L’interview masculiniste : the chad Mos Majorum versus the virgin Youtube.

Consultez la section « à propos » du site mos-majorum.com, et dès la première phrase, l’auteur se révèlera à vous : « Je suis créateur de vidéos ». Voilà quelqu’un d’intéressant, car le plus souvent, on ne trouve sur internet que des personnes passives, qui réagissent au lieu d’agir, et qui critiquent au lieu de construire. Rencontrer un créateur, c’est donc plus rare, d’autant que tout créateur implique une création.

Mais quelle création ? – « La majorité de mes contenus sont antiféministes et d’inspiration MGTOW. Je cherche à proposer à mon public des analyses critiques et nuancées sur les hommes, les femmes, le féminisme et le rapport homme/femme dans le monde moderne ». Ah ! Il n’en fallait pas plus pour attirer l’attention des trois étendards ! Voilà un sujet d’étude fascinant, et pour l’explorer, il n’y a rien de mieux que de s’entretenir avec Mos Majorum lui-même.

Cette interview masculiniste sera divisée en trois parties, avec des questions sur les origines de l’œuvre de Mos Majorum, sur sa façon de travailler, et enfin, sur le résultat final. Une trinité : 1 le créateur – 2 le processus créatif – 3 la création.

Première partie : le créateur. 

Les Trois Etendards : Cette première question est, d’une certaine manière, la plus importante de toutes : Mos Majorum, pourquoi avez-vous décidé de créer une chaine youtube pour parler des « hommes, [des] femmes, [du] féminisme et [des] rapports homme/femme dans le monde moderne » ? 

Mos Majorum : J’ai toujours été mollement sceptique de la chose féministe. Les féministes avec lesquelles je discutais au hasard de mes rencontres me semblaient souvent déraisonnables. Cependant, n’ayant pas de solides arguments, je me contentais de fermer les yeux sur ce qui ressemblait à une lubie. 

J’ai réellement pris conscience de ce qu’était le féminisme quand je suis rentré dans le monde du travail. Là ce n’était plus de l’idéalisme mais au contraire la justification commode d’un certain nombre de vengeances, de favoritisme et d’abus. 

J’ai aussi compris que certains groupes de gens n’étaient jamais défendus. Une femme victime de harcèlement sexuel en entreprise aura 30 associations et toutes ses collègues pour la soutenir. Un homme dans le même cas ne doit s’attendre à aucune aide… Un ami m’a alors parlé du documentaire The Red Pill qui m’a fait découvrir toute une pensée que j’ignorais. J’ai passé un peu de temps à m’abreuver des contenus anglophones de qualité : Marcus (Groundwork for the metaphysics of MGTOW), Colttaine, TFM, Terrence Popp, et d’autres. 

Il y avait malheureusement peu de choses sur l’internet français en matière de pilule rouge. Donc je me suis lancé.  


LTE : Une étape difficile, lorsqu’on souhaite devenir un créateur, c’est de se donner un nom. Pourquoi avez-vous choisi de vous nommer « Mos Majorum » ? Qu’est-ce que cela signifie ? 

MM : Le terme n’est pas lié aux relations hommes/femmes ou au féminisme. Et dans un sens ce n’est pas grave. En revanche, le Mos Majorum est un programme pour les hommes, une sorte de condensé de valeurs (Mos, les mœurs) à acquérir. Et à une époque où la seule perspective qu’on propose aux jeunes hommes est de « déconstruire leur masculinité », il est bon de rappeler que d’autres voies sont possibles. Peut-être que l’aspect le plus subversif du Mos Majorum réside dans l’adjectif « majorum ». S’il y a des mos majorum, c’est qu’il y a aussi des mos minorum, et donc, qu’on peut hiérarchiser les mœurs. Une abomination selon le zeitgeist égalitariste !


LTE : Autre étape difficile : choisir le médium, c’est-à-dire le moyen par lequel vous allez transmettre votre contenu. Vous avez choisi de devenir un créateur de vidéo, ou « youtubeur », mais vous écrivez également des articles pour « MGTOW – France », vous utilisez donc à la fois le médium de la vidéo et de l’écrit. Pourquoi ne pas être « seulement » un Youtubeur ? A l’inverse, pourquoi ne pas être « seulement » un blogueur ?

MM : Le choix m’a paru assez évident. A l’époque de l’ouverture de la chaine, youtube était encore un espace de débats. Je sais que ça parait surprenant mais on pouvait encore trouver dans les tendances de youtube des vidéos « intelligentes ». On pouvait voir une vidéo et y répondre le lendemain, il y avait une réelle émulation. Aujourd’hui c’est beaucoup moins vrai. Le réseau est en cours de stérilisation parce que la plateforme ne souhaite plus héberger que du divertissement, de la musique et du contenu woke. 

L’idée d’écrire des articles à côté permet 2 choses : d’une part des articles très approfondis qui ne pourrait pas être digestes en vidéo (par exemple ceux sur le lien entre cerveau et sexe). D’autre part, des articles de réponse rapide à un élément d’actualité. Quand on a besoin de plusieurs heures de montage et qu’on travaille, on ne peut pas réagir dans la journée à un événement. 

Il faut bien reconnaître que l’écrit n’attire pas les masses, mais les deux formats sont complémentaires à mon avis. 


LTE : Vous êtes à votre aise dans les deux formats, mais entre nous, qu’est-ce que vous préférez vraiment : réaliser une vidéo ou écrire un article ?

MM : Dans l’absolu, je préfère l’écrit. La vidéo permet des choses que l’écrit ne permettra jamais (montrer ce dont on parle, jouer sur le montage…) mais sur la thématique on peut être beaucoup plus précis à l’écrit qu’à l’oral. C’est pour cette raison que je scripte mes vidéos, d’ailleurs. 


LTE : Autre étape cruciale : trouver son propre style. En ce qui vous concerne, vous avez choisi de faire des vidéos courtes (moins de 20 minutes en moyenne, avec quelques exceptions), sur un ton toujours sérieux, avec quelques touches d’humour et d’ironie, et sans jamais vous afficher (vous préférez l’anonymat). Pourquoi de tels choix ? Ces choix stylistiques étaient-ils prévu dès le départ, ou sont-ils nés au fur et à mesure que vous publiez des vidéos ? 

MM : Sur le ton, c’était un choix délibéré. De temps en temps ça me démange de faire un format purement humoristique mais j’ai choisi le format en fonction de l’audience que je voulais viser. Je trouve qu’il y a pas mal de vidéos d’humour, et j’avais envie d’avoir un angle différent. Mon audience, ce sont surtout des hommes jeunes, et pour beaucoup avec un niveau d’étude élevé. Selon mes statistiques j’ai environ 5-6 % de femmes aussi, assez éduquées et traditionnelles.

D’une certaine manière, le choix du ton permet déjà de filtrer les auditeurs. Quand on croit à un grand complot mondial pour imposer aux entreprises de discriminer les femmes via l’écart salarial, on ne regarde pas des vidéos sérieuses de 15 min. Le plus souvent les féministes qui s’égarent sur ma chaine commencent une vidéo, se mettent à fulminer au bout de 3 minutes et laissent un commentaire désobligent avant de partir. 

Pour ce qui est de la durée, elle m’a paru assez adaptée. On peut rarement bien traiter un sujet en moins de 10 min. Et on perd beaucoup d’audience au-delà de 20 min. Entre 12 et 15 min, c’est suffisamment long pour aller au fond des choses et suffisamment court pour être vu d’une traite.


LTE : Dans le même ordre d’idées, aviez-vous un plan d’ensemble au moment où vous aviez créé votre chaine ? 

MM : Je n’avais pas vraiment de plan d’ensemble prévu dès le départ. Il y a des vidéos que je voulais faire et que je n’ai pas faites, d’autre que j’ai faites au gré de l’actualité. 


LTE : Toujours concernant votre « style » de Youtubeur, vous avez fait le choix de ce que j’appelle la solidité conceptuelle (c’est-à-dire qu’on peut trouver dans votre contenu quantité de sources, de documents, de conseils de lectures, etc…). Pourquoi prendre la peine de « sourcer » vos contenus, alors que tant d’autres youtubeurs et blogueurs (masculinistes ou féministes) se contentent de donner leur avis ? Après tout, en faisant ce choix, vous gagnez en sérieux, il est plus difficile de vous contredire, mais cela rajoute une dose de travail supplémentaire (de recherche) lors de la création de la vidéo, est-ce que ça en vaut la peine, franchement, à l’heure où peu de gens prennent le temps de lire eux-mêmes les publications scientifiques ou statistiques ? 

MM : Pour ce qui est du travail de sources il me parait indispensable. Tout le monde peut donner son opinion, mais ce qui fait la valeur d’une opinion c’est principalement la qualité du raisonnement et la qualité des sources qui l’appuient. 

Justement, je crois que nous sommes dans une époque où tout le monde donne son avis sans jamais prendre le temps de se renseigner. Sur le cas du féminisme, je rencontre régulièrement des femmes qui peuvent me tenir un long monologue de 5 min sur la dangerosité des stéréotypes avec pour seule source un blog féministe de seconde zone. 

Ce qui me déplait dans le travail de sources ce n’est pas tant de devoir chercher les sources que de devoir débattre des sources ensuite. Côté recherche, c’est parfois frustrant de ne pas trouver de sources officielles (j’attends toujours une enquête INSEE sur la contribution fiscale en fonction du sexe et de l’âge…) mais dans le pire des cas, on essaye de trouver des chiffres dans d’autres pays occidentaux. Côté débat sur les sources, en revanche, je me retrouve souvent face à des gens qui ne partagent pas mon avis (ils en ont le droit) et cherchent à me convaincre en remettant en cause mes sources. On a le droit de critiquer mes sources, mais quand on le fait il faut avoir soi-même des sources de qualité. Or il y a une mauvaise appréciation de la qualité des sources, même chez les gens éduqués. Beaucoup de gens ne savent pas comparer la qualité de deux études (une méta-analyse avec 200 études et citée 2000 fois vaut mieux qu’une étude sur un échantillon de 30 personnes et faite par entretiens) et ont une exigence de qualité des sources à géométrie variable. On l’a encore vu dans l’affaire Raoult : les medias, tout fact-checkers qu’ils se prétendent, ont été incapables de juger de la valeur de l’étude du Lancet. Pour les journalistes, et par extension pour l’immense majorité de nos concitoyens, toutes les études se valent, et chaque étude est représentative de « LA science ». 

Est-ce que ça vaut la peine de citer de la littérature scientifique à chaque vidéo, franchement je me suis posé la question aussi. Mais finalement on en revient à la même conclusion que pour le format. Je ne vise pas l’immense majorité des féministes pour lesquelles les chiffres sont des prétextes, je vise un public critique et exigeant. 

Les études sur lesquelles s’appuient les féministes sont au mieux médiocres et au pire complètement bidonnées. Avec Osalnef quand on avait épluché les études sur le sujet des différences cérébrales/comportementales entre les sexes, on était tombé sur un certain nombre de pépites. A la limite que Simone de Beauvoir ou Françoise Héritier se trompent sur la taille du cerveau alors que le sujet est tranché depuis la fin du XIXème siècle, c’est un moindre mal. Ce qui est plus grave c’est qu’on a une méta-analyse comme celle de Hyde (The Gender Similarities Hypothesis, 2005) qui fait autorité dans le monde académique féministe et qui cherche à établir qu’hommes et femmes sont très similaires d’un point de vue cognitif. Problème : les différences faibles de Hyde auraient été considérées comme significatives par n’importe quel scientifique. Si j’applique la définition très spéciale de Hyde à un écart de QI, elle nous demande d’accepter que 5 points de QI ne constituent pas de différence. En ré-analysant ses données avec la métrique qui fait consensus dans la communauté scientifique (un écart de Cohen de 0.10), on trouverait que 70% des processus cognitifs présentent au moins une différence faible, soit le contraire de sa conclusion.  

D’ailleurs ce n’est pas le seul cas d’une étude féministe dont les résultats contredisent le titre. J’avais donné l’exemple dans une vidéo d’une étude sur l’hypocampe (une zone du cerveau). Selon le titre de l’étude, il n’y a pas de différence entre homme et femme. Sauf que dans le texte de l’article, on signale tout de même que l’hypocampe varie en taille au cours du cycle menstruel, un effet qui n’existe pas chez l’homme, par définition. 


LTE : Vous avez 31,8 K abonnés au moment où j’écris cette interview (Addendum : 33,5 K abonnés au 1er septembre 2020) . C’est un énorme succès. Vous étiez-vous fixé un objectif en termes de nombre d’abonnés ? Aviez-vous prévu d’en avoir plus de 30 000 ? 

MM : C’est une métrique, je la regarde de temps en temps mais je ne souhaite pas qu’elle influence ma ligne éditoriale. Et non, je ne m’attendais pas à dépasser les 10 K abonnés au début de mon aventure, donc c’est une bonne surprise. 


Deuxième partie : le processus créatif. 

LTE : J’ai évoqué dans une des questions de la première partie le fait d’être à la fois un youtubeur et un blogueur ; qu’est-ce qui vous prend le plus de temps : réaliser une vidéo ou écrire un article ? 

MM : Les vidéos prennent clairement beaucoup de temps à produire. C’est d’ailleurs un des intérêts du blog par rapport à la vidéo. Je dirais qu’en plus, les bots de youtube et le positionnement de la plateforme complique la vie des créateurs. On doit gérer toute la problématique du copyright, des demandes de retrait de vidéo, voire des strikes.  

En moyenne, je compte une dizaine d’heures de recherche pure en amont d’une vidéo, même si ce chiffre varie beaucoup en fonction des vidéos ou des contenus. La vidéo sur la différence entre les sexes, c’est une revue de l’état de l’art scientifique sur la question. On parle de grosso modo 500 papiers de recherche parcourus, comparés, et mis en perspective. Il y a quelques centaines d’heure de lecture et de vérification pour en arriver là. De l’autre côté du spectre, il y a aussi des vidéos plus rapides à faire, par exemple des vidéos de réponse.

Pour l’écriture d’un script, le temps de travail est assez lié au temps de recherche. En moyenne j’écris 4 pages A4 pour une vidéo d’une douzaine de minutes. Je dirais que je passe typiquement une petite heure par page. 

Une fois que j’ai écrit, je laisse reposer quelques jours, puis je relis à haute voix pour vérifier que rien n’accroche à la lecture. Je retravaille quand ça ne passe pas à l’oral. 

Pour l’enregistrement, c’est une paire d’heures. J’ai encore des progrès à faire sur la gestion du son, notamment je dois améliorer l’acoustique de ma pièce. Mais même sur la diction, ce n’est pas du tout évident d’avoir 15 min de vidéo sans aucune erreur de prononciation. Je pense que j’ai progressé en 2 ans, mais je peux encore faire mieux. 

Le montage de la vidéo c’est une des parties les moins amusantes. J’essaye de trouver des illustrations pour ce que je dis en gardant un style à peu près cohérent durant la vidéo. Dernièrement je me suis dit que c’était l’occasion de mettre des peintures en fond. J’ai quelques auditeurs qui apprécient vraiment la démarche et même moi je découvre des œuvres en cours de route. Le montage me prend une demi-journée. 

La miniature, la mise en ligne c’est relativement rapide. Par contre on a très souvent des mauvaises surprises avec les l’algorithme de Youtube qui est souvent perçu comme mystérieux par les créateurs. Personnellement je crois que c’est assez simple à comprendre : Youtube met en avant les médias mainstream progressistes sur tous les sujets de société (si on cherche féminisme sur youtube, on trouve des vidéos à 600 vues de France 3 Lorraine avant des vidéos critiques à plus de 100 000 vues, cherchez l’erreur). Les vidéos intelligentes ne sont pas les bienvenues sur Youtube, et encore moins les vidéos qui remettent en cause le dogme progressiste. Lorsqu’une vidéo marche, c’est grâce aux gens qui la partagent, et uniquement grâce à eux. 

Pour ce qui est des articles, j’y passe 3h environ de l’idée de départ à la forme finale. C’est beaucoup plus rapide. 


LTE : Parlez-nous de votre processus créatif. Par quoi commencez-vous : par l’idée, que vous cherchez à confirmer par des sources ? Par une source, qui vous permet de développer une idée ? Par une intuition ? Par une émotion ? Combien de temps vous faut-il pour créer une vidéo de 15 minutes environ ? Combien de temps vous faut-il pour écrire un article ?

MM : Le processus peut prendre plein de formes. Souvent c’est quand je tombe sur une source ou que je discute avec les gens. Quand je tombe sur une source intéressante, ça me permet d’affiner une intuition. Quand je discute avec les gens, je me rends compte que certaines croyances bluepill méritent un petit commentaire. 


LTE : Est-ce que vous êtes le genre d’homme qui crée une vidéo à la fois, et qui ne commence la prochaine que lorsque l’actuelle est terminée, ou êtes-vous le genre d’homme à créer plusieurs vidéos en même temps, quitte à les développer parallèlement et à en publier une dès lors qu’elle est achevée ? En d’autres termes, êtes-vous un homme ordonné ou un gros bordélique ? 

MM : Niveau organisation ça varie un peu. J’ai des phases où je sais très bien ce que je veux traiter et ça s’enchaîne bien. Et puis j’ai des phases où j’ai plusieurs idées en même temps et je ne suis pas certain de laquelle je dois privilégier. Du coup je commence des scripts, des brouillons et puis je les abandonne avant l’enregistrement et le montage si je ne suis pas satisfait du résultat. Dernièrement, l’actualité tourne intégralement autour de la seule thématique sanitaire, on dirait que le monde s’est arrêté et c’est plus difficile de trouver des sources d’inspiration… 


LTE : Est-ce que l’actualité décide pour vous des sujets que vous allez traiter, ou est-ce que vous décidez vous-même des sujets à traiter sans vous laisser influencer par les sujets « brulants » du moment ? 

MM : Justement, j’allais en parler. Dans les phases un peu moins organisées, c’est souvent l’actualité qui pose problème. On a très peu de temps pour répondre à de l’actualité, typiquement moins d’une semaine. Et la grande question du créateur de vidéo face à l’actualité c’est « est-ce que cette déclaration/mesure/action mérite VRAIMENT une vidéo ? Est-ce que ça fera date ? ». Je n’ai pas vraiment envie de faire de la pure réaction à de l’actualité chaude. Du commentaire d’actualité il y en a beaucoup, donc je voudrais privilégier des vidéos de fond. Je ne m’interdis pas de répondre à de l’actualité, si par exemple une loi sur la PMA passe. Mais ce n’est pas ma priorité. 


LTE : Est-ce que vous vous tenez informé de ce qui se fait dans l’androsphère ? Dans la manosphère ? Dans les milieux féministes ? 

MM : J’écoute régulièrement les contenus des autres créateurs et je suis le travail qui se fait outre-Atlantique. J’ai noté une baisse de cadence dernièrement que j’attribue à d’autres actualités plus pressantes (Coronavirus, BLM). Pour ce qui est des milieux féministes, je lis certains des essais qui sortent pour me faire une idée, je suis un peu les productions des porte-voix du mouvement sur Slate/HuffingtonPost/Libération/LeMonde et je suis de près ce qui se passe du côté étatique (HCEfh, Secrétariat d’Etat…).


LTE : Vous écrivez des articles pour « MGTOW – France », mais avez-vous songé à écrire plus que des articles, c’est-à-dire à écrire carrément un livre ? 

MM : J’y ai songé. Pour l’instant je n’ai pas encore pris de décision à ce sujet. Non pas que je n’ai rien à écrire, mais de nos jours, je crains que le compromis entre effort/coût et ventes soit assez défavorable dès qu’on n’a pas l’ensemble des relais médiatiques dont bénéficient les féministes. Je vais préfacer le livre qu’Osalnef est en train d’écrire et j’attends de voir son retour d’expérience. Peut-être que je sauterais le pas…


LTE : Je l’ai évoqué dans la première partie, vous avez fait le choix de l’anonymat. Entre nous, vous n’affichez pas votre identité, et vous créez des vidéos youtube sur votre temps libre, en permettant à ceux qui le veulent de vous soutenir via votre Tipeee… Alors qu’il y a des féministes qui s’affichent à visage découvert sur les réseaux sociaux avec leurs véritables noms et prénoms, qui ont fait du féminisme leur business, et qui perçoivent des subventions de l’État, n’est-ce pas une preuve supplémentaire que nous vivons dans un patriarcat ?

MM : Tout à fait, avoir des féministes au gouvernement prouve bien que le Patriarcat règne en France. Plus sérieusement, le lobbying pro-féministe est colossal. Rien que le financement du gouvernement se chiffre à 1,116 milliards (je prends en compte la diplomatie féministe), et on pourrait rajouter des institutions comme l’ONU femme ou encore les subventions de centaines d’associations féministes. 

Le message féministe, pour débilitant qu’il soit, est très addictif pour la majorité des femmes. Ce qui me fascine c’est à quel point ce mouvement incarne la fausse dissidence. La plupart des féministes s’imagine réellement lutter contre une oppression totalitaire alors que paradoxalement elles sont parfaitement libres de coller des affiches contre la culture du viol, vitupérer contre les hommes (Men are Trash) ou se promener en manifestation. Et avouons-le, le message féministe est partout : à la radio, à la TV, dans tous les journaux, des grands magasins comme le Printemps vous proposent de faire des dons à des associations féministes, les libraires ont tous mis en place un rayon dédié pour les livres de Titiou Lecoq et Mona Chollet… Les seules oppositions au féminisme, la droite et l’Eglise essayent de rejoindre le mouvement. C’est à se demander contre qui luttent les féministes…


Troisième partie : la création. 

LTE : Parlons maintenant de votre « œuvre », vous avez annoncé la couleur dès les origines : vos vidéos sont « d’inspirations MGTOW ». C’est un phénomène qui a pris de l’ampleur ces dernières années, et qui, à n’en pas douter, continuera de faire parler de lui. Je suppose que vous êtes à l’image de votre contenu, et que vous êtes donc vous-même un MGTOW, qu’est-ce que cela vous a apporté personnellement ? Et si vous aviez un reproche / une critique à faire sur ce phénomène, quel serait-il ?

MM : Je suis redpill, pour sûr. Et plutôt de tendance MGTOW dans le sens que je n’envisage pas le mariage. D’autre part je ne considère souhaitable d’avoir des enfants qu’à la condition d’avoir autorité sur sa propre famille, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. 

Le plus important peut-être dans le message MGTOW c’est que personne, ni femme, ni société, ne travaille à l’épanouissement des hommes. Et donc il faut être acteur de la mise en œuvre de son propre épanouissement et compter surtout sur soi-même dans ce domaine. 

Dans un sens, j’ai appris aussi que la résistance molle pouvait être efficace. Quand on est jeune on a tendance à vouloir adhérer à fond ou rejeter à fond. Et MGTOW est une invitation à s’opposer autrement, par la fuite ou le manque d’enthousiasme. Il n’y a ni manifestation, ni action médiatique, mais la démarche fait écho chez de plus en plus de gens et pourrait s’avérer plus efficace que les formes classiques de combat politique. 

Si j’avais une critique sur MGTOW, elle serait liée à une tendance chez une partie de la communauté à sombrer dans une forme de paresse. La frontière entre choisir ses fréquentations et s’isoler complètement est plus fine qu’on ne pourrait le croire. Or, il est difficile de conserver son ambition et sa motivation quand on échange peu avec le reste du monde. Avoir beaucoup de temps pour soi et pour ses projets c’est bien, mais encore faut-il avoir des projets et des passions. 


LTE : En tant qu’animateur d’un blog masculiniste, je m’intéresse aussi aux contenus MGTOW, que j’approuve en très grande partie, mais je rappelle toutefois que les MGTOW ne représentent qu’une partie de l’androsphère. Avec votre chaine Youtube (33,5 K abonnés), celle de « l’Observateur » (32,3 K abonnés) et celle de « Osalnef » (11,8 K Abonnés), on peut dire que les MGTOW sont certainement les masculinistes les plus « visibles », pour ne pas dire les plus « bruyants », à tel point que je redoute qu’on finisse par confondre l’ensemble « masculiniste » avec le sous-ensemble « MGTOW ». Qu’en pensez-vous ? 

MM : Le féminisme est bien adapté à la psyché féminine : on y parle beaucoup, on y exprime son ressenti et son ressentiment, on y trouve une source infinie de compliments sur les femmes courageuses/fortes, on s’y retrouve en groupe, on fait des actions symboliques… Mon sentiment c’est que MGTOW est le courant le mieux adapté à la psyché masculine : solitaire, discret, dans l’action plutôt que dans la parole. Face à la pression qui pousse les hommes à jouer le mauvais rôle et à faire le sale boulot, la pensée MGTOW consiste à agir en pensant « désolé, mais ça sera sans nous ». C’est court, simple, efficace. 

Une bonne partie de la visibilité de telle ou telle branche ne se décide pas à mon niveau d’ailleurs. Des créateurs plus établis disséminent des concepts par petites touches. Des gens comme Raptor Dissident, Valek, Psychosauce, Bruno Salé, Papacito mettent tous en avant des éléments de pilule rouge dans leurs contenus. En fonction du créateur les concepts sont plutôt viriliste, ou anti-féministes. Charge au curieux ensuite d’approfondir. Et pour cela, un terme comme MGTOW est une clef pour trouver des informations via les moteurs de recherche. Beaucoup plus qu’antiféminisme ou virilisme.  


LTE : Plus largement, que pensez-vous des dynamiques entre les différents groupes de l’androsphère (MGTOW, MRA, RedPill, LMS, « virilisme », etc…). 

MM : Dure question que celle-ci. Je crois qu’en France, on n’est pas encore au stade où les camps sont très bien délimités. Les mêmes personnes qui s’intéressent à MGTOW trouveront intéressant des contenus MRA ou parfois des contenus de drague. Occasionnellement, il y a des attaques d’un camp envers l’autre, mais ça reste à la marge. 

Dans l’absolu, il y a tout de même beaucoup plus de choses en commun entre un MRA et un MGTOW qu’entre un MGTOW et une féministe. 


LTE : Avez votre audience, je vous trouve très bien placé pour devenir une sorte de « Anthony D. Johnson » de l’androsphère, c’est-à-dire celui qui pourrait fonder un équivalent français de la « 21 Convention ». Qu’en dites-vous ? 

MM : Pourquoi pas ! Je pense qu’on gagnerait tous à échanger nos idées. On pourrait même envisager de le faire à l’échelle européenne. En tout cas c’est une bonne suggestion.


LTE : Votre vidéo la plus vue est : « NEWS / Débat : Fiona Schmidt enrage contre Julien Rochedy », malheureusement, il me semble que cette vidéo ne reflète pas l’ensemble de votre travail, dans la mesure où vous faites bien davantage que de commenter les débats des autres. Quelle est, selon vous, la vidéo de vous qui devrait être la plus connue.

MM : Ce n’est objectivement pas la vidéo que j’aurais voulu montrer en premier à un auditeur qui ne me connait pas, mais bon, on ne choisit pas. Disons que les vidéos les plus humoristiques marchent mieux que les vidéos de statistiques pures. Je préfèrerais être connu pour la vidéo sur le sexe et le genre, par exemple.


LTE : Votre vidéo la moins vue est le « live » que vous aviez fait à l’occasion de votre passage à 10 000 abonnés, regrettez-vous que cette vidéo soit la moins connue ?

MM : Non, pas de regret. Pour les gens qui ont du temps les lives sont sympathiques, mais je comprends bien que beaucoup de gens n’ont pas 2h de temps devant eux. 


LTE : Quelle est la vidéo dont vous êtes le plus fier ? Pourquoi ?

MM : Dernièrement, je suis assez content de ma vidéo sur le lien entre GLFF et féminisme. Je crois que j’aborde là un sujet jamais traité dans l’androsphère jusqu’ici (même à l’étranger, je n’ai pas souvenir que le sujet soit traité).


LTE : Quelle est la vidéo dont vous êtes le moins fier, ou disons, que vous souhaiteriez refaire, réécrire ou améliorer ? 

MM : Probablement la courte vidéo sur la libération sexuelle. Elle a beaucoup tourné alors que franchement, j’aurais pu faire un travail plus qualitatif dessus. J’ai rajouté un addendum à cette vidéo pour réparer cela… On voudrait tous que nos vidéos les plus diffusées soient celles qui sont les plus travaillées et parfois ce n’est pas le cas. 


LTE : Quels rapports entretenez-vous avec les autres youtubeurs de l’androsphère

MM : Globalement je pourrais les classer en 3 grosses catégories : ceux avec qui je n’ai aucun contact ou presque, ceux avec qui les relations sont houleuses, et les youtubeurs avec qui j’échange de temps à autres. Des gens comme Osalnef, Alexis Fontana, RDZ, Le Rektorat, Radu Stoenescu, Cochon Masqué et bien d’autres avec qui il m’arrive de boire une bière. 


LTE : Quels rapports entretenez-vous avec les féministes ? Avez-vous des contacts avec des youtubeuses féministes ? Avez-vous songé à faire des vidéos en live et en duo avec des féministes pour débattre, à la manière du Youtubeur Italien Marco Crepaldi

MM : Les féministes, c’est toujours compliqué. Dans la vraie vie, il m’arrive de débattre longuement avec elles. Elles ne savent pas que je tiens une chaine sur le sujet, donc ne partent pas spécialement avec un a priori. Parfois j’arrive à faire passer une idée ou deux, parfois pas vraiment.

Sur internet c’est une autre affaire. La plupart des féministes qui se définissent comme telles et son actives sont des militantes sans aucune ouverture d’esprit. Je laisse parfois des commentaires sur des vidéos youtube de féministes, et parfois sur des toutes petites chaines. Je ne cherche pas à les enfoncer, juste à signaler mes désaccords ici et là dans leur vidéo de manière constructive. Je n’ai au mieux pas de réponse et au pire mon commentaire disparait magiquement dans les heures qui suivent. J’ai ouvert ma porte à plusieurs reprises à des féministes pour un débat. Publiquement et en privé. Dans l’idéal sous la forme d’une discussion en live pour éviter toute altération au montage. Pour l’instant, je n’ai pas de candidates. 

Les seules « propositions » que je reçois sont celles d’étudiantes ou de journalistes féministes. Je ne ferme pas la porte a priori, mais les propositions que je reçois sont tellement farfelues que je ne peux pas y répondre favorablement. Et puis dans l’androsphère, on commence à avoir l’habitude des fameux journalistes qui tronquent ou déforment les propos des intervenants pour écrire des articles à charge. 

Pour revenir aux féministes, ce qui me frustre c’est que l’immense majorité de celles que je rencontre (sur internet et dans la vie) méconnaissent leur propre sujet. On pourrait se dire qu’elles connaissent leurs statistiques sur le bout des doigts, ce n’est pas le cas. On pourrait se dire qu’à défaut, elles connaissent l’histoire de leur mouvement par cœur, et c’est à peine si elles savent citer la date du droit de vote ou de l’avortement. On pourrait se dire que faute de mieux, elles ont au moins lu les textes marquants des figures du féminisme. Pourtant, j’ai l’impression de leur faire découvrir les appels au meurtre du SCUM manifesto, la pédophilie des Monologues du vagin ou la vie sulfureuse de Simone de Beauvoir. C’est une vraie incompréhension chez moi. Comment peut-on se considérer comme militante pour un mouvement qu’on ne connait même pas ? 

Au bout du compte j’ai l’impression que le féminisme contemporain se découpe entre les ignares moutons (ignares, pro-féministe parce que c’est dans l’air du temps. Exemple : Usul), les ignares militants (ignares, militant avec 4-5 slogans/concepts. Exemple : Fiona Schmidt), les ignares hystériques (ignares, écorchés par la vie, convaincus que la radicalité des propos fait avancer la CaUsE. Exemple : Margueritte Stern), les conceptualistes délirants(rarement rigoureux, ils inventent des mots ou des concepts jamais mis à l’épreuve des faits et déplacent tout débat du monde réel au monde des concepts. Exemple : Paul Preciado, ou quand on fusionne ce profil avec l’ignare hystérique : Valérie Rey-Robert) et les curieux éduqués (souvent passifs, intéressés par la thématique intellectuellement mais non politiquement. Exemple : Peggy Sastre). La seule catégorie qui puisse générer des débats constructifs est la dernière, et malheureusement c’est celle qui attire le moins les caméras.


LTE : Certaines de vos vidéos sont consacrés à des sujets qui sont encore trop peu développés, sur lesquels il n’y a pas ou peu de sources, à tel point que cela nécessite de faire des néologismes (le « gynovictimisme », la « tradasse »), comment avez-vous fait pour élaborer une réflexion sur des sujets peu connus, peu « sourcés », en dehors des milieux masculinistes ? 

MM : Les concepts derrière ces vidéos existent déjà en anglais. En France, on sent confusément qu’il y a une réalité mais on n’a jamais fait l’effort de mettre un terme dessus. Derrière le mot, il faut faire l’effort de définir la réalité. Qu’est-ce qui la caractérise ? En quoi est-ce que c’est différent d’autres concepts proches ? Est-ce qu’on en a parlé par le passé, même sous d’autres termes ? C’est pratiquement un travail de sociologie…


LTE : Il est d’usage de dire, sur YouTube, que « chaque vidéo a une deuxième vie », c’est-à-dire qu’en dessous de chaque vidéo, dans l’espace commentaire, les échanges peuvent contenir d’excellentes idées, des débats passionnés, des sources supplémentaires, des critiques acerbes, etc… Quel est le meilleur commentaire que vous ayez reçu ? Quel est le pire commentaire que vous ayez reçu ? Êtes-vous globalement satisfait du « niveau » des échanges dans les espaces commentaires ? 

MM : Globalement je suis assez content des commentaires que je reçois. Je n’ai plus le temps de tous les lire, mais en moyenne ce sont des commentaires constructifs. Pour moi c’est ce qui compte le plus. Un bon commentaire c’est un commentaire qui apporte quelque chose, qui me donne un fait, une piste de recherche, une contradiction intelligente. Un mauvais commentaire à l’opposé c’est un commentaire qui ne contient qu’une insulte par exemple. 


LTE : Par l’ensemble de votre « œuvre youtubesque », vous avez contribué à faire voir le féminisme pour ce qu’il est réellement, et nombreux sont les auditeurs qui, grâce à vous, ont pris « la pilule rouge ». Pensez-vous qu’un jour, la majorité des hommes français seront « redpillés » ? Ou bien est-ce que la pilule rouge / le masculinisme / le mouvement MGTOW resteront toujours des « niches » sur internet ? 

MM : La redpill se diffuse en France. Nombreux sont ceux qui ne mettent pas de nom dessus, mais même les statistiques de l’IFOP témoignent d’un désintérêt grandissant pour les relations homme/femme, qu’on pourrait interpréter comme une mouvance MGTOW invisible. 

Si j’en crois ce qui s’est produit avec la communauté de la séduction des années 2000, je m’attends à ce que la décennie qui s’ouvre soit la décennie de la Pilule rouge en France, sous toutes ces formes. Des concepts, certes édulcorés, passeront dans la culture populaire. C’est déjà un peu le cas avec les mèmes qui mettent en avant les chads, les gamers nordiques, etc. Souvent déconsidéré, le mème est en réalité l’une des rares formes d’art contemporain : subversif, démocratique et populaire. 

Ensuite, il est vraisemblable que le message perde en précision et que le domaine soit envahi par des femmes prétendument pilule rouge. C’est ce qui s’est produit avec la communauté de la séduction et le résultat c’est que ces femmes ne font que galvauder les concepts pour les mettre au service du gynocentrisme et de leurs intérêts particuliers. Mais la pilule rouge saura se renouveler et prendre une nouvelle forme, j’en suis convaincu.


LTE : Vous déciderez de la dernière question : quelle question auriez-vous aimé que je vous pose sur votre contenu ? Pourriez-vous répondre à votre question ? 

MM : Je crois que vous auriez pu me demander comment on fait prendre la pilule rouge à un ami. On me pose cette question assez régulièrement, alors autant y répondre ici. C’est très frustrant d’avoir une meilleure compréhension du monde que cet ami en question, et il est tentant de tout lui déballer pour lui faire ouvrir les yeux. 

Le drame c’est que l’immense majorité du temps nous ne sommes pas réceptifs à de nouvelles idées. Chez les hommes, la pilule rouge se prend très bien après une rupture, ou un divorce mais il faut respecter que chacun découvre le monde à son rythme. En attendant le mieux serait de faire remarquer des choses ici et là de manière anecdotique (hypergamie, attirance pour les bad boys, biais de la société en faveur des femmes…) et plus tard, l’ami recollera les morceaux. L’art et la culture peuvent aider aussi à ce sujet. J’avais parlé de la pilule rouge dans le Petit Prince, on pourrait la voir aussi dans Belle du Seigneur et dans quantité d’autres livres ou films. C’est autant de graines que la vie fera germer ! 


Mos Majorum, merci pour votre temps et vos réponses, on peut vous trouver en cliquant sur les liens suivants : Youtube Café des Hommes / Tipeee Bitchute Solid.tube