Julius Evola. Orientations (IV).

Orientations ( III ).


Ce sont là quelques orientations essentielles pour le combat à mener, écrites à l’intention, surtout, de la jeunesse, afin qu’elle reprenne le flambeau et la consigne de ceux qui n’ont pas renoncé, tout en tirant la leçon des erreurs du passé, tout en sachant bien discriminer et revoir ce qui s’est ressenti, et se ressent aujourd’hui encore, de situations contingentes. L’essentiel, c’est de ne pas descendre au niveau des adversaires, de ne pas se contenter d’agiter de simples mots d’ordre, de ne pas insister outre mesure sur ce qui relève du passé et qui, éventuellement digne d’être rappelé, n’a pas la valeur actuelle et impersonnelle d’une idée-force, enfin de ne pas céder aux suggestions du faux réalisme politicien, tare de tous les « partis ». Certes, il est nécessaire que nos forces prennent part aussi à la lutte politique au corps à corps, pour se tailler tout l’espace possible dans la situation actuelle et pour contenir l’assaut, autrement non contrarié, des forces de gauche. Mais au-delà, il est important, il est essentiel que se constitue une élite, qui, dans un recueillement soutenu, définira, avec une rigueur intellectuelle et une intransigeance absolue, l’idée en fonction de laquelle il faut s’unir, et affirmera cette idée sous la forme, surtout, de l’homme nouveau, de l’homme de la résistance, de l’homme debout parmi les ruines. S’il devait nous être donné de surmonter cette période de crise et d’ordre vacillant et illusoire, c’est à cet homme, et à lui seul, qu’appartiendrait l’avenir. Mais quand bien même le destin que le monde moderne s’est créé, et qui maintenant est en train de l’emporter, ne pourrait-il être contenu, grâce à de telles prémisses les positions intérieures seront tenues : en quelque circonstance que ce soit, ce qui devra être fait sera fait, et nous appartiendrons à cette patrie qu’aucun ennemi ne pourra jamais occuper ni détruire.


C’est donc une substance nouvelle qui doit s’affirmer dans une lente avancée, par delà les cadres, les rangs et les positions sociales du passé. C’est une figure nouvelle qu’il faut avoir devant les yeux, pour y mesurer sa propre force et sa propre vocation. Il est important, fondamental, de reconnaître que cette figure n’a rien à voir avec les classes en tant que catégories économiques, ni avec les antagonismes qui s’y rapportent. Elle pourra se manifester sous la forme du riche comme du pauvre, du travailleur comme de l’aristocrate, du chef d’entreprise comme de l’explorateur, du technicien, du théologien, de l’agriculteur, de l’homme politique au sens strict. Mais cette substance nouvelle connaîtra une différenciation interne, qui sera parfaite lorsque, de nouveau, il n’y aura pas le doute sur les vocations, non plus que sur les fonctions de l’obéissance et du commandement, lorsque le symbole rétabli d’une inébranlable autorité trônera au centre de structures hiérarchiques nouvelles.

Cela traduit une direction qu’on peut dire aussi bien antibourgeoise qu’antiprolétarienne, une direction totalement libérée des contaminations démocratiques et des lubies « sociales », car conduisant vers un monde clair, viril, articulé, fait d’hommes et de chefs d’hommes. Mépris pour le mythe bourgeois de la « sécurité », de la petite vie standardisée, conformiste, domestiquée et « moraliste ». Mépris pour le lien anodin propre à tout système collectiviste et mécaniciste, propre à toutes les idéologies qui accordent à de confuses valeurs « sociales » la primauté sur les valeurs héroïques et spirituelles par lesquelles doit se définir, pour nous, dans tous les domaines, le type de l’homme vrai, de la personne absolue. Et quelque chose d’essentiel sera réalisé lorsque se réveillera l’amour pour un style fait d’impersonnalité active, en vertu duquel c’est l’œuvre qui compte, non l’individu, en vertu duquel on est capable de ne pas se considérer soi-même comme quelque chose d’important, importants étant au contraire la fonction, la responsabilité, la tâche assumée, le but poursuivi. Lorsque cet esprit s’affirmera, de nombreux problèmes, y compris d’ordre économique et social, se simplifieront, problèmes qui resteraient en revanche insolubles si on les abordait de l’extérieur, sans la contrepartie d’un changement de facteurs spirituels et sans l’élimination d’infections idéologiques qui compromettent dès le départ tout retour à la normalité, qui empêchent même de percevoir ce que normalité signifie.


Orientations ( V ).