Louis-Ferdinand Céline. « Je suis partout » (juillet 1943).

9 juillet 1943


Une classe privilégiée n’a plus d’utilité, ni de sens, ni de vie lorsqu’elle n’est plus capable de fournir les cadres à l’armée.

C’est le critère, le seul.

Elle justifie ses privilèges en fournissant à la guerre les officiers. Du moment où elle n’est plus capable de remplir ce rôle, si elle ne fait plus ni enfants, ni officiers, elle n’est plus que parasitaire et donc désastreuse. Le désastre 40 est dû à la juiverie, à la dénatalité et à la fuite des officiers. Notre bourgeoisie ne veut plut rien donner et veut tout prendre. Elle ne veut plus que des bénéfices. Elle est devenue juive. Elle ne pense plut qu’en or, elle louche dollars une fois pour toutes.

Karl Marx, qu’il faut relire, Juif beaucoup plus précis et instructif que Montaigne, écrit précisément: « Les Juifs s’émancipent dans la mesure où les chrétiens deviennent juifs. »

En France, les Juifs sont parfaitement émancipés et les chrétiens sont devenus parfaitement juifs. Nous avons connu en 14-18 les derniers bourgeois braves qui défendaient les coffres-forts avec leur peau personnelle. Les officiers bourgeois n’emportaient pas encore leur armoire à glace en retraite. En 39, la bourgeoisie était devenue si juive, les cadres de l’armée si jouisseurs, si mous que la guerre lui parut tout de suite insupportable. Défaillance totale. On ne trouva plus la bourgeoisie devant ses coffres-forts mais derrière ceux-ci.

Toute la différence entre 14 et 39 se trouve là.

Le rapprochement par les bourgeois était encore possible en 14. Il ne l’est plus en 43, parce que la bourgeoisie finie, aveulie, couarde, n’a plus de rôle national à jouer (ni international), elle s’est discréditée une fois pour toutes dans la guerre. Elle a fait la preuve de sa mort. Elle contaminera tous ceux qui voudront l’épouser.

Louis-Ferdinand Céline. Écrits de guerre.