Le Mahâyuga.

La doctrine hindoue des cycles cosmiques est difficile à exposer en un seul article, nous nous bornerons ici à en exposer seulement les concepts les plus fondamentaux. Cette doctrine est en effet difficile à exposer car la question est très complexe en elle-même, et elle l’est encore plus pour un esprit occidental, qui n’est pas habitué à ce genre d’idées. Ainsi, nous n’allons pas expliquer toute la doctrine mais simplement aborder quelques points. 

Un cycle représente le processus de développement d’un état de manifestation. Un cycle mineur représente le développement d’une modalité restreinte et spécialisée de cet état de manifestation. Il existe une correspondance entre les cycles principaux et secondaires : c’est la loi de correspondance. Ce qui se développe dans un cycle secondaire reflète, en plus petit, ce qui se développe dans le cycle principal, en plus grand. Et réciproquement. 

Nous utiliserons ici le symbolisme. C’est un mode d’expression qui permet de comprendre la nature réelle d’une chose en employant une correspondance ou une analogie avec autre chose. Ici, nous utiliserons le mode d’expression chronologique pour nous représenter la doctrine des cycles. 

Nous savons, donc, qu’un cycle représente le développement total d’un monde. A l’intérieur d’un cycle, il peut y avoir d’autres cycles (plus petits et plus court), qui, eux-mêmes, contiennent des cycles. Ainsi, une heure contient des minutes, lesquelles contiennent des secondes. De la même manière, une cycle appelé « manvantara » contient des cycles appelés « mahâyuga », lesquels contiennent quatre cycles, appelés « yuga ». Une heure dure soixante minutes, chaque minute dure soixante secondes. Un manvatara dure 71 mahâyuga, chaque mahâyuga dure quatre Yugas.  

Le cycle de mahâyuga.

Nous allons nous intéresser en particulier à un cycle de mahâyuga : celui dans lequel nous vivons actuellement. Nous savons qu’un mahâyuga se décompose en quatre yuga, de la même manière qu’une minute se décompose en soixante secondes. 

La division d’un cycle entre quatre parties est une division que l’on retrouve dans de nombreux domaines ; les saisons de l’année, les semaines du mois lunaire, les points cardinaux, et bien sûr, la comparaison la plus évidente : les quatre âge d’or, d’argent, d’airain et de fer de l’antiquité gréco-latine.

Les quatre yuga sont : 

  1. Le Satya-Yuga.
  2. Le Trêtâ-Yuga.
  3. Le Dwâpara-Yuga.
  4. Le Kali-Yuga.

Les quatre âges ou quatre yuga entretiennent un rapport descendant entre eux : chaque période est marquée par une dégénérescence, un amoindrissement, une diminution par rapport à celle qui l’a précédée. C’est exactement le contraire de la conception « moderne » du temps, qui implique un progrès continue, d’un état primitif vers un état évolué. 

En effet, la doctrine hindoue enseigne qu’un cycle commence par la manifestation d’un principe, et qu’à mesure que le cycle se déroule (que le temps passe), l’on s’éloigne de ce principe. On n’est jamais aussi éloigné du principe qu’à la fin de celui-ci. On n’est jamais aussi proche qu’au début. 

Les quatre âges ou quatre yuga entretiennent également un rapport décroissant entre eux : chaque période dure moins longtemps que la précédente. Ce qui est important ici, c’est le rapport entre les durées respectives de chaque cycle. Considérons que la durée totale d’un mahâyuga représente 10, alors les quatre yuga représenteront les durées suivantes : 

1.         Le Satya-Yuga : 4.

2.         Le Trêtâ-Yuga : 3.

3.         Le Dwâpara-Yuga : 2.

4.         Le Kali-Yuga : 1.

La division du mahâyuga s’effectue ainsi selon la formule suivante : 10 = 4 + 3 + 2 + 1.

Une question se pose maintenant : nous avons établi l’analogie entre les cycles tels qu’ils sont présentés par la doctrine hindoues, mais nous ignorons encore à quelle durée réelle ils correspondent. Concrètement, comment s’expriment ces cycles en nombres d’années ? Nous ne pouvons le déterminer avec exactitude. Et cette impossibilité est voulue, consciente, prévue par la doctrine elle-même. 

Si la durée réelle d’un mahâyuga était connue, et si son point de départ était déterminé dans l’histoire, il serait alors possible de prévoir avec exactitude sa fin, et donc de connaître les évènements futurs. Mais la Tradition ne permet pas aux hommes de connaître l’avenir, considérant que cette connaissance emporte plus d’inconvénients que d’avantages. 

Le point de départ exact du mahâyuga dans lequel nous vivons actuellement est ainsi dissimulé. Seul demeure une certitude de calcul : les proportions exactes entre les yuga sont soigneusement conservés. Ainsi, il est certain que le Satya-Yuga a duré quatre fois plus longtemps que le Kali-Yuga

Certaines sources indiquent que la durée d’un cycle représente le chiffre symbolique de 4 320. Nous pouvons appliquer à ce chiffre la division des quatre Yuga en respectant les proportions 4 / 3 / 2 / 1. Cela se décompose ainsi : 

1.         Le Satya-Yuga : 1 728.

2.         Le Trêtâ-Yuga : 1 296.

3.         Le Dwâpara-Yuga : 864.

4.         Le Kali-Yuga : 432.

Ces chiffres symboliques sont conformes à la division cyclique : ainsi, de la même manière que 10 = 4 + 3 + 2 + 1, nous savons que 4 320 = 1 728 + 1 296 + 864 + 432.

Les anciens, gardiens de la Tradition, accordaient moins d’importance que nous à une année solaire, c’est-à-dire à une année de 365 jours terrestre. Il faut donc dissocier ici, d’une part, l’année « standard » (une révolution de la terre autour du soleil) et d’autre part, la « grande année » (période de la précession des équinoxes). Les anciens comptaient le temps en précession des équinoxes, et non pas en année standards. 

La précession des équinoxes, c’est le changement de direction de l’axe de rotation de la terre. L’axe des pôles (la ligne imaginaire qui relie le pôle nord au pôle sud) change ainsi d’orientation. Cette ligne imaginaire ne « pointe » pas vers la même zone de l’univers au fil du temps. La ligne imaginaire fixe un point dans le ciel, et ce point, c’est le « point équinoxial ». Il y a deux point équinoxiaux : celui du nord (qui pointe vers l’étoile polaire) et celui du sud. 

La période astronomique de la précession des équinoxes dure 25 920 ans. Un point équinoxial se déplace d’un degré tous les 72 ans. En effet, 72 x 360 = 25 920. 

72 x 60 = 4 320. Le nombre « 72 » est un multiple de « 4 320 ».

4 320 x 6 = 25 920. Le nombre « 4 320 » est un multiple de « 25 920 ».

Ces chiffres sont intéressants, mais ne nous amènent pas très loin. Quel multiple de la période astronomique correspond réellement à la durée du mahâyuga ? Il est facile de voir dans les nombres et les chiffres ce que l’on veut voir… Il faut y réfléchir davantage. 

Chez les Perses et chez les Grecs, une « grande année » dure 12 960 ans. Dans la mesure où 12 960 x 2 = 25 920, il semblerait que ces deux civilisations aient décidé d’appeler « grande année » la moitié d’une précession des équinoxes. (Platon, La République, VIII, 546b). 

Chez les Chaldéens,la durée du règne de Ziusudra est fixée à 64 800 ans (Jean Bottéro, « la plus vieille religion : En Mésopotamie », Gallimard,1998). Ziusudra était le dernier des rois antédiluviens de Sumer. A noter : 64 800 / 5 = 12 960. Le règne de Ziusudra a duré cinq grandes années. Ainsi, cette civilisation considère qu’un règne dure cinq « grande année ».

Dans la tradition Hindoue, nous savons que l’ère actuelle, appelée « Vaivaswata », dure également 64 800 ans. 

Nous avons là deux indices permettant de poser une hypothèse. Premier indice : une « grande année » représente la moitié d’une précession des équinoxes, soit 12 960 ans. Deuxième indice : un cycle représente cinq grandes années. 5 x 12 960 = 64 800 ans. A partir de sources Perses, Grecs et Chaldéennes, nous pouvons estimer qu’un cycle dure 64 800 ans. 

Si un cycle dure pendant cinq « grandes années », il faut répartir ces grandes années entre les quatre âges, qui je le rappelle, sont inégaux entre eux (les proportions sont 4, 3, 2, 1). Les cinq « grande année » seront réparties de façon inégale, de la façon suivante : le Krita-Yuga en contiendra 2, le Trêtâ-Yuga 1 ½, le Dwâpara-Yuga 1, et le Kali-Yuga ½. Evaluées en années standards, cela donne le résultat suivant : 

1.         Le Satya-Yuga : 25 920 ans.

2.         Le Trêtâ-Yuga : 19 440 ans.

3.         Le Dwâpara-Yuga : 12 960 ans.

4.         Le Kali-Yuga : 6 480 ans. 

Total : 64 800 ans. 

Ces considérations paraîtront intéressantes pour certains lecteurs, totalement dépourvus de sens pour d’autres. Ce qui est réellement dépourvu de sens, ce serait de chercher le point de départ exact de notre cycle…Ce qui est réellement intéressant, pour les plus curieux, ce serait de continuer à lire des considérations sur le même sujet, notamment via l’œuvre de René Guénon