Introduction aux Upanishads.

Upanishad signifie « assis par terre aux pieds du Maître », pour écouter son enseignement… selon la coutume indienne, les jambes croisées, dans une posture très similaire à celle de la méditation. 

Cet enseignement spirituel que nous livrent les Upanishads apparaît au IVe siècle av. J.C., délivré par les dieux eux-mêmes ou par le Brahman absolu en personne, aux sept Rishis (Voyants, Sages et pères fondateurs de la civilisation hindoue), lesquels vont continuer leur enseignement aux mortels jusqu’au VIIe siècle ap. J.C.

À aucun moment, il ne faut perdre de vue la très haute antiquité des Upanishads : si les dates attribuées varient d’un orientaliste à un autre, on peut retenir avec certitude que la Brihadaranyaka et la Chandogya sont les plus anciennes, et que l’échelonnement des Upanishads sur onze siècles justifie leur très grande diversité littéraire, et explique un chevauchement de concepts philosophiques similaires sous un même terme (ou l’inverse : deux ou trois termes sanscrits pour le même concept). Mais – encore une fois, pourquoi serait-ce si étonnant ? – ce qui frappe le plus, au contraire, c’est l’extrême homogénéité de leur enseignement, et la mine de renseignements toujours riche en filons qu’elles ouvrent encore aujourd’hui au pratiquant de la méditation, au chercheur spirituel, à l’étudiant en spiritualité, en ésotérisme, ou même aux amateurs de textes mystiques.

Les Upanishads contiennent l’enseignement intérieur et mystique, donc réservé à ceux de ses élèves que le Maître estime aptes à le recevoir pour le mettre en pratique. Et dans l’ambiance originelle de la culture hindoue, c’est dans les forêts, à l’abri du tumulte du monde, que le Maître et ses disciples (Aranyakas : habitants de la forêt – et par extension, traités à leur usage) étudiaient la doctrine secrète et poursuivaient leur quête de Sagesse et de Libération. 

Le terme upanishad apparaît assez fréquemment à l’intérieur des Upanishads elles-mêmes, avec quatre nuances bien distinctes :

– Explications secrètes ou ésotériques.

– Connaissance dérivée de la réflexion et/ou de la méditation sur ces explications.

– Règles spéciales ou observances strictes qui incombent à ceux qui ont reçu ces explications.

– Enfin, le titre des livres renfermant ces explications.

Le caractère sacré et secret des Upanishads a été affirmé pendant des siècles, et cela dès l’origine. C’est à la fin des Védas, de chacune de leurs sections, que se trouve chacune des Upanishads : les cinq Vedas comportant 1180 Saakas ou sections, il devrait donc y avoir 1180 Upanishads ! Il n’en reste plus qu’une collection de 108, considérées comme canoniques (c.-à-d. mentionnées et classifiées dans la Muktika Upanishad), plus d’autres, non-canoniques, donc dispersées dans les manuscrits, et que les indianistes répertorient et classifient, agrandissant le corpus des textes authentifiés. 

Ces 108 Upanishads, accompagnées de la Bhagavad Gita et des Brahma Sutras, constituent le triple canon du Védanta (Prasthana-traya). Dans celui-ci, les Upanishads constituent le texte révélé (sruti-prasthana), et elles marquent le sommet du Véda (lui-même intégralement révélé et formant la Shruti, « la Révélation » directement retranscrite par les Rishis sous la dictée des dieux ou du Brahman). Ces Upanishads viennent tout à la fin des sections védiques, et elles contiennent la source immaculée de la métaphysique du Védanta, qui étymologiquement signifie « fin (anta) – dans son double sens : dernière partie et but ultime – du Véda ». Bhagavad Gita et Brahma Sutras sont, quant à eux, partie intégrante de la Smriti, l’ensemble des textes religieux qui ont été retranscrits de mémoire, par ouï-dire, donc de facture humaine même si au départ ils auraient été révélés.

Shankara, le fondateur de l’Advaita Vedanta (le Védanta non-duel, ou monisme absolu), qui est l’école de philosophie hindoue la plus récente, datant du VIIe siècle après J.C. – Shankara étant né probablement en l’an 686 de notre ère – et celle qui a le plus influencé l’Occident depuis le XIXe siècle, était un fervent des Upanishads. Selon lui, le terme Upanishad serait un dérivé de la racine sad, ‘dénouer’, ‘atteindre’ ou ‘détruire’ accolée à Upa et ni comme préfixes et kvip comme terminaison. Auquel cas, upanishad signifierait « connaissance du Brahman par laquelle l’ignorance est dénouée ou détruite ». Et ce serait donc en raison de leur complexité et de leur exigence de discipline fervente que les Upanishads ont été placées en conclusion des Védas, et classifiées en tant que Vedanta ou fin(alité) ultime des Védas. 

Une brève récapitulation : Il y a cinq Védas (si l’on compte séparément les deux versions du Yajur Veda – la Sukla et la Krishna). Chacun d’eux comporte de nombreuses Saakas (sections). Chaque Saaka comporte une section rituelle décrivant les actes à observer, faite de Mantras et de Brahmanas. Ces derniers, – outre des codes liturgiques, des légendes divines, des initiations aux mantras, etc. – traitent de méditation (Upasana) et intègrent les Aranyakas (les traités de la vie dans la forêt) au bénéfice de ceux qui se sont consacrés à la quête spirituelle. De cet emboîtement complexe, sorties de leur écrin, voici les Upanishads !

Dix des 108 Upanishads ont fait l’objet de commentaires, réputés au point de devenir eux-mêmes des classiques, car ils venaient de grands sages, notamment Shankara, Aurobindo. Les Upanishads commentées sont : Isha(vasya), Kena, Katha, Aitareya, Brihadaranyaka, Prasna, Mandukya, Taittriya, Chandogya et Mundaka, et elles sont désormées regroupées sous l’appellation d’Upanishads majeures. Ce sont d’ailleurs les plus traduites, on en trouve plusieurs versions en français. Toutes traitent essentiellement de thèmes philosophiques et métaphysiques, ce qui induit à croire que toutes les Upanishads traitent de philosophie. C’est une erreur : dans la large palette des thèmes abordés, on peut même apprendre la façon orthodoxe de porter les cendres sacrées, quel est le rituel d’adoration de tel ou tel dieu, des bribes des légendes des Brahmanas y sont intégrées, et des dieux vivants, truculents parfois, dialoguent avec des mortel(le)s assoiffé(e)s de connaissance… Mais il reste vrai que c’est toujours dans le contexte d’un enseignement des divers Yogas, et avec la Libération comme finalité ultime.


Illustration : Navneet Shanu.