Louis-Ferdinand Céline. Sur Proust.

20 février 1943


Mon cher Combelle,

Voici revenir Proust. Grand Sujet ! Fernandez publie sur lui un livre. Brasillach, un magnifique article ou il le consacre, à peu près, le plut grand romancier pur de notre littérature. N’en jetez plus ! Les organisateurs de l’Exposition 37 ont précédé Brasillach et Fernandez dans cette opinion. Ils ont su placer Proust sur le même plan que Balzac: même importance, même gloire, même mérite. Je veux bien. Mais je suis assuré qu’à la prochaine Exposition 37 par les mêmes organisateurs, Balzac sera relégué, cette fois au dixième plan et Proust, et Bergson, et Marx seuls en tout premier ordre, incontestés, incomparables. Sans rival désormais. Nous avons assisté en 37 à une répétition d’apothéose, une préparation de l’opinion lettrée… Les jeux sont faits. Il est beaucoup ergoté autour de Proust. Ce style ?… Cette bizarre construction ?… D’où ? qui ? que ? quoi ?

Oh ! c’est très simple ! Talmudique. Le Talmud est à peu près bâti, conçu, comme les romans de Proust, tortueux, arabescoïde, mosaïque désordonnée. Le genre sans queue ni tête. Par quel bout les prendre ? Mais au fond infiniment tendancieux, passionnément, obstinément. Du travail de chenille. Cela passe, revient, retourne, repart, n’oublie rien, incohérent en apparence, pour nous qui ne sommes pas Juifs, mais de « style » pour les initiés ! La chenille laisse ainsi derrière elle, tel Proust, une sorte de tulle, de vernis, irisé, impeccable, capte, étouffe, réduit tout ce qu’elle touche et bave, rose ou étron. Poésie proustienne. Quant au fond de l’œuvre proustienne : conforme au style, aux origines, au sémitisme : désignation, enrobage des élites pourries nobiliaires mondaines, inverties, etc., en vue de leur massacre. Epurations. La chenille passe dessus, bave, les irise. Le tank et les mitraillettes font le reste. Proust a accompli sa tâche, talmudique.

Vous me pensez obsédé ? Mon dieu, non ! Le moins du monde !

Vive Proust ! Vive le Talmud ! Si vous voulez ! Ils ne sont pas indifférents. Loin de là. Je suis prêt à reconnaître le génie talmudique. Cent mille preuves, hélas !

La dissimulation, la supercherie, seules, me blessent.

Notons encore que Proust sauve, tente de sauver, sa propre famille des massacres spirituels qu’il réclame et pratique pour nous! D’où toute cette tendresse, cet apitoiement sur la grand-mère, fort bien venu d’ailleurs, j’en conviens, réussi, et dont tous les critiques aryens à juste titre s’émerveillent.

Vous me voyez un peu prévenu.

S’il vivait encore, de quel côté serait Proust ?

Je vous le laisse à penser.

La chute de Stalingrad ne lui ferait certainement aucune peine.

Et bien amicalement à vous.

Louis-Ferdinand Céline. Écrits de guerre.