Féminité et féminisme. La féminité dans la tradition primordiale (II).

Féminité et féminisme. La femme dans le monde de la Tradition. (Introduction).

Féminité et féminisme. La féminité dans la tradition primordiale. (Première partie : Le monde de la tradition).


L’HOMME ET LA FEMME COMME POLARITE COSMIQUE.

L’Androgyne, le cercle, l’Un.

Parmi les connaissances les plus anciennes de l’humanité, s’est transmise la conception d’une divinité qui concilie les contraires et les transcende : le dieu absolu et unitaire englobe en 

lui-même les antithèses de l’univers et les annule en les transcendant. 

Les traditions millénaires d’Orient et d’occident ont dramatisé cette intuition sous forme de mythes et de légendes théogoniques et cosmogoniques que l’orphisme et d’autres doctrines ésotériques ont, par ailleurs, enrichies de symboles et de significations : « Le mythe révèle, plus profondément qu’il ne serait possible à l’expérience rationaliste elle-même de la révéler, la structure même de la divinité, qui se situe au-dessus des attributs et réunit tous les contraires » (M. Eliade).

Aux commencements était Chronos, le dieu androgyne du temps illimité, qui créa un œuf d’argent dont naquit le premier être, P androgyne Phanès. 

L’œuf cosmogonique (symbole, en tant que sphère, de perfection et de totalité), et l’être masculin-féminin qu’il contient, ont pour signification l’unité originelle dans laquelle sont simultanément présents les deux principes, antithèse primordiale qui se traduit, sur le plan biologique, par la polarité masculin-féminin que représente l’androgyne primordial (car, comme le note M, Eliade, « l’ontologie archaïque s’exprime en termes biologiques).

Ce mythe se retrouve dans de multiples traditions dont nous rappellerons les plus récurrentes et les plus prestigieuses. 

L’Hermétisme, qui, plus tard, déboucha sur l’Alchimie, reproduit l’Œuf primordial par le cercle alchimique du Tout (le Dragon Ouroboros, « qui se mord la queue »), avec la maxime ên to pân, « Un le Tout », laquelle se réfère explicitement à l’unité originelle de l’Être.

Dans les doctrines extrême-orientales apparaît un hiéroglyphe équivalent sous la forme du Yin-Yang chinois où sont mis en évidence les pôles opposés qu’enferme un cercle (les deux natures ou les deux principes). 

C’est la même signification qu’il convient d’attribuer au signe zodiacal du Cancer symbole de la fécondité et de l’origine du cosmos. 

Les deux principes compris dans l’unité suprême sont l’origine de toute création, et c’est pourquoi ils correspondent, transposés sur le plan humain, aux pôles masculin et féminin. Aristote le savait déjà : « Le masculin représente la forme spécifique, et le féminin, la matière. En tant que féminine, elle est passive, tandis que le masculin est actif ». La doctrine hindoue du Samkhya confirme cette connaissance suprarationnelle. Ici aussi s’opposent les deux principes : prakriti (en sanskrit « matière », mais aussi « femme »), la matière première qui porte en elle tous les modes possibles d’existence ; racine de toute multiplicité et de tout devenir, et, par conséquent, du mouvement, elle est cependant totalement passive. Et sa potentialité se réalise uniquement sous faction de son pôle opposé et complémentaire, purusha (qui signifie également « homme », en sanskrit), principe immobile d’action et de forme. 

C’est également à L’unité originelle des deux principes ou natures que fait clairement allusion un mythe, dont on retrouve différentes versions dans les cosmogonies de nombreux peuples où la polarité est explicitement transposée dans la dualité masculin-féminin. 

Ce mythe est bien connu. Au commencement était l’androgyne, l’être bissexué dont parle Platon. La Bible le confirme : « Il le créa masculin et féminin ». Dans son unité, l’Androgyne est incorruptible et immortel, et son pouvoir effraie les dieux qui le séparent en deux : de l’unité divine jaillissent, désormais différenciés et antithétiques, les deux principes : être et devenir, esprit et matière, acte et puissance, ou, plus explicitement, homme et femme : « Adam et Eve étaient faits échine contre échine, attachés l’un à l’autre à la hauteur des épaules ; Dieu alors les sépara d’un coup de hache, d’un faisant deux. Certains professent une autre opinion : le premier homme était homme du côté droit et femme du côté gauche, mais Dieu le sépara en deux moitiés ».

C’est le mythe de la « chute » : l’Un incorruptible et immortel se scinde en la dyade : Ève se détache de la côte d’Adam et se précipite avec lui dans l’abîme. D’un côté demeure l’Éden, l’immortalité, l’âge bienheureux de l’Or et de l’Être : de l’autre, un éphémère semblant de vie qui commence et finit dans la mort, parcourant le cycle éternel du devenir. De l’être divin indifférencié, on passe au couple en tant que « chute progressive dans le concret » du sacré.

Les hommes ont traduit la polarité métaphysique, saisie ontologiquement de façon intuitive, en figures réelles et sensibles, ou bien l’ont diversement dramatisée en images divines ou mythologiques, ou bien l’ont reconnue dans l’éternel retour des événements cosmiques. Transpositions géométriques, métaphores, hiéroglyphes (et n’oublions pas que hiéroglyphe, de hieros glyphos, signifie « signe sacré »), personnifications mythologiques et religieuses que l’on retrouve dans toutes les traditions et qui ramènent toujours à la même polarité. 

Les doctrines ésotériques occidentales synthétisent, dans le triangle avec la pointe en haut, le principe igné-viril-solaire ; et dans le même triangle, renversé cette fois, le principe aqueux- féminin-lunaire—-et c’est peut-être l’occasion de noter que c’est précisément ce signe qui a été inconsciemment choisi comme symbole par les organisations féministes. Les deux triangles entrelacés forment le sceau de Salomon, hiéroglyphe géométrique de l’Androgyne et de l’univers.

C’est la même signification que l’on retrouve dans le hiéroglyphe de la croix, constitué par l’Intersection de la verticale — correspondant au principe igné, actif et viril — et de l’horizontale, symbole de la passivité et de la féminité. 

A l’Être-Forme se réfèrent le Ciel, le Soleil, l’Or, le pôle Yang, l’activité, le feu, l’homme, le père ; au devenir se rattachent la Terre, la Lune, l’Argent, le pôle Yin, la passivité, la matière, les Eaux, la femme, la mère. La chaîne des analogies symboliques peut être étendue à l’infini. Si l’on ne garde pas à l’esprit la possibilité de transposer d’un plan à un autre cette réalité, le langage du mythe se révélera pratiquement indéchiffrable », prévient E. Zolla. Grâce à la méthode analogique, tout ce qui existe se ramène à l’une ou à l’autre des deux natures : des métaux aux plantes, des états de l’âme à ceux de la nature et aux abstractions de l’esprit, tout se ramène à des symboles sensibles de l’Être inconnaissable. 

Au féminin appartiennent la force vitale, les cycles de la Terre et de la Lune, l’éternel, humide et fluide écoulement des Eaux ; la matière informe et abyssale qui attend sa mise en forme du principe créateur. Appartiennent, par contre, au masculin le « Nous » plotinien et aristotélicien, l’immobilité, la clarté du Soleil et du Feu, le principe actif et formateur. 

Féminin est l’Argent, pâle fils de la Lune, et plus encore, le Mercure (Hydrargyrium, « argent liquide ») ; féminines sont l’inconstance et la versatilité irradiées par la Lune tout comme le sont la réceptivité et la passivité de la Terre qui conçoit les graines, ainsi que la douceur et la sensibilité de la Mère ; et virils sont leurs contraires, c’est ainsi qu’est féminin le froid humide, et masculine la chaleur sèche ; dissoudre est féminin et condenser, masculin, comme le savaient bien les Alchimistes, masculins sont les nombres impairs et féminins les pairs : deus impari numero gaudet , parce que le chiffre impair recommence le cycle de l’Un, du Cercle, de l’Androgyne dont les deux, nombre pair, scelle la dissolution.

Parmi d’autres propositions analogiques, celles-ci — en des termes qui n’ont pour le profane qu’un simple goût de métaphores poétiques ou de sentences moralisantes -— figurent dans les doctrines ésotériques (Gnose, Kabbale, Hermétisme, Soufisme, etc…), mais le concept de la polarité en tant que fondement de la réalité est présent même chez les modernes. Dans une tout autre direction de recherche, un Lévi-Strauss arrive à des conclusions analogues, voyant dans les mythes des figures el des qualités sensibles, « exclusivement considérées, en leur essence propre, en termes de relations bien déterminées de type généralement binaire : l’homme et la femme, le héros et la victime, le père et la mère, l’ami et l’ennemi, le chaud et le froid, le jour et la nuit » 

Et puisque tout ce qui existe participe soit de l’un, soit de l’autre pôle, on ne peut exister sinon en tard qu’homme ou en tant que femme — que ce soit physiquement ou spirituellement, dans les rôles que l’on assume dans l’existence. Et cette distinction est innée ; elle relève d’un ordre cosmique que seule une absurde folie peut imaginer ou se croire capable d’enfreindre. 

Et ce n’est pas tout. Selon la conception traditionnelle, les hommes transposent l’ordre divin dans leurs structures sociales qui en reçoivent la consécration : le microcosme humain doit reproduire le paradigme universel. La seule alternative à cela est le Chaos ou, si l’on préfère, l’anarchie. 

Voilà ce que répond la Tradition à celui qui soutient que les rôles de l’homme et de la femme sont uniquement le produit d’une routine sociale. 

Hiérophantes du féminin.

Selon la conception traditionnelle, n’est sacré que le principe métaphysique dont la réalité est une simple manifestation. Dans le monde antique, contrairement à ce que l’on croit couramment, il n’existait pas de religions polythéistes ou anthropomorphiques au sens usuel du terme. Les formes personnelles plus ou moins objectives de la divinité étaient les symboles de modalités suprahumaines et suprarationnelles de l’être, de sorte que l’unique objet du culte était la force nue, le pur principe — sa représentation en étant le simple support symbolique. Ce qui était sacré, ce n’était pas l’objet en soi (seuls le fétichisme et la superstition peuvent, aujourd’hui encore, imaginer une telle chose), mais le pouvoir qu’il manifestait (ou qui y était enfermé) ou bien qu’il évoquait en vertu de la loi des analogies. 

C’est ainsi que Déméter, Aphrodite, Athéna ou Perséphone n’étaient considérées comme déesses que par le petit peuple (de même qu’aujourd’hui le culte populaire attribue des caractères « divins » aux saints, aux bienheureux, aux anges ainsi qu’aux reliques et autres fétiches), tandis que l’élite culturelle et religieuse les interprétait comme des modalités de manifestation du sacré, hypostases des aspects multiples de l’Un. 

« L’adoration d’un objet cosmique ou tellurique pour lui-même ne se rencontre jamais dans l’histoire des religions. Un objet sacré, quelles qu’en soient la forme et la substance, est sacré parce qu’il révèle la réalité ultime ou parce qu’il y participe. Tout objet religieux ‘incarne’ toujours quelque chose : le sacré ». En d’autres termes, il en est sa manifestation : il est une hiérophanie. Il convient donc d’examiner les « visages féminins » du sacré pour comprendre le sens attribué par la Tradition à la féminité et à ses motivations originelles. Sens qui a, en apparence, comme nous serons amenés à le préciser, quelque chose de paradoxal : au pôle féminin correspondent aussi bien la mort que la vie. S’y rattache en fait le devenir en tant que multiplicité des matérialisations et des incarnations en lesquelles se cristallise sans cesse la force vitale, selon un cycle éternel de naissances et de morts : tout être est un syndrome cyclique, né d’une insatisfaction et condamné à l’insatisfaction à l’instant précis où il voit le jour. La force vitale est le substrat aveugle et éternellement fluctuant d’une vicissitude cosmique qui se perpétue à travers la mort. Mais ce perpétuel glissement de la vie à la mort est régi par une loi éternelle et immuable : la loi divine du devenir, la Thémis ou Sagesse cosmique, que les plus antiques traditions représentent également sous la forme de l’Arbre Cosmique à double signification ; celle de la « Vie » et celle de la « Science du Bien et du Mal », La Femme est gardienne de l’arbre car elle est dépositaire du Savoir universel grâce auquel on peut connaître et se rendre maître de la Loi du Devenir, C’est ainsi qu’en « goûtant aux pommes de l’Arbre » (ce qui équivaut, dans d’autres traditions, à « conquérir la Femme » — i.e., en pénétrant l’aspect le plus mystérieux, quasiment hors d’atteinte, de la féminité), on acquiert la science de la vie et, par voie de conséquence, l’immortalité. Le serpent biblique n’avait donc pas tous les torts… 

Mais revenons aux hiérophanies du pôle féminin : elles correspondent à l’Eau, à la Lune, à la Terre et à tout ce qui y est lié, en tant qu’elles incarnent et manifestent les divers aspects de la nature féminine : potentialité, caractère abyssal, régénération, Force-Vie, devenir, « instabilité des formes instables », pour reprendre la définition appliquée à la matière par Scot Erigène (tandis qu’un Solmsen expliquait materies par mater ; pertinente pré-étymologie !). Et l’élément sapientiel y est immanquablement présent. 

Les Eaux.

Les Eaux constituent la hiérophanie la plus complète et la plus convaincante du pôle féminin. Elles expriment la potentialité absolue et le préformel. 

« (…) Matrice de toutes les possibilités d’existence (…). Principe de l’indifférentiel et du virtuel, fondement de toute manifestation cosmique, réceptacle de tous les germes, les eaux symbolisent la substance primordiale dont naissent toutes les formes et dans lesquelles elles reviennent, par régression ou par cataclysme. Elles ont été au commencement, elles reviennent à la fin de tout cycle historique ou cosmique. (Elles) renferment dans leur unité non fragmentée les virtualités de toutes les formes ». 

La fonction des eaux consiste à précéder toute forme et à soutenir toute création ; elles sont le support passif de l’œuvre créatrice. 

Les Eaux sont destinées à « précéder la Création et (à) la réabsorber, ne pouvant jamais dépasser leur propre modalité, c’est-à-dire ne pouvant se manifester dans des formes. Les Eaux ne peuvent dépasser la condition du virtuel, des germes et des latences. Tout ce qui est forme se manifeste au-dessus des Eaux, en se détachant des Eaux. En échange, dès qu’elle s’est détachée des Eaux, cessant d’être virtuelle, toute ‘forme’ tombe sous la loi du temps et de la vie ». 

Mais elles expriment également l’aspect « froid », abyssal, impénétrable et destructeur inhérent au pôle féminin. C’est encore une fois Eliade qui attire l’attention sur « l’autonomie parfaite de l’élément neptunien, indifférent à l’égard des dieux, des hommes et de l’histoire, se berçant dans sa propre fluidité, inconscient également des germes qu’il porte en lui et des ‘formes’ qu’il possède virtuellement et que, en fait, il dissout, périodiquement ».

Nous trouvons dans les Eaux les deux visages du devenir : génération et destruction. L’immersion rituelle dans les eaux est la régression dans le préformel, la dissolution des formes qui permet le retour à l’indifférenciation de la préexistence ; inversement, l’émersion hors des eaux a le sens d’une renaissance, de l’acquisition d’une nouvelle forme et, par conséquent, d’une nouvelle existence.

Les « baptêmes » (du grec bâpto, « j’immerge ») de toutes les religions ont cette signification : mourir pour renaître. C’est dans l’eau que l’on plongeait les statues des Grandes Mères afin de les régénérer : dans l’Odyssée (8, 363-66), on parle du « bain » d’Aphrodite à Paphos, et Gallimaque, de son côté (Hymn. V, Ï-I7, 43-54), évoque le bain d’Athéna — l’une et l’autre transpositions grecques des Grandes Mères asiatiques et méditerranéennes. L’une d’entre elles, Cybèle, était fêtée par l’immersion de sa statue, le 27 mars de chaque année, selon un rituel commun à d’autres déesses Cretoises et phéniciennes. Cette pratique est restée en usage quasiment jusqu’à nos jours : que l’on songe à l’immersion rituelle de la statue de la Vierge Marie aux fins de conjurer la sécheresse et d’obtenir la pluie.

Toutes les immersions rituelles, qui abondent dans la mythologie elle-même, doivent être considérées comme des baptêmes. Pour n’en citer qu’une, nous rappellerons celle d’Achille, baigné dans les eaux suspendues par un pied, par Thétis ; le reste du corps, au contact du fluide régénérateur, devient alors divin et immortel, alors que le talon demeure vulnérable. C’est toujours à la vertu des Eaux que se rattachent les divers « Élixirs de Vie » ou les métaphores telles qu’« Eau de Vie », « fontaine de jouvence », etc., bien connues de l’Alchimie. 

Mais avant de régénérer, l’Eau « tue » ; elle dissout la forme : « L’immersion équivaut, sur le plan humain, à la mort, et sur le plan cosmique, à la catastrophe (le déluge) qui dissout périodiquement le monde dans l’océan primordial ».

Le déluge est le baptême cosmique : la dissolution d’un cycle et les prémices d’un nouveau départ. Ce caractère dissolutif explique l’usage funèbre des eaux que l’on versait en Grèce sur les morts au cours des cérémonies de l’Hydrophorie. Il convenait de dissoudre totalement les restes des formes afin de faciliter l’accès au préformel et, de là, à la régénération. 

Les Eaux et la Femme incarnent le même principe cosmologique ; sur le plan sexuel, à l’immersion correspond la dissolution de l’individu hors de l’étreinte (l’antique relation entre Eros et Thanatos, à laquelle correspond, dans le Cantique des Cantiques du roi Salomon, « hazaq kamavet ha-hava », « fort comme la mort est l’amour » — cette relation est bien connue), dissolution qui préside à la conception d’une nouvelle existence. 

Parmi les modalités de la féminité exprimées par les Eaux, on trouve également la prophétie. Peut-être parce qu’elles contiennent tous les destins dans la mesure où elles incarnent un archétype supratemporel — ou encore, comme diraient les psychologues, parce qu’elles symbolisent le subconscient par leur fluidité—, les eaux ont de tout temps été reliées au pouvoir de prophétie, ainsi que l’observe très justement Eliade : « La puissance prophétique émane des eaux, intuition archaïque que nous rencontrons sur une aire très vaste. L’océan, par exemple, est nommé par les Babyloniens la maison de la sagesse’. Cannes, le personnage mythique babylonien représenté moitié homme, moitié poisson, s’élève de la mer d’Erythrée et révèle aux hommes la culture, l’écriture, l’astrologie ».

Lui fait pendant, dans le monde grec, le protéiforme et omniscient « vieux de la mer » : Protée, Nérée et Forcus.

Même à travers ceci, l’équivalence Femme-Eaux transparaît : la prophétie, en tant que médiumnité, extase mystique et faculté d’être le support passif-réceptif, ou le canal de transmission d’une puissance supérieure, fut de tout temps considérée comme une caractéristique féminine innée. Nous la trouvons chez la Pythie, Cassandre, la Sibylle de Cumes… et chez la sorcière.

Mais la puissance des Eaux (ou de la Femme) peut aussi tuer, rendre aveugle ou pousser à la folie celui qui ne sait pas s’en rendre maître. Aux légendes concernant les « Sauvés des Eaux » s’opposent les mythes de ceux qui ne surent y échapper ; au-delà de la simple métaphore, il faut entendre ceux qui, au lieu de dépasser le devenir pour s’élever jusqu’à l’Être, s’enfoncèrent à nouveau dans le monde régi par la loi du temps et de la mort. C’est Actéon qui, après avoir vu Artémis au bain, en meurt ; ou Tirésias qui, ayant aperçu d’une façon analogue Pallas et Chariclos, devient aveugle, mais conserve le don de prophétie (les déesses devant ici être considérées comme des symboles aquatiques) ; de même, la fascination des Eaux entraîne-t-elle la mort de Narcisse. Ce n’est pas tout : la vision des nymphes des eaux mène à la folie, c’est-à-dire à l’abolition de la personnalité, de la « forme intérieure », et au retour au subconscient. « Une triade de Nymphes des sources, ‘déesses effrayantes pour les hommes qui vivent au grand jour’, furent ainsi responsables de la disparition d’illa. Nympholeptos, ‘la proie des Nymphes’, ainsi appelait-on dans notre langue celui que les Latins qualifiaient de lymphatirm, par un terme où lympha correspondait à ‘Nymphe’ mais au sens d’ « eau » — tandis que lunaticus, c’est-à-dire ‘amoureux de la Lune’, désignait celui qui, frappé d’une folie périodique ou légère , apparaissait comme la victime des nymphes.

Chez la déesse aquatique et la nymphe « effrayante pour les hommes » opère la force primordiale de ta féminité, incarnée par la Femme, à laquelle la sagesse populaire reconnaissait le pouvoir de rendre aveugles et fous d’amour.

La Lune.

Elle est représentation sacrée du devenir : elle croît, décroît et disparaît pour renaître ensuite. Le fait que ceci se produise périodiquement, en un éternel retour aux formes initiales, fit que l’on reconnut en elle l’aspect rythmique du devenir : c’est la raison pour laquelle elle est aussi la manifestation de celui-ci en tant que rythme et mesure.

Le temps lunaire est à la fois cosmique et biologique : de lui dépendent la marée et la semence, la menstruation et la fertilité. Cet aspect de fécondité rythmique et de devenir cyclique relie étroitement la Lune aux Eaux. « Les rythmes lunaires et aquatiques sont orchestrés par le même destin ; ils commandent l’apparition et la disparition périodique de toutes les formes, ils donnent à l’universel devenir une structure cyclique. Aussi, dès la préhistoire, l’ensemble Eau-Lune-Femme était perçu comme le circuit anthropocosmique de ta fécondité » (M. Eliade).

Le concept de la fertilité est ainsi tellement lié à la Lune que les divinités de la fécondité et de la végétation sont également des divinités lunaires : citons Ishtar, l’égyptienne Hathor, l’iranienne Anahita, Dionysos, Osiris, etc…

Expression graphique de l’éternel retour, la spirale est l’emblème de la Lune : souvent représentée par l’huître aux implicites valences érotiques (compte tenu de son analogie avec les organes féminins) et aquatiques, mais aussi par la perle, expression synthétique de l’Eau, de l’huître, de l’embryon. C’est la raison pour laquelle l’Astrologie, antique science cosmologique, associa la perle à la Lune et au signe lunaire du Cancer qui représente graphiquement l’œuf cosmogonique et la fécondité primordiale, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, 

La Lune, alternative rythmique de vie et de mort, est, par suite, également symbole du destin. Ce n’est pas un hasard si les Moires sont des divinités lunaires. Chez les Chaldéens, la notation du temps était lunaire (alors que chez les Égyptiens elle était solaire) et c’est justement chez eux qu’est née l’astrologie de type fataliste, fondée sur la croyance en un destin prédéterminé. La faux lunaire est, par conséquent, la faux du destin, à tel point que, dans le tarot, la Mort est représentée la faux à la main. Sous une forme encore plus explicite et riche d’implications symboliques s’exprime le mythe d’Hésiode : Gaïa , « la Terre » (principe féminin), fait émasculer Ouranos , « le Ciel » (principe masculin) par son fils Chronôs , « le temps », qui a une faux au poing. Pour quiconque nous a suivie jusqu’ici, ce symbolisme est parfaitement clair. 

Comme la Lune, la Femme incarne le destin de l’éternel devenir que rythme la fécondité. 

La Terre.

C’est la hiérophanie la plus immédiate de l’aspect Force-Vie du pôle féminin. Elle le manifeste par sa capacité de fructifier et de se régénérer à chaque saison, en tant que substrat éternel de création et de destruction inhérent au devenir. 

Dans la cosmologie de tous les peuples, la Terre apparaît comme principe fécondé (c’est-à-dire passif-réceptif) par opposition au ciel fécondateur. « La Terre est notre Mère, le Ciel est notre Père. Le Ciel féconde la Terre grâce à la pluie, la Terre produit les céréales et l’herbe », tel était l’hymne des Pléiades à Dodone. Le Mâle transmet la forme, la Femme l’incarne et lui donne la Vie : la force « magique » du pôle féminin, concentrée dans la Terre, la voici. Et c’était une force que les antiques rituels cherchaient à évoquer : la pratique consistant à étendre sur le sol les malades et les agonisants, l’accouchement à même la terre et la déposition du nouveau-né également sur la terre que Dieterich considère comme une forme de consécration à la déesse-terre — sont en réalité, comme le soutient Goldmann, des rites magiques : on croyait que le contact avec la force magique du sol régénérait les malades et fortifiait les nouveau-nés. Si la Terre est Vie, en retournant à la Terre, on pouvait donc espérer en la régénération : c’est pourquoi les peuples de religion tellurico-lunaire avaient l’habitude d’inhumer leurs morts, contrairement aux races pratiquant des rites ouranico-solaires — lesquels incinéraient les défunts précisément pour les soustraire, du moins symboliquement, à la roue des régénérations matérielles et les confier à l’élément igné hiérophante solaire de l’Être.

Ce que nous avons observé à propos des Eaux vaut également pour la Terre : dans le « cycle de la femme », c’est-à-dire du devenir, régénération équivaut à Vie, à la condition expresse que l’on soit auparavant passé à travers l’épreuve de la mort, La Terre fait donc office de support du culte infernal. Celle-ci est le règne de la mort et de la vie : c’est pourquoi Perséphone, théophanie tellurique, est la reine des morts et, parallèlement, du Printemps, Il faut que retournent à la Terre les stériles et les inertes afin de réabsorber rituellement, par elle et selon un rythme éternel, la Force-Vie, L’hymne homérique à Gaïa dit clairement ceci : « La Terre chanterai-je, Mère universelle aux solides assises (..,) Â toi il appartient de donner aux mortels la vie et de la leur retirer ». Une même intuition réapparaît même dans notre propre Moyen Age et s’incarne dans deux grands types symboliques de femme : la « Dame de Salut », qui peut accorder la vie éternelle, et la sorcière, qui peut donner la mort. Cet aspect inférieur, nocturne et obscur fut déjà mis en relief par Hésiode, lequel parla de melaina gaîa, « Terre noire » : noire non pas tant au sens purement chromatique que pour la valeur évocatrice de ténèbres souterraines et donc de mort — par opposition aux « divines plages de la Lumière » par lesquelles Lucrèce représentait métaphoriquement la vie. 

L’analogie Terre-Femme, en tant que manifestation de fécondité, de réceptivité, de force-vie de l’archétype féminin, est bien connue. « L’assimilation de la femme et de la terre labourée se rencontre dans beaucoup de civilisations et a été maintenue dans les folklores européens. Je suis la terre’, avoue la bien-aimée dans une chanson d’amour égyptienne, (…) Dans un hymne du XIIe siècle, la Vierge Marie est glorifiée en tant que terra non amhilis quae frueium parturiit. (…) Les Hindous assimilaient sillons et vulve (yoni), graines et semen virile ».

Mais si l’on dépasse cette facile suggestion agraire, la Femme et la Terre sont, globalement, l’épiphanie du même aspect archétypal, au point que l’on pourrait opportunément référer à la première les termes employés par Euripide pour définir Démêter : « Elle est la Terre (…) Appelle-la comme tu voudras ! ». 

L’âne et le serpent.

Parmi les animaux sacrés les plus significatifs, nous examinerons maintenant ceux qui furent le plus constamment associés aux hiérophantes du féminin. 

Chacun sait que le serpent est symbole de ta fécondité et de la renaissance : lié de tout temps à la Terre, à la Lune et aux Eaux comme l’atteste la très riche documentation relevée par les ethnologues, les anthropologues et les historiens des religions il est considéré par les psychanalystes comme un symbole phallique. Cette interprétation pourrait sembler, de prime abord, en contradiction avec celle de la Tradition, alors qu’en fait il n’en est rien : la virilité purement phallique, aveugle instrument de fécondation et dénuée de signification transcendante, est l’indice incontestable de la soumission du mâle à la féminité. Ce rapport avec la féminité devient très explicite, même sémantiquement, si l’on ne considère que le seul mythe grec de Delphine, serpent féminin originaire d’Asie Mineure. Son nom même de delplu * utérus », fait de Delphine l’emblème serpentin de la féminité. 

Un aspect plus implicite, mais fondamental, incarné par le serpent, met ce dernier en relation avec l’un des « pouvoirs magiques » les plus importants du pôle féminin : « Du fait qu’il est lunaire, c’est-à-dire ‘éternel’, et qu’il vit sous terre, incarnant « entre tant d’autres ») les esprits des morts, le serpent connaît tous les secrets, est la source de la sagesse, entrevoit le futur (…). De même, quiconque mange du serpent acquiert la connaissance du langage des animaux et en particulier des oiseaux symbole pouvant avoir aussi un sens métaphysique : accès aux réalités transcendantes) (…) ».

C’est précisément cet aspect sapientiel du pôle féminin qu’il convient de souligner. Le serpent est l’incarnation de la Sagesse Cosmique. En tant que tel, il est le gardien des Arbres de la Vie et de la Sagesse de toutes les traditions. Les divinités féminines louées de pouvoirs magiques ont une chevelure de serpents, comme en ont également les sorcières, selon une légende bretonne. L’aspect sapientiel lié au pôle féminin présente deux visages apparemment antithétiques mais en réalité étroitement solidaires, D’un côté, c’est la Vierge Sophia des Gnostiques, la Sedes Sapientiae chrétienne, la Madonna Intelligenza des Fedelî d’Amore, dont Béatrice est l’image chez Dante ; de l’autre, c’est la sorcière (or, en anglais, witch, « sorcière », tiré de to wit, « savoir », exprime sans ambiguïté la signification sapientielle originelle), depuis Circé et Médée jusqu’à Angelica de l’Arioste et à Armida du Tasse, pour n’en citer que quelques-unes. On retrouve ici la dualité Sorcière-Femme du Salut à laquelle nous avons déjà fait allusion et dont nous reparlerons plus loin.

A l’aspect chtonien et chaotique du féminin se rattache par contre l’âne, symbole, dans toutes les traditions, d’une force inférieure et corrosive, antithèse du pôle viril et solaire. On peut lire dans le Coran que, contrairement à la voix de tous les animaux, « les braiments de l’âne ne parviennent pas jusqu’à Allah ». C’est l’animal de l’Hécate infernale, et il est chéri de Seth, qui d’abord tua et démembra son frère Osiris, dieu solaire, et qui ensuite, vaincu par Horus, s’enfuit dans le désert monté précisément sur un âne. L’âne était également la nature originelle de la Gorgone Méduse, habitante des Ténèbres.

Dionysos, lui-même, associé comme nous le verrons au culte télurico-féminin, arriva à Thèbes monté sur un âne ; et c’est un âne qui dévore la cordée de jonc que tresse Ocnos dans la plaine du Léthé. De même ne faut-il pas oublier que lorsque Midas, désigné comme arbitre de la joute musicale entre Apollon (le dieu solaire par excellence) et Pan (divinité typiquement tellurique) désigna ce dernier comme vainqueur, Apollon lui fit pousser, pour le punir, des oreilles d’âne — entendant ainsi l’assimiler à la nature inférieure et tellurique vers laquelle il avait montré qu’allait sa préférence. En outre, Pindare nous apprend que le sacrifice préféré d’Apollon était une hécatombe d’ânes car elle représentait la destruction symbolique des forces inférieures. Par contre, on offrait rituellement, à Lampsaque, des sacrifices d’ânes à Priape, ce qui équivalait à indiquer qu’ils étaient conformes à la nature de ce dieu phallique — lequel fut précisément trahi par le braiment d’un âne alors qu’il tentait d’abuser d’Hestia endormie.

« Dans le Rig-Veda, l’âne porte souvent le nom de râsaba , où râsa exprime l’idée de tumulte, de bruit, et aussi d’ivresse ». Ivresse et tumulte qui expriment cet état de conscience diminuée, d’abandon, de dissolution, incarné par l’âne en tant qu’aspect inférieur du féminin. 

La Vierge des Enfers.

Aux hiérophanies archaïques du pôle féminin se juxtaposent ou se superposent des personnifications qui reproduisent en la dramatisant la signification de l’archétype : ce sont les théophanies. 

Théophanies telluriques : les Vierges Noires.

L’aspect Force-Vie et régénération inférieure propre à la Terre s’incarne dans les Grandes Mères et dans les déesses chtoniennes souvent considérées comme leurs filles. 

Déméter, déesse de la Terre, est représenté comme la mère de Perséphone qui, selon le mythe bien connu, est enlevée aux Enfers durant l’hiver et retourne sur la Terre au printemps. 

Kerényi fait observer qu’en réalité, il ne s’agit pas de la même « idée mythologique » : « Sous son aspect de Perséphone, elle rentre dans l’idée grecque de non-être ; sous son aspect de Déméter, elle est la version grecque de l’idée de procréatrice universelle, (…) L’idée religieuse grecque du non-être forme en même temps l’aspect radical de l’idée ‘être’ ».

Nous avons déjà abordé ce problème : il s’agit de deux modalités du même archétype que le mythe a hypostasié en deux formes pures mais différentes. Conformément à cette identité originelle, ces deux formes peuvent être interchangeables, au point qu’à Phigalia, Déméter est « la Noire » et qu’à Thelpousa, elle est assimilée aux Erynnies infernales, comme le fait encore observer Kerényi.

Le cas d’Hécate est plus complexe, divinité asiatique à l’origine, même si son nom, qui signifie « la lointaine », est grec. Le culte ésotérique de la déesse faisait partie des mystères orphiques. Elle avait trois têtes et trois corps : s’identifiant à Déméter, Perséphone et Artémis, elle était ainsi déesse à la fois de la Terre, des Enfers et du Ciel. En tant que divinité souterraine, elle évoquait les esprits et semait l’épouvante chez les humains en errant la nuit aux carrefours (d’où son nom de Trivia, comme la Lune et Artémis), annoncée par les aboiements des chiens. Ses attributs étaient les serpents et les flambeaux nocturnes, symboles du feu chtonien. 

On constate aisément combien sont conformes à cette description les images et les prérogatives de la Sorcière médiévale : le nom change, mais la vitalité de l’archétype demeure intacte.

Hécate peut se définir comme le substrat infernal des deux autres théophanies — tellurique et lunaire. Du reste, les cultes telluriques ont toujours une composante souterraine qui atteste la possibilité d’une régénération infernale. Tel est également le sens des Vierges Noires que les Druides plaçaient dans des grottes souterraines et desquelles jaillissait la vouivre (« courant » et « serpent »), fluide magique et régénérateur.

L’Ève de la tradition biblique pourrait elle-même être une antique Vierge Noire ; selon Gressman Ève était une ancienne déesse infernale phénicienne, personnifiée par le serpent, et la tradition qui vit dans Eve Hawa, « la vivante », est restée vivace. Pour la plupart, les Vierges Noires sont assoiffées de sang : à l’origine, il s’agissait certainement de sang humain. C’est ainsi qu’a Sparte on procédait à des sacrifices humains en l’honneur d’Hécate — et peut-être également d’Artémis. La fête de Cybèle avait lieu à Rome le 27 mars, jour qualifié de dies sanguinis et, même aux temps proprement historiques, lors des orgies vouées à Cybèle et qui se concluaient par une flagellation, le sang ne manquait certes pas On connaît également l’usage de jeter dans le Tibre vingt-quatre mannequins : cette pratique exécutée par les Vestales gardiennes de la Flamme-Vie est une réminiscence probable d’un sacrifice de régénération de la terre. L’intuition du lien terre-Sang-femme se retrouve au cœur de rituels et de coutumes en vigueur, aujourd’hui encore, dans le monde entier et qui, pour la plupart, sont associés au sang menstruel, considéré comme porteur des énergies infernales et corrosives de la Terre : on en fait usage dans certaines pratiques magiques et, nonobstant les interprétations rationalisto-hygiénico-démystifiantes largement répandues par le mouvement féministe, ce rapport profond demeure en son archaïque puissance. 

La régénération tellurique n’a pas seulement un caractère infernal. Dans toutes les religions, tes Grandes Mères font renaître les fils démembrés. Sémélè, Grande Mère phrygienne, régénère le corps mis en pièces de son fils Dionysos qui renaît sous le nom de Zagreus ; Isis recompose le corps coupé en morceaux d’Osiris et le fait naître à une nouvelle vie, non pas comme son époux, mais comme son fils, et la légende veut qu’elle n’ait pas pu retrouver le phallus du dieu. Ceci signifie que la régénération à travers la femme conduit à la perte de la virilité transcendante et à la soumission au principe féminin ; on sait aussi que Dionysos portait des vêtements féminins — nous y reviendrons plus loin. 

Même dans la figure du Christ, on peut retrouver les traces d’un tel mythe : lors de la dernière Cène, on assiste au démembrement symbolique du corps de Jésus, fils de Marie (Mère de Dieu, comme Sémélè et Isis), en tant que promesse de résurrection.

Dans le monde de la Mère, l’homme devient un être caduc, qui ne peut renaître que grâce au pouvoir éternel de la fécondité. 

Théophanies abyssales.

L’aspect abyssal du pôle féminin — exprimé, nous l’avons vu, par les Eaux — trouve une personnification dans la triade Vierge-Mère-Prostituée qui, en dépit de son apparente contradiction, sert à indiquer, en réalité, la potentialité illimitée du féminin. 

Ici la féminité est ressentie au sens « aqueux », comme materna prima apte à recevoir toute forme et à s’imprégner de toute forme sans jamais être possédée en sa racine ultime. Telle est, en substance, la signification de toutes les « immaculées conceptions » transmises par les mythes et les religions — nonobstant l’interprétation hâtive d’un Karl Abraham qui expédie le mystère de la Vierge-Mère en imaginant naïvement de l’attribuer à l’inconsciente volonté de nier toute importance au pénis.

Par bonheur, la pensée antique était à l’abri de semblables « actes manqués » freudiens ! 

L’association Vierge-Marie-Prostituée peut être assimilée à la hiérophanie neptunienne : Vierge est Peau (saint François la voyait même « chaste ») parce que privée de forme en elle-même ; mais puisqu’elle peut revêtir toutes les formes, la virginité abyssale se corrompt en la multiplicité, tout en pouvant toujours retourner à la pureté originelle, substrat possible de toute forme. C’est à cette « transmutation » que se référaient les Alchimistes lorsque, parlant des opérations relatives au principe féminin, ils affirmaient que, de la Prostituée de Babylone (équivalent de la matière ayant pris forme en la multiplicité des individuations), l’on peut retourner à la Vierge des Philosophes (i.e. la potentialité et la virtualité primordiales de la nature). Et l’orgie rituelle a la même signification : elle aussi est une opération alchimique de transmutation. « (…) Les hommes perdent leur individualité dans l’orgie, se fondant dans une seule unité vivante. C’est ainsi que se réalise une confusion pathétique et définitive où l’on ne peut plus distinguer ni ‘forme’ ni loi’. On expérimente de nouveau l’état primordial, préformel, ‘chaotique’ — état qui correspond dans l’ordre cosmologique à L’indifférenciation’ chaotique d’avant la création (…). S’identifiant avec la totalité non différenciée, précosmique, l’homme espère revenir à lui restauré et régénéré, en un ‘un homme nouveau’ ».

Aussi paradoxal que ceci puisse paraître, c’est à travers l’orgie rituelle que l’on retourne à la virginité. C’est pourquoi Ishtar est Vierge, mais aussi Grande Prostituée, ou Prostituée Céleste, et que Shing Mon, la Vierge Mère chinoise, est aussi la patronne des prostituées ; vierges sont également les Houris islamiques, hétaïres célestes du sensuel paradis coranique, de même que la chrétienne Marie, l’une des incarnations les plus récentes d’un « mystère » antérieur â l’histoire des hommes. Et le même mystère est incarné par l’indienne Durgâ, l’Inaccessible, qui est également l’énigmatique patronne des rites orgiaques. 

On peut affirmer que la Sirène, symbole aqueux du féminin, incarne les deux valences antithétiques de l’archétype : extérieurement ardente sous son aspect de pornè émergeant des flots, la Sirène est froide et virginale par son corps plongé dans les ondes. 

La féminité abyssale, insaisissable en sa nudité, est également puissance — constructive et destructive. Comme telle, elle s’incarne en la « virgo païens », en l’Ishtar maîtresse des armes, en la Venus victrix, en la Durgâ indienne : « Pour le peuple (…) déesse terrifiante (…), [jour les quelques skahtas initiés, Durgâ est l’épiphanie de la vie cosmique en continuelle et violente palingénèse ». Une épiphanie qui tue quiconque n’est pas capable d’en soutenir la vision ; la vision de la « déesse nue », c’est-à-dire la contemplation de l’archétype en sa pureté, n’est en effet accordée qu’aux seuls initiés. 

La danse des sept voiles, avant de se dégrader en spectacle de lupanar ou en représentation folklorique, avait au départ cette signification rituelle : le passage à travers les sept degrés de l’initiation, prélude à la vision de la nudité absolue de l’archétype. Dans les Tantras eux-mêmes, l’utilisation magique de la femme totalement nue est une prérogative réservée aux seuls initiés. 

Du reste, les mythes concernant Actéon, Tirésîas, etc., auxquels nous avons déjà fait allusion, ont une signification identique.

La Femme magique.

Pour être telle, la Femme doit incarner toutes les valences de l’archétype : réceptivité, passivité, ductilité semblables à celles des eaux ; gardienne des rythmes de la vie à l’instar de la Lune ; conservatrice des formes, comme la Terre, et dépositaire de la puissance que, sur le plan humain. Ton peut identifier au magnétisme érotique — ce que, communément, on appelle le « charme », C’est en cela que consiste la force de la femme : elle est comme un pôle chargé électriquement qui doit être isolé pour empêcher qu’il ne se décharge. Ce n’était certes pas la manifestation d’un moralisme mesquin — abhorré de l’éthique traditionnelle — que d’imposer à la femme un certain comportement, jugé aujourd’hui « anachronique » : cela répondait, au contraire, au désir de se réaliser selon sa nature propre, de la façon la plus conforme possible à l’archétype que l’on incarne afin de se transcender. La femme de la Tradition est la matière fluide qui attend le sceau du mâle, la Terre qui solidifie les formes, conservant chez les descendants l’esprit familial de la lignée. Mais c’est surtout la gardienne de sa propre puissance, de son magnétisme, par l’intermédiaire de la pudeur — conçue non pas comme une vertu « paroissiale », mais comme un moyen de conserver intacte une force qu’il ne faut pas disperser au contact de la promiscuité. C’est ainsi que, selon les doctrines traditionnelles, la « magie » de la femme opère. 

A la pudeur est lié le « mythe « de la virginité physique qui a été aujourd’hui, comme on dit, « démystifié », L’ultime « barbare héritage de l’esclavage féminin » avait une signification spécifique d’ordre métaphysique. Est « vierge » une force à l’état primordial, aux commencements de sa manifestation, lorsqu’elle est la plus irrésistible — et la virginité chez une femme attestait la présence en elle du pouvoir mystérieux de la féminité dans toute la pureté de sa force. 

Elle est symbolisée par la « source scellée » de l’Hermétisme et du Cantique des Cantiques, source redoutable dont seul l’initié peut fracturer le sceau et qu’il sait canaliser sans être emporté. C’est la virginité de Durgâ l’inaccessible et des Eaux. Un tel pouvoir était considéré comme si terrifiant qu’à Rome, l’acte de déflorer l’épouse était confié à la statue ithyphallique du génie de la famille. Par ce rite, la femme sanctionnait également son appartenance à sa nouvelle gens, consacrant au numen symbolique de la race le pouvoir inhérent à sa virginité. 

Le moralisme vain et obtus du siècle dernier a considéré la virginité physique exactement comme un bien de consommation (qui, en tant que tel, apportait une plus-value commerciale aux jeunes filles à marier) et, ainsi ridiculisée, l’a soumise à la fureur iconoclaste du matérialisme contemporain. Réduite désormais à un lambeau de peau privé de toute implication magique, elle n’est plus considérée aujourd’hui que comme un honteux handicap dont il convient de se libérer au plus tôt si l’on veut éviter la marginalisation ainsi que des blocages sexuels traumatisants à certains partenaires — soit plus sensibles, soit plus progressistes, soit plus dévirilisés. Ce qui, dans nos sociétés — à l’exclusion peut-être du tiers-monde —, est le lot du plus grand nombre. 

Ce faisant, par soumission à l’esprit de l’époque, la femme renonce à sa force la plus mystérieuse que les anciens textes de magie sexuelle connaissaient très bien. Qu’a-t-elle obtenu en échange ? Rien ou tout, selon le point de vue auquel on se place. On met en avant la « conquête sociale » en vertu de laquelle la femme a acquis le droit de dilapider son pouvoir. Si elle le possédait, c’est du masochisme à l’état pur. Mais si, par contre, il n’existait plus ? Le slogan électoral « autogestion du corps » laisse supposer qu’il ne reste désormais plus rien d’autre à la femme que son corps. Dans ce cas, chair pour chair, quelle différence peut-il y avoir entre l’hymen et les amygdales ? 

On peut simplement s’étonner que, pour obtenir la reconnaissance d’une telle évidence, il ait fallu autant se battre. 

Le retour à l’Androgyne.

L’homme, la femme et l’amour.

Nous avons cherché jusqu’ici à préciser la nature du pôle féminin grâce à un examen typologique des mythes, des formes et des symboles au travers desquels les Anciens l’avaient reconnue comme l’éternelle virtualité en attente de recevoir une forme : la moitié féminine de l’Androgyne aspire à s’unir à l’autre moitié afin de réintégrer la perfection de l’Un primordial. L’homme et la femme doivent redevenir un pour réaliser la palingénésie. 

Mais leur fusion doit s’effectuer sous le signe de la transcendance : ce ne sont pas seulement les corps qui doivent s’unir mats, avant tout, les « principes », les « natures » : ce qui, chez l’homme, reflet de l’Un et de la transcendance, est être, immutabilité et activité doit vivifier au sens supérieur ce qui, chez la femme, est devenir, fluidité et passivité.

A l’homme revient de donner à la femme la forme — tandis que celle-ci, en un don total de soi, doit se transfigurer en l’homme, devenant consubstantielle à lui. C’est à cette union sacrée que font allusion les mythes de nombreux couples divins : Purusha, le dieu impassible, est uni à Prakrti, sa Force ; le dieu de la tradition kabbalistîque s’unit à sa Shekinah, comme Zeus à Métis, « la Sagesse » ; comme Shiva se fond avec Shakd, la Puissance et la Force-Vie du dieu, et à laquelle il donne une forme, une limite, une direction, à l’image du lit du fleuve qui donne une forme et un sens à l’écoulement des eaux — lesquelles lui procurent en échange vie et substance. Sur le plan humain, l’acception du concept de force-vie comme valence cosmique liée à la femme est à l’origine de tous les systèmes familiaux archaïques qui lui attribuaient le rôle de gardienne du feu, emblème de l’énergie vitale dont la femme était l’expression vivante et dont Vesta, déesse du foyer, était le symbole universel. C’est à la femme qu’il revenait d’évoquer rituellement la force sacrée du feu et d’en perpétuer le soutien à la famille, à laquelle le palet imprimait sa spécificité. Elle seule détenait ce pouvoir s’il est vrai que, une fois morte l’épouse du Flamen Dialis (et le Flamen est le prêtre du feu, comme l’atteste l’affinité avec jïmnma et avec Bhrahman-), celui-ci se voyait destitué de sa charge puisque seule la femme avait le pouvoir d’activer la force ignée qu’il dirigeait en un sens supérieur. 

C’est à cette fonction capitale remplie par la femme que remonte l’appellation d’« ange du foyer » — étiquette qu’aujourd’hui repoussent avec dédain, violence et sarcasmes nos ménagères. En fait, toute dimension sacrale de la vie disparaissant, le « foyer » en tant que siège symbolique d’une présence spirituelle n’existe plus, et cette expression sert plutôt d’hypocrite couverture à des activités purement matérielles et dégradantes que, dans l’Antiquité, l’on confiait aux esclaves ou aux animaux domestiques. Mais certainement pas à la femme.

Dans le mariage, reconstruction humaine de l’Androgyne divin, les deux principes sont, par conséquent, complémentaires : à l’héroïsme viril de l’activité correspond de façon égale l’héroïsme féminin de la passivité. De même que l’homme doit se réaliser de façon transcendante en annulant en lui tout abandon à l’indifférencié, au féminin, au passif, de même la femme doit-elle s’accomplir comme telle en donnant toujours plus de relief en elle à ces traits spécifiquement féminins que sont le don de soi, la réceptivité et la dépendance. Le mariage traditionnel est une alchimie spirituelle : les deux natures doivent être purifiées de toute scorie si l’on veut reconstruire l’absolu. C’est à ceci que fait allusion Nietzsche lorsqu’il « lance cette question » dans l’âme du lecteur afin d’en « connaître la profondeur » : « Es-tu le vainqueur de toi-même, maître de tes sens et de ta vertu ? Ainsi t’interrogé-je. Ou dans ton vœu est-ce la bête qui parle, et l’indigence ? Ou l’esseulement ? Ou la discorde avec toi-même ? (…) Tu dois construire plus haut que toi-même. Mais il faut d’abord que tu sois construit toi-même, carré du corps à l’âme. Tu ne dois pas seulement propager ta race en l’étendant, mais aussi en l’élevant. Que le jardin du mariage te serve à cela. Tu dois créer un corps supérieur, un premier mouvement (…). Tu dois créer un créateur. Mariage : c’est ainsi que j’appelle la volonté de créer à deux l’unique qui est plus que ceux qui l’ont créé ».

C’est cela l’amour au sens le plus éminent. Le « désir d’engendrer dans ta Beauté », le plus sublime des archétypes platoniciens, traduit le désir d’engendrer l’Androgyne des origines. C’est au même processus que se réfère Empédocle à propos des quatre éléments : Feu et Air, Eau et ferre, symboles du masculin et du féminin, divisés par la Haine qui tes a fait dégénérer en Chaos, doivent se fondre, grâce à la force de l’Amour, en l’unité immortelle de la Sphère, esprit sacré du divin qui concilie les contraires dans l’Un. 

A ce titre, le mariage était vécu comme une hiérogamie (« noces sacrées »). Conformément à cette conception, les civilisations traditionnelles ont conservé jusqu’aux époques proprement historiques certaines pratiques qui apparaissent « absurdes » au matérialisme moderne, tel que le sati indien (le sacrifice de l’épouse sur le bûcher de son mari), culmination du don de soi grâce auquel la femme se transformait en la substance de son époux ; ou comme l’usage du harem, qui avait, à l’origine, une fonction bien différente de celle que lui ont assignée les émirs pétroliers. La clôture du harem permettait aux femmes de cultiver un don total de soi, supérieur à la jalousie réciproque comme au désir de posséder égoïstement l’homme aimé. Car c’est en cela que consiste la pureté féminine : aimer sans poser de conditions, sans prétendre à l’exclusivisme sexuel, afin de réaliser la voie qui est la sienne. De telles considérations peuvent aujourd’hui se prêter à l’ironie facile de qui milite contre le pouvoir « phallocratique » et contre la culture « androcratique ». Il conviendrait toutefois de préciser que, dans l’esprit traditionnel, la « phallocratie » n’était considérée que comme un vulgaire priapisme, un sous-produit indigne et matérialiste de la virilité. Priape, d’ailleurs, expression de la sexualité sans frein comme Dionysos, appartient, comme nous l’avons vu, à la nature « féminine », incontinente, passionnelle et esclave de ses sens. Quant à l’« androcratie », au sens économique et social du terme, elle n’est que la désacralisation et la dégradation de la virilité contre laquelle la femme d’aujourd’hui se révolte à juste titre. 

Mais la femme de la Tradition ne s’offrait pas à un phallocrate mesquin, mais à un être digne de son don. C’est sur le même esprit que se fonde aujourd’hui encore l’état monastique ; lors de ses noces mystiques, la sœur se consacre à son Dieu, en une abnégation absolue afin de se transcender — exactement comme la femme se consacrait non pas tant à l’homme qu’au principe transcendant, et par conséquent divin, qu’il incarnait. II s’agissait d’orienter de façon sacrale sa propre vie en ayant en vue le dépassement de soi. En se « faisant chose » volontairement, la femme se transcendait elle-même.

Le Zarathoustra de Nietzsche n’enseignait rien d’autre : « Soif du Créateur, flèche et désir du Surhomme » (c’est-à-dire du dépassement de l’être humain), « parle, mon frère, est-ce là ta volonté de mariage ? je crois sacrée une telle volonté et sacré un tel mariage ». 

Les voies ésotériques du retour : « l’Alchimie ».

Le retour à l’Un est diversement représenté dans les doctrines ésotériques et initiatiques : Tantras, Soufisme, Kabbale, Gnose et, de façon particulièrement explicite. Alchimie ou Tradition Hermétique — la hierà téchne, l’« Art sacré » par excellence. Le Grand Œuvre alchimique consiste à séparer les deux natures, mélangées dans l’indifférenciée materia prima, et à les réunifier dans la fabuleuse « Pierre Philosophale », élixir de longue vie, après qu’elles aient été purifiées de toutes leurs scories.

La materia prima des Alchimistes est l’Androgyne matériel, le chaos primordial représenté dans le Tarot par le Diable, figure bissexuée portant le plus souvent, à la place du sexe, le signe du Mercure, emblème du Grand Œuvre. Le Diable-Androgyne est hyle, « materia prima », il recèle à l’étât chaotique les deux natures (masculine et féminine) que les opérations alchimiques doivent différencier pour ensuite les réduire à une pure essence ou « esprit » (c’est-à-dire à leur principe transcendant) et donc les réunifier en l’Androgyne divin. « Séparer les corps et condenser tes esprits » est la signification de la formule hermétique « Solve et coagula » écrite sur les bras du Diable. « Séparer les corps », cela signifie rendre immatériel tout ce qui est corporel, recueillir l’essence et « réduire » la multiplicité au principe premier ; « condenser les esprits » revient à fixer en une forme tout ce qui est informe. 

Le mysterium conjunctionis, les noces sacrées qui sont au cœur de renseignement hermétique, trouvent leur expression dans le Rebis, – resbis -, l’Androgyne transcendant, également représenté par le sceptre d’Hermès-Mercure autour duquel se disposent avec ordre les deux serpents, hiéroglyphe des deux natures purifiées et réduites à leur principe métaphysique. 

L’œuvre hermétique est la reproduction de la création et, parallèlement, la réintégration de l’homme à l’état primordial. Du Chaos au Cosmos, de l’humanité mortelle prise au piège du devenir à l’Être éternel. 

Bien différente est l’« alchimie » (si Ton peut dire) de la science la plus avancée, laquelle a transformé avec désinvolture le « mysterium conjunctionis » de l’homme et de la femme en un processus mécanique biochimique, se limitant à faire mentir la phrase de Nietzsche : « De bien courtes folies : voilà ce que vous, hommes, vous appelez amour ». La science, qui a phagocyté la sacralité, n’a pas épargné non plus la folie : l’humanité ne s’accouple pas pour réaliser sacralement sa propre complétude et pas davantage pour satisfaire un désir subjectif, mais au nom d’un aveugle déterminisme d’affinités. La joyeuse sensualité de Mimnerme (« Qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que la joie sans Aphrodite la Dorée ? ») se transforme en la sombre mascarade d’une solennelle et « scientifique » méditation : « Qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que le plaisir sans les glandes endocrines ? ». 

La tension vers le haut rétrograde au simple plan biologique et cède la place, dans la meilleure des hypothèses, aux « pulsions » freudiennes ou bien, mais seulement pour les plus éclairés, à un ascétique jeu d’attractions moléculaires. Voilà donc l’amour « démystifié » à son tour. Au reste, une fois disparue désormais la dimension sacrale de l’existence, il est malgré tout plus honnête de définir l’amour comme une attraction purement hormonale et mécanique plutôt que de l’identifier aux pâmoisons et aux fureurs désordonnées du déliquescent sentimentalisme bourgeois du dix-neuvième siècle. 


Source : « Femminilità e femminismo. Saggio sulla Donna nel Mondo della Tradizione », ouvrage d’ Edy Minguzzi publié à Gênes en 1980.