Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (II)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.


Première partie. La féminisation de la société française. 

Dans « Le premier sexe », Éric Zemmour défend la thèse selon laquelle la société française connaît une « féminisation ». Ce terme est souvent utilisé dans un sens quantitatif, afin de désigner la proportion croissante du nombre de femmes, par rapport au nombre d’hommes, dans un ensemble donné. Il est possible de décrire ainsi la féminisation du corps enseignant ou la féminisation de la magistrature. La féminisation de la société française désignerait donc seulement le fait qu’il y a plus de femmes que d’hommes dans la population[1], et que dans certains domaines de la vie sociale, les femmes sont de plus en plus présentes. Cette interprétation quantitative est parfaitement mesurable (et donc objective), mais elle évite la véritable analyse, elle contourne le problème, elle cache la profondeur du phénomène. Car la féminisation – entendu au sens qualitatif – désigne aussi l’action de féminiser ce qui est masculin, en provoquant l’apparition et le développement de caractères sexuels femelles. L’interprétation qualitative est plus délicate, plus « politiquement incorrecte », plus dangereuse, car il ne suffit plus de compter les femmes dans l’éducation nationale ou la magistrature, il faut désormais caractériser une société en utilisant les traits distinctifs de la Femme (avec un grand « F »). Nous entrons alors dans le domaine du subjectif, de l’inconnu, de l’interdit. Il ne suffit plus de compter, en se réfugiant derrière les chiffres, sans prendre de risques ; il faut s’aventurer à présumer, à spéculer, et même à juger. C’est l’un des (nombreux) interdits de notre époque : juger les femmes. Le féminisme a imposé sa terreur : il est possible de parler des femmes, mais pour n’en dire que du bien. Évoquer ne serait-ce qu’une imperfection, qu’un défaut, qu’une défaillance, c’est suspect. C’est équivoque. C’est même problématique. Avoir une opinion ou une présomption désavantageuse, incertaine, ou mêlée de doute, sur la féminisation de la société, c’est se rendre coupable d’un crime odieux : affirmer qu’il existe une nature féminine, avancer que toutes les femmes possèdent en commun certains traits particuliers qui les caractérisent, et enfin, attribuer un degré d’excellence relative aux femmes, leur attribuer une valeur afin de les juger, de les classer par rapport à une norme de référence concrète (les hommes) ou abstraite (la société). 

Pour comprendre notre société, il faut s’extraire d’un dogme coriace, celui selon lequel l’émancipation des femmes et leur importance politique croissance serait nécessairement un « progrès » pour la société. En réalité, l’évolution de la condition féminine ne représente pas impérativement une ascension. La présence des femmes en politique n’est pas synonyme de renaissance ou de puissance. La présence des femmes en entreprise n’est pas non plus synonyme de « plus-value ». La féminisation de la société française – qu’elle soit quantitative ou qualitative – n’est pas le nec plus ultra de la civilisation. La République Française communique jusqu’à la nausée sur l’objectif ultime de l’être humain, l’aboutissement de l’histoire, la destinée de la Nation : atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes. Une fois atteinte, l’égalité entre les sexes manifestera l’avènement du paradis sur terre. Un nouvel âge d’or commencera pour une France prospère et apaisée. Dans ce nouveau chapitre de l’Histoire, fait d’innocence, de justice et de paix, les hommes et les femmes ne connaîtront aucune différence, mais ils n’éprouveront plus aucun désir. Car, comme le rappelle Éric Zemmour « (…) le désir, lui, repose sur l’attraction des différences »[2]. L’Hexagone bénéficiera d’un printemps perpétuel et la faim disparaitra soudainement : les champs produiront d’eux-mêmes une récolte abondante de fruits et légumes[3]. Bien évidemment, cet avènement divin aura lieu demain. Il y aura toujours « un combat à mener », d’autant plus que les droits des femmes sont toujours « menacés ». Par qui ? Par quoi ? On ne sait pas. Mais ils sont menacés, soyez-en certain. C’est pourquoi les associations féministes réclament toujours plus de subventions, d’impôts, de taxes, de contributions, de prélèvement, de redevance et de quota. L’égalité, cela a un coût, mon petit Monsieur ! Dès que l’égalité sera atteinte, le féminisme n’aura plus de raison d’être, et donc, plus de sources de financement, c’est promis. En attendant l’apocalypse égalitaire, c’est-à-dire la « révélation » du royaume de l’égalité parfaite et la fin du monde patriarcal, vous continuerez à financer le féminisme avec vos impôts, afin de traquer l’homme et de le rééduquer, jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucun atome de différence, d’unicité, de masculinité, en lui. 

« La femme est l’avenir de l’homme » : c’est l’avenir radieux de la féminisation, la voie à suivre. Tout cela semble trop beau, trop évident, trop catégorique. La féminisation – sous couvert d’égalité – est souvent présentée comme le sens de l’Histoire. L’horizon indépassable. La mission de la France. Il faut explorer en détail ce qu’est véritablement la féminisation. Le fait qu’une société s’imprègne et se modèle autour de la féminité, de la femme, et de toutes les caractéristiques qui lui sont propres, n’est pas sans conséquences. La féminisation est un phénomène aux causes profondes et lointaines, qui peuvent avoir des effets importants.


Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.


[1] Au 1er janvier 2021, la France comptait 67 407 000 individus, (34 847 000 femmes et 32 560 000 hommes). Les femmes représentent ainsi 51,7 % de la population, et les hommes 48,3 %.

[2] Éric Zemmour, « Le premier sexe », 2006.

[3] Je suis très sérieux : « l’écoféminisme », né de la conjonction entre féminisme et écologie, considère qu’il existe une causalité entre les « systèmes de domination et d’oppression des femmes par les hommes » et la surexploitation de la nature par les humains, le dérèglement climatique et la fragilisation des écosystèmes. De telle sorte que l’égalité hommes/femmes permettrait de facto de conserver la biodiversité de la planète.


Illustration : Photo de Atypeek Dgn