Upanishads mineures : les 27 Upanishads générales.

Adhyatma Upanishad – Upanishad du Plan intérieur.

Sada Shiva donne un enseignement au sage Apantaratamas : Il n’existe rien d’autre que l’Atma et le sentiment d’existence de tout le reste n’est qu’illusion.


Akshamalika Upanishad – Upanishad du rosaire.

Le sage Guha enseigne en détail au Seigneur Brahma les règles d’utilisation du mala (rosaire) et comment invoquer les pouvoirs des divinités dans chacun des grains.


Akshi Upanishad – Upanishad de la Vision.

Voici encore une Upanishad très peu connue ou fréquentée, dont n’existe aucun commentaire, et rien qu’un mince repère chronologique : elle fait partie des Upanishads moyenâgeuses, du Xe au XIVe siècle. On peut mentionner l’influence bouddhiste qui affleure en plusieurs endroits, notamment dans ce passage : « Puisque tout ce monde est souffrance, au début, au milieu et à la fin, alors, ô homme sans souillures, renonce à toutes choses et voue-toi à la Vérité. », qu’on croirait extrait d’un sermon du Bouddha sur les Quatre Nobles Vérités, et dans l’usage du terme Buddha pour “éveillé” dans la glorification finale de l’Existence absolue (Sat). Le propos de cette Upanishad est de présenter la Sagesse, telle que perçue par le Soleil, qui régit la vue, mais aussi la vision spirituelle. L’enseignement porte sur la science sacrée de Brahman (Brahma Vidya) et s’articule autour des sept stades du Yoga (Bhumika), et non des huit étapes, comme c’est l’usage. Il introduit de nouvelles catégories, ainsi les deux sortes de non-attachement, général et supérieur. La conclusion rejoint le leitmotiv qui court dans toutes les Upanishads : la clé du Samadhi (et de la libération) est la lettre sacrée Om, identique à la Conscience absolue.


Atma Bodha Upanishad – Upanishad de la Connaissance du Soi.

La méditation sur le AUM (Pranava) et le grand mantra des Vaishnava (adorateurs de Vishnu) ”Om Narayanaya Nama”, ouvrent le lotus du cœur dans la cité de Brahman, le corps humain, au centre duquel brille la lumière éternelle, par où le disciple gagne le plan de l’immortalité… Puis l’Upanishad laisse la parole à l’âme évoluée, qui chante sa libération, empruntant tour à tour des accents extatiques… ou mordants : « La servitude ? La libération ? C’est le même état, selon mon expérience. »


Atman Upanishad – Upanishad de l’Âme suprême.

« Lorqu’Il se manifeste, l’Esprit universel apparaît sous trois niveaux : le soi, le Soi intérieur, et le Soi suprême… » Ainsi débute cet enseignement qui traite exclusivement de l’Atman, sous ses 3 aspects : le soi, le Soi intérieur et le Soi suprême. La prééminence de la notion d’Atman en tant que pilier autour duquel se construit la quête est confirmée : un Brahma Jnanin ne voit nulle autre chose que l’Atman.


Ekakshara Upanishad – Upanishad de l’Unique.

Ekakshara désigne toujours la syllabe sacrée Om. Ici, aucune référence explicite au Pranava Om, mais un hymne vibrant à l’Unique, à l’Absolu. De la référence initiale, “conjoint d’Uma”, on pourrait déduire qu’il s’agit d’un hymne à Shiva sous son aspect suprême, mais l’ampleur des attributs dépasse tout culte particulier. C’est un hymne universel à l’Origine absolue, bien avant toute manifestation divine. Ce qui en fait bel et bien une méditation puissante sur la signification ésotérique du Pranava Om.


Garbha Upanishad – Upanishad de l’Embryon.

Le sage Pippalada traite du développement du fœtus in utero. C’est également un traité d’anatomie subtile selon l’école Samkhya (Yoga et philosophie védique originelle). Le point le plus remarquable de cette Upanishad, outre une vision pré-scientifique étonnamment précise, est son affirmation de la vie psychique du fœtus dès le moment de l’incarnation de l’âme, de sa capacité à se remémorer ses vies antérieures et son bilan karmique, et – encore plus remarquable – de sa détermination à profiter de cette nouvelle incarnation pour se libérer définitivement. 


Katha Rudra Upanishad – Upanishad-conte de Rudra.

Dans cette Upanishad, c’est Brahma en personne qui donne un enseignement à l’assemblée des dieux. Si elle est à rattacher aux Upanishads du Renoncement, elle figure néanmoins dans les Upanishads générales car – après une présentation détaillée de la procédure de renoncement et des injonctions subséquentes, elle adopte un point de vue essentiellement philosophique pour se consacrer longuement à la question essentielle : comment réaliser Brahman ? Et que signifie “avoir réalisé Brahman” ? Il est à noter que le concept de libération n’y apparaît qu’une fois (shloka 11), la motivation essentielle de cette approche étant la connaissance de Brahman, la connaissance en Brahman. Elle a, en son temps, suscité une école philosophique minoritaire, nommée KathaRudra.


Kaushitaki Upanishad – Upanishad du Kaushitaki Brahmana.

Cette Upanishad très ancienne, extraite du Brahmana du Rig Véda attribué à l’école rituelle Kaushitaki, est considérée soit comme une Upanishad majeure, soit – et le plus souvent – comme une Upanishad générale.

Le premier chapitre traite du séjour lunaire de l’âme après la mort, et présente les épreuves que subit l’âme au moment d’entrer sur le sentier des dieux (Devayana).

Le deuxième chapitre affirme l’identité du souffle de vie (Prana) et de Brahma(n), et enseigne plusieurs rites permettant de se procurer le trésor suprême et d’autres dons qui, certainement, assureront de fouler plus tard le sentier des dieux ; puis certains autres régissant les rapports de filiation, notamment la transmission du père à son fils avant sa mort. Les composants essentiels de l’être humain sont ainsi révélés : les organes sensoriels (Indriyas), les organes moteurs (mains et pieds), les divinités qui les animent et les mondes correspondants, le souffle de vie (Prana) et l’intellect supérieur (Prajnatman).

Le troisième chapitre relate un enseignement du dieu Indra (le premier des dieux védiques) au sage Pratardana, traitant de l’interdépendance entre les organes sensoriels qui animent l’être physique, le souffle de vie (Prana), et la conscience du Soi suprême (Prajnatman).

Le quatrième chapitre reprend ce thème dans un nouveau dialogue entre Gargya l’érudit et le roi de Bénarès, Ajatasatru. Le Brahman est d’abord assimilé à huit divinités des forces naturelles, puis aux huit manifestations de l’Atman dans l’être humain. Puis la métaphore de l’homme endormi qui s’éveille met en lumière – au-delà de l’interdépendance vue précédemment – l’identité essentielle : Brahman – Prajnatman -Prana – Indriyas.


Maha Upanishad – La Grande Upanishad.

Cette « Grande Upanishad » associe harmonieusement divers genres littéraires pour exprimer une synthèse de l’enseignement sous forme d’aphorismes, parfois percutants. S’il est vrai que son syncrétisme laisse planer des doutes sur son authenticité aux yeux de certains (des extraits cités par Shankara, par exemple, sont introuvables dans le texte qui a survécu jusqu’à nos jours), on s’accorde en général à penser qu’elle est authentique, bien qu’actuellement incomplète. Vue sa longueur, l’auteur de l’Upanishad pour une fois s’est permis d’approfondir dans une mise en perspective très pratique : et ce sont des conseils applicables au quotidien qui tissent la majeure partie de cet enseignement… 

Mais au préalable, il commence au tout début du « dicible » : Au chapitre I, nous sommes dans le néant, où seule veille la conscience de Narayana, l’ancien dieu cosmique, qui commence à s’ennuyer… il lance – encore une fois – le chantier d’un univers en création.

Au chapitre II, nous rencontrons Suka, enfant prodige de la sagesse, qui réalisa la Vérité juste après sa naissance… bonne occasion de nous expliquer ce qu’est la réalisation, en quoi consiste la conscience de l’Être suprême à laquelle elle nous ouvre ; occasion également d’aborder les deux types de libération : de son vivant et post mortem. Néanmoins, Suka-à-la-pure-Connaissance reste modeste et respecte les usages de son temps : il sollicite donc les enseignements de son père, puis du roi-philosophe, Janaka, proverbialement célèbre. Pour ce jeune élève déjà pleinement éveillé et qui veut néanmoins aller plus loin, Janaka approfondit l’enseignement : comment continue-t-on à vivre dans le monde lorsque l’on est un « libéré vivant » ? comment faire face et maîtriser les impressions mentales qui ne manquent pas de faire irruption même dans la plus profonde méditation ? C’est ici, sur cette partie avancée du chemin spirituel, que l’auto-analyse et le recours au maître intérieur s’avèrent indispensables. Finalement, Suka se dirige vers le mont Méru, le tabernacle des tabernacles, pour s’y plonger dans une méditation qui va durer quelques milliers d’années, dans une lente disparition de sa conscience individuelle…

Au chapitre III, Nidagha, jeune adolescent surdoué qui vient d’accomplir un pèlerinage-marathon, va trouver le sage Ribhu et lui exprime ses angoisses spirituelles : cette complainte de Nidagha est une expression admirable de la nigredo alchimique, de l’œuvre au noir qui précède la « queue du paon », l’illumination arc-en-ciel. 

Au chapitre IV, réponse-enseignement de Ribhu à cette grande âme qu’est déjà Nidagha. Son enseignement, approfondi et éminemment pratique, qui va couvrir les trois derniers chapitres, vise à concilier l’ardente nostalgie de la source de perfection et le contact prolongé avec la vie dans les trois mondes… et il apparaît que la « Grande Upanishad » est en fait « l’Upanishad des Grandes Âmes, Mahatmas ». L’esprit illuminé, qui cumule connaissance intellectuelle et grâce divine, est néanmoins encore assujetti aux ruses de Maya-Prakriti, en raison de l’impureté fondamentale de la conscience. C’est celle-ci qu’il faut dès lors analyser et maîtriser au cas par cas. « Celui qui aspire à la sagesse doit lancer l’enquête sur sa propre nature : Qui suis-je ? Comment cette imperfection qui ternit le Samsara s’est-elle développée ? » (IV.1-24). Le caractère négatif (dans le sens de théologie négative : ni ceci, ni cela, ni autre chose) de l’expérience ultime et du mental illuminé est exprimé par des paradoxes âpres, qui cassent les clichés sur l’éveil spirituel : « Avec de gros efforts si nécessaire, fais de ton mental un non-mental, médite en ton coeur, demeurant au bord de la roue de la conscience. Tue le mental sans hésitation aucune, afin que tes ennemis intérieurs ne viennent pas te ligoter. »(IV.88-106).

Au chapitre V, Ribhu nous expose les 7 degrés de l’ignorance, couplés aux 7 degrés de la sagesse, qui dessinent les 7 étapes de la connaissance, indispensables pour ne pas s’enliser dans le bourbier des illusions spirituelles, la surestimation de son niveau, par exemple, couplée – toujours – à la sous-estimation d’autrui, en étant le cas le plus répandu. Et c’est toujours le mental qui est au cœur de l’erreur d’estimation, en raison de sa nature intrinsèque. Trouver et rester dans le milieu, le juste milieu, est l’unique remède à cette distorsion de la réalité par les activités mentales dérivées du sens de l’ego. Sublimer le mental, même s’il revient sans cesse en activité, est donc le lot de persévérance héroïque de l’aspirant à l’éveil définitif – véritable travail de Sisyphe ! S’il reste toujours le mental tout-puissant, buddhi, du moins qu’il soit pleinement et exclusivement identifié à Tat, Cela ! Mais les rapports avec les trois mondes existent toujours, et l’esprit n’en finit jamais de s’analyser et de découvrir de nouvelles explications à ses rouages subtils. Shloka après shloka, presque tous les cas de figure sont recensés par Ribhu. Puis, avec une précision surprenante, il nous révèle les étapes minutieuses par lesquelles de l’Esprit suprême émane, prêt pour l’incarnation, un jiva, un esprit individuel, puis comment fonctionnent ses constructions mentales. Tel est le pré-requis pour maîtriser ce mental et stabiliser l’Esprit durant le samadhi. 

Au chapitre VI, les conseils de Ribhu concernent la phase ultime. La libération est toute proche, la conscience vacille encore légèrement, avant d’entrer totalement et définitivement dans la paix ultime. Il s’agit de prolonger ces phases, de plus en plus majoritaires, d’union avec le Soi, tout en maîtrisant de mieux en mieux la nécessité de demeurer dans le monde, dans son corps de jivanmukta. Lorsque toute différence entre les deux phases a disparu, la réalisation est achevée, complétée, parfaite. Toute la subtilité est d’accomplir le passage entre le Soi en tant qu’objet de perception caractéristique d’un certain type de méditation, et le Soi, unique point de conscience qui englobe la totalité existante, tout en étant au-delà… y compris au-delà de toute méditation ! « Ni moi ni ceci, ne sommes réels » – pénétré de cette vérité, demeure absolument immuable, durant les intervalles de conscience subjective ou objective. Tant de simplicité est terriblement ardu ! Et trishna, l’insatiable avidité, est là qui revient sournoisement avec les fascinantes constructions mentales qui nous occupaient tant autrefois ! Aussi la renonciation est-elle un complément indispensable à la méditation. C’est de l’union intime des deux que naît la splendeur de la réalisation, tandis que le corps continue de vaquer aux occupations nécessaires, comme en se jouant… « Je suis la Gloire, vierge du moindre objet ou perception, intégralement pure, éternellement manifestée, libre de toutes les apparences, celle du voyant comme celle du témoin ; Je suis l’Esprit, indépendant de tous les objets ; Je suis la lumière en son essence et dans la plénitude de son orbe ; il n’est rien que Je doive connaître, car Je suis la Connaissance, pure et absolue. » VI.80-81. 


Maitrayani Upanishad – Upanishad de l’école védique de Maitri.

Cette Upanishad est apparue sous de nombreux titres : Maitrayana-Brahmaya Upanishad, Maitrayana-Brahmana pour Max Müller, Maitri, Maitrayana ou Maitrayani. Elle est difficile à classer et à dater. Trois certitudes : 1) elle est assez récente pour faire une synthèse aisée des Upanishads anciennes et du bouddhisme ; 2) elle est assez ancienne pour mentionner un Yoga à six membres (et non huit, comme le développeront Patanjali et le Samkhya ultérieur) ; 3) elle n’est ni une Upanishad majeure, ni une mineure, mais pas non plus une Upanishad générale. 

Elle se divise en sept leçons ou Prapathakas, toutes consacrées à la recherche de l’Atman et aux rapports entre celui-ci et Brahman. C’est dans le cadre classique d’un dialogue entre un roi et un sage, empruntant de nombreuses citations à d’autres Upanishads, que l’auteur de cette Upanishad développe son étude de l’Atman et de Brahman. Par ailleurs, les citations choisies et les extraits d’autres passages des Écritures, font la part belle aux diverses écoles philosophiques, sans toutefois mentionner leur source ou sans situer clairement le débat (que l’on supposait familier à un auditeur de l’époque). Cela crée un éparpillement des points de vue, une multiplication de concepts plus ou moins équivalents qui se chevauchent constamment, qui élargissent le mode d’approche traditionnel des Upanishads, et peuvent entraîner une certaine confusion pour le lecteur. Mais par l’ampleur des thèmes qu’elle aborde, et par son insistance à forer de multiples approches au mystère de l’Atman, cette Upanishad approfondit – de façon unique et essentielle – les concepts d’Atman et de Brahman, la primauté du Prana dans l’éveil de la conscience, et la fonction réunificatrice du Pranava Om.


Mantrika Upanishad – Upanishad du pouvoir occulte des mots.

Mantrika est le pouvoir occulte des sons mystiques, des mots, des sons (y compris musicaux), des nombres et des lettres, et en conséquence celui des formules mantriques. Malgré son titre, l’Upanishad parle très peu des mantras, et semble prendre pour thème essentiel le Brahman, l’Absolu, Tat, et le pouvoir des mots est celui, non seulement des mantras, mais de toute méditation basée sur les épithètes divines, de tout enseignement, de toutes les doctrines philosophique, – bref de tout ce qui, au moyen du langage, vise à percer le voile de la Maya et atteindre la contemplation directe de Brahman.


Mudgala Upanishad – Upanishad de Mudgala, le Voyant.

La Mugdala Upanishad consiste en un commentaire du Purusha Suktam, l’Hymne à l’Homme cosmique. Elle approfondit le symbolisme du Purusha Suktam, révélant ainsi la majesté de l’Homme cosmique, ainsi que des détails cosmogoniques nouveaux : ainsi, les conseils de Narayana, Seigneur du Manifesté (assimilé au Purusha, puis plus loin à Brahman) à Brahma, le créateur, lorsque celui-ci, mis à pied d’œuvre, constata qu’il ne savait pas comment opérer ce travail de création..


Muktika Upanishad – L’Upanishad qui accorde la Libération.

Enseignement du Dieu Rama à Hanuman, qui constitue un excellent résumé du Védanta et clarifie la notion de Kaivalya, le stade ultime de la libération.


Niralamba Upanishad – Upanishad du Sans-support.

Ce texte indépendant, pour ne pas dire iconoclaste, dans le contexte philosophique usuel, mène une investigation sur la notion de Brahman, en taillant en pièces les superstitions de la religiosité populaire. Même le Yoga peut être pure superstition, et renforcer la servitude ! Ainsi, « La servitude, c’est aussi envisager de se consacrer exclusivement à la poursuite de la libération (moksha). » En conclusion, seul le Renoncement absolu est la méthode la plus sûre pour atteindre la libération.


Paingala Upanishad – Upanishad du disciple Paingala.

Le sage Yajnavalkya donne un enseignement au sage Paingala. Il expose, avec la logique et la précision rigoureuses du Samkhya, la Création universelle, puis celle de l’humain, indiquant les principales clés du fonctionnement physiologique et les étroites correspondences macrocosme-microcosme. C’est un manuel condensé de physiologie occulte, qui livre les clés de la conscience, laquelle peut seule mener à Kaivalya (émancipation par identification sans retour à Brahman). Puis sont traitées les Maha Vakyas (grandes sentences, qui font office de mantras) des Védas, telles que “Aham Brahmasmi”, suivies d’un traité concis mais complet de méditation et de samadhi ; puis sont abordés finalement les devoirs et le comportement des Jnanins, sages ayant atteint la Connaissance parfaite.

Cette Upanishad, très dense, aborde avec une concision rigoureuse la totalité des enseignements sur la Voie vers la Libération, et ses concepts clés. C’est donc un parfait memento.


Pancha Brahma Upanishad – Upanishad des Cinq Brahmas.

Révèle les cinq étapes par lesquelles le ParaBrahman s’est déployé et a évolué, élaborant une doctrine des cinq Brahmans qui mène à la réalisation de Shiva-Hridaya, Celui qui se tient à l’intérieur du cœur de tous les êtres. « Après avoir compris la doctrine de l’âme selon les Cinq Brahmas, on doit réaliser que toute forme procède d’eux. Celui qui étudie cette doctrine de l’âme selon les Cinq Brahmas parviendra lui-même à l’illumination des Cinq Brahmas. ».


Pranagnihotra Upanishad – Upanishad du Sacrifice offert au Feu du Prana.

Cet enseignement marque le passage d’une conception purement rituelle de l’Agnihotra, le rituel domestique quotidien, à une conception spiritualisée où, les dieux étant tous incorporés aux essences subtiles de ce corps physique, le sacrifice est purement intériorisé, donc bien plus efficace au plan de la purification physique, psychique et karmique. La cérémonie sacrificielle devient plus complexe, plus longue, car il s’agit à proprement parler d’une rénovation de l’être entier, qui doit intérioriser tous les objets et toutes les entités présidant habituellement au sacrifice public. La libération est assurée en fin de vie, aussi sûrement que le trépas à Bénarès entraîne la libération immédiate.


Sariraka Upanishad – Upanishad du corps.

Différents aspects de la physiologie occulte du corps humain selon le Samkhya.


Sarva Sara Upanishad – Upanishad de l’Essence universelle.

Cette Upanishad tardive propose un abrégé de la doctrine du Védanta. Elle se contente d’énumérer les vingt-trois concepts essentiels du Védanta, les mettant en interrogation, puis les explique de façon concise, quasiment en raccourci mnémotechnique, en puisant dans le corpus des Upanishads anciennes. Mais loin d’être une simple redite de définitions empruntées, elle adopte une présentation séquentielle de l’évolution de la conscience, depuis l’identification au corps jusqu’à l’éveil en l’Atman suprême, Paramatman.


Savitri Upanishad – Upanishad de Savitri, le principe féminin solaire.

Savitri est le Soleil, Surya, en tant que Procréateur et Nourricier, mais aussi l’essence de la Parole magique, laquelle inclut notamment le fameux Gayatri Mantra, l’ode au Soleil matinal. L’Upanishad enseigne à distinguer Savitar (principe mâle) et Savitri (principe femelle) dans les éléments cosmogoniques et à tout niveau de la création, car « l’un et l’autre sont deux sources jumelles, qui forment un couple ». Quant au double mantra Bala et Atibala, il assure l’immortalité dans le royaume solaire de Savitri !


Skanda Upanishad – Upanishad de Skanda.

Dans cette brève Upanishad, qui provient du Yajur Véda mais pourrait tout aussi bien être extraite du Skanda Purana (dans lequel le dieu relate lui-même sa naissance, sa vie, ses exploits, sa nature et celle de son père Shiva), Skanda vise à concilier les cultes de Shiva et de Vishnu, tous deux n’étant que des expressions finalement identiques du principe unique, Brahman.


Subala Upanishad – Upanishad du Sage Subala.

Cette Upanishad adopte la mise en abîme d’un enseignement, empruntant le procédé favori des contes hindous : Subala, le sage éponyme, nous transmet l’enseignement qu’un certain Raikva obtint de Brahman en personne ! En 10 leçons d’inégale grandeur, un vaste tour d’horizon est accompli, Brahman nous aura menés du point de départ de l’Univers manifesté (sans oublier de mentionner le modus operandi de sa dissolution finale), jusqu’à Brahmavidya, la Connaissance parfaite et toute-accomplie, dans une présentation concise et originale des énergies spirituelles majeures : 1) Création et dissolution de l’univers – 2) le Quatrième principe et l’anatomie occulte – 3) Narayanaya, le Seigneur du Non-manifesté, est le Purusha, le Grand Homme cosmique – 4) nature du Régent interne – 5) le Soi dans le corps – 6) la Voie vers les mondes supérieurs – 7) le Samadhi – 8) Mrityu, la Mort – 9) brûler les Principes de base – 10) conférer Brahmavidya.

Cet enseignement nous semble beaucoup trop bref, et nous laisse sur notre faim… Shankara fait allusion à cette Upanishad, que cite son disciple direct Suresvara ; Shri Ramanuja, quant à lui, la considérait comme une des Upanishads fondamentales. 


Shuka Rahasya Upanishad – Upanishad de la Doctrine secrète de Shuka.

La connaissance de Brahman (Brahmavidya ou Brahman Jnana) est ici la doctrine secrète, fondée sur des mantras accompagnés de gestes bien précis, que Shiva enseigna jadis à Shuka le Narrateur, fils de Vyasa le Compilateur. Et à son tour, le dieu Brahma la transmet – par cette Upanishad – à un groupe de sages. L’essentiel de cet enseignement repose sur les quatre fameuses maximes : « TAT TVAM ASI » (Toi aussi, tu es Cela); « AYAM ATMA BRAHMA » (Ce Soi est Brahman); « PRAJNANAM BRAHMA » (La conscience est Brahman), et « AHAM BRAHMASMI » (Je suis Brahman).


Surya Upanishad – Upanishad du Soleil.

Très brève Upanishad qui expose le rite dédié au Soleil, incorporant la Gayatri (salutation au Soleil), qui reste le mantra le plus largement pratiqué de nos jours encore. La divinité solaire y apparaît sous 3 de ses aspects majeurs : Surya, le Brillant, Aditya, Fils de l’Étendue primordiale, et Savitar, le Nourricier.


Svetasvatara Upanishad – Upanishad du Sage Svetasvatara.

Apparue entre 400 et 200 av. J.-C., cette Upanishad est l’une des plus anciennes, et met en scène le sage éponyme Svetasvatara (“qui possède une mule blanche”) qui expose une doctrine très proche du shivaïsme, et son enseignement tisse un va-et-vient constant entre un Brahman envisagé du point de vue théiste, où Rudra est la figure essentielle, et la notion fondamentale de Maya (l’illusion), tout en ménageant une place importante à la figure personnalisée de Brahman (qui est ici bien moins abstrait que dans les autres Upanishads) et en insistant sur la dévotion, bhakti. Si l’approche est ici moins philosophique, elle est souvent bien plus poétique, et au point de vue stylistique, c’est une œuvre de grande beauté, dont la réputation est bien établie. Parce qu’il relie si exhaustivement le concept de Brahman à la psychologie usuelle de l’être humain, au moyen de nombreuses métaphores empruntant à la vie dans la matière, ce texte peut admirablement accompagner l’aspirant occidental, pris entre ses obligations quotidiennes et sa recherche personnelle.


Vajra Suchika Upanishad – Upanishad de la Pointe de diamant.

La pointe de diamant – métaphore de l’esprit intensément concentré et lucide – sert ici à transpercer les préjugés solidement ancrés, qui répandent le faux savoir qu’on naît dans la caste des brahmanes par un mérite karmique accumulé au cours des existences antérieures. C’est donc la légitimité de la notion de caste reposant sur le mérite et la valeur individuelle qui est ainsi taillée à l’emporte-pièce. Le brahmane authentique est bel et bien celui – quelle que soit sa caste d’origine, et qu’il soit même né d’un animal, comme certains des Sages mythiques – qui a réalisé l’union avec l’Atman, car c’est ce dernier qui médite sur le Brahman, dont il partage les caractéristiques et la nature essentielle.


Illustration : Navneet Shanu.