Julius Evola. Orientations (X).

Orientations ( IX ).


Ce sont là quelques orientations essentielles pour le combat à mener, écrites à l’intention, surtout, de la jeunesse, afin qu’elle reprenne le flambeau et la consigne de ceux qui n’ont pas renoncé, tout en tirant la leçon des erreurs du passé, tout en sachant bien discriminer et revoir ce qui s’est ressenti, et se ressent aujourd’hui encore, de situations contingentes. L’essentiel, c’est de ne pas descendre au niveau des adversaires, de ne pas se contenter d’agiter de simples mots d’ordre, de ne pas insister outre mesure sur ce qui relève du passé et qui, éventuellement digne d’être rappelé, n’a pas la valeur actuelle et impersonnelle d’une idée-force, enfin de ne pas céder aux suggestions du faux réalisme politicien, tare de tous les « partis ». Certes, il est nécessaire que nos forces prennent part aussi à la lutte politique au corps à corps, pour se tailler tout l’espace possible dans la situation actuelle et pour contenir l’assaut, autrement non contrarié, des forces de gauche. Mais au-delà, il est important, il est essentiel que se constitue une élite, qui, dans un recueillement soutenu, définira, avec une rigueur intellectuelle et une intransigeance absolue, l’idée en fonction de laquelle il faut s’unir, et affirmera cette idée sous la forme, surtout, de l’homme nouveau, de l’homme de la résistance, de l’homme debout parmi les ruines. S’il devait nous être donné de surmonter cette période de crise et d’ordre vacillant et illusoire, c’est à cet homme, et à lui seul, qu’appartiendrait l’avenir. Mais quand bien même le destin que le monde moderne s’est créé, et qui maintenant est en train de l’emporter, ne pourrait-il être contenu, grâce à de telles prémisses les positions intérieures seront tenues : en quelque circonstance que ce soit, ce qui devra être fait sera fait, et nous appartiendrons à cette patrie qu’aucun ennemi ne pourra jamais occuper ni détruire.


Dans le secteur qui se tient à mi-chemin de la culture et des mœurs, il y a une attitude qu’il est nécessaire de mieux cerner. Lancé par le communisme, le mot d’ordre de l’antibourgeoisie a aussi été reçu, dans le domaine culturel, par certains milieux intellectuels « engagés ». C’est là un point où il s’agit de voir les choses bien clairement. Etant donné que la société bourgeoise collectivisée et matérialisée avec son « réalisme » à la marxiste : valeurs sociales et prolétariennes contre «décadentisme bourgeois» et «capitaliste». L’autre est la direction de ceux qui combatte la bourgeoisie pour s’élever effectivement au- dessus d’elle. Les hommes du nouveau front seront, certes, antibourgeois, mais en raison de leur conception supérieure, héroïque et aristocratique, de l’existence ; ils seront antibourgeois parce qu’ils mépriseront la vie confortable ; antibourgeois parce qu’ils ne suivront pas ceux qui promettent des avantages matériels, mais ceux qui exigent tout d’eux- mêmes ; antibourgeois, enfin, parce qu’ils n’auront pas la préoccupation de la sécurité, mais aimeront une union essentielle de la vie et du risque, sur tous les plans, faisant leur le caractère inexorable de l’idée pure et de l’action précise. Il y a un autre aspect encore par lequel l’homme nouveau, substance cellulaire du mouvement de renaissance, sera antibourgeois et se différenciera de la génération précédente : son refus de toute forme de rhétorique et de faux idéalisme, son refus de tous les grands mots qu’on écrit avec la majuscule, de tout ce qui n’est que geste, phrase destinée à faire de l’effet, mise en scène. Dépouillement, au contraire, nouveau réalisme dans l’appréciation exacte des problèmes qui se poseront, en sorte que l’important sera, non l’apparence, mais l’être, non le bavardage, mais la réalisation, silencieuse et précise, en accord avec les forces apparentées et dans l’obéissance à l’ordre venant d’en haut.

Ceux qui ne savent réagir, contre les forces de gauche, qu’au nom des idoles, du style de vie et de la médiocre moralité conformiste du monde bourgeois, sont déjà vaincus dès le départ. Ce n’est pas le cas de l’homme resté debout, déjà passé par le feu purificateur de destructions extérieures et intérieures. De même que, politiquement, cet homme n’est pas l’instrument d’une pseudo-réaction bourgeoise, de même il se réfère, en règle générale, à des forces et idéaux antérieurs et supérieurs au monde bourgeois et à l’ère économique, et c’est en s’appuyant sur eux qu’il trace les lignes de défense et consolide les positions d’où partira soudainement, en temps opportun, l’action de la reconstruction.

A ce sujet aussi, nous entendons reprendre une consigne qui ne fut pas suivie : car on sait qu’il y eut à l’époque fasciste une tendance antibourgeoise qui aurait voulu s’affirmer dans un sens analogue. Malheureusement, là aussi, la substance humaine ne fut pas à la hauteur de la tâche. Et l’on alla même jusqu’à créer une rhétorique de l’antirhétorique.


Orientations ( XI ).