Éric Zemmour. Féminisation, dévirilisation et immigration. (I)

Dans cette série d’articles, je propose une analyse masculiniste de trois polémiques provoquées par Éric Zemmour autour des concepts de « féminisation », de « dévirilisation » et « d’immigration ».  

Introduction.

Éric Zemmour est un homme multiple : il est à la fois journaliste, écrivain, essayiste et éditorialiste. C’est un homme qui possède plusieurs aspects, nombre de manières d’être, et différentes opinions. Beaucoup d’opinions, d’avis, de prises de positions, de réactions, et de déclarations. Ses thèses, ses théories et ses idées ont souvent suscités en retour une profusion de critiques, de commentaires et de polémiques. Du simple désaccord jusqu’aux poursuites judiciaires, les propos d’Éric Zemmour ne laissent pas indifférents – seule l’intensité des réactions varie d’un sujet à l’autre. Certaines polémiques sont fréquentes, voir cycliques, d’autres sont circonstancielles et dépendent d’un débat ou d’un évènement ; d’autres enfin sont inévitables, car elles touchent à la société elle-même : c’est le cas des polémiques relatives à la société française, au féminisme, ou encore à l’immigration. Les prises de position d’Éric Zemmour sur le féminisme ne relèvent pas simplement de la critique d’une idéologie ou d’un mouvement, c’est une prise de position sur les femmes, sur les hommes, et sur les relations que celles-ci entretiennent avec ceux-là dans le cadre d’une société, d’une culture, d’une civilisation.

Éric Zemmour a pris position sur le féminisme très tôt, avec son septième ouvrage, « Le premier sexe », publié en 2006. Après ce livre, il poursuivra son analyse du mouvement dans d’autres ouvrages, notamment « Le suicide français », publié en 2014, mais aussi dans les médias, que cela soit dans l’audiovisuel public ou privé, ou dans la presse écrite. Les réactions ont été nombreuses. Éric Zemmour a été qualifié de « sexiste »[1], et même de « sexiste en chef »[2], de « misogyne ». Certaines « écrivaines » (sic) sont allés jusqu’à écrire qu’il s’agissait purement et simplement de « haine des femmes »[3]. Plusieurs passages du « premier sexe » ou du « suicide français » font « scandale », plusieurs déclarations sont considérées comme des « attaques » contre les femmes, l’ensemble des femmes. L’homme « fait réagir ». Les journalistes utilisent toujours la même expression : Éric Zemmour « dérape ». Il dérape, il déraille, il glisse, il patine… A croire qu’il s’agit davantage d’un problème d’adhérence au sol que de cohérence intellectuelle. Il est visiblement interdit, dans la société française, de dénoncer la féminisation de la société, de donner un avis sur l’émergence des droits des femmes, de regretter la destitution du chef de famille traditionnel, d’évoquer le désarroi des hommes et le changement de certaines valeurs sociétales au cours du temps. Déraper, c’est glisser faute d’une adhérence suffisante. Si Éric Zemmour dérape à propos du féminisme, c’est tout simplement parce qu’il n’adhère manifestement pas à cette idéologie. 

Trop souvent, à la télévision, sur les réseaux sociaux, ou dans la presse écrite, l’attention est portée sur les réactions aux propos d’Éric Zemmour plutôt que sur les propos eux-mêmes. Comme si le féminisme était une sorte de puissance supérieure qui fixait de façon irrévocable le cours des évènements, comme si la féminisation de la société était déterminée par avance et, par suite, devait nécessairement arriver. Derrière les réactions multiples, il y a toujours un constat unique : le féminisme est un impératif, et il faut être forcément déviant pour s’y opposer. La féminisation de la société est une évidence, et même une nécessité, un impératif, et il faut être obligatoirement « misogyne » si l’on s’y oppose. Lorsque le féminisme devient une idéologie qui doit emporter l’assentiment immédiat de l’esprit en s’imposant à tous les membres de la société de façon claire et distincte, lorsque la féminisation ne doit pas être discutée parce qu’elle est fatalement hors de doute, nous sommes en présence d’un dogme. Éric Zemmour « dérape » parce qu’il formule une thèse contraire à une doctrine établie comme une vérité incontestable, ou au moins une certitude indiscutable. 

Constater qu’il existe une différence entre l’homme et la femme : « macho ! » … Distinguer entre « valeurs féminines » et « valeurs viriles », et montrer que les premières se sont imposées face aux secondes : « réactionnaire ! » … Regretter l’affaiblissement de la figure du père : « autoritaire ! » … Défendre les clients de prostituées : « Salaud ! »[4] … Condamner le processus d’indifférenciation entre l’homme et la femme : « goujat ! » … Approfondir les liens entre avortement et démographie : « misogyne ! » … Étudier les effets du divorce : « phallocrate ! » … Quel échange d’invectives ! Dès que le féminisme est critiqué – et pas seulement par Éric Zemmour – la réaction consiste à condamner un écrit ou une opinion, plutôt que de soumettre cet écrit ou cette opinion à un jugement critique. 

Éric Zemmour est souvent qualifié de « polémiste », mais est-ce bien lui qui est toujours à l’origine des controverses ? En matière de féminisme – et plus largement, de relation entre les hommes et les femmes – le débat et l’échange d’idée se transfèrent souvent vers le terrain émotionnel, au lieu de rester sur le plan intellectuel. Les propos d’Éric Zemmour doivent être analysés afin d’établir quels sont les faits, et ce que ces faits révèlent de notre société. Autrement dit, il convient d’argumenter sur ce qui est vrai : est-ce que, oui ou non, le féminisme conduit à un changement de société ? Existe-t-il une féminisation de la société ? Et si oui, quels en sont les effets ? En réagissant aux propos d’Éric Zemmour, en les « condamnant fermement », on change les termes du débat. En déplaçant l’attention sur les réactions aux propos d’Éric Zemmour plutôt que sur les propos eux-mêmes, on se place sur le terrain du « bien », et non du « vrai » : le but du débat consiste alors à d’établir qui est moralement meilleur, et l’on discute de ce qui est juste, au lieu de discuter de ce qui est. Voilà que l’on s’offusque lorsque Éric Zemmour dénonce la féminisation de la société : c’est « mal » de remettre en cause ce phénomène. En réalité, la question n’est pas là. Dans une démocratie, un débat est avant tout un processus créatifpar lequel deux ou plusieurs personnes se donnent pour objectif de parvenir à une description la plus exacte possible de la réalité. Même si ces personnes peuvent, en définitive, maintenir farouchement leurs positions respectives, l’échange d’informations et de points de vue aura au moins permis de mettre en lumière un aspect du réel. La remise en question morale n’est donc guère pertinente. Rejeter par avance la critique du féminisme faite par Éric Zemmour sous couvert de « misogynie », c’est accepter que les débats se transforment en une sorte de processus compétitif par lequel deux ou plusieurs personnes se donnent pour objectif d’établir fermement leurs points de vue sur le « bien » et sur le « mal », afin d’atteindre un état d’ascendance morale sur l’adversaire. Une telle définition du débat revient à autoriser le prétendu « vainqueur » à fixer unilatéralement le comportement d’autrui (puisque le « vainqueur » est celui qui est « moralement supérieur »). Je n’ai pas la prétention de savoir ce que pense Éric Zemmour, mais je pense qu’il considère davantage le débat comme un processus coopératif consistant à échanger des idées, plutôt que comme un processus compétitif visant à distinguer un vainqueur et un vaincu. 

En conséquence, la question de savoir si quelque chose est « bon » ou « mauvais », « juste » ou « injuste », « bien » ou « mal », est une question d’opinion et de sensibilité personnelle. Ce qui m’intéresse, c’est la véracité, l’authenticité, la sincérité, en un mot : l’exactitude. L’analyse construite par Éric Zemmour est-elle correcte ? Quel est l’effet du féminisme sur la société française ? Comment définir la « féminisation » de notre société ? La société française est-elle réellement « féminisée » ? Et qu’en est-il de la « dévirilisation » décrite dans « Le premier sexe » ? Quels liens peut-on établir entre « féminisation » et « dévirilisation » ? Est-ce la même chose ? Que sont devenus les rapports entre les hommes et les femmes en France ? Que pouvons-nous en dire ? Avec quels outils ? Avec quelle méthode ? Et de quelle manière ? Enfin, que pouvons-nous faire ? Autant de questions auxquelles je vais répondre, m’appuyant sur quelques écrits, propos, ou déclarations d’Éric Zemmour. En respectant, dans tous les cas, plusieurs modalités d’analyse. 

La première modalité est limitative. Cette série d’articles ne s’intéressera qu’à certaines questions sociétales : celles relatives aux relations entre les hommes et les femmes dans la société française, ce qui comprend notamment la question du féminisme. Tous les autres sujets qu’Éric Zemmour a abordé en tant que journaliste, écrivain, essayiste et éditorialiste – la politique, la religion, l’économie, les relations internationales, etc. – aussi intéressants soient-ils, ne seront pas traités, mais évoqués incidemment s’ils recoupent le thème des relations entre les hommes et les femmes (ainsi, par exemple, de la présence et de l’influence des femmes en politique). La deuxième modalité est purement descriptive. Avant de se demander si la société française s’est « féminisée », encore faut-il dresser un portrait de la société française. Exposer notre société. La modéliser, la peindre, la raconter, la révéler aux français, aux françaises, et donc à elle-même. La troisième modalité est objective. Il convient ici de s’intéresser aux idées d’Éric Zemmour, et non à la réaction que ses idées ont provoquée. Ce qui importe, c’est de savoir si ce que dit Éric Zemmour est « vrai » ou « faux », et dans quelles proportions, pas de savoir si c’est « bien » ou « mal », « juste » ou « injuste ». Ce qui m’indiffère, c’est de savoir si les idées d’Éric Zemmour sont « politiquement correctes » ou non. Le « politiquement correct » est déjà un jugement de valeur, c’est un outil politique visant à établir qui est moralement meilleur. Il ne faut pas tomber dans ce piège : en définissant ce qui est correct, ce qu’il est permis de dire, ce qu’il est permis de penser, certains intellectuels, certains journalistes et certaines personnalités publiques cherchent à acquérir une position dominante afin de maitriser le cadre général du débat. Dans cette série d’articles, par exemple, les féministes ne seront pas à la fois « juges » et « parties », mais seulement « parties ». Je considère que le féminisme n’est pas un dogme absolu. Ce n’est pas une vérité indiscutable révélée aux hommes par une autorité idéologique suprême, mais une simple vision de la société, sujette à erreur, à mésinterprétation, à inexactitude. Et même, au-delà des errements de bonne foi, le féminisme comprend aussi volontairement des duperies, des fautes, des préjugés et des mensonges. Lorsqu’Éric Zemmour dénonce les incohérences et les faux-semblants du féminisme, il apparaît comme l’annonciateur de mauvaises nouvelles. C’est là un procès injuste. « Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles »[5]. Intéressons-nous au message, sans blâmer le messager. La quatrième modalité est qualificative. Il est nécessaire de s’attarder – parfois longuement – sur un certain nombre de définitions. Décrire la « féminisation » et la « dévirilisation » de la société, c’est comprendre exactement ce que ces termes impliquent. Qu’est-ce qui est « masculin » et « féminin » ? Que sont les « valeurs viriles » exactement ? En quoi consiste « l’indifférenciation des sexes » dont parle Éric Zemmour ? Tout cela m’oblige à tenir une certaine rigueur dans l’utilisation des mots. C’est un aspect de l’ouvrage nécessaire, lorsqu’on souhaite apporter de la clarté et de la précision dans les ténèbres de confusion de plusieurs décennies de féminisme. La cinquième modalité est prospective. Il ne suffit pas de commenter les propos d’Éric Zemmour, il est également impératif d’étudier les facteurs naturels, techniques, économiques et sociaux pouvant contribuer à la transformation de la société française, afin d’en prévoir les évolutions possibles. 

Mais avant d’entamer cette étude des relations hommes/femmes dans la société française, je dois apporter plusieurs détails, plusieurs indications, plusieurs éclaircissements, sur « l’œuvre » d’Éric Zemmour. Je m’appuierai notamment sur « Le premier sexe », publié en 2006 aux éditions Denoël, dans la collection « indigne », ainsi que sur certains chapitres du livre « Le suicide français », publié en 2014 aux éditions Albin Michel. En complément, j’utiliserai çà et là quelques propos tenus dans les médias, et quelques phrases écrites dans la presse, afin que cela puisse servir de référence, de termes de comparaison ou d’illustration. De ce point de vue, il ne faut pas faire de « mauvais procès » à Éric Zemmour : il lui a été reproché – notamment pour « Le premier sexe », de ne pas apporter suffisamment de « preuves » de ses thèses, et de s’accrocher trop souvent à l’anecdote. Il est vrai que l’ouvrage manque de chiffres, d’études et de données. Mais ce n’était pas l’intention de l’auteur : il s’agissait davantage de formuler une « vision » ou un « constat », plutôt que de compiler de manière abrupte des éléments statistiques afin de démontrer que la différence entre l’homme et la femme s’estompait, et que les valeurs féminines l’emportaient sur les valeurs viriles. Je pense qu’Éric Zemmour souhaitait montrer, plutôt quedémontrer. C’est d’ailleurs une critique particulièrement audacieuse en provenance de nombreuses féministes, qui se permettent souvent d’affirmer l’existence d’un « Patriarcat » sans en apporter la preuve, de reprocher ensuite à Éric Zemmour de « manquer de fond ». Cette série d’articles espère rétablir la vérité sur certaines idées et sur certains faits.

Cette recherche de sources, cette compilation d’études, cette synthèse de faits ne conduit pas nécessairement, d’ailleurs, à donner toujours raison à Éric Zemmour. Comme toujours, en matière de débats de société, nul ne peut avoir la prétention d’en expliquer l’Alpha et l’Omega. C’est ce qui va me conduire à explorer toutes sortes de cas de figures. Très souvent, les critiques formulées par Éric Zemmour à l’encontre du féminisme sont justifiées. De manière plus surprenante, certaines critiques sont justes, mais pas pour les bonnes raisons. Il y a aussi le cas particulièrement intéressant dans lequel, non seulement Éric Zemmour a eu raison, mais il n’est pas allé assez loin. Et aussi – cela arrive – Éric Zemmour peut avoir tort, soit parce que les faits contredisent son analyse, soit parce que son analyse, aussi factuellement correcte soit-elle, n’est pas complète. Il existe aussi une autre variante : il est des cas dans lesquels Éric Zemmour n’a pas vu venir certaines évolutions. Dans cette variante, il est impossible de déterminer le vrai du faux, car il est impossible de reprocher au polémiste de n’avoir pas vu, en 2006, lors de la parution du « premier sexe », des phénomènes qui ne se développeront quelques années après. Cette même circonstance s’applique de toute évidence aux contradicteurs d’Éric Zemmour, qui n’ont pu voir – ni prévoir – l’avenir. C’est dans ces cas-là que j’ai trouvé amusant de développer une modalité prospective, afin d’observer les facteurs pouvant contribuer à la transformation de la société française, afin d’en prévoir les évolutions possibles, en veillant toutefois à ne pas faire dire à Éric Zemmour ce qu’il ne dit pas. Ici, un avertissement s’impose : une hypothèse n’est ni une prophétie, ni une prédiction. A ce titre, la dernière partie de cette série d’articles, consacré à l’éventuelle restauration d’un ordre viril « à la française » contiendra davantage d’hypothèses, de pistes de réflexions, de suppositions et de conjectures que le reste. Tout en restant dans l’esprit du véritable débat, compris comme processus créatif dans lequel l’objectif est de parvenir à une description la plus exacte possible de la réalité. Et c’est pour moi une libération que de pouvoir m’exprimer sans entraves, sans obstacle et surtout sans contraintes « politiquement correctes ». En effet, s’il y a bien un processus sociétal auquel Éric Zemmour a participé, c’est celui de la liberté d’expression. Pendant de nombreuses décennies – c’est-à-dire depuis bien trop longtemps – le « débat » était prisonnier, restreint, captif, retenu enchaîné par les « progressistes », les « boomers », ou encore les « féministes », qui s’étaient arrogés le droit divin de définir ce qui est « correct » et ce qui ne l’est pas. La gauche notamment (et Éric Zemmour l’a répété à de nombreuses reprises) s’est attribuée indûment le privilège de la supériorité morale. C’était le fameux « camp du bien ». Pendant trop longtemps, chaque contradicteur devait s’excuser lourdement et expliquer, avec de multiples réserves, qu’il était en désaccord avec la gauche idéologique, en se justifiant constamment, permettant justement à celle-ci de maintenir le cadre du débat. Désormais, la parole est libre. Est-ce à dire qu’il est permis de dire n’importe quoi ? Certainement pas ! De s’opposer pour le plaisir de la contradiction ? A quoi bon ? D’adopter un ton violent et agressif ? C’est inutile : les faits sont nombreux, et facilement accessibles (et ils sont têtus…) et ils permettent de démontrer que la féminisation d’une société signale l’effondrement de ladite société. L’époque dorée du féminisme, au cours de laquelle il suffisait de traiter de « misogyne » tout contradicteur, sans jamais évoquer le problème de fond, est révolue. Il ne suffit plus, désormais, de faire preuve « d’indignation », ou d’évoquer un « dérapage », ou de se réfugier derrière une excuse psychologisante afin de distiller le sous-entendu en vertu duquel tout homme qui critique le féminisme « a un problème avec les femmes »… Affirmer que la parole est libre, c’est affirmer que nous pouvons enfin vivre dans une société dans laquelle le but d’un débat n’est plus d’établir qui est moralement meilleur, qui a le droit de « s’indigner », mais d’établir ce qui est « vrai » et ce qui est « faux », afin de diriger, en vue du bien commun, toutes les activités d’une société. 

C’est ici l’un des apports d’Éric Zemmour au débat public : il est toujours possible de réagir émotionnellement, et d’avoir une opinion sur un fait de société, mais cela ne vous exempte pas de la responsabilité qui consiste à voir la société telle qu’elle est, et non telle que vous voudriez la voir. Le constat intellectuel d’abord, la réaction émotionnelle ensuite, et non l’inverse. Ceci n’est d’ailleurs que l’expression basique de la virilité : il existe un ordre de réactions, et cet ordre est le suivant : la raison puis l’émotion. C’est à mon sens la première des valeurs viriles : observer les choses telles qu’elles sont, et non telles que les émotions vous les font percevoir. L’éventail complet des émotions, avec ses nuances et ses gradations les plus subtiles, déterminent notre façon de voir les choses. C’est un aspect plaisant de l’expérience humaine, mais c’est aussi une faiblesse : la peur, l’impatience, la colère ou la suffisance nous rendent parfois aveugle à certains ordres de réalité – souvent déplaisants. Il convient donc de comprendre que l’influence des émotions est inévitable, il faut en prendre conscience, mais sans chercher à les « étouffer » (« ne rien ressentir » est une caricature de masculinité), et il faut compenser l’émotion avec la raison lorsque c’est nécessaire. C’est en partant de ce constat que l’on observe déjà une féminisation de notre société : tout n’est que « communication », « buzz », « faits divers », « scandales ». Des larmes, des bougies, des prières, et des « hashtags » pour « répondre » à un attentat. Des personnalités politiques qui font des « selfies ». Des générations entières qui commencent à croire sérieusement qu’il n’y a aucune différence entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas ainsi qu’une société se pense elle-même. Pour que la pensée puisse s’exprimer, les émotions doivent se taire. C’est ensuite dans ce silence que l’esprit s’accroît.

Il ne me reste plus qu’à préciser deux dimensions : le temps et l’espace. La dimension temporelle est certainement celle qui m’a posée le plus de difficultés. J’avais initialement l’intention d’étudier les mutations de la société française depuis 2006 (date de parution du livre « Le premier sexe ») jusqu’à aujourd’hui (2021). L’idée était d’observer les changements qui se sont produits depuis la sortie de ce livre d’Éric Zemmour. Seulement voilà : même si des phénomènes récents ont pu bouleverser certains aspects de la société, le cadre temporel que je m’étais d’abord fixé était trop restreint, et ne me permettait pas de peindre un tableau complet des évolutions de la société française. C’est ainsi que j’ai failli tomber dans l’excès inverse : partir à la conquête du passé afin de trouver la racine des évènements récents, puisque celui qui connaît le passé connaît l’avenir. Mais l’Histoire est un fil qu’il est impossible de dérouler complètement. A force de vouloir expliquer un effet par sa cause, l’on finit par remonter jusqu’aux origines des temps. Comme l’écrit Éric Zemmour lui-même dans « Le premier sexe » : « Je sais que les relations entre les hommes et les femmes est le sujet central de la littérature et de l’histoire des idées depuis l’aube de l’Humanité ». J’ai finalement opté pour la sobriété, en me limitant principalement au dernier siècle… mais comme toute règle peut comprendre quelques exceptions, je me suis autorité, çà et là, quelques sauts dans le temps – parfois très loin. La dimension spatiale était plus simple à circonscrire. Éric Zemmour aime la France et défend l’idée qu’il s’en fait. Je l’ai suivi sur ce terrain, explorant uniquement la France, sa population et sa société. Mais là aussi, j’ai agi en homme qui se permet quelques infidélités, et je suis parfois allé voir ailleurs, dans d’autres pays européens – et même sur d’autres continents – afin de chercher des ressemblances ou des différences. Rassurez-vous, nous resterons confinés en France, les excursions temporelles et spatiales n’ont pas d’autre objet que d’orner le discours pour y apporter de la clarté. Au début du « premier sexe », Éric Zemmour affirme : « Je sais qu’il n’y a pas l’Homme et la Femme, mais des femmes et des hommes ». Oublions l’Homme avec un grand « H » et la Femme avec un grand « F ». Intéressons-nous spécifiquement aux femmes françaises et aux hommes français. Ils ont leurs caractères, mais ils sont charmants.


Première partie. La féminisation de la société française.

Chapitre préliminaire. Comment définir la féminité ?

Chapitre 1. Féminisation et féminisme.

Chapitre 2. De la féminisation à l’indifférenciation.


[1] « Éric Zemmour, mise au point sur un misogyne », Marie Claire,‎ 2014. Voir également : « Éric Zemmour : ses propos très sexistes contre une journaliste font scandale », Orange Actualités,‎ 8 avril 2017.

[2] « Éric Zemmour reprend sa place de sexiste en chef », Les Nouvelles NEWS, 27 mars 2013.

[3] « Éric Zemmour, le « suicide français » et la haine des femmes », article de Martine Storti publié sur le « Huffpost » le 24 octobre 2014.

[4] D’une certaine manière, Éric Zemmour est en effet un « salaud » dans la mesure où il a signé en 2013 le « manifeste des 343 salauds », afin de protester contre une loi visant la pénalisation des clients de la prostitution.

[5] Antigone, de Sophocle (au vers 276).


Illustration : Photo de Atypeek Dgn