La douce crainte.

Dans le passé, j’ai couvert en détail l’utilité d’inculquer la crainte à une femme, avant et après la monogamie. C’est l’un des principes les plus controversés que j’ai approuvé, les femmes ayant tendance à me reprocher d’avoir sensibilisé les hommes à l’usage de la peur, de la crainte, de la menace, mais les hommes hésitent souvent à l’appliquer par crainte des réactions de rejet pour avoir utilisé la peur de manière trop visible.

Dans l’article « Jouer sur les craintes », j’ai tenté de faire comprendre que la peur était inévitable dans toute relation. La peur, la crainte, est un facteur-clef dans toute relation en raison de la règle cardinale des relations humaines :

Dans toute relation, celui qui a le plus de pouvoir est celui qui s’en soucie le moins, celui qui a le moins besoin de l’autre.

Comme Roissy et de nombreux autres psychologues légitimes vous le diront, les relations les plus sûres résultent généralement d’un déséquilibre de VMS d’environ 1 à 2 points en faveur de l’homme, dans la relation. Dans ce déséquilibre, la force réelle de cet attachement féminin certain pour l’homme (à la fois dans et hors d’un engagement monogame) peut être exprimée comme une forme douce, ou passive, de crainte. Cette expression de la peur est toujours enracinée dans l’imagination d’une femme qui vit une perte émotionnelle, physique et provisoire, mais tout comme l’application de cette peur est passive, la réalisation progressive de cette peur par une femme l’est également.

La douce crainte.

Madame Tomassi et moi-même avons récemment discuté avec une femme d’environ 49 ans. Elle est l’hôtesse d’accueil permanente de notre salle de sport et une connaissance et amie occasionnelle. Elle n’est pas particulièrement laide pour son âge, elle est raisonnablement « en forme » du point de vue de son corps – je peux dire qu’elle a bénéficié de beaucoup d’attention masculine quand elle avait la vingtaine, et peut-être la trentaine – mais maintenant, de ce côté-ci de la cinquantaine, elle n’est pas tant dans une phase de regret, mais plutôt dans un sentiment d’espoir, de remords, après le Mur. Cela peut sembler étrange, mais elle est optimiste quant à ses « chances » d’être avec un « homme bien » dans un avenir proche.

Elle est assez franche et honnête à propos des « Bad Boy Alpha » avec lesquels elle est sortie, elle en a épousé un, et a ensuite divorcé. En fait, elle est l’une des femmes les plus lucides que j’ai rencontrées, sur son état matrimonial actuel et sur la façon dont elle y est arrivée. Bien qu’elle soit le résultat typique d’une vie hypergamique prolongée au-delà de la phase « eating her cake too », elle assume ses erreurs.

Bien que nous allions généralement chez Gold’s à des moments différents, il nous arrive à l’occasion de nous retrouver le matin, ma femme et moi. C’était un de ces matins, et notre ami au comptoir nous a arrêtés pour nous dire :

« Je vous aime, vraiment. Je vois beaucoup de gens passer par ici, mais quand je vous vois tous les deux ensembles, cela me donne l’espoir de pouvoir avoir une bonne relation comme vous deux. Vous êtes une telle équipe, j’espère vraiment pouvoir rencontrer un gars avec qui je peux me connecter comme ça ».

Nous étions sur le point de partir, et elle a toujours quelque chose d’autre à dire sur sa vie personnelle, donc, bien que je suppose que j’étais un peu flatté, je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention. C’était jusqu’à notre retour à la maison, quand Madame Tomassi m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « Je suis si contente de ne pas avoir fini comme ça ! ». J’ai été en fait un peu surpris par le ton de sa voix. « Dieu merci, ce n’est pas moi, comme c’est horrible d’être dans cette position à son âge ». J’ai hoché la tête parce que je savais qu’elle s’attendait à mes analyses habituelles sur les femmes qui ont passé le mur. Puis, avec un soupçon de larme dans l’œil, elle m’a fait l’un des plus beaux compliments que je n’ai jamais entendus de sa part : « J’espère qu’elle trouvera et épousera un homme comme toi ».

Cela m’a fait du bien, et ce que je m’apprête à dire ici à l’air vraiment merdique… Mais après avoir éprouvé un petit élan de fierté, je me suis demandé, même s’il est agréable d’être apprécié à cet égard, si cette prise de conscience aurait eu lieu sans l’influence de notre amie et de son état de vie ?

Vous voyez, ce que j’ai vécu ce matin-là était une sorte d’association de fait de la preuve sociale. Certes, je n’enlève rien à l’amour et à la solidité sur lesquels reposent mon mariage et notre relation, mais étais-je juste le bon gars au bon endroit pour que cette prise de conscience se produise ? Ce à quoi je venais de participer était une forme de « douce crainte ». Une crainte qui n’a pas besoin d’être soulignée ou encouragée par un homme, mais une crainte qui a simplement besoin d’une occasion pour remonter à la surface afin qu’une femme réalise quelque chose.

Lorsque le statut d’un homme est établi de longue date, il est facile de considérer ses qualités comme acquises par les femmes. Il faut la présence d’une autre femme pour que ce statut soit mis en évidence pour la femme qui considère son homme comme « acquis ». De la même manière que les femmes vous pré-approuvent ou vous pré-qualifient pour l’intimité d’une autre femme, de même l’état personnel des autres femmes servira de référence de preuve sociale pour l’épouse d’un homme ou pour une relation à long terme. Je me rends compte que cela peut aussi arriver dans l’autre sens pour les femmes qui sont mieux loties que les autres, mais la dynamique est réelle. J’ai écrit dans le passé que les femmes ne possèdent pas fondamentalement la capacité d’apprécier les sacrifices que les hommes doivent faire pour faciliter leur réalité féminine, mais si jamais elles s’approchent de cette appréciation, c’est seulement à l’incitation de femmes extérieures à la relation, qui peuvent reconnaître une telle situation chez les hommes engagés envers d’autres femmes.

La peur progressive.

Le graphique, certes assez vague, que j’ai créé pour illustrer le marché sexuel contemporain est presque un concept de base de la manosphère maintenant. Cependant, je vais le réutiliser une fois de plus ici pour illustrer une autre idée.

Lorsque j’ai écrit l’article « Examen final – évoluer sur le marché sexuel », c’était pour répondre à un besoin de visualisation sur la manière dont la valeur sur le marché sexuel (VMS) respective des hommes et des femmes se différencie à différentes phases de leur vie. En utilisant ce modèle, il n’est pas exagéré de montrer comment la peur joue un rôle dans la conscience de soi et dans la « conscience relationnelle » des femmes.

Au sommet de leur VMS, en tenant compte de la moyenne, le potentiel de peur des femmes est au plus faible possible. Pendant cette phase, le potentiel de remplacement d’un compagnon (ou d’un amant) est presque inexistant. Même dans les relations émotionnellement investies durant cette phase, la présence subliminale d’une crainte de perte basique, non provoquée, est poussée vers l’inconscient pour les femmes.

Cette crainte de la perte est remplacée par la crainte de l’insécurité lorsqu’une femme vieillit et se dirige vers le Mur. Avant de continuer, il est important de se rappeler que la sécurité se présente sous de nombreuses formes différentes – financière, émotionnelle, psychologique, spirituelle, et même l’estime de soi joue un rôle dans la totalité des besoins des femmes en matière de sécurité.

Au plus fort de la VMS d’une femme, les hommes sont à peine conscients de leur valeur potentielle à long terme. La reconnaissance de la peur par les hommes est beaucoup plus grande lorsque la VMS d’une femme est à son apogée, alors que son ascension à lui est lente, vers la fin de la vingtaine et le début de la trentaine. Il ne veut pas rater la « fille de ses rêves » et elle ne veut pas se « vendre à découvert » dans le jeu de l’hypergamie qu’elle joue.

Alors qu’une femme vieillit jusqu’au Mur et au-delà, et que la VMS d’un homme augmente au cours de sa trentaine, le rôle que joue la « douce crainte » dans la relation est inversé. À mesure que l’attirance physique principale de la femme diminue, la peur subliminale de la perte et la capacité de plus en plus réduite de recréer sa sécurité augmentent dans sa psyché. Ce n’est peut-être pas à la surface de sa conscience, mais il y aura de plus en plus de rappels sur son « état » chaque année.

Il semble indûment cruel de rappeler aux femmes cette crainte ; ce n’est pas mon intention avec l’article d’aujourd’hui. En fait, ce n’est pas parce que je suis conscient des subtils rappels de la douce terreur que vivent les femmes que je peux jouer mon jeu relationnel avec un peu plus de sensibilité. Cela étant, on ne peut ignorer la réalité de cette dynamique et l’utilité qu’elle représente pour un homme conscient de l’état sexuel et émotionnel des femmes dans les différentes phases de leur vie.

Lorsque j’ai écrit l’article « Examen final – évoluer sur le marché sexuel », mon intention était de rendre les hommes plus conscients de la prévisibilité des motivations et des comportements des femmes à différentes étapes de leur vie – et de planifier leur jeu de séduction en fonction des signes qu’ils voyaient. Dans le cas d’une douce crainte, cette prise de conscience peut d’abord être un signe d’appréciation pour l’homme qui a consciencieusement persévéré à travers le cadre dominant de sa femme pendant la plus grande partie de son mariage. Cette douce crainte peut être réconfortante pour un homme qui n’est pas habitué aux déclarations sentimentales d’appréciation, mais il est important de se rappeler le « pourquoi » dans cette déclaration, plutôt que le « qui » dans cette affirmation.


Source : « Soft Dread » publié par Rollo Tomassi le 13 mai 2013. 

Illustration : Mikhail Nilov.