Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (VI)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.


Chapitre 3. L’impact croissant des réseaux sociaux.

Au risque de perturber le lecteur, je dois commencer ce chapitre par une information personnelle (mais je vous rassure, cela ne me prendra qu’une ligne) :

Je n’appartiens pas à la même génération qu’Éric Zemmour. 

Éric Zemmour est né en 1958, il appartient à la génération « Baby-boom », il appartient à la génération qu’on appelle communément les « boomers ». Moi, j’appartiens à la « génération Y », qu’on appelle communément les « milléniaux ». Au-delà du temps et du contexte économico-culturel, ce ne sont pas seulement des années de vie qui séparent ma génération de celle d’Éric Zemmour, c’est un univers entier. La haine viscérale que porte ma génération envers les boomers est proverbiale, au point que le « fossé générationnel » entre nous ressemble davantage au Grand Canyon situé aux États-Unis, qu’à un simple « fossé ». Cette haine est peut-être la haine la plus justifiée qui soit, car les Boomers sont très certainement la génération la plus égoïste de l’Histoire de l’Humanité. On peut écrire des bibliothèques entières pour décrire les crimes odieux commis par cette génération maudite, et tous les ouvrages ainsi accumulés, qui rempliraient cent fois la Bibliothèque d’Alexandrie, ne suffiraient pas à représenter l’influence néfaste que les boomers ont eu sur la destruction et l’effondrement de la Civilisation Occidentale. De toute évidence, je n’ai pas la place d’écrire ici ne serait-ce qu’une introduction à l’étude de l’enfer qu’ils ont créé. Je dois préciser, en outre, que je ne déteste pas Éric Zemmour, ni en tant que Boomer, ni en tant que personne, c’est même tout le contraire, parce qu’il est – à l’inverse de ses semblables – un homme d’une grande clairvoyance sur la situation actuelle de l’Occident. Je précise simplement que je suis d’une génération différente, parce que je souhaite évoquer dans ce chapitre des éléments qu’Éric Zemmour n’a pas pu voir, parce qu’il n’appartient pas ma génération. Celui-ci précise, dès les toutes premières lignes du « Premier sexe » : « Je fus adolescent dans les années 70 ». Eh bien moi, je fus adolescent dans les années 2000. Et c’est l’histoire d’une toute autre adolescence.

Chaque génération possède son propre « style » : une éducation qui vient des parents et des professeurs, des valeurs considérées comme essentielles à un moment précis de l’histoire, des comportements qui sont jugés corrects ou incorrects, des modes de pensées qui sont façonnées par les médias de l’époque. Les médias, selon leur nature et leur support (papier, télévision, internet) imprègne profondément une période, selon la vitesse de transmission de l’information et selon les thèmes qui sont le plus souvent abordés. De telle sorte que toutes les personnes qui ont à peu près le même âge sont imprégnées par les mêmes valeurs et connaissent les mêmes connaissances culturelles, tout en ayant des façons de communiquer similaires. Dans la mesure où les enfants et les adolescents côtoient principalement des personnes du même âge, ils s’identifient les uns aux autres et développent une identité commune. Comme toutes les générations de l’Histoire, la génération Y a procédé de la même façon : nous avons notre propre vision du monde, des principes équivalents et des idéaux comparables. Mais, à la différence des boomers, nous avons connu un évènement décisif que les générations précédentes n’ont pas vécu, et ne peuvent donc pas comprendre. Il ne s’agit pas des crises économiques, même s’il faut admettre que cela a eu une incidence sur le cours de nos vies, il s’agit de l’invention de nouvelles technologies, qui ont exercé un impact profond sur les relations sociales : la création des smartphones et l’avènement des « réseaux sociaux ». 

Et il s’agit d’une nouvelle technologie dont Éric Zemmour ne parle pas dans son ouvrage « Le premier sexe » (2006), pour la simple et bonne raison que ce livre a été publié un an avant l’apparition du premier Smartphone (2007). De manière moins compréhensible, « Le suicide français » n’évoque pas non plus les smartphones et les « réseaux sociaux », ou très peu[1], et leur influence sur la société. Myopie générationnelle, sans doute. Alors que rien n’est aussi important pour la jeunesse française. Les smartphones sont en effet des petits bijoux de technologie, parce que ce ne sont pas seulement des téléphones mobiles à écran tactile, ce sont aussi des petits ordinateurs portables disposant de toutes les fonctions d’un assistant numérique personnel : appareil photo, courrier électronique, géolocalisation, mais aussi et surtout, navigation sur le web au moyen d’applications additionnelles. Ces applications permettent, d’une part, la création et la publication de contenus générés par les utilisateurs eux-mêmes, et d’autre part, le développement de réseaux sociaux en ligne, via la connexion des profils utilisateurs entre eux. Et cela, c’est un petit rien qui change tout : discussion, publication, partage, accès du citoyen à l’information publique, participation facilitée au débat public, et donc, démocratisation accrue et interaction avec le domaine politique. Mais le domaine privé est aussi concerné : l’utilisateur actif échange et partage, sur les autres et sur lui-même, de telle sorte que des informations, autrefois privées, sont visibles par tous. Certaines applications favorisent ainsi les contacts « réels » déjà existant, mais permettent aussi les nouvelles rencontres. Ces rencontres peuvent se fonder sur un intérêt commun (cinéma, jeux vidéo, etc…) mais aussi sur des intérêts relationnels, affectifs, sentimentaux, érotiques ou amicaux. 

C’est ici que la vision d’Éric Zemmour sur le couple me paraît un peu datée, pour ne pas dire périmée. Dans « Le premier sexe », Éric Zemmour décrit une jeunesse qui ne cherche qu’à se mettre en couple, des jeunes hommes qui ne vivent que par et pour le couple, que c’est là le nouvel horizon indépassable. Il évoque un échange qu’il a eu avec un jeune homme : « La conversation devient plus personnelle. Je l’interroge sur ses études, ses ambitions. Ses femmes. Il se récrie. De femme, il n’en a qu’une, depuis six mois. Une militante aussi. Il est amoureux. Fidèle. Je joue l’incrédule, il insiste. Je me moque sur le registre de la complicité entre garçons, confidence entre mecs, une de perdue dix de retrouvées : « A ton âge, franchement, quel âge as-tu, vingt-deux, vingt-trois ? » Il se cabre, se justifie : « Avec mon ancienne petite amie, j’ai été infidèle, ça ne m’a attiré que des ennuis. Non, non, je ne recommence plus. » Je pouffe, goguenard. Je lui décris le ridicule d’une génération, la sienne, sagement accouplée à vingt ans comme on le serait à soixante ; je brocarde les garçons de son âge soumis au sentimentalisme des filles, un garçon, ce n’est pas ça, un garçon, ça va, ça vient ; un garçon, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça couche sans aimer, pour le plaisir et pas pour la vie, « ça n’a pas de forteresse imprenable, seulement des forteresses mal assiégées » (Gérard Philipe dans je ne sais plus quel film de cape et d’épée que je dévorais grâce à la sainte ORTF de mon enfance), ça prend et ça jette, un garçon, ça goûte sans s’engager, c’est dans le multiple et non dans l’unique, Casanova plutôt que la princesse de Clèves »[2]. Plus loin, Éric Zemmour poursuit sur cette même idée : « Aujourd’hui, il n’y a plus de cocu, plus d’infortune, plus de femme trompée ni d’homme trahi (ou l’inverse), plus personne n’est ridicule ou malheureux, il n’y a plus que des « problèmes de couple ». Car il n’y a plus d’individu, homme ou femme, il n’y a plus que des couples. Avec leurs difficultés, leurs problèmes. Le couple, sa naissance, sa vie, sa mort »[3].

Dans la France d’après le smartphone, on ne se rencontre plus comme avant, les couples ne se forment plus de la même manière, ils durent même moins longtemps, et il n’est pas certain que l’on puisse affirmer que le couple prime désormais sur l’individu, c’est même plutôt l’inverse. Les individus consomment le « couple », parce que ce concept même de couple a changé. En effet, l’avènement des réseaux sociaux a complètement bouleversé la façon dont les hommes et les femmes se rencontrent. Il existe plusieurs modalités par lesquelles l’on peut faire connaissance avec l’autre sexe : au cours des études (lycée, université), sur le lieu de travail, par des amis ou de la famille, dans un lieu public (bar, boîte de nuit, pub, restaurant, rue, parc, etc…), dans le cadre d’activités sportives, culturelles, cultuelles, politiques ou associatives, et aussi dans les transports (bus, taxi, métro, train, avion, etc…). Mais ces lieux de rencontres ne sont pas, et n’ont jamais été, équivalents entre eux. Ainsi, les français vivant en couple ont toujours rencontré leurs futurs partenaires sur le lieu de travail plutôt que dans un lieu public. Mais les applications de rencontre ont tout changé. Désormais, l’essentiel des rencontres s’opèrent via les applications dédiées. Au cours des deux dernières décennies, certaines modalités de rencontre ont connu une chute brutale : on ne se rencontre plus dans le cadre de réunions familiales ou de cérémonies de mariage, on ne se rencontre de moins en moins au travail (est-ce l’effet #Metoo ?), on ne se rencontre plus du tout à l’église, et rares sont les couples qui se forment au lycée ou à l’université[4].

Au cours des deux dernières décennies, les rencontres en lignes ont connu deux grandes phases. La première, au cours des années 2000, a vu la naissance des services de rencontre en ligne, lié à la démocratisation d’internet, symbolisé par l’arrivée de « Meetic » en France en 2001. La rencontre en ligne est alors devenue accessible mais payante, et attirait principalement les personnes de 35 ans et plus, qui évoquaient d’ailleurs avec réticence le fait d’avoir rencontré un partenaire « en ligne ». La deuxième phase, au cours des années 2010, a connu l’expansion importante des services de rencontre en ligne, lié à la démocratisation des smartphones, symbolisé par l’arrivé de Tinder, davantage utilisé par les moins de 35 ans. Plusieurs années après son lancement, Tinder est téléchargé et utilisé par toute une génération de célibataire[5]. Les années 2020 se caractériseront certainement par l’émergence de « géant de la rencontre », dont la puissance et l’influence sera comparable à celle des géants d’Internet, les « GAFA » (Google, Apple, Facebook, Amazon). A titre d’exemple, « Matchgroup » pèse des milliards de dollars, possède des dizaines d’applications de rencontre, notamment les principales (Tinder, PlentyOfFish, Match.com et OKcupid), et peut influencer la vie affective, relationnelle et sentimentale des utilisateurs par l’utilisation de certains algorithmes. Car, à moins d’être naïf, il convient de réaliser que l’intérêt de ces sociétés consiste à accumuler des clients – et donc, des abonnements – plutôt que d’aider l’abonné à trouver l’amour de sa vie. Le modèle économique de certains sites repose sur l’activité d’animatrices (ou « hôtesses ») qui sont charger de susciter l’intérêt des hommes afin que ceux-ci souscrivent ou prolongent un abonnement, profitant ainsi de la solitude de la vie moderne. Par ailleurs, de nombreux sites, notamment érotiques, sont infiltrés par la prostitution. Enfin, le « marché des rencontres » est souvent faussé, car le ratio entre les hommes et les femmes est très fortement déséquilibré. Par exemple, un piratage d’un site canadien a permis de dévoiler au grand public que le « chat » était fréquenté par 2 409 femmes et 11 millions d’hommes, soit un ratio de 1 femme pour 5000 hommes. Les sites sont également des plateformes utilisées pour opérer des fraudes financières. Ainsi, de nombreuses femmes d’âge mûr ont d’ailleurs été victimes de la « stratégie de la prisonnière espagnole » ou de la technique de la « lettre de Jérusalem », par laquelle des groupes d’Africains utilisent les sites de rencontrent pour soutirer de l’argent à leurs victimes. 

C’est pour cela que, contrairement à Éric Zemmour, je pense que c’est l’individu, et non le couple, qui est le « roi de l’époque ». Parce que l’individu moderne considère son partenaire comme un achat ou une location, plutôt que comme une personne. En effet, les sites de rencontre sont spécialisés et permettent de choisir un partenaire selon une multiplicité de critères, il n’y a désormais plus aucune place au hasard ou à la chance. Il est désormais possible de chercher un partenaire selon l’appartenance communautaire ou religieuse, selon les affinités politiques, selon la situation sociale, professionnelle ou financière, ou sur des critères physiques, par tranche d’âge et par région géographique. Loi du marché oblige, certains sites ont donc opté pour une « stratégie de niche » et se sont spécialisés dans l’échangisme, l’infidélité, l’homosexualité, l’Islam ou les « rencontres entre afro-descendants ».

A cet aspect « fragmenté » des rencontres en ligne, il faut ajouter l’aspect « mondialisé ». Le développement des sites de rencontre permet de « mettre en concurrence » virtuellement les célibataires de toutes les nations. Alors qu’autrefois, les rencontres étaient plus « localisées », dans le village, la ville ou la région, il est désormais possible d’avoir un accès potentiel à un nombre quasiment illimité de partenaires. Aujourd’hui, nous pouvons utiliser des stellites pour voir quels partenaires sexuels se trouvent dans un rayon de 100 kilomètres autour de nous. La continuité de la race humaine est ainsi influencée de manière significative par la technologie. Même si les utilisateurs recherchent en grande partie la même chose qu’autrefois : de la compagnie, un soutien émotionnel et affectif, et de la satisfaction sexuelle, il faut reconnaître que le marché des rencontres s’est transformé en un gigantesque marché virtuel illimité dans lequel on peut chercher de la compagnie humaine dans le cadre d’une poursuite transactionnelle de type « à la demande ».

Les nouvelles technologies et les interactions sociales s’influencent ainsi réciproquement afin de transformer les façons de se mettre en couple. Avec l’interconnexion économique et numérique qui se produit dans le monde entier, les individus et les sociétés sont collectivement influencés par les technologies modernes, et en retour, les technologies modernes raccourcissent le temps nécessaire à certaines activités, tout en créant du temps disponible au cours duquel de nouvelles pratiques d’interaction sociale se construisent. Les utilisateurs en viennent alors à s’impliquer dans les mêmes activités qu’auparavant (les rencontres), mais sous de nouvelles formes (les rencontres en ligne), en utilisant les nouvelles pratiques sociales qui sont apparues consécutivement à l’apparition des réseaux sociaux. Les anciennes barrières géographiques et temporelles sont détruites, puisqu’on peut désormais se présenter, discuter et se rencontrer en face à face presque instantanément. Cela facilite la vie à ceux qui n’avaient pas l’occasion de rencontrer facilement d’autres personnes, certes. Mais ce raccourcissement du temps et de l’espace n’amène pas nécessairement les utilisateurs à se comporter de manière rationnelle, en trouvant un partenaire, en construisant une relation, puis en supprimant l’application. C’est tout le contraire : les utilisateurs se sont adaptés aux changements technologiques pour développer des comportements addictifs, avec l’utilisation intensive des applications, les rencontres en série, et les relations à court ou très court terme. La disparition du « rythme naturel » des rencontres a donc conduit à une accélération des rencontres, parce que la totalité des autres utilisateurs potentiels semble être très facilement accessibles et remplaçables. Cela engendre une nouvelle forme de pression : il faut être constamment actif, disponible et ouvert aux nouvelles opportunités, ou pour le dire autrement, « il y a toujours mieux ailleurs ». Il n’y a donc pas grand intérêt à se focaliser sur une personne en particulier, parce que cette personne est nécessairement imparfaite, qu’il y a peut-être mieux demain, et que, de toute façon, ce n’est pas une « véritable » personne, mais un « profil », ce qui déshumanise l’interaction. De plus, le ratio homme/femme est extrêmement déséquilibré en défaveur des hommes, qui surpassent les femmes en grand nombre. De ce point de vue, les utilisateurs vivent une expérience différente des utilisatrices car le nombre réduit de femmes augmente la concurrence et la compétition intrasexuelle masculine. De leurs côtés, les femmes disposant de plus d’options, elles acquièrent une tendance à être beaucoup plus sélective que les hommes. Dans la mesure où, à l’état « naturel », les femmes sont déjà plus sélectives que les hommes en raison de leur nature hypergamique (comportement lié au double cycle hormonal menstruel), les réseaux sociaux ont eu pour effet de déconnecter les femmes du réel dans des proportions catastrophique pour leur développement psychologique. A cause des applications de rencontre, l’attractivité d’une femme moyenne est artificiellement augmentée tandis que l’attractivité d’un homme moyen est artificiellement diminuée.

C’est pour cela que je suis en désaccord avec Éric Zemmour, lorsque ce dernier dénonce le « ridicule » de « ma » génération qui serait, selon lui, « sagement accouplée à vingt ans comme on le serait à soixante »[6]. Ah bon ? Vraiment ? Je souhaiterai demander à Éric Zemmour : « Mais quel couple ? ». Je ne vois aucun couple dans ma génération, je ne vois que des individus. Des individus qui utilisent compulsivement les réseaux sociaux, entre recherche frénétique de relations et tendance à se comparer aux autres défavorablement. Parce que les réseaux sociaux, c’est aussi de la tristesse, de l’anxiété, ainsi que de la solitude. C’est là un véritable paradoxe des réseaux sociaux. La moitié des utilisateurs de l’application de rencontre Tinder appartiennent à la « génération Z »[7]. Ces jeunes français né après 1995 passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et sur les applications de rencontre, au point de développer une dépendance virtuelle. La plus jeune génération de français est caractérisée par une mentalité consumériste numérique. L’univers social des plus jeunes adolescents semble être composé de rencontres fugaces, dans l’instant, dans « l’éternel présent ». La « génération Z » déploie moins d’efforts que les autres générations pour développer et maintenir des liens sociaux, ou surmonter des conflits interpersonnels. Les interactions sociales des adolescents d’aujourd’hui semblent plus creuses, parce qu’elles le sont effectivement. Les jeunes adolescents se comparent constamment aux autres, car ils interagissent fréquemment avec l’image que les autres leurs envoient. Ils manifestent des niveaux élevés d’anxiété, sont confrontés à une quantité excessive de choix et sont habitués à des techniques de gratification instantanée qui se répercutent par « un sentiment de malaise lorsqu’ils ne peuvent pas obtenir exactement ce dont ils ont besoin immédiatement, évoluant vers une impatience amplifiée »[8]. Ils éprouvent plus intensément la peur de manquer, et sur les applications de rencontre, ils préfèrent les méthodes efficaces qui demandent le moins d’efforts[9].

Le jeune couple français n’existe plus parce qu’il a été la victime d’un paradoxe psychologique : le paradoxe du choix. Il s’agit d’une situation dans laquelle une personne confrontée à un trop large éventail d’options possibles devient incapable de prendre une décision[10]. Les jeunes français subissent ce même paradoxe lorsqu’ils sont confrontés à des choix multiples sur des applications de rencontre. Une étude sur la surcharge de choix dans les applications de rencontre a montré que la répétition du processus de décision à plusieurs reprises réduit la satisfaction du choix dans le temps[11]. L’impression que des « partenaires de meilleure qualité » sont disponibles rend les individus moins satisfaits de leur partenaire actuel. De plus, les adeptes des rencontres en ligne ont davantage tendance à être insatisfaits des choix qu’ils font[12]. Un autre résultat de l’aspect de surcharge de choix est que les utilisateurs d’applications de rencontre sont enclins à adopter une sorte d’« attitude de rejet » lorsqu’ils sont confrontés à des options de rencontre virtuellement infinies, car « le flux de profils de partenaires peut déclencher un sentiment général d’insatisfaction et de pessimisme quant à la recherche d’un partenaire, ce qui conduit les utilisateurs à se « fermer » progressivement aux opportunités d’accouplement »[13].

C’est ici que la féminisation de la société est bouclée, car l’impulsion biologique féminine (l’hypergamie) se déchaîne d’autant plus avec les réseaux sociaux, et que le cercle vicieux du féminisme détruit définitivement des générations entières de jeunes femmes. Car c’est l’indifférenciation doublée de l’influence des réseaux sociaux qui détruit la féminité chez les femmes, rendant en quelque sorte les femmes moins femmes. Car à travers les applications de rencontre, les femmes se comportent avec les hommes comme les hommes avec les femmes : en s’appropriant et en singeant la stratégie sexuelle masculine, qui est une stratégie quantitative. Les jeunes femmes se comportent comme des jeunes hommes parce qu’après tout, on leur enseigne que c’est l’ordre social qui construit les individus, et non leur biologie. La féminisation de la société est alors complète : la révolution sexuelle permet à l’impératif biologique féminin de devenir l’impératif par défaut de la société, au moyen d’un ordre social, économique, politique qui est renforcé par l’utilisation massive des réseaux sociaux chez les plus jeunes.

L’introspection, l’humilité, et la grâce sont des caractéristiques conventionnellement féminines dont les femmes des générations Y et Z manquent cruellement, parce que l’idéologie féministe de « l’émancipation » enseigne aux jeunes filles que les attributs qui font d’une femme une Femme sont les mêmes attributs qui font d’un homme un Homme. L’idéologie féministe, le gynocentrisme et l’indifférenciation ont conditionné deux générations de femmes à croire qu’elles pouvaient rester des femmes en s’appropriant des caractéristiques conventionnellement masculines. Depuis les débuts de la féminisation de la société, les femmes se sont émancipées des hommes biologiquement (contraception et avortement), conceptuellement (indifférenciation) et politiquement (féminisme), l’effet dévastateur des réseaux sociaux ne fait que renforcer cette émancipation, qui révèle même un « séparatisme sexuel ». A tel point que le slogan féministe américain « a woman needs a man like a fish needs a bicycle »[14] est devenu un « mantra » dans certaines couches de la société française. C’est à peine si les hommes peuvent encore « donner leur avis » dans la société actuelle. Il existe même une expression pour désigner la conversation par laquelle un homme essaie d’expliquer quelque chose à une femme : le « Mansplaining ». L’ingénierie sociale féministe a ainsi conditionné les femmes, depuis les débuts de la révolution sexuelle, à présumer que l’impératif biologique féminin relève de l’intérêt public. Si quelque chose est bénéfique pour les femmes, alors c’est bénéfique pour les hommes, et c’est nécessairement bénéfique pour la société dans son ensemble. Une femme moderne n’a pas besoin d’un homme. Une femme moderne est indépendante : tout ce qu’elle pourrait faire pour un homme est contraire à cette indépendance. Mais voilà le problème : en contrepartie, un homme a-t-il besoin d’une femme qui n’a pas besoin de lui ? Les hommes et les femmes sont complémentaires l’un pour l’autre. Cette interdépendance entre les deux sexes est certainement l’une des plus grandes forces biologiques de l’espèce humaine. Et le moyen le plus sûr d’avilir les femmes – et les hommes avec – c’est d’avancer l’idée qu’un des deux sexes est indépendant, autonome, solitaire. Le féminisme devient alors une dissonance cognitive civilisationnelle : des années de propagande socioconstructiviste ont dressé les femmes à se méfier des hommes, à les mépriser, à vouloir s’en émanciper à tout prix, alors que, en même temps, la biologie féminine est construite pour aimer les hommes, et les enfants dont ils sont les pères. Le mental ne peut haïr quand le corps aime. Ce conflit intérieur, presque métaphysique, devient de plus en plus crucial à mesure que les plus jeunes femmes radicalisées deviennent adultes. 

La tâche la plus importante à effectuer aujourd’hui consiste à faire comprendre aux jeunes femmes qu’il est normal d’apprécier le masculin pour ce qu’il est. D’apprendre ou de réapprendre que les hommes et les femmes sont différents, que leurs natures respectives se complètent mais ne s’affrontent pas, et que, même si les hommes et les femmes sont inégaux, leurs différences doivent être appréciées au lieu d’être niées. Biologiquement, les femmes sont réellement « le sexe faible ». Pendant la totalité de l’Histoire humaine, les femmes et leurs enfants dépendaient des hommes pour se protéger d’un environnement dangereux, incertain, chaotique. Ce besoin de sécurité, qui correspond à la phase lutéale du cycle menstruel féminin, est toujours un besoin que les femmes d’aujourd’hui recherchent chez les hommes. Mais, à notre époque, les hommes seraient trop faibles. Pas assez masculins. Pas assez virils. C’est le message féministe : les hommes sont incapables, maladroits, inutiles, et même « toxiques ». On ne peut compter sur eux ni pour payer les factures, ni pour élever des enfants. C’est un portrait à charge qui semble aller jusqu’à la caricature, exagérant les imperfections des hommes. C’est là une question qu’Éric Zemmour a également abordé dans ses ouvrages, car il dénonce tout autant la féminisation de la société que sa dévirilisation. Il est donc temps d’aborder la question du point de vue des hommes. 


Deuxième partie. La dévirilisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la masculinité ?

Chapitre 1. La chute de la figure paternelle.

Chapitre 2. Divorce : le destructeur de familles.

Chapitre 3. La guerre contre la paternité.

Chapitre 4. La destruction de la sexualité masculine.

Troisième partie. La nécessaire restauration d’un ordre viril à la française.

Chapitre 1. Des revendications aux « exigences » : l’Hubris féminin.

Chapitre 2. Les rapports hommes / femmes dans une société multiculturelle.

Conclusion.


[1] Les réseaux sociaux sont évoqués incidemment dans le chapitre « La France des trois jeunesse », mais pas sous l’angle des relations entre les hommes et les femmes.

[2] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.

[3] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.

[4] « Searching for a Mate: The Rise of the Internet as a Social Intermediary », Michael J. Rosenfeld et Reuben J. Thomas. Voir également : « How Couples Meet and Stay Together Surveys », 2009 et 2017, Université de Stanford.

[5] …ou de personnes en couples qui ont décidé de redevenir bientôt célibataire… ou de personnes en couples qui ont décidé « d’explorer leurs options ».

[6] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.

[7] « Why Tinder really needs you to swipe right on its first original series, ‘Swipe Night,’ », K. Ifeanyi, Fast Company, 10 mai 2019.

[8] « Remplir le vide : enquête sur l’impact de la société numérique sur les relations de la génération Z », M. Hopkins et J. G. Filho, 2018. 

[9] Idem.

[10] « The paradox of choice », B. Schwartz, 2018.

[11]« There Are Plenty of Fish in the Sea: The Effects of Choice Overload and Reversibility on Online Daters’ Satisfaction With Selected Partners »,  J. D. D’Angelo et C. L. Toma, Media Psychol., vol. 20, no. 1, pp. 1–27, 2017.

[12] Idem.

[13] « A Rejection Mind-Set: Choice Overload in Online Dating »,  T. M. Pronk and J. J. A. Denissen, Soc. Psychol. Personal. Sci., vol. 11, no. 3, pp. 388–396, 2020.

[14] « La femme a besoin d’un homme comme le poisson d’un vélo ».


Illustration : Photo de Atypeek Dgn