Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui.

7 mars 1941


Monsieur le Rédacteur en Chef,

Votre collaborateur Robert Desnos est venu dans votre numéro du 3 mars 1941 déposer sa petite ordure rituelle sur Les Beaux Draps, ordure bien malhabile si je la compare à tant d’autres que mes livres ont déjà provoquées. Un de mes amis détient toute une bibliothèque de ces gentillesses. Je ne m’en porte pas plus mal, au contraire de mieux en mieux.

Monsieur Desnos me trouve ivrogne, « vautré sur moleskine et sous comptoirs », ennuyeux à bramer, moins que ceci… pire que cela… Soit ! moi je veux bien, mais pourquoi monsieur Desnos ne hurle-t-il pas plutôt le cri de son cœur, celui dont il crève inhibé… « mort à Céline et vivent les Juifs ! »

Monsieur Desnos mène, il me semble, campagne philoyoutre (et votre journal) inlassablement depuis juin. Le moment doit être venu de brandir enfin l’oriflamme. Tout est propice. Que s’engage-t-il, s’empêtre-t-il dans ce laborieux charabia ?… mieux encore, que ne publie-t-il monsieur Desnos, sa photo grandeur nature, face et profil, à la fin de tous ses articles ?

La nature signe toutes ses oeuvres. Desnos, cela ne veut rien dire.

Va-t-on demander au serpent ce qu’il pense de la mangouste ? Ses sentiments sont bien connus, naturels, irrémédiables, ceux de monsieur Desnos aussi. Le tout est un peu de franchise. Voici tout ce qu’il importait de faire savoir à vos lecteurs, réponse que je vous prie d’insérer, en même lieu et place dans votre prochain numéro.

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le Rédacteur en Chef, l’assurance de mes parfaits sentiments.

Louis-Ferdinand Céline. Écrits de guerre.