Upanishads mineures : les 16 Upanishads du Renoncement.

Aruni Upanishad – Upanishad du Sage Aruni.

Prajapati, aspect de Brahma, le Créateur, donne un enseignement au sage Aruni, venu lui demander comment se libérer des chaînes karmiques. Seul le renoncement absolu peut mener à la libération définitive. Cette Upanishad, brève mais compacte, éclaire en détail les injonctions de vie pour un Brahmacharin (étudiant sous vœu d’abstention) et pour un Sannyasin (renonçant engagé dans la vie errante).


Avadhuta Upanishad – Upanishad de l’ascète balayé par le vent.

Dattatreya, le grand Avadhuta (stade de réalisation au-delà de celui du Parama Hamsa), enseigne au sage Sankriti la nature de l’Avadhuta, son fonctionnement et son comportement.

Dans cette Upanishad, la notion de l’Avadhuta rejoint celle du Hamsa, l’ascète-cygne, car la métaphore de l’oiseau de l’âme est celle qui vient le plus spontanément à l’esprit : le Soi à la recherche du Soi suprême est tel un oiseau qui, bien au-dessus de la vie des hommes, a quitté ses attaches sociales pour partir à la recherche du Brahman ; l’âme est un oiseau qui migre, libre, sans attaches, parcourant l’immensité céleste pour trouver le séjour suprême. Plus précisément, cette Upanishad pousse la métaphore jusqu’à associer quatre types de béatitude (joie, délices, délice extrême, félicité suprême, qu’il connaît au fur et à mesure de sa réalisation) aux parties constitutives de l’oiseau. 

Suit un monologue alerte où l’Avadhuta se présente lui-même, tout en se comparant sans fausse modestie à l’homme profane, l’ignorant. La liberté infinie dont jouit celui qui a entièrement réalisé le Brahman permet notamment à notre ascète Avadhuta de poursuivre, par pure compassion pour ceux qui cherchent la libération, des activités dans l’enseignement de la voie, de faire les gestes ordinaires de n’importe quel sannyasin, tout en restant dans une perpétuelle absorption en Brahman.


Bhikshuka Upanishad – Upanishad du Moine mendiant.

Définit les 4 types de Sannyasin : les renonçants Kutichakas, habitant des huttes, les Bahudakas, habitant les abords d’eaux sacrées, les Hamsas, les Cygnes itinérants, et les ParamaHamsas, les Cygnes suprêmes ayant renoncé à leur conscience corporelle.


Brahman Upanishad – Upanishad de Brahman.

Enseigne comment le grand Maître de Sagesse (Brahman) réside dans notre corps subtil et s’en extrait dès que nous abandonnons la vie du monde, pour mener une vie au-delà des rituels, où les différenciations se sont estompées.


Jabala Upanishad – Upanishad du Sage Jabala.

Compilée par le sage Jabala, cette Upanishad résume cinq dialogues instructifs entre le sage Yajnavalkya et divers chercheurs spirituels : ainsi, à Brihaspati, le précepteur des dieux, sera dévoilée la notion d’Avimukta, pouvoir rédempteur de Shiva ancré dans le périmètre sacré de certains ghats de Bénarès, mais aussi dans l’espace inter-sourcilier, où le dieu ouvre le troisième œil de ses fidèles… puis le mantra Satarudriya est brièvement recommandé. C’est ensuite les principes du renoncement (sannasya) qui sont subtilement réinterprétés, avec prééminence des sacrifices par le feu (ou l’eau) comme introduction et finalisation du sannyasa.


Kundika Upanishad – Upanishad du pot à eau de l’ascète.

Comment doit vivre l’ascète et quelles possessions sont licites pour le Sannyasin ? Un traité complet d’ascétisme dans cette petite Upanishad du renoncement, qui donne en outre des mantras propices à la réalisation de l’Atman. 


Maitreya Upanishad – Upanishad ded Maitreya.

Le Seigneur Parama Ishvara donne un enseignement au sage Maitreya. Dans une large mesure, l’enseignement donné par la Maitrayani Upanishad est ici repris. En supplément, Ishvara lui dévoile en détail ‘sa forme sans forme‘, son essence absolue.


Narada Parivrajaka Upanishad – Upanishad de Narada, l’ascète errant.

Cette très longue Upanishad présente tout d’abord le divin Sage Narada, qui passait pour l’un des avatars secondaires de Vishnu et représentait une double perfection : celle de la Bhakti, l’amour divin, et celle du moine errant, qui déambule sur terre pour répandre largement les influences subtiles des qualités du divin qu’il incarne lui-même. Elle s’articule en neuf enseignements, accomplissant un tour magistral entre l’alpha et l’omega de la voie du retour au divin : les réunions spirituelles dans des lieux sacrés, où les chercheurs humains captent les émanations subtiles du divin, et la maîtrise absolue des virtualités de l’Atman, qui peut alors parvenir à Brahman et résider définitivement en lui. Ici, c’est la forêt de Naimisha qui prélude à la magistrale expansion de conscience qui va avoir lieu : lieu magique autant que mythique, à partir duquel quelques sages, touchés par la grâce de Narada, vont faire avec lui le voyage jusqu’au séjour de Brahma, donc vers un plan céleste, pour y apprendre l’essence authentique du renoncement, transmutation quasi alchimique de leur âme incarnée en pur Soi absolu.


Nirvana Upanishad – Upanishad du Nirvana.

Enseignement approfondi sur la voie du Renoncement (Sannyasa marga) qui mène au Nirvana (libération béatifique et définitive). L’enseignement, ici, n’est pas une démonstration suivie, comme d’usage, mais consiste en une succession d’aphorismes bien frappés, dont certains fortement paradoxaux, décrivant la nature réelle de la relation possible entre le yogi et Brahman. C’est également un guide illustratif de la vie d’un parfait yogi. 


ParaBrahman Upanishad – Upanishad de Brahman le Suprême.

Cette Upanishad reprend les personnages et les thèmes de la Brahman Upanishad, en les plaçant dans une perspective plus abstraite, mais aussi plus technique. Elle vise essentiellement à transmettre la nature de Brahman le Suprême, condition indispensable pour entrer dans le renoncement absolu. Il faut tout d’abord tirer au clair les rapports du Jiva et de Brahman dans les quatre états de conscience, et comprendre l’identité fondamentale de ces deux entités apparemment distinctes (shloka 2). Il faut saisir que l’on doit passer de la touffe sacrificielle et du cordon sacré matériels, à leur équivalent spirituel (shloka 3). Puis, ayant analysé les principales caractéristiques d’avidya, l’ignorance (shloka 4), on examine les centres subtils du corps qui sont les ouvertures entre le Jiva et les plans de conscience supérieurs, le lien entre ceux-ci étant symbolisé par le BrahmaSutra, le cordon sacré du plan intérieur. La triade divine (ou Trimurti) est à méditer en rapport à Brahman, menant à la saisie des neuf Brahmans. Suit une analyse des composants du BrahmaSutra, dévoilant une science approfondie des tattvas, ces catégories de l’être, pour aborder l’identité du BrahmaSutra avec le Pranava Om et le Hamsa Mantra. Le triple Brahman peut être enfin réalisé (shloka 5). L’ascète est entièrement né… nu de tous les signes extérieurs de consécration. Le cordon sacré véritable le relie à Jnana, la sagesse spirituelle. 


ParamaHamsa Upanishad – Upanishad du Cygne suprême.

Une discussion entre le sage Narada et Brahma, le dieu créateur, sur l’identité du Paramahamsa (cygne suprême : sannyasin parvenu à l’ultime étape) et les moyens de reconnaître de tels êtres, par ailleurs extrêmement rares, tant les conditions sont rigoureuses et exigeantes. Le dénuement volontaire, et le renoncement psychologique tout autant, sont en effet quasi absolus à ce stade du Sentier.


Paramahamsa Parivrajaka Upanishad – Upanishad de l’ascète devenu Cygne suprême.

Le dieu Brahma apprend de son père, Vishnu-Narayana, les caractéristiques du Cygne suprême, l’ascète Paramahamsa. La voie solennelle du renoncement est présentée dans tous ses détails. Il est surprenant d’apprendre ici que seul le deux-fois né est habilité aux sacrifices initiaux ; les autres ont au choix divers modes de mort volontaire non violente, confiée aux soins du karma : combats guerriers, inanition, épuisement sur la route… le renoncement purement intérieur étant réservé aux grands malades ! Avant d’abandonner à tout jamais les rituels, il est néanmoins de rigueur d’accomplir certains sacrifices et de respecter certains dé-gagements préalablement à l’en-gagement. Notamment vis-à-vis des proches et de la communauté à laquelle on a appartenu.

L’Upanishad insiste sur les caractéristiques morales et psychologiques du renonçant. Après mûre évolution sur la route du dépouillement intégral, « Lorsqu’il aura atteint à un détachement suffisant, il pourra devenir un ascète Kutichaka, Bahudhaka, Hamsa ou Paramahamsa ».

Puis elle explore méthodiquement les seize composants du Pranava Om en Brahman, réfractés en quatre quaternités sur les divers plans d’existence ou de conscience. L’Upanishad envisage ensuite l’omniprésence et l’individualisation par fragmentation du Soi universel, qui dans ce processus apparaît comme une quaternité : Vishva (Totalité universelle), Taijasa (Luminosité), Prajna (Sagesse Toute-connaissante) et Turiya (Transcendance absolue). Là aussi, chaque membre est une quaternité. De même, elle envisage les seize unités sonores du Pranava en Brahman, approfondissant nos connaissances sur Nada, le son mystique, et ShabdaBrahman, le Son primordial. Les Cygnes suprêmes (Paramahamsa), les Transcendants absolus (Turiyatita) et les fous de Félicité (Avadhuta) ont conquis de leur vivant la libération dans l’état désincarné. 


Sannyasa Upanishad – Upanishad du Renoncement.

Cette Upanishad est parfois dénommée Brihad Sannyasa Upanishad (la grande Upanishad du renoncement) pour la distinguer de la version tronquée et lacunaire qui figurait sous le titre de Sannyasa Upanishad. Le premier chapitre provient de la Kantha (ou Katha) Shruti Upanishad, non-canonique. Cette Upanishad est une présentation exhaustive de tout ce qu’implique le parfait renoncement.


Satyayaniya Upanishad – Upanishad de l’ascète à la recherche de la Vérité.

Traitant des ascètes Vishnouites, l’Upanishad entre d’emblée dans le vif : L’esprit peut devenir la cause de la libération comme de l’attachement. Un brahmane authentique est celui qui est en quête du Brahman. Quatre types de renonçants s’échelonnent, selon leur degré de réalisation, mais tous ont en commun les caractéristiques et les devoirs du renonçant. Ceux-ci sont soigneusement passés en revue, et il est capital de développer les signes intérieurs d’appartenance à Vishnu, qui est ici une forme dévotionnelle plus personnalisée de Brahman. Erreurs et manquements à la règle sont envisagés, avec les sanctions karmiques qu’ils entraînent. Au contraire, conduite droite et ferveur ont pour conséquence la libération de la descendance du renonçant sur trois cent générations. Les cinq possessions extérieures licites ont pour équivalent au plan intérieur les cinq composants du AUM. Enfin, l’attitude globale (extérieure et intérieure) vis-à-vis du Maître, celui qui a donné l’initiation du Om, lequel est Brahman, est elle aussi capitale. Abandonner l’état de renonçant est une faute gravissime, la libération sera désormais impossible, pas même au bout de dizaine de milliers d’éons !


Turiyatita Avadhuta Upanishad – Upanishad de l’ascète emporté par la Transcendance absolue.

Vishnu Narayana donne un enseignement à son fils, le dieu Brahma, et lui dévoile les signes et les règles qui particularisent l’existence d’un Avadhutha (stade ultime de l’ascétisme, au-delà du ParamaHamsa). Ayant réalisé que le monde n’est en rien différent de son propre Soi, il a renoncé à la moindre possession jusqu’à ce qu’enfin, totalement absorbé en la non-dualité de Brahman, il abandonne son corps, ayant fusionné en le Pranava Om.


Yajnavalkya Upanishad – Upanishad du Sage Yajnavalkya.

Cette Upanishad, des shlokas 1 à 6, reprend le chapitre IV de la Jabala Upanishad, avec quelques variantes. Puis elle emprunte, des shlokas 9 à 23, au Yoga Vasistha, en insistant sur la misogynie comme composante basique du salut. Seuls quelques apports lui sont propres, et on peut la considérer comme une compilation des principes essentiels du renoncement. 


Illustration : Navneet Shanu.