Répandre la Pilule Rouge.

Les Trois Étendards se donne notamment pour mission de fournir un accès universel à toutes les connaissances de l’Androsphère. Le contenu masculiniste publié sur le web est éphémère – contrairement à d’autres contenus, personne ne le sauvegardait. 

Identifier les pages web importantes, et sauvegarder des copies dans des collections spéciales, ce sont les « Archives de l’Androsphère ».

« Répandre la Pilule Rouge » a été publié par Martial le 8 novembre 2018 sur le site « Néo-Masculin ».


En 399 avant notre ère, cinq ans après avoir perdu la Guerre du Péloponèse contre Sparte, Athènes est secouée par un procès politique de grande ampleur : celui de Socrate. Le philosophe est accusé d’impiété, mais surtout d’avoir corrompu la jeunesse athénienne en lui faisant croire à des concepts jusque là peu connus de la cité. Les jeunes corrompus par Socrate, en se mettant à penser par eux-mêmes (on dirait aujourd’hui : en avalant la Pilule Rouge), risquaient sans doute de contester l’ordre établi. Jugé coupable, Socrate fut condamné à mort et, un mois plus tard, périt après avoir absorbé une préparation à base de ciguë.

Dans la si démocratique et si libérale Athènes, cette cité qui aurait inventé la démocratie, et dont nos régimes actuels se revendiquent volontiers, on a donc tué un philosophe, au motif qu’il avait souhaité éclairer ses contemporains, les guider sur une voie de sagesse (ou, à tout le moins, leur faire prendre conscience de leurs ignorances) et les encourager à vivre une vie pleine et bonne.

Conseiller les autres peut être risqué. Répandre la Pilule Rouge l’est également. Effet de rebond aidant, certaines personnes peuvent même, si vous tentez de les initier trop vite ou trop tôt, ou si vous leur fournissez des éléments de réflexion qui ne correspondent pas à leurs demandes du moment, se retourner contre vous ou s’enfoncer plus encore dans leur vice. Aussi frustrant que cela puisse être quand il s’agit d’amis ou de membres de votre famille, certains de ceux qui ont le plus besoin d’une dose de Pilule Rouge sont également ceux qui sont le moins susceptible d’en accepter la prescription. 

Tous ne seront pas sauvés

La chose peut être difficile à accepter. Mais il faut se rendre à l’évidence : tout le monde ne peut pas être sauvé. De même qu’on ne fait pas d’un âne un cheval de course, on ne fait pas d’un cuck dévirilisé à épaules de serpent un homme responsable et sain en un coup de baguette magique, pas plus qu’on ne fait d’une féministe à cheveux bleus et piercing au septum un être humain à peu près fréquentable. La Pilule Rouge peut beaucoup mais pour ce genre de transformation radicale, mieux vaut brûler un cierge : sans intervention divine, c’est voué à l’échec.

Et l’une des raisons de cet échec est simple : les traits de caractère qui empêchent une prise de conscience ou un retour à la raison sont profondément enfouis chez le sujet ; ce sont eux qui ont provoqué son état, et non l’inverse. Le cuck en question n’est pas devenu un lâche et un imbécile et adhérant à l’idéologie postmoderne : c’est parce qu’il était déjà un lâche et un imbécile qu’il y a adhéré. La gamine aux cheveux bleus n’est pas devenue hystérique, irresponsable et délirante en se convertissant au féminisme intersectionnel de quatrième vague ; c’est parce qu’elle était déjà hystérique, irresponsable et délirante qu’elle a été attirée vers cette idéologie.

Si, donc, vous repérez de tels traits chez votre interlocuteur, n’essayez même pas de le convaincre. Il n’écoutera pas. Et s’il écoute, il ne comprendra pas. Et ce n’est pas grave. Peut-être changera-t-il avec le temps mais c’est peu probable. Quoi qu’il en soit, ça n’est ni votre problème, ni de votre responsabilité.

Gardez à l’esprit, que, quoi qu’il arrive, la pensée Pilule Rouge ne sera jamais majoritaire. Ne serait-ce que parce que c’est une pensée exigeante et difficile, qui met l’individu face à ses contradictions, ses faiblesses et ses failles et l’encourage à les surmonter. Il s’agira toujours, par nature, d’une pensée rare, aristocratique, réservée à des hommes d’excellence.

Ne pas devenir l’ennemi

S’abstenir d’inoculer la Pilule Rouge à ceux qui ne le méritent pas est une chose. Mais il y a plus difficile : conserver, néanmoins, une oreille ouverte à leurs propres propos, en partant du principe que ce n’est pas parce qu’ils ont tort sur ce point précis qu’ils n’ont rien d’intéressant à dire par ailleurs. Si votre beau-frère est un immonde tas de saindoux qui consomme dix pizzas et huit kebabs par semaine, son opinion quant à l’alimentation est sans doute de peu d’intérêt ; son avis sur la séduction, également (sauf si malgré cela il parvient à draguer efficacement, auquel cas vous feriez mieux d’écouter ses conseils !). En revanche, ce qu’il a à dire dans d’autres domaines n’est pas forcément idiot et il serait stupide de ne pas en tenir compte, au seul motif qu’il a refusé la Pilule Rouge.

Ne pas en dire plus que nécessaire

Le jeune homme de 15 ans qui vous a demandé des conseils pour mieux comprendre les filles ne vous a pas demandé de lui faire un cours de deux heures sur le gynocentrisme : quelques conseils de base suffiront pour l’instant. Inutile de l’encombrer de conseils ou de concepts qui ne sont pas, ou pas encore, opérationnels pour lui.

Limiter votre intervention à ce qu’attend votre interlocuteur est en général une bonne idée : cela lui permet de revenir ensuite à la charge pour vous demander davantage de détails, ce qui le mettra en bien meilleure situation pour les recevoir.

Admettez que des amis ou des proches n’assimilent pas les concepts Pilule Rouge au même rythme que vous et qu’ils puissent parfois bloquer ou avancer plus lentement sur certains sujets : ça n’a rien de honteux, ni de problématique. Mieux vaut un principe unique mais bien compris qu’une quinzaine d’adages qui resteront creux, faute d’une compréhension réelle.

De toute manière, la Pilule Rouge n’est pas un corps de doctrine fermé : il s’agit d’un processus, poussant l’homme à l’amélioration de soi-même et à aller toujours plus avant vers une vision du monde aussi proche du réel que possible. C’est une dynamique, pas un état permanent. Du moment qu’une personne est engagée dans cette dynamique, même si son avancée vous semble pour l’instant médiocre, c’est déjà très bien.

Le web est votre ami…

Il est normal d’avoir envie de partager vos découvertes, vos expériences et vos réflexions. Normal, également, de vous sentir frustré si vous ne trouvez pas, au quotidien, d’interlocuteurs aptes à vous écouter ou comprenant les problématiques qui vous intéressent. Beaucoup d’hommes sous Pilule Rouge sans le savoir ont l’impression d’être fous, ou d’être les seuls êtres sains d’esprit au milieu d’une cohorte de dingues (ce qui revient au même en réalité). Et la découverte de la manosphère est, pour beaucoup, l’occasion de tisser des liens et des amitiés, tout en se rendant compte que non, ils ne sont pas fous. N’hésitez pas à rejoindre un groupe ou un forum, à créer votre propre blog pour parler de vos expériences ou de vos observations, et ainsi de suite. Plus les contenus de la manosphère seront diffusés, et plus ils auront de chance de toucher des hommes qui en ont besoin. Tissez des liens, expliquez, répétez, de préférence en restant toujours dans la positivité et la raison, la critique rationnelle et le factuel. Qui sait ? Peut-être même toucherez-vous un ou deux Incels qu’il serait, ainsi, possible de sauver.

Profitez également de la journée du 19 novembre pour vous manifester, diffuser quelques remerciements, faire connaître des contenus, et, pourquoi pas, créer des contacts.

… mais ne remplace pas la vraie vie

A terme, cependant, Internet n’est qu’un outil et doit le rester. N’y passez pas votre vie. Rien ne vous fera plus de bien que de vous occuper de votre propre existence : lecture, sport, méditation, ou simplement discussions entre amis autour d’un bon verre. Dès que possible, amenez offline les amitiés créées online. Les gens vivent parfois loin les uns des autres mais l’initiative est souvent payante. Clubs et associations apparaissent peu à peu (et certaines, importantes, sont à venir) : n’hésitez pas à les rejoindre. Ces réseaux de solidarité et de résilience, face à la faillite du monde post-moderne, sont précieux. Et eux aussi peuvent permettre de répandre la “bonne parole”.

Bref : vous n’êtes pas seul. Beaucoup moins seul que vous ne le pensez, en tout cas. Mais tenter de faire avaler la Pilule Rouge de force à quelqu’un ne sert à rien : mieux vaut mettre des informations à disposition, pour que celui qui les cherche les trouve. Aller trop vite, ou diffuser des idées de manière trop agressive, c’est prendre le risque de finir comme Socrate.