Tout est transactionnel.

Les médias et la culture dominante nous disent que l’altruisme est une grande vertu. Notre société encourage l’utilisation de notre temps précieux, de notre argent et de notre énergie au profit des autres, sans attente de retour. À l’inverse, notre culture insiste sur le fait qu’un échange transactionnel de valeurs est censé dévaloriser notre obligation de servir les intérêts des autres avant les nôtres.

Cela entraîne des problèmes, car la transaction fait partie de la nature humaine. En tant qu’espèce, nous sommes des entités collaboratives, mais notre instinct de survie individuel nous pousse à obtenir quelque chose de chaque interaction. Nous sommes offensés par l’idée que les relations sont transactionnelles uniquement parce que sa répudiation publique nous aide à contrôler notre comportement. En élevant l’altruisme au rang de valeur fondamentale, notre société contrôle nos désirs, notre production et notre impulsion la plus basique pour améliorer notre position. Ironiquement, l’institutionnalisation de l’altruisme conduit à un État-providence qui n’incite guère les producteurs à créer une valeur sociétale.

Remarquez les concepts qui sont utilisés pour masquer la transactionnalité – « loyauté », « foi », « dévotion », « allégeance » – tous décrivent des interactions unilatérales où l’on attend d’une personne qu’elle fournisse de la valeur indéfiniment sans réciprocité. Les entreprises attendent votre loyauté, mais vous licencieront sans hésiter si cela leur permet de réaliser des marges. Les filles veulent votre foi et votre dévouement, mais sont susceptibles de vous larguer si quelque chose de mieux se présente.

De même qu’un grand pays ne peut se maintenir en tant qu’État-providence unilatéral, vos relations personnelles et professionnelles ne peuvent perdurer si les deux parties n’apportent pas quelque chose à la table. Les personnes les plus heureuses que je connaisse adhèrent à ce concept, tandis que certaines des personnes les plus malheureuses ne parviennent jamais à réaliser cette vérité ultime. Les gens se réclament d’un objectif supérieur pour justifier leur dévouement à une cause défaillante, tout en permettant aux autres de piétiner leurs intérêts et de subjuguer leur vie.

Je suis peut-être plus préoccupé par l’optimisation de ma vie que la plupart des gens, mais j’essaie périodiquement de me demander si chaque relation ajoute de la valeur à ma vie. Et est-ce que j’ajoute suffisamment de valeur pour maintenir un échange équitable ? Il y a, bien sûr, la question des coûts de transaction. Une fille qui vous rendait auparavant très heureux peut commencer à se mal se comporter, ou l’emploi de vos rêves peut se transformer en quelque chose de moins désirable. En raison de votre investissement préalable, il est logique d’essayer de changer les circonstances avant de mettre un terme à l’interaction. En fin de compte, cependant, la plupart d’entre nous mènent la vie qu’ils ont choisie. Si l’on profite de nous, c’est parce que nous permettons que cela se produise.

Est-ce « froid » ou « calculateur » ? Peut-être selon les normes de notre État providence. Mais je préfère reconnaître la nature humaine et la faire fonctionner à mon avantage plutôt que de l’ignorer et de permettre à d’autres personnes de contrôler ma vie. Fournissez-moi de la valeur et je ferai de même. Cessez de le faire, et nous mettrons fin à l’interaction. Il vaut mieux être un mercenaire qu’une mauviette.


Source : « Everything is transactional » publié par Winston Smith le 28 mai 2013.