Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (IX)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.

Chapitre 3. L’impact croissant des réseaux sociaux.

Deuxième partie. La dévirilisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la masculinité ?


Chapitre 1. La chute de la figure paternelle.

Dans son livre « Le Suicide français », paru le 1er octobre 2014, Éric Zemmour défend l’idée d’un affaiblissement continu de la France, qui aurait commencé dans les années 1970 pour se poursuivre jusqu’à nos jours. Chaque chapitre de cet ouvrage est consacré à une année de l’histoire récente de la France, et plus particulièrement à certains évènements, qui ont contribué à cet affaiblissement généralisé de la Nation. Éric Zemmour consacre son premier chapitre, intitulé « La mort du père de la nation » au Général de Gaulle[1], et son deuxième chapitre, intitulé « Mort du père de famille », à la notion de « puissance paternelle »[2]. Une manière intelligente et symbolique de passer de la mort du Général de Gaulle, « père de la Ve république », à la « mort du père » en tant que « puissance paternelle » de la famille. 

Éric Zemmour évoque les débats parlementaires « passionnés, parfois houleux », qui ont eu lieu à cette occasion. Il décrit avec justesse l’idée que l’on se faisait alors de la puissance paternelle, et la nécessité de s’en débarrasser : « Quand un député demanda ingénument à quel besoin répondait cette loi, le ministre de la Justice, René Pleven, répondit, non moins ingénument : « À introduire la notion de bonheur dans les familles ». La prétention n’était pas mince. Si l’on en croyait l’impérieux ministre, toutes les familles du passé depuis que le monde est monde avaient été malheureuses ». Mais Éric Zemmour rappelle quelques concepts fondamentaux : « On oubliait que la famille n’avait jamais été conçue dans la nuit des temps comme le lieu privilégié de l’amour et du bonheur privés, mais comme l’institution matricielle qui permettrait de fonder un peuple, une société, une nation ». Puis, il poursuit sur une réflexion intéressante sur la mentalité moderne : cette destruction de la puissance paternelle avait pour origine un mouvement idéologique de droite, et non de gauche, comme on pouvait s’y attendre. En rapportant le mot de René Pleven sur le « bonheur dans les familles », Éric Zemmour remarque ainsi que « Ce n’étaient pas une féministe en colère ou un jeune rebelle hirsute qui mettaient ainsi en accusation la gent virile, mais un ministre chenu et cossu d’une majorité conservatrice », puis il continue : « Le coup venait de loin. On imaginait une lubie récente, jetée avec les pavés du boulevard Saint-Michel ; c’était un fil rouge qui courait tout au long du XXe siècle. On le croyait parti de la gauche, des progressistes, des humanistes ; il venait de la droite, des capitalistes, d’Amérique ».

Reprenant une thèse formulée par Christpher Lasch dans son ouvrage « Un refuge dans ce monde impitoyable », Éric Zemmour examine l’histoire sous l’angle de la destruction du père et de la famille : « La volonté, dès la fin du XIXe siècle, des grands capitaines d’industrie d’arracher à leurs ouvriers leur autonomie, dans le cadre des usines taylorisées mais aussi dans celui de la famille, afin de les rendre plus productifs et plus dociles ». Éric Zemmour synthétise cela dans une belle formule : « Le contrat d’association remplacerait l’imperium paternel », et précise ensuite sa pensée : « On arracherait les ultimes reliquats de la mentalité précapitaliste pour faire entrer dans la famille la rationalité du calcul économique. La consommation compenserait le sentiment de dépossession. L’intégration de la classe ouvrière à la société se ferait par la publicité et « son influence civilisatrice aux effets culturels comparables à ceux consécutifs aux grands progrès de l’Histoire ». La propagande consumériste mina la culture traditionnelle du patriarcat ; les publicitaires, sociologues, psychologues s’allièrent aux femmes et aux enfants contre les pères qui contenaient leurs pulsions consommatrices. Les mêmes, alliés aux féministes, firent campagne pour que les femmes aient un accès égalitaire aux dépenses du foyer. Aujourd’hui encore, lors du moindre débat sur les acquis du féminisme, on exhume ce fameux carnet de chèques auquel les femmes françaises n’avaient pas accès sans l’autorisation de leur mari avant 1965 ! ». 

L’effet domino était alors enclenché, car avec la destruction du père – c’est-à-dire de l’homme – à travers la suppression de la puissance paternelle, vient la destruction de la famille toute entière :  Éric Zemmour rappelle que « l’épanouissement personnel » remplaçât alors « la stabilité du mariage », dans une véritable opération de « rééducation des parents ». « Le prêtre et le législateur avaient été écartés et remplacés par les médecins, sociologues, psychologues, publicitaires, qui imposèrent les normes nouvelles de la vie de la famille. (…) Peu à peu, eut lieu l’intégration espérée des femmes et de la jeunesse au marché, au prix d’une impatience et d’une insatisfaction perpétuelles. La quête du bonheur devint la grande affaire de tous. Le père en fut la victime expiatoire ». 

Les explications et les analyses d’Éric Zemmour, dans ce chapitre, deviennent ensuite quelque peu contradictoires, en ce qu’elles sont parfois brillantes, et parfois décevantes. 

L’explication brillante d’Éric Zemmour, dans ce chapitre sur la disparition de la puissance paternelle, réside dans le commentaire qu’il fait du débat parlementaire, à l’occasion duquel, à un moment, le rapporteur de la commission des lois expliqua que « (…) la jeune fille [qui] se mariait avait [jadis] le désir de trouver une protection lui permettant de fonder une communauté familiale et d’éduquer ses enfants. Désormais, la femme par son travail et par une connaissance plus étendue des choses de la vie due aux moyens d’information modernes a acquis l’égalité financière et d’information avec l’homme ; dès lors, il serait illogique et sans doute dangereux de maintenir la notion de protection comme motivation du mariage, il convient de lui substituer la notion d’association ». C’est là que l’analyse d’Éric Zemmour est d’une justesse mathématique, à tel point que le paragraphe mérite d’être cité in extenso : « Des gaullistes parlaient comme Simone de Beauvoir ! Ils reprenaient l’antienne économiste et matérialiste des féministes. Des libéraux anticommunistes rejoignaient des compagnons de route marxistes. Quarante ans après ces débats, on s’est aperçu que la demande de protection n’avait nullement disparu. Elle n’est plus avouée par les femmes mais obstinément recherchée. Elles y renoncent dans une souffrance d’autant plus douloureuse qu’elle doit être tue. Cette quête obstinée de protection est liée à la maternité et au besoin de protéger et d’éduquer ses petits, pas au travail ni à l’information. La vision d’une femme qui ne travaille pas est une déformation aristocratique ou bourgeoise. La femme a toujours travaillé et toujours réclamé la protection de son mari. La contractualisation du mariage de deux êtres égaux méconnaît la subtilité des rapports entre les hommes et les femmes. Le besoin des hommes de dominer – au moins formellement – pour se rassurer sexuellement. Le besoin des femmes d’admirer pour se donner sans honte. Aujourd’hui encore, les femmes épousent des hommes plus diplômés et pour la plupart mieux rémunérés qu’elles ».

De quoi est-il question ici ? De l’hypergamie, et de son influence sur la société, c’est-à-dire de féminisation. La réalité biologique du cycle menstruel de la femme trouve son expression concrète dans une stratégie sexuelle pluraliste : un besoin de virilité et de masculinité (qui correspond à la phase folliculaire) et un besoin de sécurité (qui correspond à la phase lutéale). C’est ce qu’Éric Zemmour évoque lorsqu’il parle de cette « demande de protection » qui « n’est plus avouée par les femmes mais obstinément recherché ». Comme je l’ai dit dans la première partie de ce livre, une société féminisée est une société qui accorde la primauté à l’impératif biologique féminin. Et le besoin de sécurité est un impératif biologique qui concerne – et qui concerna toujours – les femmes, toutes les femmes. Éric Zemmour le dit très clairement : « Cette quête obstinée de protection est liée à la maternité et au besoin de protéger et d’éduquer ses petits, pas au travail ni à l’information ». En effet, la femme est physiquement plus faible que l’homme, et comme seule la femme tombe enceinte (reproduction) là où l’homme se « contente » de la fécondation, la femme a un besoin vital de protection, pour elle-même et pour l’enfant à naître. Et cet enfant à naître a besoin d’un père, qui lui-même a un besoin biologique et psychologique de savoir que l’enfant est bien le sien (impératif masculin de « certitude de paternité »). Ainsi, en remplaçant la « puissance paternelle » par « l’autorité parentale », et en passant de « la notion de protection comme motivation du mariage » à la notion moderne « d’association », nous observons un double phénomène de féminisation et de dévirilisation. Il s’agit d’un phénomène de féminisation, en ce que, malgré les changements législatifs, le besoin de protection des femmes reste toujours présent, et au cœur des débats parlementaires, une preuve que la société accorde de l’importance à l’impératif biologique féminin. Il s’agit également d’un phénomène de dévirilisation, en ce que l’impératif biologique masculin est nié, comme l’affirme Éric Zemmour : « La contractualisation du mariage de deux êtres égaux méconnaît la subtilité des rapports entre les hommes et les femmes. Le besoin des hommes de dominer – au moins formellement – pour se rassurer sexuellement ».  

Je m’arrête un instant sur cette excellente remarque d’Éric Zemmour, en fin de paragraphe : « Aujourd’hui encore, les femmes épousent des hommes plus diplômés et pour la plupart mieux rémunérés qu’elles ». Là encore, Éric Zemmour a vu juste, et c’est encore vrai aujourd’hui (car cela sera toujours une vérité de la nature humaine) : l’hypergamie est le moteur du désir féminin, le comportement invariable qui contredit toutes les doctrines féministes. Car s’il y a bien une idée folle que le féminisme a propagé, c’est celle selon laquelle, dans le domaine des rencontres, de l’affectif, des relations, de l’amour et du sexe, les hommes et les femmes seraient égaux. Si un homme fait l’erreur de croire en cette forme d’égalité, il n’arrivera jamais à se reproduire avec succès avec une femme ayant un niveau de beauté et un niveau socio-économique comparable. Tout simplement parce que, contrairement à ce qu’en disent les féministes, on ne peut exercer un attrait sur les femmes qu’en jouant sur l’inégalité entre les sexes

Les visages des hommes ne sont pas « égaux » pour les femmes. Le « sex-appeal » d’un homme est directement proportionnel à la masculinité qui transparaît à travers son visage. Les femmes préfèrent les hommes aux visages masculins, agressifs et dominants. Pour les femmes, les hommes ne sont pas non plus « égaux » en tailles. Plus de 94 % des femmes refuseraient un homme juste parce qu’il est « trop petit », et à l’inverse, les femmes sont plus heureuses avec des partenaires qui font en moyenne 20 cm de plus qu’elles.

Les hommes sont évidemment inégaux sur le plan économique… et les femmes en tirent les conclusions qui s’imposent. Les hommes dont les revenus sont inférieurs à ceux de leurs femmes ont deux fois plus de chances de ne pas avoir de relations sexuelles. Les femmes sont 1 000 fois plus sensibles que les hommes aux stimuli de nature économique dans l’évaluation de l’attractivité. Les femmes préfèrent les hommes ayant un revenu élevé et un niveau d’éducation élevé. Les femmes « carriéristes » refusent d’ailleurs d’épouser des hommes dont la réussite financière n’est pas au moins égale à la leur.

Pour les femmes, tous les hommes ne sont pas aussi beaux les uns que les autres… Les femmes considèrent même que 80 % des hommes sont en dessous de la moyenne esthétique. Les femmes trouvent ainsi les hommes plutôt moches dans l’ensemble. La plupart des hommes ne sont pas considérés par les femmes comme « normaux », ou « moyens », mais réellement moches.

Dans les sociétés sexuellement libéralisées, seules les femmes décident du moment des rapports sexuels, mais avant d’en arriver là, c’est à l’homme de prendre sur lui la responsabilité de la rencontre : 93% des femmes préfèrent ne pas faire le premier pas. Sur les sites de rencontres, 10 % des hommes reçoivent l’attention de 60 % des femmes. Les hommes « aiment » 61,9 % des profils féminins, alors que les femmes ne valident que 4,5 % des profils masculins. Il faut ajouter à cela le fait que la plupart des membres des sites de rencontre sont des hommes. Seuls 21 % à 34 % des utilisateurs sont des femmes. Grâce à Tinder, les femmes font trois fois plus de rencontres sexuelles que les hommes. Quelle chance pour les femmes, même pour les moins belles ! Une femme d’apparence moyenne a, en effet, 15 fois plus de « match » que son homologue masculin.

En matière de relations, les femmes ne se préoccupent guère d’égalité, et elles se préoccupent encore moins d’équité ou de justice ! Les femmes sont davantage attirées par les hommes qui sont déjà en couple, plutôt que par les hommes célibataires. Les femmes sont plus sujettes à l’infidélité lorsqu’elles sont plus jolies que leur partenaire. Et, – ironie ! – les femmes rejettent très durement les hommes peu attirants lorsqu’elles ont été elles-mêmes rejetées par un homme attirant.

La différence entre ce que prétendent les femmes et ce que veulent les femmes devient encore plus impressionnante lorsqu’on s’intéresse au viol ou au « harcèlement ». Le viol n’est considéré comme tel que s’il est perpétré par une personne laide, alors que s’il est commis par une belle personne, il serait considéré comme un acte émanant de quelqu’un qui fait preuve d’initiative et de « savoir-faire » avec les femmes. En cas de harcèlement sexuel, le jugement est influencé par le degré d’attractivité de l’homme. Les hommes et surtout les hommes laids sont considérés comme intrinsèquement « plus dérangeants » que les femmes laides. Les femmes tolèrent des comportements « dérangeants » de la part d’hommes attirants, mais pas de la part d’hommes laids. 

Le mariage ne change pas fondamentalement la nature de l’interaction entre les hommes et les femmes. Ces dernières perdent rapidement tout intérêt sexuel pour leur partenaire après le mariage. Et d’ailleurs, les demandes de divorce sont déposées par des femmes dans l’immense majorité des cas. La moitié des femmes qui sont dans une relation stable admettent avoir un « partenaire de rechange » dans leur cercle social. 

En fin de compte, les femmes ne sont guère intéressées par l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. Leurs demandes sont bien plus simples, voir simplistes : ce qu’elles veulent, ce qu’elles désirent, c’est homme idéal, un « prince charmant ». A condition que celui-ci soit beau, c’est tout ce qui importe : il faut oublier l’idée selon laquelle seule la « beauté intérieure » compte, les femmes s’intéressent principalement aux apparences lorsqu’elles sont dans leur phase folliculaire. Et pour cause, les beaux hommes sont perçus par les femmes comme plus amusants, même s’ils ne le sont pas. L’apparence d’un homme étant corrélée de manière significative à sa popularité et à son statut. 

Les femmes sont particulièrement sensibles aux apparences des hommes et ne s’intéressent pas à ce qu’ils font, seulement à ce qu’ils sont. Les femmes ressentent un dégoût sexuel rien qu’à l’idée de parler avec un homme peu attirant. Inutile de croire au « coup de foudre au premier regard », dans la mesure où celui-ci est généré exclusivement par l’attraction physique. L’esthétique, la personnalité et l’argent comptent certes pour les deux sexes, mais les femmes ont tendance à le cacher davantage. Si, en général, l’apparence physique détermine la perception de la personnalité, la personnalité d’un homme n’a de valeur pour une femme que s’il y a une attirance esthétique. La laideur réduit les chances de trouver un partenaire chez un homme, mais pas chez une femme. Même dans les « relations occasionnelles », les femmes se soucient beaucoup plus de l’esthétique que les hommes, au point de prendre des risques ! Les femmes sont plus susceptibles d’avoir des relations sexuelles non protégées avec de beaux partenaires (phase folliculaire du cycle menstruel : ce besoin biologique de virilité). Tout ce qui importe finalement, c’est le sexe : la masculinité de l’homme et son apparence physique déterminent la probabilité de générer des orgasmes chez la femme.

En synthèse, les femmes ne sont attirées que par des hommes plus beaux, plus agressifs, plus dominants, plus grands, plus riches, plus intelligents, plus cultivés, etc… Les femmes n’aiment que les hommes qui leur sont supérieurs dans tous les domaines de l’existence. Ainsi, dans le domaine des rencontres, de l’affectif, des relations, de l’amour et du sexe, si un homme est l’égal d’une femme, il n’arrivera pas à la séduire. Il est également intéressant de noter qu’une femme (féministe ou non) désirera toujours un homme qui lui soit supérieur en tous point, mais qu’elle insistera pour se réclamer son « égale » …

Tout ceci ne fait que confirmer l’idée que défend Éric Zemmour : « La contractualisation du mariage de deux êtres égaux méconnaît la subtilité des rapports entre les hommes et les femmes. Le besoin des hommes de dominer – au moins formellement – pour se rassurer sexuellement. Le besoin des femmes d’admirer pour se donner sans honte ». C’est là l’éternel rapport, l’éternelle dualité, l’éternelle polarité, entre les hommes et les femmes. De ce point de vue, la destruction de la « puissance paternelle » au profit d’une prétendue « autorité parentale » méconnaît la nature humaine, et est à la fois un signe de féminisation et de dévirilisation.  Les parlementaires évoquaient le fait que « la femme par son travail et par une connaissance plus étendue des choses de la vie due aux moyens d’information modernes a acquis l’égalité financière et d’information avec l’homme », par souci d’égalité abstraite, mais le besoin biologique de sécurité des femmes est une réalité biologique qui ne peut être ignorée, et qui implique que la femme ne sera jamais vraiment « l’égale » d’un homme sur le plan du couple. Enfin, la « puissance paternelle », toute « autoritaire » qu’elle puisse sembler, était une garantie – au moins symbolique – visant à rassurer « l’incertitude de paternité » qui concerne – et qui concernera toujours – les hommes, tous les hommes. 

C’est à ce sujet, et à certains passages de ce chapitre du « Suicide français », que les explications et analyses d’Éric Zemmour deviennent décevantes : « Mais le père est une création artificielle, culturelle, qui a besoin du soutien de la société pour s’imposer à la puissance maternelle, naturelle et irrésistible ». Éric Zemmour reprend ici une idée formulée par le pédopsychiatre Aldo Naouri selon laquelle « le père était une invention récente dans l’Histoire de l’humanité (trois mille ans, tout au plus) ». Déjà, dans « Le premier sexe », Éric Zemmour avait eu la même réflexion sur « l’artificialité » de la paternité : « Dans son ouvrage de référence, L’Un et L’Autre Sexe, la grande ethnologue américaine Margaret Mead montre que la paternité n’est certes qu’une « invention sociale », mais que cet acquis, venu du fond des âges, et répandu partout à travers la planète, dans toutes les civilisations, même les plus primaires, est le propre de l’homme ». J’ai du mal à comprendre cette idée défendue par Éric Zemmour, selon laquelle la paternité serait toute artificielle, cette sorte d’invention sociale inventée par la société pour équilibrer les rôles masculins et féminins. Éric Zemmour serait-il devenu socioconstructiviste ? La paternité ne serait-elle qu’une construction sociale inventée par le patriarcat ? Encore une fois, non, et pour une bonne raison : la paternité est une réalité biologique avant d’être une réalité sociale. Il me semble qu’ici, Éric Zemmour a manqué de rigueur : la paternité est certes un lien juridique et social établi entre un homme et un enfant, par lequel le premier reconnaît le second comme son fils ou sa fille, que cela soit par l’institution du mariage ou par un acte de reconnaissance. Mais la paternité est avant tout un état : c’est un lien de parenté génétique entre deux personnes. Que ce lien de parenté génétique emporte des conséquences juridiques, c’est le fait de la société. Mais ce lien de parenté génétique existe en premier lieu, et c’est le fait de l’homme. La paternité fait partie intégrante de l’instinct masculin : les hommes n’ont pas attendu l’avènement de « la société » pour nourrir, élever, protéger et éduquer leurs propres enfants. A condition, bien sûr, qu’ils soient certains d’être le père (c’est là toute la faiblesse de la stratégie sexuelle masculine, qui implique que l’homme ne sait jamais vraiment s’il est le père, puisque son rôle se limite à la fécondation, là où la femme est toute entière à la gestation). 

En dehors de ce petit manquement à la logique, qui consiste à voir la paternité comme fait juridique avant de le voir comme fait biologique, Éric Zemmour défend très bien la paternité, comme symbole et comme structure fondamentale de la famille. En fin de chapitre, il poursuit : « Le père incarne la loi et le principe de réalité contre le principe de plaisir. Il incarne la famille répressive qui canalise et refrène les pulsions des enfants pour les contraindre à les sublimer ». Et il va même encore plus loin : « Sans le soutien de la société, le père n’est rien. À partir du moment où la puissance paternelle est abattue par la loi, le matriarcat règne. L’égalité devient indifférenciation ». On retrouve dans cette phrase « l’indifférenciation » qui a été analysée en première partie de ce livre. Éric Zemmour conclut, un peu grandiloquent : « Le père est éjecté de la société occidentale. Mais avec lui, c’est la famille qui meurt. Quarante ans plus tard, les revendications en faveur de l’« homoparentalité » ne sont pas surprenantes : la famille traditionnelle l’instaure déjà puisqu’on ne prend plus en considération la différence sexuelle entre la mère et le père pour définir leurs fonctions et rôles respectifs. La destruction de la famille occidentale arrive à son terme. Nous revenons peu à peu vers une humanité d’avant la loi qu’elle s’était donnée en interdisant l’inceste : une humanité barbare, sauvage et inhumaine. L’enfer au nom de la liberté, de l’égalité. L’enfer au nom du bonheur. Pascal nous avait prévenus : « Qui fait l’ange fait la bête. » ».

Cette loi de 1970 a effectivement été un « premier acte » de la dévirilisation de la société française : une attaque symbolique contre la paternité via la destruction et l’effacement de la notion de puissance paternelle. Un acte qui commençait par détruire le symbole avant de détruire ensuite ce qui était symbolisé. Car le père est aussi un symbole sur lequel la société s’appuie. Car le père ne représente pas seulement l’homme, il représente la génération de tous les hommes de la lignée familiale. A ce titre, le père est symbole de domination, de possession, de fierté, d’honneur. Le père incarne un ensemble de valeurs (familiales, générales ou nationales) qu’il convient de respecter. Par-là, le père est un symbole d’autorité qui symbolise, incarne ou personnifie à lui seul tout un ensemble de figures d’autorité connexes : le chef, le patron, le professeur, le juge, le soldat, le protecteur, et même, Dieu. Le père est certes perçu, en termes de psychanalyse, comme une limite : il peut être celui qui interdit, qui prive, qui punit, qui maintient dans la dépendance. Il incarne la raison qui lutte contre les pulsions instinctives et les élans émotionnels. C’est pourquoi le père est vu comme un représentant du monde de la tradition qui s’oppose et qui résiste aux forces nouvelles du changement, raison pour laquelle notre époque tournée vers le « progrès » n’aime pas le père. Quelle erreur, pourtant, de ne voir dans le père qu’un aspect limitant ! Car le père est aussi un symbole de transcendance ordonnée, sage et juste. Je l’ai dit : le père représente la génération de tous les hommes de la lignée familiale, jusqu’aux origines des temps. L’homme, en devenant père, apporte une nouvelle génération, et donc, au sens strict, une régénération. Le père devenant ainsi ce qui permet à l’enfant d’avoir des origines, une histoire, un passé, une lignée, et donc, un avenir, un futur, un destin. Le père devenant ainsi un héros, c’est-à-dire un idéal : il est l’homme que l’enfant veut pouvoir devenir, être, ou valoir. Le père, c’est d’abord l’autre, et un jour, ce sera moi. Le père étant ainsi une figure transcendante, une personne que l’on comprend, que l’on accepte et qu’on aime quand on est soi-même devenu père, et que l’on comprend alors sa place dans le cycle familial : le père est le gardien de la famille, parce qu’il ne procrée pas par lui-même, mais parce qu’il est responsable de la procréation. 

Éric Zemmour a bien fait de dénoncer cette loi de 1970 dans « Le suicide français », car au-delà du symbole, le père – et par extension, la famille composée d’un père et d’une mère – est un pilier de la civilisation occidentale. « Quarante ans plus tard, les revendications en faveur de l’« homoparentalité » ne sont pas surprenantes : la famille traditionnelle l’instaure déjà puisqu’on ne prend plus en considération la différence sexuelle entre la mère et le père pour définir leurs fonctions et rôles respectifs ». Lorsque les pères sont présents et forts, c’est-à-dire lorsqu’ils incarnent pleinement leurs rôles sexuels et leurs qualités viriles (la force, le courage, l’honneur, la compétence), ils combinent à la fois l’autorité ferme, fruit de la maturité et de l’expérience, et la douceur de l’amour qui permet aux garçons de devenir des hommes forts et sûrs d’eux-mêmes. Les pères imposent des exigences à leurs enfants – ce qui est considéré comme fasciste de nos jours – afin que ces mêmes enfants aient une vision claire et équilibrée de la vie et de leur place dans celle-ci. Les pères sont présents lorsque le destin frappe impitoyablement ; ils sont là pour que leurs enfants réalisent leurs rêves les plus fous. Remplacer la puissance paternelle par l’autorité parentale, c’est empêcher les pères d’exercer une influence spécifiquement masculine sur leurs enfants. Incapables de transmettre des valeurs viriles à leurs fils, les pères ne peuvent exercer leurs rôles spécifiques, qui ne peuvent être transmis par une femme seule. Les garçons grandissent dominés par leurs mères et leur vie d’adulte est le reflet de ce manque, de cette absence. Vous obtenez alors des hommes obsédés par la mode, les vêtements, les réseaux sociaux, les « discriminations », les « inégalités de genre », et incapables de gérer leur propre agressivité alimentée par la testostérone, en un mot, des hommes faibles, des hommes efféminés. Ils grandissent et deviennent des hommes sans aucun sens de la masculinité. La paternité n’est pas un concept à prendre à la légère, dans aucun sens du terme, génétique ou juridique. La paternité est la pierre angulaire de la masculinité dans une société saine. Les conséquences délétères qui résultent de l’affaiblissement de la paternité ne peuvent pas être sous-estimées. La paternité est tout simplement le fondement de la société. Toute société qui accepte ouvertement d’élever des enfants sans l’influence spécifique d’un homme est une société dévirilisée.


Chapitre 2. Divorce : le destructeur de familles.

Chapitre 3. La guerre contre la paternité.

Chapitre 4. La destruction de la sexualité masculine.

Troisième partie. La nécessaire restauration d’un ordre viril à la française.

Chapitre 1. Des revendications aux « exigences » : l’Hubris féminin.

Chapitre 2. Les rapports hommes / femmes dans une société multiculturelle.

Conclusion.


[1] Charles de Gaulle est mort le 9 novembre 1970. 

[2] La loi du 4 juin 1970 relative à l’autorité parentale dispose que « Les deux époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille ». Dès lors, « l’autorité parentale » remplace la « puissance paternelle ».  


Illustration : Photo de Atypeek Dgn