Robert Brasillach. Afrique.

Ceci est un extrait du mémorandum écrit par R. Brasillach en prison, dans l’attente de son procès. L’idée, c’est de se préparer aux éventuelles questions. Cette lecture permet de comprendre les motivations de l’auteur durant la période de la collaboration. L’original ayant été perdu, quelques mots peuvent manquer, lesquels sont annotés entre crochets. 


D. : Vous avez protesté contre le débarquement allié en Afrique du Nord.

R.: Le débarquement américain, contre lequel la politique officielle avait pris d’avance position, pouvait paraître, après l’expérience syrienne, une atteinte douloureuse au patrimoine national. Ce patrimoine m’était particulièrement cher puisque, à quelques jours près, le débarquement était l’anniversaire de la mort de mon père, officier tombé pour la conquête du Maroc il y a trente ans, et quand la radio m’annonçait que les Américains étaient à Port-Lyautey, je pouvais songer qu’une rue de Port-Lyautey porte le nom de mon père. Tout, en outre, dans ces premiers jours, nous faisait croire à l’unité française contre ce débarquement. Nous avions entendu parler des mesures prises pour le repousser. Et je pourrais citer telles paroles qui nous furent rapportées, et qui émanaient du général Juin, aujourd’hui chef d’état-major de la Défense nationale. La Cour estimera-t-elle qu’il est inutile de revenir sur cela, et que le rôle que joue le général Juin doit nous faire un devoir de ne pas le mettre en cause ? En ce cas, je m’inclinerai devant l’intérêt de mon pays même si cela doit être préjudiciable à ma défense.


D.: Vous pouvez citer les paroles auxquelles vous faites allusion ?

R. : L’ambassadeur Abetz tenait très rarement, je crois, des conférences d’information. Pour ma part, je crois n’avoir assisté qu’à l’une d’elles, dans l’été 1942. Il nous parla, entre autres choses, du général Juin qui, comme un certain nombre d’officiers coloniaux, avait été libéré de captivité pour défendre l’Empire contre une éventuelle attaque anglo-saxonne. L’ambassadeur Abetz dit la confiance qu’il avait en ce général, il fit même une plaisanterie à ce sujet : « Les Russes disent qu’ils ont le général Hiver, mais vous avez le général Juin, cela vaut mieux. » Et il nous déclara que le général Juin avait affirmé à sa libération à de hautes personnalités allemandes dont Abetz se trouvait être, je crois bien : « Mon plus grand bonheur serait d’être admis à coopérer à rejeter les Anglo-Américains à la mer avec le maréchal Rommel et d’entrer en Égypte à son côté. » C’était au moment de l’offensive de Rommel, le plus haut degré de la puissance allemande. On pouvait croire que toute la France, y compris ses meilleurs chefs militaires, voulait faire de notre pays l’associé de cette victoire.


Robert Brasillach. Les raisons d’un engagement (Mémorandum écrit par Robert Brasillach pour la préparation de son procès).