L’homme trop mûr (XI). Le syndrome du « vrai homme ».

Le « vrai homme » ou « vrai mari » est, hélas, un produit typique de la dégradation matriarcale de notre temps. La peur douloureuse de l’incohérence avec l’image d’un « vrai homme », imposée par la communauté féminine, hante ces hommes pendant toute leur vie. De là vient une masculinité ostentatoire et délibérée, rejetant l’impolitesse, une sorte de bravade pseudo-masculine ostentatoire et choquante.

Le plus souvent, un « vrai homme » a grandi dans une famille inférieure, privé d’une véritable éducation masculine. Soit il n’avait pas de père, soit le père ne vivait que « nominalement » dans la famille, un père qui n’était qu’une ombre, qui vivait sous le « talon » de la mère du futur « vrai homme ». 

A l’âge mature, le père était le plus souvent, soit mort d’une maladie cardiovasculaire, soit mort à cause de son alcoolisme. En conséquence, le « vrai homme » est le produit de l’éducation des femmes. 

La principale caractéristique commune des soi-disant « vrais hommes » est une forte réticence à utiliser le principal organe masculin – le cerveau. Toutes les idées que se font ces hommes sur les relations hommes-femmes sont absolutistes : c’est soit tout noir, soit tout blanc, et toutes les situations sont évaluées à partir de la même idée de base : « un vrai homme ne ferait pas ça ». Expression caractéristique : « Tu es un homme ou pas ? ». Des complexes profonds, issus de l’enfance, se cachent naïvement derrière l’agressivité ostentatoire et la virilité prétentieuse.

Un « vrai homme » est convaincu qu’il doit se marier, et que cela doit être un mariage tout ce qu’il y a de plus officiel, sinon, il pense qu’il n’est pas un vrai homme – la répétition de ce genre de dogme que des femmes lui ont enseigné, et qu’il prend pour le fruit de sa propre réflexion, est l’un des attributs caractéristiques de ce genre de « vrai homme ». 

Un « vrai homme » fait l’objet d’une exploitation impitoyable par sa femme, sa belle-mère, et peut-être même par sa fille adulte. Bien sûr, cette exploitation est basée sur le qualificatif même de « vrai homme », et sur le sentiment de culpabilité que l’on a implanté en lui : il a peur et il aura peur jusqu’à la mort de ne pas être perçu comme un « vrai homme », c’est une sorte de peur qui est du ressort du réflexe pavlovien. 

Souvent, le « vrai homme » est cocu depuis longtemps, et même ça, il ne le soupçonne même pas. Même s’il vient à découvrir les trahisons de sa femme, alors il va très probablement… pardonner et « comprendre », parce que, voyez-vous, c’est un « vrai » homme. Et les « vrais hommes », comme le dira sa femme, sont « magnanimes, compréhensifs et indulgents ». Il écoutera patiemment, la tête baissée, les reproches hystériques qui lui sont faits, selon lesquels « il ne lui a pas donné l’attention qu’elle méritait », « qu’elle ne se sentait pas (traitée) comme une femme » – bref, tout le charabia féminin traditionnel, dont l’objectif est non seulement de permettre à la femme de justifier son comportement, mais aussi de contre-attaquer le mari « insensible » en renforçant en lui la peur et la culpabilité. 

Les « vrais hommes » peuvent être observés dans les garages ou les cours (d’immeubles), où ils essaient en vain de ressusciter une estime de soi morte depuis longtemps avec de la vodka et des nombreuses histoires sur leur « coolitude ». Le principal lieu de concentration des « vrais hommes » est le cimetière, où, poussés par un sens constant du devoir, par la pression psychologique de la famille, et épuisés par 2 à 3 emplois et des années de consommation d’alcool, ils sont enterrés vers 50-55 ans : après tout, ils ne se soucient pas de leur santé, ne se reposent pas et parce qu’un « vrai homme » ne va pas chez le médecin. 

Très clairement, on peut voir apparaitre des « vrais hommes » dans le film « Дикари » (film comique russe datant de 2006) : ce sont trois paysans ridicules qui, sur l’ordre de leurs grosses femmes, ont arrêtés de faire ce qu’ils faisaient (boire de la vodka) pour aller défendre leur « honneur » et la « moralité publique » en allant gronder deux filles qui avaient osé aller nager nues dans un endroit désert. 


Source : « Синдром « настоящего мужЫка » ». 

Illustration : Elly Fairytale.

Auteur : Dmitry Seleznev (Дмитрий Селезнёв).