Sébastien Bohler. Le divertissement.

  • Besoin de commérage et évolution des groupes humains. 

La presse people exploite une tendance de base de l’être humain, à savoir son besoin d’entendre et de colporter des ragots. Selon les psychologues évolutionnistes, cet instinct du commérage est bien plus qu’un détail croustillant de notre psychologie : il serait en fait le ciment des premières sociétés. Le fait que nous y recourions de plus en plus et cherchions des moyens de l’assouvir dans la presse people révélerait un effritement du lien social traditionnel. Autrefois, dans les villages, le cordonnier, le facteur, le maître d’école et d’autres se réunissaient pour parler des dernières histoires arrivées à untel, au fils Durand ou à la tante de l’oncle Gaspard. Les liens sociaux étaient ainsi maintenus par un flux verbal constant qui rapprochait les gens, même si le sujet des conversations était souvent superficiel. Avec la fragilisation de ces structures villageoises et la montée de l’individualisme citadin, le besoin de se forger un clan de compères ragoteurs se serait progressivement rabattu sur un pis-aller : les couvertures en couleurs de la presse people.

  • Exposition médiatique et altruisme. 

La télévision favorise les comportements altruistes car elle augmente le degré de « publicité » des personnes qui y paraissent. C’est parce que leurs faits et gestes sont suivis par des millions de consommateurs potentiels que les célébrités tiennent un discours proche des valeurs humanitaires, des droits de l’homme ou du politiquement correct. Les célébrités n’ont pas le monopole du sacrifice et de la grandeur d’âme, mais elles ont des moyens infiniment plus étendus pour les montrer.

  • L’anticipation des regrets. 

Les émissions de divertissement utilisent presque toujours une des particularités cognitives du cerveau et de l’esprit humain. Dans certains cas, les neurologues mettent des années avant de découvrir comment fonctionne le cerveau face à de telles situations. D’une certaine façon, les animateurs de spectacles ont, de façon empirique, bien souvent une longueur d’avance…

  • Le phénomène « baby-face ».

De façon générale, les individus possédant des caractéristiques faciales de « bébés » bénéficient de certains préjugés d’innocence, de chaleur, de gentillesse et d’honnêteté. Ce mécanisme inconscient s’explique par une théorie nommée néoténie, selon laquelle nous sommes spontanément attirés par tout ce qui évoque la petite enfance : c’est grâce à cela que notre espèce aurait survécu, les adultes adoptant automatiquement une attitude protectrice et indulgente envers tout ce qui peut évoquer un signe d’extrême jeunesse.

  • Paysages naturels et morphine cérébrale. 

Notre attirance pour les émissions de type « nature et découverte » résulte d’une particularité de notre cerveau. Ce dernier possède des zones nommées « visuelles asso- ciatives » qui cherchent automatiquement à établir des connexions entre les divers éléments d’une scène visuelle, pour mieux comprendre la scène et trouver le meilleur moyen d’y survivre. Le cerveau analyse la configuration du terrain, les ressources alimentaires qui s’y trouvent (fruits et animaux) car il a pris cette habitude au fil de milliers d’années d’évolution. Lorsque ces zones cérébrales entrent en action, elles libèrent des molécules morphiniques qui procurent un sentiment de bien-être et de satisfaction.

  • L’évolution des tours de hanche selon la conjoncture économique. 

Les médias qui font du corps de la femme leur principal argument de vente reflètent les évolutions des attentes sexuelles des hommes dans un contexte économique fluctuant. Ce raisonnement peut être appliqué au choc pétrolier des années 1970, concomitant du début des modes de mannequins très maigres. Inversement, la relative prospérité économique actuelle correspond à un retour à des hanches plus larges. Mais relativisons ces approches, car mille autres facteurs sociaux sont probablement tout aussi déterminants !

  • Stimulations sonores et baisse de sensibilité. 

L’oreille humaine est un organe sensible et fragile. Les techniques d’enregistrement modernes n’en tiennent pas toujours compte : guidée par un impératif de rentabilité commerciale, l’industrie du disque a appauvri les capacités d’écoute d’une génération « Ipod » qui en subit les conséquences sur le plan psycho-acoustique, et qui se trouve de plus exposée à des spectacles entièrement formatés sur le plan de l’interprétation artistique et des techniques de sonorisation.

  • Jeux de lumière et intimidation. 

Lorsque nous voyons Laurence Boccolini dans un éclairage rouge, ce phénomène participerait à une légère (et involontaire) intimidation, qui s’ajoute aux qualités naturelles de sa voix, de ses postures et de ses remarques acerbes. Dans « Le maillon faible », tout est fait pour écraser le candidat et établir l’autorité incontestée de la « maîtresse d’école ».

  • Le biais de choix. 

Le phénomène du biais de choix peut s’appliquer à de nombreuses situations où les gens refusent de réviser leur jugement. Telle personne a jeté son dévolu sur un modèle d’automobile : depuis ce jour, elle refuse d’admettre que sa voiture lui coûte une fortune en réparations. Tel étudiant a choisi une filière qui l’attirait initialement, mais dont les matières sont mal enseignées : malgré cela, il continue à prétendre auprès de ses amis qu’il suit des études passionnantes. De même, lorsque nous choisissons un programme de télévision à partir de son avant-programme, nous sommes victimes du biais de choix. Quoi qu’on nous montre par la suite (ou presque), il n’est pas certain que nous nous en apercevions.