Louis-Ferdinand Céline. « L’appel », lettre à Pierre Costantini.

9 avril 1942.


 Pour ne rien vous cacher, toute cette histoire juive en France, me dégoûte énormément.

Avec Vallat, sans Vallat, avec Darquier, sans Darquier, avec la Ridouille ou Totoche, dans la France entière juive, corps et âme comme nous la trouvons, le résultat de toutes ces mesures sera fatalement le même : grimaces.

S’il s’agit uniment de nommer d’autres agités, d’autres narcisses, d’autres brouillons, allez-y. Quelle importance !

On ne devrait déjà plus parler de la question juive ! C’est la question aryenne qui se pose !

Antisémite veut dire méchant et dégoûté. C’est Aryen d’honneur que je voudrais être.

Pour moi, simple et buté, une seule question se pose : qui détient en définitive, le pouvoir en France ?

Dache ou le maréchal Pétain ?

Je paie mes impôts au fisc français, je suis surveillé par la police française, c’est la Compagnie du Gaz français qui me file mes amendes, je crève en francs français, je suis mutilé 75 % par la victoire française, pas d’équivoques !

L’on me signifie assez bien, en tous lieux, que le national-socialisme n’est pas d’exportation, que les lois de Nuremberg pour races nordiques n’ont aucune raison d’être en France. La France demeure donc juive.

Encore, il y a peu de jours, Maurice Donnay, dans Aujourd’hui, consacrait tout un article à la gloire de Charles Cros, qui parlait couramment l’hébreu, au teint olivâtre, à la tignasse noire, hérissée, crépue.

Je refuse d’être le pitre d’une nouvelle aventure.

J’ai suffisamment amusé le tapis. J’ai tout dit, je pense. Action ? Quelle action ? Le maréchal Pétain, notre chef, est-il raciste, Aryen ? Tout est là. Je me fous des employés, je ne parle qu’au patron. La Légion est entièrement juive, comme le reste. Balloté de-ci et de-là. Refusé par tous au fond, chien perdu, on s’est assez foutu de moi. Vais-je encore présider une « Ligue d’impuissance » ?

 Pour le plaisir d’être sifflé ?… 

La comédie me fatigue.

Place aux innocents !…

Louis-Ferdinand Céline. Écrits de guerre.