homme pour s’installer bien après leur période de fertilité biologique. Les femmes d’aujourd’hui passent leur jeunesse à faire la fête, à étudier et à travailler. Lorsque le moment est venu pour elles de se fixer, il est peut-être déjà trop tard. En effet, la « durée de vie » des femmes se heurte à l’instinct biologique des hommes, qui sont naturellement enclins à s’accoupler avec des femmes plus jeunes.

Nous n’avons pas enseigné aux femmes les dangers de la recherche constante d’un homme meilleur. L’hypergamie est tout aussi destructrice pour la société civilisée que la polygamie. Toutes deux sont destructrices pour la civilisation car elles laissent la grande majorité des hommes (« le fondement de la société ») et les femmes avec de faibles perspectives de contracter un mariage heureux. Ni la polygamie ni l’hypergamie n’encouragent la loyauté et le contentement envers son conjoint ; elles exigent toutes deux « mieux » ou « plus », et rien d’autre. Le déclin de la relation entre les sexes entraîne celui de la civilisation. L’idée du déclin de la civilisation a fait l’objet de nombreux débats et spéculations au fil des ans. La civilisation telle que nous la connaissons est un système complexe créé par l’homme qui ressemble beaucoup aux écosystèmes naturels qui existent dans un état d’équilibre délicat. Pour qu’une société fonctionne et prospère, une majorité de citoyens doivent avoir un intérêt dans le présent et un espoir pour l’avenir. La biologie des hommes et des femmes ne tient pas compte de la création d’une civilisation, mais uniquement de la survie de nos gènes. Si un homme n’a pas de femme ou d’héritage génétique, il ne se sentira guère obligé de travailler pour le bien de la communauté. Si une femme n’a pas de mari ou d’enfants, elle deviendra dépressive, amère et très probablement pauvre. Les effets civilisateurs de la doctrine de la monogamie sont on ne peut plus clairs : pour que des sociétés pacifiques existent, les deux sexes doivent y avoir un intérêt, et quand ce n’est pas le cas, la société se fragmente et finit par se fracturer.

La question est maintenant de savoir si nous pouvons encore arranger les choses ou si l’humanité a atteint un point de non-retour. Et de ce point de vue, j’ai bien peur qu’Éric Zemmour nous apporte une réponse négative : « Les femmes ont toujours surinvesti dans le couple, l’amour, la famille. Elles n’ont jamais été payées de retour par des hommes pour qui la vie était ailleurs, le travail, la politique, la guerre ou, plus prosaïquement, les copains, le football, etc. Les séducteurs d’hier – les don juans – avaient deux hantises : le mariage et la grossesse de leurs conquêtes. Ils fuyaient les épousailles comme la peste et contraignaient leurs maîtresses à avorter. Ce sera le destin paradoxal des féministes que d’accomplir les rêves d’irresponsabilité absolue de générations de prédateurs mâles contre lesquels elles vitupèrent sous le terme méprisant de « machos » – plus besoin de se marier pour coucher, divorce aux confins de la répudiation, avortement libre –, au nom de la liberté des femmes ». Effectivement, les séducteurs – d’hier et d’aujourd’hui – ont toujours esquivé le mariage et la paternité, qui mettaient un frein à leurs aventures sentimentales. Ce qui les intéressaient, c’était uniquement les relations sexuelles. Le sexe a toujours été un facteur de motivation pour les hommes. Les hommes devaient jadis réussir dans le monde afin d’attirer une femme, de l’épouser, et d’avoir des relations sexuelles avec elle. Mais depuis l’avènement de la contraception et de l’avortement, l’homme n’a plus besoin de réussir dans la vie, de se marier, de partager ses revenus et de renoncer à toutes les autres femmes, pour avoir une relation sexuelle. De nombreuses partenaires sexuelles sont disponibles, sans qu’il soit besoin de passer une bague au doigt. Le sexe facilement disponible, et donc « bon marché », ne rend donc pas les hommes plus motivés, donc plus productifs. Et comme le dit Éric Zemmour, ce sont effectivement les féministes qui ont rendu cela possible. 

En fin de chapitre, Éric Zemmour concentre son analyse sur les conséquences du divorce. En commençant par les conséquences économiques et sociales qui, paradoxalement, touchent davantage les femmes que les hommes, ce qui est particulièrement ironique pour une révolution sociétale qui visait initialement à « libérer » les femmes. Éric Zemmour évalue à « 30 % la perte de pouvoir d’achat à l’issue d’un divorce ». Il ajoute, sûr de son analyse, que « les femmes en sont les premières victimes. Les familles monoparentales – essentiellement dirigées par les mères – constituent le gros des troupes atteintes par la nouvelle pauvreté qui émerge à partir des années 1980 ». Aveugles, les « militantes féministes y voient la perversité profonde d’un système patriarcal et capitaliste », alors que la réalité est différente et que l’analyse doit se situer à un autre niveau. Ce n’est bien évidemment pas le « système patriarcal et capitaliste » qui est à l’origine d’une telle chute du niveau de vie des femmes. Ce qui arrive aux femmes n’est que la conséquence de leurs propres actions, le résultat de leurs propres choix. Car les femmes sont hypergames, et seules les femmes sont hypergames, ce qui les conduit à choisir un partenaire plus beau, plus agressif, plus dominant, plus grand, plus riche, plus intelligent, plus cultivé, etc… Les femmes n’aiment que les hommes qui leur sont supérieurs dans tous les domaines de l’existence. Il convient ici encore de rappeler que dans le domaine des rencontres, de l’affectif, des relations, de l’amour et du sexe, un homme qui est l’égal d’une femme n’arrive pas à la séduire. Éric Zemmour rappelle parfaitement cette réalité : « Or, c’est la femme qui choisit toujours, pour mari, un homme au niveau socioculturel supérieur au sien. La domination sociale a chez elle un fort pouvoir érotique. (…). L’institutrice rêve d’épouser le prof agrégé, l’infirmière le médecin, la secrétaire le patron. La réciproque est rare (…) ».

La conséquence logique de cette différence de désir, entre une femme qui préfère un homme supérieur et un homme qui se moque du statut socio-économique de sa partenaire, car son désir se situe ailleurs, c’est que « le divorce atteint donc de plein fouet le plus faible économiquement des deux ». Et dans un couple, le plus faible économique est nécessaire la femme, qui choisit systématiquement un partenaire plus riche, car le statut socio-économique est un élément d’attractivité chez la femme, mais pas chez l’homme, qui lui, peut épouser une personne plus pauvre que lui. Cela n’implique pas nécessairement que, en tant que partie économiquement dominante, l’homme ne soit pas pour autant lui aussi touché par le divorce, comme le précise Éric Zemmour : « L’homme est atteint autrement par le divorce. Au portefeuille d’abord, alors qu’il croyait, le naïf, que l’émancipation salariale des femmes entraînerait un régime égalitaire. Surtout, son rôle de père est nié, détruit. L’enfant est presque toujours confié à la mère. Souvent, il profite lâchement de son inédite irresponsabilité par la fuite ; parfois, il souffre sincèrement des obstacles mis par la mère à sa présence ». Le divorce dévirilise l’homme de bien des manières. D’abord en l’affaiblissant économiquement, condamné qu’il est à payer toujours plus, en pension alimentaire, en prestations compensatoires, en dommages-intérêts, en « frais de dossier », en frais de justice, en frais d’avocats, c’est un gouffre financier. L’homme est coupable, il est même présumé coupable dans une société féminisée. Il devient donc un débiteur éternel, qui doit payer pour lui-même, pour sa femme, pour ses enfants, pour les autres, pour la société. C’est une situation à la fois illogique et injuste. Illogique, puisqu’un divorce dissout les effets du mariage, mettant normalement fin au devoir d’assistance et de solidarité que les époux se doivent mutuellement. Pourtant, même après la séparation, l’homme doit continuer à assurer un certain « niveau de vie » à son ex-femme. On se retrouve alors dans une situation extrêmement humiliante, qui confine à la torture, dans laquelle un homme verse de l’argent à une femme afin que celle-ci puisse vivre et chercher aux frais de son ex-mari un nouveau partenaire. Qui y-a-t-il de plus humiliant pour un homme de verser une part de son salaire à une femme, permettant à celle-ci de coucher avec un autre homme, le plus souvent dans sa maison, qu’il a payé sur vingt ans, et qu’il a été obligé de quitter ? Cet aspect-là ne doit pas être négligé : en cas de divorce, le juge attribue à l’un des époux (le plus souvent la femme) la jouissance du logement. Je le répète, il y a de la torture dans le fait d’obliger un homme à quitter son propre foyer afin d’y laisser sa femme coucher avec d’autres hommes, en payant pour ça. C’est en cela que la situation est injuste : après le divorce, chaque époux devrait retrouver sa situation juridique et économique d’avant le mariage, il n’appartient pas à l’homme de continuer à pourvoir aux besoins de son ex-femme, laquelle demandait, après tout, « l’indépendance ». La véritable indépendance est autonome, mais la société féminisée dans laquelle nous vivons impose aux hommes de financer l’indépendance des femmes. C’est une question délicate que les féministes n’abordent jamais : peut-on affirmer que les femmes sont indépendantes et émancipées si elles sont financées par les hommes ? Il me semble qu’il s’agit là d’une escroquerie de grande ampleur. Les féministes revendiquent l’émancipation et la « liberté », mais « oublient » malencontreusement d’assurer et d’assumer les responsabilités économiques et financières qui vont de pair avec « l’indépendance ». Le féminisme ne sera pris au sérieux que lorsque les femmes assumeront les responsabilités qui vont avec la liberté. En attendant, les féministes veulent vivre aux frais des hommes tout en revendiquant l’indépendance, c’est une position d’adolescent rebelle au mieux, une position infantile au pire. 

Mais l’aspect encore plus dévirilisant du divorce n’est ni économique, ni financier, il est humain. Éric Zemmour insiste : « Surtout, son rôle de père est nié, détruit. L’enfant est presque toujours confié à la mère ». Que la société prélève de force de l’argent de la poche des hommes afin de financier l’irresponsabilité des femmes sous couvert d’émancipation, c’est un phénomène de société certes illogique, mais qui ne brise pas totalement les hommes pour autant. Mais il y a une manière bien plus cruelle d’enlever aux hommes ce qui fait d’eux des hommes : leur rôle de père. Le développement intégral, complet, et équilibré d’un enfant repose sur la présence d’une mère, mais aussi d’un père. Certains socioconstructivistes me traiteront encore d’obsédé de la biologie, mais je tiens à souligner l’importance des rôles masculins et féminins naturels. De la même manière qu’un homme et une femme sont nécessaires à la fécondation et à la conception d’un enfant, un père et une mère sont nécessaires à l’éducation d’un enfant. Par un abominable mensonge qui a fermenté à gauche et qui a infecté toute la société, nous en sommes venus à penser que seule la mère était indispensable à l’enfant. Par une erreur de raisonnement injustifiable, le père est désormais considéré comme accessoire au développement de l’enfant. Comme s’il ne pouvait jouer qu’un rôle lointain de distributeur de billet, tout juste bon à verser mensuellement une somme d’argent pour les besoins matériels. La dévirilisation de l’homme par la destruction de son rôle paternel est en réalité une question si centrale, si fondamentale, que je lui consacrerais entièrement le prochain chapitre : « La guerre contre la paternité ». En ce qui concerne la question soulevée dans le présent chapitre, concernant le divorce et son effet dévastateur sur la famille, je souhaite conclure en soulignant certains propos d’Éric Zemmour à ce sujet. 

« On a vu le travail de sape réalisé par le capitalisme américain – et ses épigones occidentaux – pour abattre la figure du père. Se servant des revendications libertaires et féministes, il fut aisé de dissimuler que la destruction de la famille patriarcale sonnait en réalité celle de la famille tout court ». En retirant l’homme de l’équation, c’est toute la famille qui est déséquilibrée, et pas seulement le couple en tant qu’association naturelle. Pendant la plus grande partie de l’histoire de l’humanité, la famille n’était pas réduite – comme elle l’est aujourd’hui – à une simple conjonction de deux individualismes, c’était autre chose, c’était bien plus que cela. La famille, ce n’était pas qu’une simple affection entre deux personnes, de laquelle naissait un ou plusieurs enfants, la famille, c’était d’abord une lignée. Une lignée rend l’homme et la femme immortels, car ils se perpétuent et perpétuent leurs noms à travers leurs enfants. La famille ne se résumait pas au « bonheur », au « plaisir » ou au « sexe » : la continuation biologique était, en quelque sorte, secondaire. Ce qui était important, dans la famille, c’était de conserver et de transmettre la force du sang, de l’esprit, de l’ancêtre primordial. Le but véritable, presque sacré, de la famille, ce n’était pas de réaliser « le bonheur d’un couple », mais d’engendrer un fils. En Inde, on qualifiait le premier né mâle de « fils du devoir », en lui souhaitant de devenir un « héros ». La cérémonie nuptiale indienne (Shraddâ) comprenait d’ailleurs une formule à cet effet : « vîram me datta pitarah » (O Pères, faites que j’ai pour fils un héros ! »). Dans la famille d’autrefois, avant qu’elle ne soit détruite par les « revendications libertaires et féministes », les femmes ne considéraient pas le mariage et la famille comme des « contrats » qui avaient pour objet leur satisfaction personnelle, mais comme un rôle sacré lié à la complémentarité des sexes. Dans la Tradition indo-européenne, la femme était la gardienne du foyer, donc du « feu » : elle devait veiller à ce que la flamme ne s’éteigne jamais. L’épouse incarnait le complément au principe viril du pater familias, alors qu’aujourd’hui, l’épouse féministe incarne davantage une créancière réclamant une somme d’argent à son mari, considéré comme un simple débiteur. La famille représentait une femme unie à un homme par un sacrement, et ce sacrement imposait à la femme un rôle de « déesse de la maison », qui était responsable des cultes, des rites, et de la lignée. Dans notre société moderne féministe, la femme est un créancier que le mari doit satisfaire économiquement et financièrement, sous peine de subir un divorce… après lequel celui-ci continuera de toute façon à entretenir financièrement son ex-femme. De plus, plus personne n’impose aujourd’hui aux épouses un quelconque devoir pendant le mariage : ce serait rétrograde et misogyne de demander à ce qu’une femme fasse quoi que ce soit pour son homme. Cela s’appelle le « progrès ». Dans sa forme la plus noble, la famille était presque considérée comme un « mystère » sacré, correspondant à l’union divine entre le principe masculin et le principe féminin. Dans sa forme actuelle, féministe, et donc avilie, la famille est une alternative socio-économique offerte aux femmes qui ont horreur de la solitude, avec une porte de sortie à la moindre contrariété : le divorce. 

Enfin, il convient de clôturer ce chapitre en précisant que le divorce n’était pas un phénomène abstrait, extérieur, imprévisible, mais bien une réalité concrète issue d’une pratique voulue et répétée par toute une génération : les boomers. « Cette génération a accouché d’une désintégration familiale jamais vue dans l’Histoire de l’Occident – qu’elle a appelée famille recomposée. Un oxymore. À la même époque, s’ouvrait une période de chômage de masse qui ne s’est jamais refermée depuis. La conjonction historique des deux phénomènes a conduit, une génération plus tard, à des déstructurations anthropologiques, dont la violence endémique des jeunes est le révélateur. Cette désintégration familiale traduit la volonté de la génération soixante-huitarde de ne pas transmettre l’héritage qu’elle avait reçu, de faire de Mai 68 non une révolution introuvable, mais un héritage impossible, qui en a fait la révolution nihiliste parfaite ». Ces « déstructurations anthropologiques » dont parle Éric Zemmour, c’est ce processus de féminisation qui touche la société française et que j’ai décrit en première partie de ce livre. C’est ce renversement biotechnologique lié à la démocratisation de la contraception et de l’avortement qui a conduit les femmes à privilégier leur impératif biologique hypergame au détriment du fonctionnement normal de la civilisation. Et cette « désintégration familiale », c’est le cadeau empoisonné de la génération soixante-huitarde : la destruction de la famille, qui a conduit à son tour à la destruction des classes moyennes. Parce que, dans une société, l’existence d’une classe moyenne est consubstantielle à l’existence d’une famille stable. La classe moyenne est patriarcale dans sa structure : les hommes sont les pourvoyeurs, tandis que les femmes restent au foyer ou contribuent au ménage avec un revenu secondaire. Une famille monoparentale est en revanche matriarcale dans sa structure, parce que les mères, qui ne sont pas toujours certaines de savoir qui sont les pères biologiques, obtiennent seules la garde de leurs enfants. Ces mères appauvries à la suite du divorce ont tendance à avoir une rotation de relations sans engagement avec des hommes qu’elles considèrent comme interchangeables au sein de la cellule familiale. Alors que toute société saine promeut la famille, et par suite, la constitution d’une classe moyenne patriarcale, favorable au développement économique du pays, le divorce conduit à la constitution de famille monoparentales matrilinéaires appauvris qui coûtent énormément aux finances publiques, par transfert de richesses (prestations sociales). Mais la dévirilisation de l’homme français ne s’arrête pas avec la destruction de la famille par le divorce, il fallait encore que l’on retire à l’homme son rôle de père. 


Chapitre 3. La guerre contre la paternité.

Chapitre 4. La destruction de la sexualité masculine.

Troisième partie. La nécessaire restauration d’un ordre viril à la française.

Chapitre 1. Des revendications aux « exigences » : l’Hubris féminin.

Chapitre 2. Les rapports hommes / femmes dans une société multiculturelle.

Conclusion.


[1] A ce sujet, il convient de consulter « Sexe et culture », un ouvrage dans lequel Joseph Daniel Unwin s’est proposé d’étudier plusieurs dizaines de civilisations disparues sous l’angle de la « permissivité sexuelle » (« sexual restraint »). Il a constaté que les civilisations, de leur naissance à leur ascension, interdisaient les relations sexuelles avant le mariage et punissaient les relations sexuelles extraconjugales.

[2] CDC, National Center for Health Statistics, National Survey of Family Growth, 1995. Voir également : “The harmful effects of early sexual activity and multiple sexual partners among women: a book of charts” par Robert E. Rector, Kirk A. Johnson, Lauren R. Noyes et Shannan Martin. 

[3] Teachman, J. (2003), Premarital Sex, Premarital Cohabitation, and the Risk of Subsequent Marital Dissolution Among Women. Journal of Marriage and Family, 65: 444-455. Voir également : Ramrakha, Sandhya et al. “The relationship between multiple sex partners and anxiety, depression, and substance dependence disorders: a cohort study.” Archives of sexual behavior vol. 42,5 (2013).

[4] “£100bn cost of broken homes: Tory minister declares children whose parents split are NINE times more likely to commit crime”, Steve Doughty, publié dans le Daily Mail, 4 novembre 2010.

[5] « Survey of Youth in Custody, 1987 », Allen J. Beck, Susan A. Kline et Lawrence A. Greenfeld.  

[6] Having a single mum and being taken to hospital during childhood linked to ADHD, Sue Dunlevy, publié dans le News Corp Australia Network le 17 avril 2015.

[7] The Real Root Causes of Violent Crime: The Breakdown of Marriage, Family, and Community, publié par Patrick Fagan pour “The heritage foundation”.


Illustration : Photo de Atypeek Dgn