Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (III)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Première partie. La féminisation de la société française.


Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Oublions donc immédiatement le sens quantitatif de la féminisation. La proportion croissante du nombre de femmes, par rapport au nombre d’hommes, dans un corps de métier, ou dans l’ensemble de la société, présente peu d’intérêt. Les femmes sont plus nombreuses dans certains métiers, dont acte. Certains auteurs ont avancé l’idée que la tertiarisation de l’économie favorisait cette évolution[1]. Le développement du secteur tertiaire au cours des dernières décennies aurait entraîné avec lui une certaine féminisation physique de la société, dans le sens où les métiers de services ne nécessitent pas autant de force musculaire que le secteur agricole ou industriel. S’il y a du vrai dans cette affirmation, il est possible de compléter cette analyse. 

Certes, le fait qu’un nombre élevé de femmes travaillent dans certains domaines de l’économie, ainsi que le fait que les femmes préfèrent souvent certains métiers à d’autres, est déjà révélateur de certaines tendances de fonds qui structurent la société française. Mais une société n’est pas féminisée seulement parce que les femmes choisissent majoritairement de devenir assistantes maternelles, employées de maisons, aides à domicile, aides ménagères, infirmières ou secrétaires. Une société est féminisée lorsque les femmes y occupent la position centrale symbolique. Une société est féminisée dès qu’elle s’envisage elle-même du seul point de vue des femmes. Une société est féminisée lorsque ses codes culturels, ses conventions sociales, ses lois, ses représentations, et ses besoins, sont définis par des femmes pour le bénéfice des femmes. 

Voilà pourquoi je cherche à définir la féminité avant de décrire la féminisation : parce que je me refuse de « compter » les femmes dans la société comme on calcule le Produit Intérieur Brut de la France, en considérant qu’il s’agit de simples « unités » numériques et interchangeables. La féminisation est une réalité humaine, et non une abstraction mathématique. 

La raison pour laquelle je n’aime pas « calculer » la féminisation est la même raison pour laquelle je n’aime pas les analyses féministes : parce que cela consiste toujours invariablement à compter les femmes comme on compte des produits dans un entrepôt de stockage. Il n’y a qu’à observer, par exemple, les rapports annuels du ministère « chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances », qui ne sont qu’une succession de « chiffres-clefs », sans aucun contexte ni aucune explication. Pas le moindre raisonnement ni même le plus petit début d’analyse : il s’agit d’une suite ininterrompue de chiffres, de taux, de pourcentages, et de ratios. Est-ce là la vision française de la femme ? Au pays des Lettres et des Arts ? 

En réalité, la vision féministe de la femme est déshumanisante. Compter les femmes, cela suppose de les considérer comme uniformes entre elles, cela suppose donc de les voir comme des personnes dépourvues de toute qualité propre. Cela réduit les femmes à n’être que de simples « unités humaines ». En conséquence, cela fait des femmes une simple « quantité » que l’on peut « mesurer ». Voir dans la féminisation une simple « proportion » de femmes, c’est rendre les femmes aussi semblables entre elles que possible, en prétendant imposer à toutes les femmes une sorte « d’existence standard ». Avec une telle conception, tout devient toujours plus artificiel, car c’est une vision du monde selon laquelle tout doit être considéré du point de vue le plus quantitatif possible. 

La question de la féminisation doit donc être envisagée d’une façon beaucoup plus vaste, et surtout, beaucoup plus « humaine ». A ce titre, il convient de rappeler ici que les individus du même genre participent tous d’une même nature, qui est justement le genre lui-même. Les individus du même sexe – ici, les femmes – participent donc de la même nature féminine, qui est la féminité elle-même. Ainsi, au lieu de voir dans les femmes une « collectivité » composée d’une somme arithmétique d’individus, il faut les voir comme autant de variations individuelles d’une même nature éternelle : la féminité.

La féminité est un aspect de la nature humaine qui trouve sa racine dans une cause biologique. La femme possède des caractéristiques biologiques propres, en termes de système reproducteur et en termes de caractères sexuels secondaires (physiques et comportementaux) qui la distingue de l’homme. Ainsi, la femme possède un squelette davantage renforcé dans sa partie inférieure, avec un bassin plus large permettant une grande amplitude de mouvement, le tout construit avec une faible densité osseuse. La femme est globalement faible, avec une masse musculaire ne représentant que 28 % de la masse totale du corps, et peu de forces dans la partie supérieure du corps. Elle est généralement plus petite et plus légère que l’homme, et possède un taux métabolique de base moins élevé que lui, avec, en outre, un temps de réaction plus long. Dotée d’un plus petit cœur, elle a moins d’hémoglobine dans le sang, une faible pression artérielle, un volume sanguin minimal, un système biologique de dissipation de chaleur peu efficient, une petite capacité de transpiration, peu de résistance à la déshydratation, une peau peu épaisse, une capacité pulmonaire réduite. En corrélation avec cette constitution chétive, la femme manifeste une faible résistance au stress, au risque et aux activités dangereuses, et elle a une tendance à la douceur, en ce qu’elle manifeste peu de comportements violents, dangereux, agressifs ou meurtriers[2]. En accord avec cette douceur, la femme est dotée de processus mentaux et visuels plus lent par rapport à l’homme. Ce n’est pas un hasard si les femmes, dans leur ensemble, ont été qualifié de « sexe faible ». Ce n’est pas la société qui a assigné aux femmes une position réduite – ou disons, secondaire – c’est une réalité biologique : les femmes sont physiquement plus faibles que les hommes. C’est là le premier aspect de la féminité : la féminité est faiblesse (dans sa modalité passive) mais elle est aussi douceur (dans sa modalité active).

Mais la biologie ne recouvre pas seulement la pure mécanique squelettique, musculaire, sanguine et pulmonaire : la biologie, c’est aussi de la chimie, sous la forme des hormones. Et la femme en produit en grande quantité et en grande variété : de l’estrogène, de la progestérone, une hormone folliculostimulante et une hormone lutéinisante. L’ensemble de ces quatre hormones contrôlent le cycle menstruel féminin. La durée de ce cycle est d’environ 28 jours, divisé en deux périodes de 14 jours : une première phase dite « folliculaire », puis une seconde phase dite « lutéale ». L’ovulation se produit à la fin de la phase folliculaire, et annonce le début de la phase lutéale. Les différents niveaux hormonaux varient selon que l’on se trouve avant ou après l’ovulation. Contrairement aux hommes, dont les niveaux de testostérone ne varient pas d’un mois sur l’autre, les niveaux hormonaux variables d’une femme conduisent celle-ci à « changer » intensivement au cours d’un mois. Une femme n’est pas exactement la même avant, pendant et après l’ovulation. Cette « schizophrénie hormonale » de la femme la conduit ainsi à changer d’une période à l’autre. C’est une variation que les hommes n’éprouvent pas, n’ayant pas de cycle hormonal comparable. 

Les deux phases du cycle féminin, la phase « folliculaire » et la phase « lutéale », conduisent les femmes à adopter une sorte de double comportement, afin de satisfaire deux besoins. Les préférences des femmes, les caractéristiques qu’elles apprécient chez les hommes, changent en fonction de la phase du cycle menstruel dans laquelle elles se trouvent. Au moment de l’ovulation, les femmes préfèrent en général les hommes davantage « masculins », c’est-à-dire, sur le plan biologique, les hommes présentant des niveaux élevés de testostérone. Juste après l’ovulation, pendant la phase lutéale, les femmes préfèrent les hommes plus « féminisés », c’est-à-dire, sur le plan biologique, les hommes possédant des taux plus faibles de testostérone. Autrement dit, pendant leur phase folliculaire, les femmes préfèrent les hommes masculins, dominants, arrogants, ayant une grande confiance en eux-mêmes, musclés, et de préférence grands, envers lesquels elles éprouvent une excitation sexuelle immédiate et à court-terme ; et pendant leur phase lutéale, les femmes préfèrent les hommes plus efféminés, sur qui l’on peut davantage compter, avec lesquels elles éprouvent du confort, de la sécurité, de la familiarité, et envers lesquels elles n’éprouvent pas d’excitation sexuelle, mais un besoin d’approvisionnement et de soutien émotionnel à long-terme. 

Cette différence dans ce que désirent les femmes d’une période sur l’autre s’appelle le décalage ovulatoire. Il implique que les femmes, contrairement aux hommes, sont dans une recherche cyclique de besoins contradictoires. Pendant la phase folliculaire, les femmes ont besoin de virilité et de masculinité, avec tous les attributs et valeurs qui leurs sont associés (et sur lesquels je reviendrais dans la partie consacrée aux hommes). Pendant la phase lutéale, les femmes ont besoin d’investissement parental, d’approvisionnement financier et de soutien émotionnel. Autrement dit, les femmes ont à la fois un besoin biologique de virilité et un besoin biologique de sécurité. Le besoin de virilité est parfaitement compréhensible, dans la mesure où l’objectif biologique d’une femme consiste à se rendre disponible pour l’homme qui dispose des meilleurs gènes, afin d’optimiser le processus de reproduction. Le besoin de sécurité est, lui aussi, parfaitement compréhensible du point de vue évolutif, dans la mesure où la femme est physiquement plus faible que l’homme (d’où le besoin de protection). Ce double besoin s’exprime à la fois individuellement et collectivement. Chaque femme recherche de la virilité et de la sécurité pour elle-même, et toutes les femmes cherchent à vivre dans une société leur permettant à la fois de trouver de la virilité et de la sécurité. Le double besoin féminin est à la fois individuel, social, politique, et économique. 

Ces deux impératifs biologiques, le besoin de virilité et de sécurité, représentent les deux faces d’une même pièce : la stratégie sexuelle pluraliste des femmes, que l’on nomme « hypergamie ». L’impératif biologique de la femme, qui est unique à la femme et que l’on ne retrouve pas chez l’homme, est à la fois une double stratégie sexuelle et une double stratégie existentielle, en ce sens que les femmes ont des besoins biologiques propres qui les conduisent à adopter des comportements qui leurs sont propres, et donc, des conceptions qui leurs sont propres. La « féminité » trouve ainsi son origine dans la réalité biologique du cycle menstruel de la femme. La « féminité » inclut ce qui est propre à la femme et qu’on ne retrouve pas chez l’homme. La féminité repose sur l’hypergamie, qui est un phénomène biologique avant d’être un phénomène socio-culturel. 

On peut donc définir la féminité comme la double condition biologique de la femme (faiblesse physique et soumission à un cycle menstruel) qui conduit celle-ci à adopter une double stratégie sexuelle (besoin biologique de virilité et de sécurité : l’hypergamie). Afin de satisfaire son besoin biologique hypergame, la femme adoptera certains comportements sociaux et économiques, et militera en faveur de certaines conceptions politiques. Si l’on considère la « féminisation » comme le processus par lequel une société s’imprègne et se modèle autour de la féminité, alors on peut définir la féminisation comme le processus par lequel une société accorde la primauté à l’hypergamie féminine.

Je conçois que cette définition fortement biologisante de la féminité, et par extension, de la féminisation, peut décontenancer le lecteur, habitué aux discours d’une certaine gauche selon lesquels ce sont les rapports sociaux qui définissent l’individu, et que c’est la société qui impose, organise et divise les personnes en « catégories » (homme/femme). Cette immonde bouillie idéologique socioconstructiviste est une véritable négation de la nature humaine. Il est grand temps de dénoncer certains universitaires en sciences sociales, et d’affirmer haut et fort que le comportement humain est essentiellement façonné par des adaptations psychobiologiques évolutives. Les socioconstructivistes ont empoisonné la société avec plusieurs dogmes tous plus faux les uns que les autres. Le premier dogme consiste à faire croire que les hommes et les femmes naissent égaux et semblables, et que c’est la société qui leur assigne un « rôle de genre ». Cette idée selon laquelle « l’esprit n’a pas de traits innés » est fausse : le fait de venir au monde dans un corps d’homme ou dans un corps de femme est un fait déterminant. Les petits garçons et les petites filles sont déjà des garçons et des filles, et pensent et se comportent comme tels, avant même que les parents, ou la société, ne les socialise ou ne les éduque dans un sens ou dans un autre. Le deuxième dogme consiste à imposer l’idée romantique selon laquelle les humains naissent bons et sont ensuite corrompus par la société. C’est là un renversement de valeurs : la société existe parce qu’il y a des individus, et non l’inverse. Enfin, le troisième dogme est certainement le plus répandu et le plus dévastateur, c’est la thèse du « fantôme dans la machine » : chaque être humain peut faire des choix librement et indépendamment de la biologie, il existerait d’une part, « l’âme », « l’esprit » ou « le mental », et d’autre part, le corps. L’être humain serait ainsi une sorte d’être qui « habiterait » un corps, sans que le corps n’influence en quoi que ce soit « l’être » qui l’habite. En français, ce dogme s’est installé par l’utilisation abusive de l’auxiliaire « avoir » : on « a » un corps d’homme ou un corps de femme. En réalité, vous « n’avez » pas de corps, vous êtes un corps. Une part grandissante de progressistes sont horrifiés par l’idée que le corps et « l’âme », « l’esprit » ou « le mental » puissent s’influencer réciproquement : cela implique premièrement que les êtres humains sont imparfaits, deuxièmement, qu’ils sont déterminés, et troisièmement, qu’ils sont inégaux (horreur suprême, péché absolu, impossibilité politique). En réalité, il n’y a pas de quoi s’inquiéter : reconnaître que les êtres sont inégaux – notamment les hommes et les femmes – ne conduit pas nécessairement à renoncer à tout idéal de gauche. En effet, l’égalité politique n’exige pas la similitude totale des citoyens, lesquels sont libres de croire au « progrès moral » s’ils tiennent compte des comportements égoïstes naturels. De plus, le fait qu’un comportement ait une cause biologique n’exclut pas que l’on demeure responsable de ce comportement. Enfin, il n’est pas nécessaire de croire que les processus évolutifs qui ont façonné l’espèce humaine aient un « objectif » (historique, moral…ou religieux), il suffit de reconnaître que le cerveau, lui, a un objectif. L’idée du « fantôme dans la machine » a trop d’impact dans la société française. Cette fausse doctrine fait croire que la liberté, la dignité et la responsabilité de l’homme et de la femme sont incompatibles avec une compréhension biologique du fonctionnement des sexes, souvent présentée comme « réductionniste » ou « déterministe ». C’est tout le contraire ! Une meilleure compréhension de la nature féminine (et de la nature masculine) permet une meilleure compréhension de la société, et des individus qui la composent.

Éric Zemmour avait déjà vu venir les socioconstructivistes, avec leurs grands idéaux, lorsqu’il écrivait qu’« il n’y a plus d’hommes, il n’y a plus de femmes, rien que des êtres humains égaux, forcément égaux, mieux qu’égaux, identiques, indifférenciés, interchangeables »[3]. Il avait dénoncé dès 2006 le « travail idéologique des féministes et des militants homosexuels [qui] a consisté à « dénaturaliser » la différence des sexes, à montrer le caractère exclusivement culturel, et donc artificiel, des attributs traditionnellement virils et féminins. La déconstruction sexuelle a sapé toutes les certitudes des uns et des autres. C’était le but recherché. Il s’agissait de montrer comment cette fameuse « nature » n’est que le produit de logiques culturelles et sociales »[4]. C’était là sa thèse : dans un premier temps, la différence entre les hommes et les femmes a été effacée afin de laisser place à un être indifférencié, puis, dans un second temps, les « valeurs féminines » ont primés sur les valeurs viriles dans la société française. Cette analyse d’Éric Zemmour, qui ne manque pas de fondements, me semble pourtant incomplète. En effet, l’essayiste se contente, dans « Le premier sexe », d’affirmer que c’est l’homme lui-même qui a voulu ce mouvement d’indifférenciation entre l’homme et la femme. L’homme se serait ensuite « féminisé » de lui-même en adoptant divers « comportements » et autres « valeurs » : « il s’épile, il consomme des produits de beauté, agissant en « métrosexuel », il porte des bijoux et soigne son apparence, il ne rêve que de couple et d’amour, il croit fermement en l’égalité, au dialogue, à la tolérance, etc… ». Pourtant, analyser la féminisation de la société uniquement sous le prisme des « valeurs », des « comportements », des « attitudes », ou des « croyances » revient à rester à la surface du phénomène. Quelle est l’origine de cette indifférenciation sexuelle ? Pourquoi les valeurs féminines ont-elles soudainement pris de l’importance ? Comment se sont opérés les changements de comportements dans la population ? Les valeurs féminines ne sont pas apparues « juste comme ça », ex nihilo, à partir de rien. Au-delà des processus économiques, qui ont pu certes favoriser une émancipation féminine sur le plan matériel, il y a quelque chose, un je-ne-sais-quoi, qui a bouleversé les rapports hommes-femmes dans la société française. C’est pour cela que j’ai choisi de définir la féminité par la biologie. Parce que je tiens à montrer que la féminisation est un processus aux causes plus profondes qu’un simple changement de paradigme sociétal. Une société qui se « féminise » est une société centrée sur l’impératif biologique de la femme. Une société qui se « féminise » est une société qui accorde la primauté à l’hypergamie féminine. Cette primauté sociétale accordée à l’hypergamie permet à son tour l’établissement d’un ordre social, économique et politique à prédominance féminine (l’impératif féminin) qui a conduit à une révolution sexuelle puis sociétale puis civilisationnelle (le féminisme). La féminisation d’une société désigne ainsi le changement anthropologiquepar lequel l’impulsion biologique féminine (l’hypergamie) devient l’impératif social par défaut (l’impératif féminin), qui s’est manifesté dans la société française sous la forme d’un conditionnement social (l’émancipation féminine) renforcé par une idéologie de gauche (le féminisme). Pour caractériser ce basculement anthropologique qu’a connu la société française, il faut étudier les rapports entre la féminisation et le féminisme. 


Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.


[1] Alain Soral, « Vers la féminisation ? », bibliothèque blanche, 1999.

[2] Les femmes commettent moins de délits et de crimes que les hommes. 

[3] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.

[4] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.


Illustration : Photo de Atypeek Dgn