La guerre contre soi-même.

La guerre et le conflit se conduisent et se gagnent par la stratégie. Visualisez-la comme une série de lignes et de flèches indiquant un but : obtenir un certain statut, se débarrasser d’un obstacle, encercler et détruire un ennemi. Mais avant que de diriger ces flèches vers ses adversaires, il faut commencer par les diriger vers soi.

Le mental est le point de départ de toute guerre et de toute stratégie. Un esprit facilement débordé par ses émotions, ancré dans le passé et non dans le présent, ne sachant pas être lucide dans l’urgence, sera forcément incapable de mettre en place des stratégies efficaces.

Pour devenir bon stratège, trois étapes doivent être franchies. D’abord, il faut prendre conscience des faiblesses et des défauts qui, parfois, prennent le dessus sur le mental et pervertissent les facultés ; ensuite, se déclarer la guerre à soi-même pour avancer ; enfin, se battre sans relâche contre ses ennemis en appliquant des stratégies bien précises.

Les quatre chapitres suivants vous feront prendre conscience des désordres qui perturbent encore probablement votre esprit, et ils vous arment de stratégies spécifiques pour les éliminer. Ces chapitres sont des flèches à diriger contre vous-même. Une fois que vous les aurez bien assimilés, dans la théorie comme dans la pratique, ils serviront à vous corriger dans tous les combats à venir afin de libérer le grand stratège qui sommeille en vous.

1.

Déclarez la guerre à vos ennemis.

La stratégie de la polarité.

La vie est un combat sans fin, et vous ne pouvez vous battre efficacement sans identifier vos ennemis. Ils sont généralement subtils et fuyants, déguisent leurs intentions, font semblant d’être de votre coté. Vous avez besoin de clarté. Apprenez à débusquez vos ennemis, contraignez-les à se révéler par des signaux et des schémas qui mettront à jour leur hostilité. Ensuite, une fois que vous les aurez bien cernés, déclarez-leur intérieurement la guerre. Comme deux aimants opposés créent le mouvement, vos ennemis – vos opposés – vous fournissent un but et une direction. Parce qu’ils sont sur votre chemin, parce qu’ils représentent tout ce que vous détestez, parce qu’ils vous font obstacle, vos ennemis sont source d’énergie. Ne soyez pas naïf : avec certains d’entre eux, il ne peut y avoir aucun compromis, aucun terrain d’entente. 

2.

Nayez jamais une guerre de retard. 

La stratégie de la guérilla psychologique.

En général, ce qui vous empêche d’avancer, c’est le poids du passé, des attachements inutiles, la répétition de formules éculées et le souvenir d’anciennes victoires et défaites. Vous devez faire consciemment la guerre au passé et vous obligez à réussir dans le présent. Soyez impitoyable avec vous-même : pas question de répéter les mêmes méthodes. Vous devez parfois vous forcez à prendre une nouvelle direction, même si cela comporte un risque. Ce que vous perdrez en confort et en sécurité, vous le gagnerez en effet de  surprise, avantage considérable pour la victoire. Battez-vous comme un maquisard, sans ligne de défense stable ni citadelle exposées : tout doit paraitre fluide et mobile. 

3.

Au cœur de la tempête, gardez la tête froide.

La stratégie de léquilibre. 

Dans le feu de l’action, on a tendance à perdre la tête. Vous êtes confrontés à beaucoup de choses en même temps – contretemps imprévus, doutes et critiques de la part de vos alliés.  Il est alors dangereux de répondre en se laissant guider par ses émotions, par la peur, l’angoisse ou la frustration. Il est pourtant vital de garder la tête froide, de ne pas perdre ses moyens quelque soient les circonstances. Aux tiraillements émotionnels de l’instant, vous devez opposez une résistance active : restez ferme, confiant et agressif quoi qu’il arrive. Endurcissez-vous en vous exposant à l’adversité. Apprenez à vous détachez du chaos du champ de bataille. Laissez les autres perdre leur sang-froid ; que votre solidité vous garde hors de leur emprise et vous permette de maintenir le cap.  

4.

Créez un sentiment durgence et de désespoir.

La stratégie du dernier carré.

Vous êtes votre pire ennemi. Vous perdez un temps précieux à rêver de l’avenir au lieu de vous impliquer dans le présent. Si rien ne vous parait urgent, vous ne vous investissez pas à fond dans ce que vous faites. La seule façon de changer cela, c’est de passer à l’action et d’être soumis à une pression extérieure. Mettez-vous dans des situations ou vous avez trop à perdre pour gaspiller du temps ou des ressources ; si vous ne pouvez vous permettre de perdre, vous ne perdrez pas. Coupez les liens qui vous attachent au passé. Jetez-vous dans l’inconnu, là ou vous ne pouvez compter que sur vos propres talents et votre propre énergie. Formez le dernier carré, c’est la dernière manœuvre de résistance d’une armée entièrement cernée. 


Robert Greene. Stratégie : les 33 lois de la guerre.

Illustration : Emre Can.