Utiliser les algorithmes de Tinder contre lui-même.

Un utilisateur peut demander des données à des entreprises, comme Tinder ou Facebook, qui ont été collectées sur lui. Chacun peut ainsi obtenir ses données, et par extension, savoir quelles données sont utilisées pour mieux connaître un utilisateur. 

Il y a des informations classiques : nom, adresse email, âge (et tranche d’âge sélectionnée). Il y a également des informations plus intéressantes : vos choix (avec vous sélectionné à gauche ou à droite ?), combien de personnes vous on-t-telles sélectionnés à gauche ? Combien à droite ? Vos réussites (vos Matchs), les messages envoyés, les messages reçus, et bien sûr, votre profil (avez-vous tout renseignés sur votre profil ? Seulement quelques informations ? Ou presque rien ?). 

Pourquoi est-ce intéressant ? Parce que si vous connaissez les données qui sont collectées sur vous, vous pouvez mieux savoir comment l’application fonctionne. Par extension, il est possible de penser que Tinder conserve d’autres types de données vous concernant : combien de temps avez-vous passé à regarder un profil ? Avez-vous eu une conversation avec les personnes que vous avez sectionné ? Avez-vous été signalé par d’autres utilisateurs ? Etc. 

Allégorie. Imaginez que Tinder fonctionne comme un bar. Un bar doit avoir une clientèle principalement féminine. Si c’est le cas, il y aura des hommes, et ceux-ci leur offriront un verre. Les femmes sont attirées par la qualité du bar, alors que les hommes sont attirés par le nombre de filles potentielles que l’on peut rencontrer dans ce bar. 

Avec cette allégorie en tête, nous pouvons déterminer les critères décisifs pour qu’une application telle que Tinder remporte du succès auprès de ses utilisateurs : les femmes doivent être attirées par cette application, laquelle doit enregistrer un grand nombre d’utilisatrice, et de cette manière, les hommes, à leur tour, utiliserons l’application. 

Le chiffre d’affaire d’un bar repose sur la consommation de boissons. Le chiffre d’affaire de Tinder repose sur la consommation de la publicité, des abonnements payants, et des articles tels que les « super-like » et les « Boost ». Suivant l’allégorie du bar, imaginez qu’un super-like, c’est comme offrir un verre, et qu’un « Boost », c’est comme serrer la main du patron devant tout le monde (ou quand vous avez déjà votre table réservée, avec une bouteille : tout le monde vous a remarqué). 

Toutefois, l’homme le plus important d’un bar, ce n’est pas le patron, c’est le videur. Son boulot ? Maintenir un bon ratio d’hommes et de femmes ; s’assurer que les personnes les plus bizarres ne puissent pas rentrer ; se débarrasser des éventuels trouble-fêtes, hommes agressifs, ou ivrognes. Un bar qui n’est pas gardé par un videur est un endroit à éviter. Dans le même ordre d’idée, c’est exactement de cette façon que fonctionne Tinder : maintenir une base d’utilisatrice féminine tout en ayant le plus grand nombre d’utilisateurs total, s’assurer que les abonnements et autres « like » soient bien souscrits. N’oublions pas que la majorité des achats sur cette application sont effectués par les hommes. Comment Tinder peut-il arriver à gérer ces paramètres ? 

Un algorithme. D’abord, Tinder utilise certainement votre comportement, le comportement des autres personnes, et enfin, la recherche de faux profils. 

Votre comportement, sur Tinder, consiste en plusieurs faits analysable : vos mouvements à droite, ceux à gauche, vos matchs, votre premier message (ou votre réponse si vous n’êtes pas celui qui a envoyé le premier message), vos conversations, votre (éventuel) signalement. 

Vos mouvements à droite ou à gauche sont plus importants que vous ne le pensez : à quelle fréquence faites-vous vos choix ? A quelle vitesse ? Si vous « swipez » constamment à droite, cela peut très bien marcher pour vous, mais ce que vous êtes en train de démontrer, c’est que vous êtes incapable de discernement et que vous êtes en quête de Matchs plutôt que d’une réelle connexion avec quelqu’un. En réalité, vous êtes en train d’arriver dans un bar, vous vous placez comme un DJ, face à la foule, et vous hurlez « quelqu’un veut-il de moi ? ». Tinder n’aime pas ce genre de comportement. Pourquoi ? Parce que cela démontre que vous êtes un homme au rabais. Mais pas seulement, c’est surtout parce que votre comportement peut facilement être confondu avec celui d’un programme. C’est la même chose si vous ne faites que « swiper » à gauche : vous paraissez comme une personne qui ne souhaite pas correspondre, et vous ressembler, donc, aussi, à un programme. 

L’autre comportement qu’il convient d’analyser, c’est la fréquence de vos Matchs avec les personnes que vous avez choisies. La question sous-jacente est de savoir si vous jouez dans votre ligue. Ne vous méprenez pas, c’est humain : chacun d’entre nous essaie ou a essayé de rencontrer une personne qui se situe au-dessus de lui, mais si vous, vous alliez trop loin ? L’hypothèse, ici, c’est que Tinder n’aime pas ce comportement, parce que l’objectif de l’application, c’est que les personnes qui se rencontre puissent se correspondre.  

Le troisième comportement, c’est celui de vos premiers messages. Faites-vous le premier pas ? Que dites-vous ? Il faut rappeler ici que l’objectif de Tinder, c’est de faire correspondre des partenaires et qu’ils se rencontrent (ce qu’il se passe ensuite est une autre histoire). Si vous obtenez des Matchs, mais que vous n’entamez pas la conversation, Tinder va en conclure que vous n’êtes là que pour la « chasse ». 

Quatrième comportement : quelles réponses obtenez-vous à votre premier message ? Est-ce que l’on vous répond ? Est-ce que vous attendez inutilement ? On peut légitimement douter que Tinder analyse chaque message, en revanche, on peut supposer qu’un compte qui envoie de nombreux messages sans jamais obtenir de réponse est un compte qui fonctionne mal. 

Cinquième comportement : le « modèle de conversation », combien de fois Tinder considère-t-il que vous avez eu une bonne conversation avec vos Matchs ? Est-ce que vous vous contentez d’envoyer une première phrase en attendant une réponse, ou avez-vous de réelles conversations qui peuvent être considérées par l’application comme étant des conversations positives ? 

Le sixième comportement est négatif : c’est lorsque quelqu’un vous bloque juste après votre premier message, ou vous bloque à un instant donné de la conversation. C’est, de toute évidence, interprété négativement, et cela aura des conséquences sur votre compte. 

Pourquoi s’intéresser à ce que Tinder fait de vos données ? Parce que c’est un service dont l’objet est de donner aux hommes et aux femmes la chance de correspondre avec succès. Gardons à l’esprit que Tinder est un business, et qu’à ce titre, il souhaite que les matchs soient aussi précis que possible. 

Comment réagissent les femmes ? 

Revenons un instant à l’analogie entre Tinder et un bar. Si un homme plutôt moyen (6/10) se comporte très mal, qu’il ennuie les filles, qu’il ennuie le personnel, il se fera expulsé du bar sans attendre et ne pourra pas y revenir. Bonjour la liste noire. A l’inverse, si un homme de qualité (10/10), une célébrité, ou un homme riche, se comporte mal, il sera traité différemment, tout simplement parce que, par sa présence ou par son argent, il est dans l’intérêt du bar de ne pas le mettre dehors à coup de pied au…

Bref, Tinder a deux ensembles de règles. Premièrement, s’il expulse de nombreux hommes très attrayants parce qu’ils se comportent comme des robots, l’application sera moins attrayante pour les femmes. Deuxièmement, s’il expulse les femmes qui n’utilisent l’application que pour commercialiser leurs comptes instagram, ou les faux-profils, l’application comptera beaucoup moins de femmes. Mais le patron du bar se moque de savoir si des filles 10/10 se comportent mal, du moment que les hommes leurs achètent des boissons toute la nuit. 

Ainsi, vous pouvez vous permettre tous les mauvais comportements listés plus haut, à condition que beaucoup de personnes du sexe opposé vous sélectionnent et parlent avec vous. Voici l’équilibre à atteindre. Si votre comportement laisse à désirer, mais que vous remporter du succès sur l’application, celle-ci ne vous identifiera pas comme un problème. 

Comment réagit Tinder ? 

A l’inverse d’un bar, Tinder n’a pas besoin d’expulser les hommes qui se comportent mal : il suffit de réduire leur visibilité à zéro, empêcher leur message d’arriver au destinataire, bloquer les « super-like » et rendre les « boost » inefficaces. A quoi cela ressemble de votre point de vue ? L’application semble fonctionner normalement, mais vous semblez simplement avoir moins de matchs que d’habitude, et votre taux de réponse à votre premier message semble bien faible. Cela a un avantage pour Tinder, puisque cela vous maintient dans l’illusion que vous avez absolument besoin de payer pour un abonnement, au lieu d’annuler celui-ci et de supprimer votre compte. Si vous aviez été simplement exclu, Tinder aurai perdu l’occasion de vous prendre de l’argent, et la base d’utilisateur aurai diminué. 

Quelle est la meilleure pratique ? 

La bonne pratique repose sur deux choses : connaître les données (réelles ou supposées) que Tinder enregistre sur vous ; tenir compte des algorithmes pour analyser, catégoriser et communiquer. 

S’agissant des « swipes », les programmes cherchent à swiper à droite dans 100% des cas, puisque leurs objectifs sont de distribuer leurs messages au plus grand nombre de personnes possible. Sauf que de nombreux hommes font également pareil, swiper à droite tous les profils, tout simplement pour maximiser leurs chances. Les femmes qui n’utilisent Tinder que pour augmenter la valeur de leur égo (ou nourrir leur compte instagram avec de nouveaux followers) pratiqueront la même méthode, mais elles ne répondront jamais à leurs messages. Le principe de base, ici, est simple : ne sélectionnez que des femmes que vous seriez heureux de rencontrer et avec qui vous avez 90% de chance, ou plus, d’obtenir un rendez-vous. Soyez exigeants. 

S’agissant des « Matchs », pour être honnête, vous cherchez à ce que 100% de vos « swipes » conduisent à des matchs. Toutefois, il faut viser entre 30 et 70% de taux de succès. 100% de succès déclencherait un sous-programme chez Tinder, parce qu’il est assez rare d’obtenir un succès de 100% si vous swipez normalement, à moins d’utiliser Tinder Gold. Idéalement, un taux de succès compris entre 50 et 70% (donc plus d’un profil sur deux qui vous validerait) serait un excellent signe : vous jouez dans votre « ligue », vous savez donc à quel type de filles vous pouvez prétendre, sans viser trop haut, mais sans vous dévaluer non plus, et cela n’attira pas l’attention de Tinder.  

S’agissant des premiers échanges, gardez en tête que si vous matchez avec de nombreuses personnes mais ne leur parlez jamais, alors Tinder pensera que cela n’était pas de bons matchs. N’oubliez pas qu’en utilisant cette application, c’est vous qui vous mettez au service de Tinder, et non l’inverse. Son objectif est de faire correspondre hommes et femmes, et s’il échoue, son précieux business-plan s’écroulera. Si vous n’entamez pas la conversation, et qu’elle non plus, c’est un échec. Et n’oubliez pas non plus que Tinder garde une trace de la longueur de vos messages, alors si vous envoyez le même (court) message à plusieurs personnes au même moment, vous avez le même comportement qu’un programme. Ou qu’un virus, et vous serez traités comme tels. 

S’agissant des réponses, les réflexions sont globalement les mêmes que pour le paragraphe précédent. Si vous obtenez très peu de réponses, qu’animer une conversation est difficile, ou pire, que vous soyez bloqué par une fille, cela aura un impact négatif sur votre compte. 

Conclusion.

L’idée de cet article était de faire prendre conscience que l’utilisation de Tinder doit tenir compte de Tinder lui-même. Il ne s’agit pas d’une interaction entre deux personnes, mais d’une triangulation entre hommes, femmes et algorithmes. Cet article est un essai de conceptualisation : Tinder est une application dotée de système de détection automatisés qui fonctionne comme un videur de boite de nuit…et qui travaille dans l’intérêt de l’entreprise. 

Une bonne utilisation de Tinder, c’est comme une bonne utilisation de Twitter. Plutôt que de bloquer une personne (qui peut ainsi obtenir une capture d’écran de ce blocage et s’en vanter), il faut rendre leur compte « muet ». Ils peuvent ainsi continuer à crier, à débattre, à chercher une réponse, mais ils gaspillent alors leur énergie dans le vide virtuel. De même, avant de vous demander pourquoi vous n’avez pas le succès que vous espériez sur Tinder, demandez-vous si votre comportement virtuel n’a pas éveillé les soupçons des processus automatisés de Tinder, qui a peut-être décidé de diminuer votre visibilité. Ainsi, évitez les comportements extrêmes (sélectionner 100% des profils, viser trop haut par rapport à ce que vous pouvez espérer rencontrer, ne jamais initier la conversation, envoyer toujours le même message, ne jamais obtenir de réponse, être signalé), et de cette manière, vous passerez en dessous des radars automatisés qui cherchent à éliminer les programmes intrus. En somme, ne vous comportez pas comme un programme, n’industrialisez pas votre comportement.