Qu’a-t-elle aimé, la France ?

Les styles, les plaisirs de l’intelligence, les salons, la raison, les petites perfections. L’expression précède la Nature. Il s’agit d’une culture de la forme qui recouvre les forces élémentaires et, sur tout jaillissement passionnel, étale le vernis bien pensé du raffinement.

La vie – quand elle n’est pas souffrance – est jeu.

Nous devons être reconnaissants à la France de l’avoir cultivé avec maestria et inspiration. C’est d’elle que j’ai appris à ne me prendre au sérieux que dans l’obscurité et, en public, à me moquer de tout. Son école est celle d’une insouciance sautillante et parfumée. La bêtise voit partout des objectifs ; l’intelligence, des prétextes. Son grand art est dans la distinction et la grâce de la superficialité. Mettre du talent dans les choses de rien – c’est-à-dire dans l’existence et dans les enseignements du monde – est une initiation aux doutes français.

La conclusion du XVIIIe siècle, non encore souillé par l’idée de progrès : l’univers est une farce de l’esprit.


Emil Cioran. De la France (1941).