Robert Brasillach. La défaite.

Ceci est un extrait du mémorandum écrit par R. Brasillach en prison, dans l’attente de son procès. L’idée, c’est de se préparer aux éventuelles questions. Cette lecture permet de comprendre les motivations de l’auteur durant la période de la collaboration. L’original ayant été perdu, quelques mots peuvent manquer, lesquels sont annotés entre crochets. 


D. : Vous vous êtes réjoui de la défaite.

R. : La défaite a été pour moi une grande douleur. « Les armées de l’Empereur sont vaincues… », disaient les républicains de 1870. Je ne l’ai jamais dit ni pensé un instant. Ce n’était pas pour moi les armées de la République mais les armées de la France. J’ai raconté dans mes articles, très probablement, comme j’avais été choqué de voir des officiers français se livrer à des explosions de joie immodérée, et même boire le champagne en public, le 17 juin 1940. Mais la défaite [était à regarder] comme un fait, une donnée, et j’ai pensé qu’on pouvait [se servir de] la douleur même que nous causait ce mal pour rendre à la France sa vigueur et sa force, comme la France vaincue de 1870 avait trouvé dans la défaite l’élan qui a donné naissance à son Empire colonial.


D. : En somme, vous avez désespéré de la victoire future de votre pays.

R. : Cela est déjà arrivé à la France, dans son histoire, d’être vaincue. Celui qui en 1815 ne croyait pas à la défaite de la France l’a moins bien servie que celui qui, admettant cette défaite, faisait de la France, six mois plus tard, la puissance prépondérante au Congrès de Vienne. Presque tout le monde admettait cette défaite. M. Gide, aujourd’hui figure éminente du Front national des écrivains, écrivait à cette époque (et il a republié cette pensée en mai 19..) : « Composer avec l’ennemi d’hier ce n’est pas la lâcheté, c’est sagesse». Et il ajoutait même: «Je sens en mois d’illimitées possibilités d’acceptation. » Je n’ai jamais dit ni cru cela. Il m’a toujours paru qu’il y avait des limites, précisément aux acceptations, et c’est pour les rendre moins pénibles que j’ai suivi la politique que nous avions adoptée. Je suis plusieurs fois revenu sur l’idée que la Collaboration avait pour condition sine qua none l’indépendance future de la France. J’écrivais le 11 décembre 1942 : « Tout est subordonné pour nous à la condition préalable de la durée et de l’existence de la patrie. » Et encore : « Il y a aujourd’hui des enfants qui ne savent pas encore parler et qui tentent vers nous leurs petites mains. Nous ne voulons pas leur remettre une France dont ils auraient honte. »


Robert Brasillach. Les raisons d’un engagement (Mémorandum écrit par Robert Brasillach pour la préparation de son procès).