Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (V)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.


Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation. 

La France, comme les autres pays occidentaux, a donc connu ces dernière décennies un bouleversement technologique qui a conduit à une restructuration des rapports entre les hommes et les femmes. La transition sexuelle qui a permis aux femmes de contrôler activement leur processus reproductif, et les conséquences de cette transition, a façonné les contours d’une nouvelle société centrée sur l’accomplissement des besoins féminins : c’est, au sens strict, la féminisation de la société. Une société dans laquelle les femmes n’étaient plus soumises à leurs impératifs biologiques. Cette émancipation vis-à-vis des lois de la nature a conduit à son tour une émancipation sociale, puis sociétale : le féminisme, qui n’est finalement qu’une façade idéologique, qui ne sert qu’à justifier après-coup les changements sociétaux qui n’étaient eux-mêmes qu’une adaptation comportementale à la révolution sexuelle, qui n’était elle-même qu’un bouleversement anthropologique de la sexualité humaine.

Si le féminisme n’est que le discours qui permet de justifier la féminisation, l’indifférenciation est l’outil par lequel le féminisme impose son discours. « On a une idéologie féministe qui ne défend pas les femmes, qui ne défend même pas l’égalité, mais qui défend l’indifférenciation. Et quand on se bat contre l’indifférenciation, on nous fait passer pour un misogyne ou un affreux macho »[1] rappelle Éric Zemmour. De la même manière que le féminisme est un dérivé social de la féminisation, l’indifférenciation est un dérivé idéologique du féminisme : c’est l’aspect de l’œuvre d’Éric Zemmour qui est certainement la plus connue, et qui sera étudié dans ce chapitre.

Éric Zemmour a abordé l’indifférenciation à de très nombreuses reprises : dans les médias, mais également dans ses livres, notamment « Le Suicide français », paru le 1er octobre 2014 aux éditions Albin Michel, dans lequel il défend la thèse selon laquelle la France aurait connu un affaiblissement progressif depuis les années 1970. Dans cet ouvrage, l’auteur consacre un chapitre à la question de l’indifférenciation, intitulé « Hélène et les jeunes filles », faisant référence à la série télévisée française « Hélène et les Garçons » diffusée sur TF1 entre mai 1992 et novembre 1994, qui relate les aventures, principalement sentimentales, d’un groupe d’étudiants. Éric Zemmour décrit l’esprit de cette série : « Ce ne sont que tendres effusions et délicates attentions. On se découvre, on se plaît, on s’embrasse, on s’aime, on se querelle, on se sépare, on se reprend et on se déprend. Les filles se racontent leurs histoires de cœur ; les garçons aussi. Ils sont sentimentaux en diable. Ils aiment ou s’interrogent sur leur amour. Si on ferme les yeux, on ne sait pas qui parle, fille ou garçon, indifférencié. Le couple est leur seule quête, leur graal, leur unique intérêt »[2]. A chaque épisode, « On psychologise à tout va. Les garçons sont transformés en bonnes copines des filles. On n’a pas de secrets pour eux ; on étale ses états d’âme. Tout est rose bonbon, mièvre, acidulé »[3]. Éric Zemmour est très critique vis-à-vis du ton adopté, en ce que, « Dans Hélène et les garçons, cette complexité irréductible des rapports entre les sexes, cette altérité fondamentale, était aplanie, évacuée, supprimée, niée par la conversion des garçons au modèle féminin »[4]. Cette série symbolisait « le triomphe de l’amour et du couple, une nouvelle sentimentalisation du monde »[5]. Cette série révélait l’apparition dans la société française de nouvelles conventions sociales : des habitudes, des comportements, des normes et des idées visant à façonner un nouvel homme, davantage capable de s’intégrer à une société qui n’avait plus besoin de lui, de sa masculinité, de sa virilité. Ces nouvelles conventions sociales illustreront l’arrivée en France de la théorie du genre, qui, selon Éric Zemmour, « donna un substrat intellectuel et totalitaire à ces revendications éparses : la distinction entre les êtres ne reposait plus sur la dualité sexuelle homme-femme, mais sur la libre détermination de chacun à choisir son genre, selon ses envies, ses désirs, ses besoins, ses caprices. Les travailleurs étaient sommés de devenir des ménagères ; les pères étaient sommés de devenir des mères ; les hommes étaient sommés d’aimer comme des femmes »[6]

Éric Zemmour poursuit : « L’égalitarisme avait répandu son venin. Le culturalisme absolu avait fait son œuvre. Puisque les femmes n’avaient pas réussi à devenir des hommes comme les autres, il fallait que les hommes devinssent des femmes comme les autres. La libido virile, reposant sur la brutale pulsion et la mise à distance, goguenarde ou farouche, par le caractère ou par l’argent, du monde des sentiments, fut criminalisée. On déclara la guerre à une sexualité masculine faite de violence et de domination »[7]. Cette idée que les hommes avaient été amenés à se modeler sur le comportement féminin, à se conformer à de nouvelles manières, était déjà présent dans « Le Premier Sexe », publié 8 ans avant « Le Suicide Français » : « La société unanime somme les hommes de révéler la « féminité » qui est en eux. Avec une bonne volonté confondante, suspecte, malsaine, les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour réaliser ce programme ambitieux : devenir une femme comme les autres. Pour surmonter enfin leurs archaïques instincts. La femme n’est plus un sexe mais un idéal »[8]

La deuxième partie du « Premier sexe » décrit plus en détail ce nouveau « comportement féminisé » des hommes dans la société française actuelle.  Cela s’est manifesté notamment par une criminalisation de la prostitution, et avec lui, l’apparition d’un discours moralisateur et bien-pensant condamnant la sexualité de l’homme, une sexualité condamnée par le féminisme, qui considère cela comme une déviance, une perversité : « le sexe sans amour, le sexe tarifé, horreur, le sexe pour le sexe, la pulsion sexuelle à répétition, sans objet précis, sans sentiment, sans passé, sans avenir »[9]. Que cela plaise ou non, la prostitution était un « petit secret » qui permettait à une société de fonctionner, mais désormais, l’homme doit abandonner ce secret (principe du patriarcat) au profit de la transparence (principe du matriarcat) : « L’homme finit par s’y résoudre. C’est lui qui doit guérir. Qui doit se transformer. Qui doit lier désir et sentiment, sexe et famille, pulsion et fidélité. C’est l’homme qui doit devenir une femme »[10]. Ce qui était visé au-delà de la prostitution, c’était la sexualité masculine : « la conception d’un désir masculin distinct de l’amour »[11]. Éric Zemmour poursuit : « L’homme ne doit plus être un prédateur du désir. Il ne doit plus draguer, séduire, bousculer, attirer. Toute séduction est assimilée à une manipulation, à une violence, une contrainte »[12].

Le comportement des hommes en couple a aussi connu des changements que dénonce Éric Zemmour : « Depuis le plus jeune âge, ils sont en couple. Ils ne conçoivent pas la vie, le désir, la rencontre, autrement que dans un cadre immédiatement installé. Parfois, les éléments du couple changent, mais c’est chaque fois une déchirure. Mais peu importe, ce ne sont pas les individus qui comptent, c’est le couple »[13]. Éric Zemmour dénonce l’importance croissante du couple dans la vie des jeunes individus, au point de devenir une modalité d’existence indépassable : « Car il n’y a plus d’individu, homme ou femme, il n’y a plus que des couples. Avec leurs difficultés, leurs problèmes. Le couple, sa naissance, sa vie, sa mort »[14]. Il insiste : « Le couple est la valeur féminine par excellence », « Le couple, il n’y a que ça de vrai », « Le couple, roi de l’époque ». 

Ce sont les trois domaines de la vie des hommes qui ont été modifiés en profondeur par ce phénomène d’indifférenciation : le désir, la séduction, le couple. La criminalisation de la prostitution avait pour objet de condamner la sexualité masculine, jugée « incorrecte » pour notre époque. La série télévisée « Hélène et les Garçons » apprenait aux plus jeunes les « nouveaux » codes de la séduction : les garçons sont priés d’attirer les filles, de les charmer, en utilisant un comportement féminin. Enfin, la vie en couple était érigée en mode de vie indépassable : l’individu étant peut-être trop « égoïste », il convient désormais de vivre à deux, unis par un sentiment commun ou par un intérêt qui porte à agir de concert. Éric Zemmour a eu raison de dénoncer le mouvement d’indifférenciation qui se mettait en place dans ces trois domaines de l’existence affective. Car c’est précisément dans le désir, dans la séduction, et in fine dans le couple, que les hommes diffèrent fondamentalement des femmes. Le désir n’est pas une expérience unique. Il y a en réalité deux désirs. Il y a un désir masculin et il y a un désir féminin. Ces deux désirs ne sont pas provoqués par les mêmes éléments, et ils ne s’expriment pas, ils ne se vivent pas, de la même manière. De même, la séduction n’est pas une science objective, mais un art. Il existe un art masculin de la séduction et un art féminin de la séduction. Un homme ne séduit pas une femme comme une femme séduirait un homme, mais surtout, un homme séduisant, ce n’est pas la même chose qu’une femme séduisante. Chaque sexe possède ces propres attributs de séduction, parce que ce sont les femmes qui décident ce qui plait chez un homme, et ce sont les hommes qui décident ce qui est attirant chez les femmes. Ce qui est séduisant dans chaque sexe est déterminé par l’autre sexe. Enfin, il convient de préciser qu’un couple est une entité formée de deux éléments associés dans un ordre déterminé : un couple repose sur la différence, sur la polarité. Si deux individus sont associés dans la similitude, dans l’égalité, s’ils sont semblables, pareil l’un à l’autre, c’est une paire, et non un couple. 

L’indifférenciation devient ainsi ce processus social par lequel le désir et la séduction sont neutralisés, afin de dépouiller les hommes et les femmes de leurs qualités propres. En cherchant à effacer les différences entre les sexes, le féminisme cherche à imposer un « sexuellement correct » dans la vie privée, semblable au « politiquement correct » qui sévit dans la vie publique. Il existerait ainsi un désir correct, normal, féminin, et un désir « incorrect », « déviant » et « oppressif » : le désir masculin. De même, il existerait une séduction correcte, s’exprimant dans une modalité féminine, et une séduction jugée incorrecte, qui devrait être punie parce qu’elle constitue du « harcèlement ». Dans une société féministe, l’expérience féminine est considérée comme l’expérience par défaut, le désir féminin, comme le désir par défaut. Tout ce qui s’en écarte constitue un écart par rapport aux normes sociales. Ces normes sociales, aussi subtiles soient-elles, ne peuvent pas, en réalité, modifier le désir, parce que – encore une fois ! – le désir est un aspect de la nature humaine qui trouve sa racine dans une cause biologique. D’abord parce que le désir sexuel est un désir reproductif avant d’être un désir pour le plaisir. Certes, l’on peut être attiré sexuellement par quelqu’un sans avoir consciemment envie de « faire un enfant », mais le corps humain ne distingue pas entre le plaisir de l’individu et la survie de l’espèce : du point de vue de la nature, toute reproduction sexuelle a pour objet la création de la prochaine génération. Autrement dit, le désir masculin et le désir féminin ne sont que des moyens aux services d’une fin. Et à la fin, il est toujours question d’un nourrisson. 

Et pour en arriver au nouveau-né, les hommes et les femmes sont construits différemment : les premiers possèdent des testicules, les secondes, des ovaires. Les testicules produisent des spermatozoïdes (de manière permanente) tandis que les ovaires produisent des ovules (de manière cyclique). Ainsi, un homme produira un nombre extrêmement élevé de spermatozoïdes (entre 100 et 200 millions par jour) jusqu’à la fin de sa vie, mais une femme ne produit que quelques centaines d’ovules au cours de sa vie jusqu’à la trentaine environ. Les spermatozoïdes sont donc abondamment disponibles, ce qui tranche avec la rareté d’un ovule, en comparaison. Petits et allongés, les spermatozoïdes sont très mobiles, grands et sphériques, les ovules restent immobiles : ce qui fait de l’homme le sexe fécondant, et de la femme le sexe fécondé. Par ailleurs, l’homme ne dispose d’aucun organe de gestation, tandis que la femme dispose d’un utérus. Seule une femme peut tomber enceinte. En conséquence, après un rapport sexuel, et s’il y a eu fécondation, le corps de l’homme ne varie pas, et continue à produire une quantité importante de spermatozoïdes, tandis que le corps de la femme change intensément. Au sein de l’utérus, la fusion de l’ovule et d’un spermatozoïde engendrera le fœtus humain, qui se développera jusqu’à l’accouchement, 9 mois plus tard : c’est la grossesse, qui s’accompagnera de modification importante de l’organisme féminin, tant sur le plan physique que psychique. C’est donc la femme, et uniquement la femme, qui est intégralement impliquée dans la reproduction, l’investissement de l’homme se limite, sur le plan biologique, à la fécondation. 

C’est cette différence entre reproduction et fécondation qui détermine les différences de désirs entre les hommes et les femmes. L’homme ne connaît pas de grossesse, c’est pourquoi il peut avoir des rapports sexuels à une fréquence élevée, ce qui lui permet de chercher de nombreux partenaires. L’homme est ainsi construit, il est fait pour produire de nombreux spermatozoïdes afin de pouvoir féconder de nombreuses femmes. A chaque rapport sexuel, la femme, elle, peut éventuellement tomber enceinte, ce qui la rend indisponible pour plusieurs années (aux 9 mois de gestation, il faut ajouter les premières années de soins consacrés au nourrisson qui ne peut survivre sans sa mère), ce qui l’oblige à chercher un partenaire disposant d’un taux élevé de testostérone et capable de fournir un investissement parental, un approvisionnement financier et un soutien émotionnel pour l’enfant (ce sont les deux aspects de l’hypergamie dont j’ai parlé dans le chapitre consacré à définir la féminité : le besoin biologique de virilité et de sécurité). La femme est ainsi construite, elle est faite pour produire une quantité limitée d’ovules, ce qui l’oblige à sélectionner attentivement ses partenaires sexuels. « Tant que les femmes ne feront qu’un enfant par an, elles chercheront le mâle qui protège le mieux leur futur enfant. On a cru que la Sécurité sociale, les allocations de mère célibataire et autres aides sociales arracheraient les femmes à cette angoisse. Il n’en est rien »[15], écrivait Éric Zemmour.

La différence d’investissement permet donc à l’homme, qui s’investit le moins dans la conception, de chercher un plus grand nombre de partenaires sexuelles : l’homme est quantitatif. L’investissement parental plus élevé de la femme l’amène à avoir des critères de sélection sexuelle plus élevée : la femme est qualitative. En effet, dans la mesure où les hommes s’investissement moins que les femmes dans l’acte sexuel (donc reproductif), ils recherchent davantage les relations sexuelles courtes, occasionnelles, sans engagements, avec de multiples partenaires. Cette stratégie d’accouplement permet aux hommes d’avoir un succès plus élevé – mais aussi plus variable – que les femmes. Les hommes sont ainsi susceptibles d’engendrer en principe plus d’enfants, mais seuls quelques hommes peuvent effectivement avoir un très grand nombre d’enfants. Tout ceci implique que les hommes ont un plus grand désir de variété sexuelle (en nombre de partenaires), qu’ils ont besoin de moins de temps pour consentir à des rapports sexuels (puisque contrairement aux femmes, ils s’investissent moins dans la conception) et qu’ils recherchent davantage des partenaires à court terme. Les hommes adoptent une stratégie d’accouplement à court terme parce qu’ils sont biologiquement inclinés à le faire, en raison de leur faible investissement parental. Tandis que les femmes adoptent une stratégie d’accouplement à long terme parce qu’elles sont biologiquement inclinées à le faire, en raison de leur investissement parental important : c’est pourquoi elles désirent habituellement des relations prolongées, assorties d’un investissement affectif et émotionnel élevé, avec un nombre limité de partenaires sexuels. 

Chaque sexe dispose d’un organe reproductif propre, et donc, d’une stratégie d’accouplement qui lui est propre, ce qui correspond enfin à un désir distinct. Le désir masculin est hétérogène, quantitatif, immédiat, permanent, invariable, stable, et régulier. Le désir féminin est homogène, qualitatif, lent, cyclique, variable, instable et irrégulier. Il y a deux désirs parce qu’il y a deux stratégies sexuelles distinctes, et aucune forme d’ingénierie sociale féministe ne pourra rien y changer : aucune « éducation féministe », aucune « valeur d’égalité », aucune « idée progressiste » n’arrivera jamais à contrecarrer la nature. Parce que le désir reste fondamentalement une attraction réciproque fondé sur la polarité, et non sur l’égalité. Tout, dans les caractères sexuels primaires (hormones, glandes génitales, organes de reproduction) jusqu’au caractères secondaires (dispositions morales, mentales, affectives) permet aux hommes et aux femmes de désirer ce qu’il y a de différent, d’inconnu, dans l’autre. Les hommes et les femmes[16] ne désirent pas le même, ils désirent l’Autre. Éric Zemmour le rappelle très bien : « Face à cette pression féminisante, indifférenciée et égalitariste, l’homme a perdu ses repères. (…) C’est l’inégalité qui était le moteur traditionnel du désir. La machine séculaire du désir entre l’homme et la femme reposait sur l’admiration (feinte ou réelle, peu importe) de la femme pour celui qui a ce qu’elle n’a pas entre les jambes »[17]. C’est la différence qui est à la base de la polarité des sexes et qui provoque l’Éros, cette attraction éternelle qui cherche à unir chaque homme et chaque femme. 

Après le désir, qui est pulsion immédiate et naturelle, il y a la séduction, qui est un processus réfléchi et culturel. Mais de même que le désir est multiple, parce qu’il y a un désir masculin qui se distingue du désir féminin, il existe une séduction différenciée, parce qu’il y a une séduction masculine qui se distingue de la séduction féminine. Ainsi, obliger les hommes à adopter des codes de séductions féminins est un non-sens, parce qu’un homme ne peut séduire une femme de la même manière qu’une femme séduit un homme, et réciproquement. Chaque sexe possède ces propres attributs de séduction, parce que ce sont les femmes qui décident ce qui plait chez un homme, et ce sont les hommes qui décident ce qui est attirant chez les femmes. Ce qui attirant, chez une femme, ce n’est pas la même chose que ce qui est attirant chez l’homme. Et encore une fois, la séduction est double parce que l’humanité est double, et il est en conséquence impossible d’annihiler la séduction masculine afin d’imposer uniquement les codes féminins de la séduction. 

La séduction repose sur le désir, en ce que la séduction est l’art de provoquer le désir. Or, si le désir diffère d’un sexe à l’autre, la séduction devra, elle aussi, différer d’un sexe à l’autre. Je me répète, mais j’insiste : les hommes et les femmes sont différents, et ces différences physiques (système reproducteur) et physiologiques (hormones) correspondent à des stratégies sexuelles différentes. Maintenant, il convient de comprendre que ces stratégies sexuelles différentes impliquent un succès reproductif différent. Le succès reproductif d’un individu correspond à sa capacité à attirer sexuellement le sexe opposé afin de produire une progéniture saine. Plus un individu attire les membres du sexe opposé, plus il est susceptible de se reproduire avec succès. Si un individu attire les membres du sexe opposé, c’est qu’il dispose des qualités recherchées par le sexe opposé. Dès lors, un individu « séduisant » est un individu qui correspond ainsi aux caractéristiques qui sont appréciées par les membres du sexe opposé. La séduction est donc déterminée en fonction de ce que désire le sexe opposé. Le désir et la séduction sont donc les deux aspects, naturels et spontané, et culturel et réfléchi, de la perpétuation de l’espèce humaine. Entre séduire et se reproduire, la nature (la biologie) ne fait pas de distinction, seul l’individu y voit une différence.

Les hommes accordent généralement de l’importance à la jeunesse et à l’apparence physique des femmes. En effet, la jeunesse est associée à la valeur reproductive des femmes, car leur capacité à avoir une progéniture diminue considérablement avec les années : plus les femmes vieillissent, plus leur fertilité diminue (la fertilité est maximale à 20 ans, diminue rapidement entre 20 et 30 ans, pour chuter immensément à 35 ans). L’apparence physique est également associée à la valeur reproductive des femmes, car la beauté est un signe de bonne santé. Les hommes considèrent comme « belles » les femmes dont le corps dispose d’un rapport taille/hanche de 0,7. Or, ce même ratio de 0,7 correspond biologiquement à une concentration optimale d’hormones qui aide grandement une femme à enfanter. Par ailleurs, les hommes considèrent comme « belles » les femmes dont le visage est symétrique. Or, la symétrie du visage révèle souvent une bonne génétique chez les femmes. Les hommes préfèrent ainsi les femmes jeunes et belles, c’est-à-dire en bonne santé et fertiles, ce qui n’est finalement qu’une seule et même réalité. A l’inverse, dans la mesure où la fertilité des hommes ne diminue pas aussi fortement que celle des femmes à mesure que les années passent, les femmes ne manifestent pas de préférence nette pour les hommes plus jeunes. Les femmes ont d’autres critères. Comme ce sont elles qui assument les coûts de la reproduction (seules les femmes tombent enceintes), elles doivent obtenir des ressources pour elles-mêmes et pour l’enfant à naître. Ainsi, un homme est considéré comme « séduisant » s’il démontre sa capacité à acquérir des ressources matérielles et financières (cela correspond à la phase lutéale du cycle menstruel féminin), ce qui signale sa capacité à s’engager et à protéger la femme et son enfant. Le fait que l’homme puisse investir ses ressources dans l’enfant augmente les probabilités qu’a celui-ci de survivre et de grandir (et donc, in fine, de se reproduire à son tour). Pour cette raison, les femmes sont généralement attirées par les hommes plus âgés, car ces derniers sont susceptibles d’avoir accumulé plus de ressources. Là où les hommes sont attirés par la jeunesse et la fertilité, les femmes sont attirées par le caractère, l’ambition et le statut social des hommes, car ces caractéristiques sont associées à la capacité à acquérir des ressources matérielles et financières. L’homme peut également démontrer sa capacité de séduction par sa taille et sa musculature, qui révèlent une bonne génétique, ainsi qu’un taux optimal de testostérone (cela correspond à la phase folliculaire du cycle menstruel féminin). 

Le mouvement d’indifférenciation, poussé par le féminisme, a malheureusement engendré d’immenses incompréhensions réciproques entre les hommes et les femmes, en matière de séduction. D’une part, les femmes ont été amenées à penser que les hommes partagent les mêmes critères de sélections qu’elles. C’est-à-dire que les femmes modernes pensent que les hommes désirent des femmes ambitieuses, capables d’acquérir des ressources financières, c’est le mythe de la « femme carriériste » : le fait d’obtenir un emploi prestigieux, ou de gagner beaucoup d’argent, permettrait aux femmes d’attirer de nombreux hommes. En réalité, les hommes ne jugent pas les femmes selon les mêmes critères : ils préfèrent une femme jeune et belle, plutôt qu’une femme riche ou diplômée. D’autre part, les hommes ont été amenés à penser que les femmes partagent les mêmes critères de sélections qu’eux. C’est-à-dire que les hommes modernes pensent que les femmes désirent des hommes jeunes et attirants, ce qui n’est pas faux si l’on considère la phase folliculaire du cycle menstruel, mais les femmes accordent également beaucoup d’importance au statut social et aux ressources financières pendant leurs phases lutéales, ce que les hommes ne doivent pas oublier. L’erreur féministe, l’erreur « indifférencialiste », a donc conduit chaque sexe à juger l’autre selon ses propres critères. Or, justement, la capacité de séduction des femmes est décidée par les hommes, et inversement. Éric Zemmour a également dénoncé cette erreur féministe dans « le premier sexe » : « La fascination du pauvre, ou plutôt du riche, c’est l’argent. C’est le secret de la prostitution, bien sûr, mais pas seulement. On n’a jamais vu une actrice au bras d’un garçon boucher. Mais on voit souvent des garçons fort laids, au volant de fort belles voitures de sport, au côté de ravissantes personnes de sexe féminin. Les cruelles statistiques montrent que le divorce, demandé par la femme, s’intensifie lorsque l’homme est au chômage. Et pourtant la femme travaille, gagne sa vie. Ce n’est donc pas une question matérielle, alimentaire. Mais notre société nie la subtilité de ces rapports au nom de l’égalité et du respect, tue-désir de masse ».

En définitive, l’indifférenciation que dénonce Éric Zemmour est le fruit de plusieurs incompréhensions. L’indifférenciation est un discours féministe dépourvu de fondement, qui a pour objet d’effacer la spécificité masculine, qu’elle soit sexuelle (le désir), reproductive (la contraception et l’avortement) ou comportementale (la séduction). Mais il reste un point que je n’ai pas abordé dans ce chapitre : la question du couple. Le couple, qui selon Éric Zemmour, est « la valeur féminine par excellence », le « roi de l’époque », s’est lui aussi transformé dans les dernières décennies, de manière fondamentale, selon une modalité qu’Éric Zemmour n’a pas vu venir. En effet, un autre bouleversement technologique récent a modifié les relations entre les hommes et les femmes, et il ne s’agit pas, cette fois, de la contraception ou de l’avortement, mais de l’apparition des réseaux sociaux. 


Chapitre 3. L’impact croissant des réseaux sociaux.

Deuxième partie. La dévirilisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la masculinité ?

Chapitre 1. La chute de la figure paternelle.

Chapitre 2. Divorce : le destructeur de familles.

Chapitre 3. La guerre contre la paternité.

Chapitre 4. La destruction de la sexualité masculine.

Troisième partie. La nécessaire restauration d’un ordre viril à la française.

Chapitre 1. Des revendications aux « exigences » : l’Hubris féminin.

Chapitre 2. Les rapports hommes / femmes dans une société multiculturelle.

Conclusion.


[1] Éric Zemmour, le 6 juin 2021 lors d’une interview sur la chaine Youtube « livre noir »

[2] Éric Zemmour, « Le Suicide français », 2014.

[3] Idem.

[4] Idem.

[5] Idem.

[6] Idem

[7] Idem.

[8] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.

[9] Idem.

[10] Idem.

[11] Idem.

[12] Idem.

[13] Idem.

[14] Idem.

[15] Idem.

[16] Hétérosexuels.

[17] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.


Illustration : Photo de Atypeek Dgn