Pourquoi Max Scheler est un philosophe viril ?

La Redpill a mis en évidence que les femmes actuelles ont tendance de donner la priorité aux émotions sur la raison, tendance dénoncée sous le terme d’émotionalisme. Nous vivons dans un « âge de l’émotion », force obscure qui semble déterminer sans réplique les comportements, au détriment de la raison. Contre le « j’ai envie », « je ne le sens pas », « cela ne me plaît pas », plus personne ne semble pouvoir élever une voix sensée. Or, c’est là où la lecture de Max Scheler, philosophe allemand mort en 1928, peut s’avérer salutaire. Le noyau central de sa philosophie, c’est qu’il y a un ordre raisonnable des émotions, et il a appuyé son œuvre prolifique sur la démonstration que « le cœur a des raisons que la raison n’a pas ». Carmin va rééditer son ouvrage L’homme du ressentiment. (voir la campagne de précommandes ici) Dans ce livre fondamental, Scheler explore comment l’ordre des sentiments peut être rétabli.

 L’originalité et la force de Scheler, c’est d’avoir montré que les émotions ne sont pas un chaos obscur et obsédant, mais qu’elles peuvent et qu’elles doivent s’ordonner dans un sens hiérarchique. Scheler met à disposition de l’homme lucide un outil pour recadrer les caprices émotifs des enfants pourris gâtés que sont parfois les femmes d’aujourd’hui. Plus précisément, Scheler montre qu’il existe une hiérarchie objective des valeurs, que l’homme saisit à travers ses émotions, mais qu’il fait respecter grâce à sa raison. Pour donner un exemple : on sait d’une façon immédiate que la santé vaut mieux que le plaisir de manger tous les jours des fast-foods. Mais si on le sait par l’émotion, on ne le respecte que grâce à la raison, qui possède la force de contraindre la volonté.  

Scheler n’oppose pas la raison à l’émotion, mais montre que la raison est déjà inscrite dans les émotions elles-mêmes, qui sont structurées dans un ordre de préférences et d’aversions. Cet ordre va des valeurs liées à ce qui est agréable jusqu’aux valeurs du sacré, dans un mouvement qui possède une logique invincible. Un cœur dérangé renverse la hiérarchie des valeurs qu’il perçoit néanmoins confusément, mais qu’il prétend seulement subvertir. C’est cela le ressentiment

C’est ainsi que Scheler écrit : « la femme, plus faible, partant plus rancunière, (est) obligée, pour plaire à l’homme, de rivaliser avec ses semblables, et précisément pour ce qui est de ses qualités personnelles les moins variables. Il n’est donc pas surprenant que ce soit sous le régime du matriarcat que soient nées les divinités les plus vindicatives (comme la sinistre légion des Euménides). Dans ses Euménides, Eschyle nous a dépeint, d’une façon très parlante, la purgation du ressentiment par la vertu médicinale des divinités de la nouvelle culture virile représentée par Apollon et Athénée. Il est très significatif aussi que le type légendaire de la « sorcière » n’ait point de pendant masculin. La forte propension des femmes à médire du prochain par besoin de s’exprimer est à la fois symptôme de ressentiment et procédé d’autothérapeutique. Mais si la femme est plus particulièrement exposée au danger du ressentiment, c’est que, dans l’activité essentielle de sa vie, c’est-à-dire dans son amour naturel pour l’homme, la situation que lui attribuent la nature et les mœurs, d’être celle que l’on recherche, comporte précisément ce double caractère de réaction et de passivité. La rancune qui suit à l’injure d’avoir été négligé où repoussé par l’autre sexe se prête d’autant plus aisément à un refoulement qu’elle résiste plus à la honte du reproche ou de l’aveu ; aussi bien la pudeur et l’orgueil lui interdisent-ils tout appel, partant toute « satisfaction » publique. »

L’homme du ressentiment donne des éclairages fondamentaux sur l’émotionalisme et propose des mesures pour le recadrer virilement. Ce que les dragueurs ont retrouvé empiriquement sous les termes de « maîtrise amusée » (amused mastery), s’appuie en vérité sur une compréhension de la hiérarchie des émotions et des valeurs qu’elles poursuivent. C’est pour cela qu’il faut relire cet ouvrage capital. 

Radu Stoenescu.