Upanishads mineures : les 9 Upanishads de Shakti.

Annapurna Upanishad – Upanishad d’Annapurna, la Dispensatrice des nourritures.

Cette Upanishad est une riche et complexe présentation du don sublime de la Déesse sous son aspect éminemment bienveillant : la Pourvoyeuse généreuse de nourriture est aussi la pourvoyeuse de l’émancipation intégralement accomplie. Et c’est le sage Ribhu qui enseigne au sage Nidagha la doctrine dont lui fit don la Devi (déesse) Annapurna, répartie en 5 chapitres. 

Chap. I : Pour atteindre à une connaissance de Brahman particulièrement prééminente, le mantra aux 27 syllabes de la Déesse doit être impérativement pratiqué. Celle-ci accorde un darshan (apparition) à son fidèle et lui accorde un vœu. Et c’est la quintuple essence de l’illusion (avidya générée par Maya) qui nous est expliquée… Tout au long de son parcours, cette Upanishad va mêler habilement, parfois poétiquement, expériences personnelles très concrètes et points d’analyse philosophique assez pointus. C’est au Samadhi le plus accompli – donc vécu au plus intime de l’expérience concrète – que nous mène finalement ce premier chapitre.

Chap. II : L’analyse des conditionnements de notre servitude et la mise en œuvre du détachement sont les articulations essentielles d’une pratique qui doit mener à Turiya, le Quatrième état. Le Soi suprême et l’état du Jivanmukta, le libéré vivant, qui s’y tient tout en vivant parmi les hommes, sont minutieusement analysés.

Chap. III : C’est maintenant Videhamukta, la libération post-mortem, qui intrigue Nidagha. Mais Ribhu revient fermement à Jivanmukta, et c’est un véritable sermon, sévère et rigoureusement précis dans ses exigences, qu’il adresse à son disciple. Le mental doit vaincre le mental jusque dans tous ses rouages subtils, car seul Tat, Cela, l’indescriptible Réalité, vaut la peine d’être explorée, habitée, et il faut s’y installer. 

Chap. IV : Nidagha s’enquiert des fameux Siddhis, les pouvoirs occultes, car ils n’apparaissent pas chez l’être parfait. En effet, ils sont recherchés par les non-connaisseurs du Soi. Voici donc ce qu’est un vrai connaisseur du Soi : ayant réalisé l’irréalité fondamentale du monde, et accompli la rupture totale des nœuds du cœur, le libéré vivant est quasiment mort. Suivent de subtiles comparaisons d’avantages entre les deux statuts, Jivanmukta et Videhamukta. Un tel souffle épique anime l’éloquence de Ribhu que, de nouveau, la libération du Jivanmukta nous semble l’état le plus agréable et le plus enviable qui soit ! Comment vivre et jouir de la vie quand on est un mort-vivant, est un paradoxe superbement exploré dans la suite de ce chapitre.

Chap. V : À ce stade, Ribhu reprend les points déjà approfondis, et les retravaille, les envisageant sous des angles toujours nouveaux, donnant par l’exemple la preuve que la réalisation est un état qui demeure extrêmement créatif et perpétuellement renouvelé ! Restons sur ces magnifiques paroles : « Ô deux fois né, accomplis les gestes quotidiens tout en restant en sommeil profond durant l’état de veille. Ayant intérieurement renoncé à tout, agis extérieurement en fonction des circonstances. » (V-116). Car, en réalité, la nourriture spirituelle que pourvoit Annapurna donne la vie immortelle en Brahman. 


Bhavana Upanishad – Upanishad de Bhavani, la Dispensatrice d’existence.

S’étend sur un aspect important de Srividya Upasana (méditation sur la Connaissance personnifiée par Brahman et/ou la déesse Tripura). Ici, c’est plus exactement le Shri Chakra, le yantra de la Grande Déesse, Parashakti, qui est analysé dans ses structures symboliques successives. Fouillée, mais peu claire pour qui n’est pas féru de shaktisme, cette Upanishad illustre le riche foisonnement des cultes liés à la Grande Déesse, ainsi que le chevauchement des notions philosophiques et mythologiques, qui semblent inépuisablement engendrées au fur et à mesure des textes !


Bahvricha Upanishad – Upanishad de Bahvricha, Celle qui incarne les Védas.

Cette brève mais très belle Upanishad nous présente une facette moins connue de la Grande Déesse, celle qui est l’origine de la Création, la Shakti à son état primordial. Puissance créatrice à l’état pur, elle est en conséquence assimilable à Brahman, au mantra Om, ainsi qu’à Rich, l’ensemble des strophes védiques (d’où son nom de Bahv-richa). Puisque tous les dieux et les créatures vivantes tirent leur origine d’Elle, l’importance du Shri Vidya est soulignée, ajoutant quelques conseils sur le culte et la pratique qui lui sont liés.


Devi Upanishad – Upanishad de la Déesse.

La Devi (Grande Déesse) se dévoile aux devas (dieux). Elle leur enseigne le Panchadasakshari et le Navakshari mantra afin qu’ils procèdent à son culte.


Sarasvati Rahasya Upanishad – Upanishad de la doctrine secrète de Sarasvati.

Le sage Asvalayana donne un enseignement à d’autres sages, qui inclut les 10 mantras de Sarasvati et les méthodes de culte adéquates. Puis une seconde partie, toujours en strophes, approfondit la doctrine en présentant l’aspect ésotérique de Sarasvati, qui est alors la Shakti de Brahman, et non plus de Brahma ; c’est Sarasvati elle-même qui prend la parole, depuis le shloka 46 jusqu’à la fin. Cette Upanishad constitue essentiellement un apport philosophique aux doctrines du Shaktisme, démontrant le rôle fondateur de la Parole (Sarasvati, Vak, etc.) dans la Création : c’est le pouvoir de Sarasvati qui se métamorphose en Maya et Prakriti, lesquelles suscitent les conditions propices à la manifestation des trois mondes. Les deux pouvoirs de Maya, projection et obnubilation, sont clairement expliqués (et cette Upanishad semble la seule à aborder ce thème). Sarasvati est bien Adi Shakti, la Puissance divine primordiale, et en elle est recelé le mystère de Tat, Cela, l’Absolu dont rien ne peut être dit. 


Saubhagya Lakshmi Upanishad – Upanishad de Lakshmi, qui donne chance et prospérité.

Le dieu Narayana, Seigneur suprême, donne ici trois enseignements aux dieux assemblés autour de Lui, à commencer par le culte adéquat à rendre à Saubhagya Lakshmi, la Pourvoyeuse de richesses et d’abondance. Le culte tantrique de cet aspect de la Grande Déesse est brièvement abordé. Puis, c’est le Quatrième état, celui de l’éveil, qui est examiné, avec les pratiques de Yoga qui y concourent. C’est donc un stade avancé de la réalisation qui est ici concerné, et les signes annonciateurs de l’éveil sont finement élucidés. Enfin, ce sont les centres subtils ou chakras, qui sont brièvement évoqués: ils sont neuf, car aux sept chakras bien connus, sont ajoutés deux chakras intermédiaires, non nommés.


Sita Upanishad – Upanishad de Sita, la Fidèle.

Brahma renseigne les Devas sur l’identité de Sita. Elle est l’Adhara Shakti (la base qui tient lieu de fondation) sous une forme féminine. Il dévoile également ses différents aspects.


Tripura Upanishad – Upanishad de Tripura, déesse de la Triple Cité.

Cette brève présentation de Tripura, la Grande Déesse des trois cités, ou des trois mondes, peut être considérée comme un prélude à la Tripura Tapini Upanishad qui, elle, donne un enseignement tantrique riche, rigoureux et approfondi. Effleurant de nombreux aspects de la Déesse et de nombreuses correspondances symboliques et occultes, celle-ci glisse sans détails ni explications, et bien que charmante par son style, elle reste une énigme poétique.


Tripura Tapini Upanishad – Upanishad du Feu occulte de Tripura.

Tripura, la Déesse des trois cités (ici, vaut également comme métaphore des trois mondes), est présentée d’emblée comme la Shakti de Sadashiva, l’Être primordial. Et c’est dans le contexte des pratiques tantriques les plus approfondies que cette Upanishad nous mène, à travers bien des méandres autour de l’union Shiva-Shakti, dont les symboles sont multiples et se chevauchent infiniment… cette Upanishad est donc complexe, mais nulle autre ne l’égale en richesse d’enseignement du tantrisme. Elle comporte cinq chapitres.

La doctrine du Shri Vidya, le grand mantra aux 108 syllabes de la Déesse, est expliquée pas à pas ; les trois groupes de syllabes-mantras utilisées pour méditer avec le Shri Chakra Yantra sont d’un usage complexe. Cette Upanishad donne un enseignement intégral (théorie et pratique) lisible à deux niveaux (voies de la main gauche et de la droite) : n’est-ce pas Sadashiva, le Seigneur suprême, qui – patiemment et avec une rigueur redoutable pour l’entendement humain – délivre ce savoir aux Rishis, ces grands sages-voyants des origines, et aux dieux assemblés à ses pieds ?

La Déesse des trois cités, par ses pouvoirs et sa bienveillance, mène le méditant au séjour de Brahman… que le dernier chapitre présente en aphorismes, souvent originaux ou paradoxaux. 


Illustration : Navneet Shanu.