Louis-Ferdinand Céline. « Je suis partout » (octobre 1943).

29 octobre 1943


Vous n’êtes pas frappés par le fait que la radio anglo- juive, qui nous voue tous à je ne sais combien de morts parce que « collaborateurs », antisémites, et patati et patata, ne parle jamais de fusiller tous ceux qui ont profité des Allemands directement ou par ristournes ? Ils sont légion, pourtant, nom de Dieu! Et opulents, et formidables! Je n’ai jamais, personnellement, touché un fifrelin de l’occupation, mais le pays français, dans sa majorité, n’a jamais imaginé, n’a jamais connu d’affaire aussi brillante que la guerre 39-40 !… Paysans, commerçants, industriels, intermédiaires, marché noir pètent de prospérité. Presque tous les paysans sont riches. Damnés de la glèbe avant 39, ils vont tous sur leur deuxième million ! Insolents et gaullistes, où sont leurs terribles souffrances en tout ceci ? Tartuferies atroces! Voici les gens à fusiller ! Pour immonde hypocrisie ! Par salubrité morale ! Ils ont tous, – et comment ! – avalé, supplié, rampé, pourléché les bénéfices infâmes, à 1.000%, et fait crever gaillardement de faim leurs compatriotes moins bien placés (gaullistes y compris !), voyez grandes villes ! La France, en tout ceci ?

Quelle baliverne ! Quelle vocable ! Quelle sale escroquerie! Tant plus pourri, prébendier, lèche-cul d’Allemands, gavé au noir, tant plus gaulliste ! La simagrée morale du rachat ! Quelle chiure !

La guerre 14 avait été une affaire superbe pour cinq ou six millions de Français. La guerre 39 est une affaire mirifique pour trente millions de Français. Dix millions sont victimes à plaindre, pas davantage ! les autres ne sont que grimaciers, égoïstes, cabotins et putains. Ils jouent la résistance mais pleurent intimement pour que la guerre dure !

Cette bonne blague !

Listes ? Listes ? A quand la liste intégrale et nominative de tous ceux qui ont gagné quelque chose avec les Allemands? La voilà, la vraie liste des collaborateurs efficients. Pas 123 idéalistes et spéculateurs en pensées gratuites. Qu’on nous foute la paix avec les traîtres. TRAITRES alors, D’ABORD, tout ceux qui ont gagné UN CENTIME avec les Allemands !

L’indemnité de guerre monte, je pense, à 500 millions par jour. Ils passent quelque part, dans quelles poches, ces 500 millions. Les noms ! les noms ! qu’on rigole, nom de Dieu ! avant de mourir ! Je voudrais leur mettre le nez dans leur merde, à ces vertueux du gros patriotisme ! Je ne vois aucun journal, aucune radio s’en occuper. Je comprends la discrétion de la B.B.C. Elle sait parfaitement que ces merdeux forment la majorité de ses écouteurs. Je comprends moins bien la discrétion des journaux parisiens. Que redoutent-ils ? Ont-ils encore quelque chose à perdre ?

Les collaborateurs sont-ils donc si navrés, si timides ? Tiennent-ils, envers et contre tout, à mourir très sublimement ? C’est-à-dire comme des cons et des veaux, assassinés, bâillonnés, sans même avoir osé cracher à la gueule de leurs assassins la seule vérité qui nous venge, toute leur sale imposture, toute leur jactance obscène, leur sermonage pourri !

Louis-Ferdinand Céline. Écrits de guerre.